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  • il y a 2 minutes
C'est la rentrée 2023 et la présidentielle 2027 a déjà commencé ! Et tous les hypothétiques candidats n'ont qu'un mot à la bouche : les classes populaires. Sauf que personne n'est d'accord sur la stratégie pour ''reconnecter'' avec elles. Dans ce premier épisode de la saison 2 de La tête dans le flux, notre chroniqueur fait un point sur ce débat qui agite les représentants politiques.

La tête dans le flux, c’est la chronique du service politique de l’Humanité.

Notre journaliste Cyprien Caddeo décortique tous les quinze jours, le jeudi à 18 heures, les ressorts du pourrissement du débat afin de mieux comprendre les stratégies médias des politiques.

Notre autre chronique vidéo :

POPulaire, la chronique culture pop de Bolchegeek
Avec POPulaire, Benjamin Patinaud, alias Bolchegeek, revient tous les mois pour l’Humanité vous proposer une analyse de tout ce que la culture populaire révèle de notre monde. Ciné, BD, séries, bouquins ou jeux vidéo : sous des angles tant artistiques que sociaux et politiques, il décrypte depuis 7 ans sur sa chaîne Youtube la culture pop en convoquant Graeber, Lordon, Pif et Naruto. Il fait de cette culture son « point d’observation du monde et des époques, des imaginaires communs. Pour une analyse matérialiste, c’est foisonnant. » Et de fait, dans ses vidéos, ça foisonne, ça geeke, ça marxise, et ça disperse façon puzzle !

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Transcription
00:01Quoi ? Quoi ? C'est tard c'est ça ? Fin septembre pour prendre la saison 2 de ta
00:04tête dans le flux, c'est trop tard ?
00:05Oui bah 4 mois de vacances, d'accord, mais on va parler d'Armanin, de Le Pen, de Macron toute
00:09l'année !
00:10Franchement, 4 mois de vacances, c'est le repos minimum !
00:12Tu sais quoi d'ailleurs ? Je reprends maintenant les vacances, je me casse. Allez, générique !
00:24Classe populaire, votez pour moi, je vous comprends, je suis comme vous !
00:27Classe populaire, votez, ce serait déjà beaucoup.
00:30Et oui, en cette rentrée, tout le monde n'a que ce mot à la bouche, classe populaire, avec une
00:35derrière-pensée, 2027.
00:36Nous sommes désormais dans une ère de la campagne présidentielle permanente.
00:39Macron a pourtant entamé son quincaillac depuis un an et demi, bon je sais, en ressenti 150, et déjà, on
00:45ne s'inquiète que de ça.
00:46Finalement, c'est la tête montante de la droite contre la tête montante de la gauche,
00:49c'est peut-être même un avant-goût du débat d'entre-deux-tours dans quelques années à l'élection
00:54présidentielle.
00:54Nous n'irons jamais dans les primaires, pour une raison avérée par l'histoire.
00:59La primaire fait exploser tous ceux qui y participent, tous ceux qui ont fait des primaires n'en sont jamais
01:05ressortis vivants.
01:06Je suis la candidate naturelle de mon corps à la présidentielle.
01:11Et donc, comme enjeu clé de ce scrutin pourtant bien lointain, il y a le vote des classes populaires.
01:15Alors pourquoi ? Bah si on était cynique, mais c'est vraiment pas notre genre, on répondrait pour des raisons
01:21arithmétiques.
01:21La présidentielle puis les législatives de juin 2022 ont montré une tripartition du paysage politique,
01:26avec un bloc macroniste, un bloc gauche nupes et un bloc rassemblement national.
01:31Et les sondages montrent que ces blocs sont relativement stables.
01:34Aucun, en l'état, n'est en mesure de prétendre rassembler suffisamment large pour avoir une majorité stable.
01:40Il faut donc aller chercher les voies qui échappent encore au bloc.
01:43Or, si on suit la catégorie socio-professionnelle des employés et des ouvriers,
01:47les classes populaires, c'est 40% de l'électorat. C'est énorme.
01:51Et ça, un certain ministre de l'Intérieur, qui se verrait bien à la visée en 2027, l'a bien
01:55compris.
01:56Ce dimanche marque la rentrée politique de Gérald Darmanin dans son fiat de Tourcoing, avec un thème, les classes populaires.
02:03Le ministre de l'Intérieur a réuni près de 1000 personnes, dont une dizaine de ministres, une centaine de parlementaires,
02:10et même la Première Ministre, qui s'est décidée à la dernière minute.
02:13Ah bah oui, c'est sûr, oui, oui, 10 ministres, 100 députés, une gardienne partie, tout ça, ça fait très
02:17populaire, c'est sûr.
02:18Ok, on est un petit peu mauvaise langue, il a fait sa rentrée à Tourcoing, ville populaire, sa terre d
02:22'élections,
02:22histoire de se démarquer de l'étiquette versaillais du président des riches, Emmanuel Macron.
02:26Et il a même joué à la bourrelle. Alors, mais si, la bourrelle.
02:29Quand est-ce que tu viens refaire un match de bourrelle à Tourcoing ?
02:32Puisque nous avons joué avec la Première Ministre à Tourcoing au Bourrelle, qui est un jeu traditionnel des flambres.
02:35Vous étiez content de jouer avec elle ?
02:37Ah oui, bien sûr, elle a eu un jeu d'adresse, elle a réussi à mettre la bourrelle, au milieu
02:41de...
02:42Ça se joue avec une paire de bourrelle ?
02:43Non, c'est une... Non, c'est pas une paire de bourrelle, je me sens bien, c'est une piste
02:47!
02:47Ouais, alors, je ferais quand même gaffe avec la blague de cul s'il était lui, vu le passif.
02:51À gauche, la défense du proletariat est une perspective historique.
02:54Alors, on se moque un peu de cette tentative de séduire les prolos côté macronistes,
02:58fait bonne guerre, comme ici Fabien Roussel, à la fête de l'Huma.
03:00On dirait que pour eux, les classes populaires, ils vivent dans un autre pays, ils parlent pas la même langue,
03:06c'est des gens à part.
03:07J'imagine le conseiller d'un ministre faire la sortie d'une usine.
03:10Ce ministre, j'ai trouvé une classe populaire, c'est un monsieur, il est habillé tout en bleu.
03:14Je vous l'amène, vous l'intraducteur, on va l'interroger.
03:17C'est vrai que la conquête des classes populaires, pour un macroniste, c'est loin d'être une évidence,
03:21comme le rappellent dans le livre universitaire de la rentrée, les économistes Thomas Piketty et Julia Cagé.
03:26Là où la droite était capable d'aller chercher les communes rurales les plus modestes, Macron ne les a pas
03:30du tout.
03:31Et dans les 60% des communes les plus faibles, le vote Macron est beaucoup plus faible que tout ce
03:35qu'on a pu voir de vote de droite historiquement.
03:37Ce qui fait que sur l'ensemble de la distribution des communes les plus pauvres aux communes les plus riches,
03:41on voit que parmi les votes de cette ampleur, c'est-à-dire des votes qui ont 20, 25, 30
03:45% de l'électorat, le vote Macron est le plus bourgeois de l'histoire.
03:49Sauf que pour la gauche, bah c'est pas gagné non plus.
03:52A la présidentielle, 32% des catégories populaires, donc ouvriers plus employés, ont voté Marine Le Pen.
03:58Soit à peu près autant que le total gauche, 34%.
04:01Mais là on parle bien de ceux qui sont allés voter.
04:03C'est oublier les 30% des ouvriers et des employés qui sont pas du tout allés aux urnes au
04:07premier tour de la présidentielle,
04:08et c'est monté à 60% d'abstention pour les législatives.
04:11Le niveau de défiance, voire d'indifférence, est super élevé.
04:14Et le sentiment qui en découle, que la politique ça change rien, que tout se vaut,
04:18et bien c'est ce poison confusionniste contre lequel doivent se débattre les politiques au jour le jour,
04:22et comme les militants d'ailleurs.
04:23Alors, comment reconnecter avec ces classes ?
04:25La gauche n'a pas fini d'en débattre, comme l'insoumis et possible candidat François Ruffin.
04:29Député de la Somme, c'est à partir de la réalité de son département, qui n'est pas celle de
04:33toute la France,
04:33qu'il entend identifier la nécessité de reparler avec des classes plutôt rurales et précaires.
04:37Je donne comme consigne aux militants qui m'entourent dans mon coin de ne pas aller parler d'ultralibéralisme,
04:43de ne pas parler de néolibéralisme, de ne pas parler de néocapitalisme, et ainsi de suite,
04:46parce que c'est des concepts, et donc les gens ne fonctionnent pas à base de concepts,
04:52ils fonctionnent à base de leur facture d'électricité.
04:54Derrière ce discours se joue la petite musique d'une gauche qui ne saurait plus s'adresser aux catégories populaires.
04:58En Bourbais, supposément, dans des débats sur la mobilité douce, l'écoféminisme, le privilège blanc,
05:04les violences policières, qui pourraient être autant d'épouvantail pour une partie des classes populaires qui ne seraient pas urbaines.
05:09Car il est important de rappeler qu'on ne parle pas là d'un bloc homogène.
05:12Ce n'est pas le conflit classiste entre les ouvriers et les patrons, il y a la question des ouvriers,
05:18des employés,
05:18il y a la question du revenu, il y a la question du capital immobilier,
05:21puisque ce qui est vraiment important, c'est que nous, on parle de classe géosociale.
05:24Il y a vraiment la question de l'ancrage dans le territoire, et notamment, est-ce qu'on vient de
05:28territoires plutôt urbains,
05:29ou de territoires plutôt ruraux, et ce qu'on va voir, c'est qu'aujourd'hui, dans le retour de
05:33la tripartition,
05:34cette dimension géographique, urbaine, rurale, elle joue vraiment un rôle extrêmement important.
05:38Les classes populaires rurales ne s'avivent pas forcément en tant que faisant partie de la même classe que les
05:43classes populaires urbaines.
05:44Faut-il donc, s'il est impossible de convaincre les deux bouts des classes populaires,
05:48miser plus sur les unes que sur les autres ? C'est le pari affiché de Jean-Luc Mélenchon.
05:53Il faut aller chercher les milieux ruraux déclassés. Qui va dire le contraire ? Bien sûr.
05:57Mais le gros de la troupe qui va nous faire gagner, ce sont les quartiers populaires où on vote pour
06:04nous à 80% au premier tour,
06:06mais où 30% seulement vont voter.
06:09Alors peut-être peut-on dire ceci, au-delà de la stricte question de la stratégie électorale.
06:12Le livreur à vélo qui sillonne Paris avant d'aller dormir dans sa tour de béton du 93,
06:16et la gilet jaune de Montluçon, il partage une même alienation sociale,
06:20une même aspiration à davantage de pouvoir d'achat, un même désir de tranquillité dans son quartier ou sa résidence,
06:24et un même besoin de protection et de réponse face aux incertitudes de l'avenir, social comme climatique.
06:30Et les deux sont liés, bien sûr.
06:31C'est cette même injustice qui fait le trait d'union.
06:33Encore faut-il la conscientiser à l'heure de l'éparpillement du prolétariat.
06:37De son côté, l'extrême droite entend conserver l'ordre social capitaliste
06:40en réconciliant patronat et classe populaire autour de la même haine de l'étranger.
06:45Et face à cela, il va falloir ne rien lâcher sur l'antiracisme,
06:48ne rien lâcher sur les violences policières, mais aussi urgemment redésigner le capital comme adversaire.
06:53La possibilité de reconquérir l'électorat populaire sur un socle de redistribution,
06:58donc effectivement, il faut marquer beaucoup plus son territoire, c'est le cas de le dire,
07:02sur des questions de redistribution, de services publics, de protection
07:06face à la concurrence internationale excessive.
07:09Et si vraiment c'est loupé, on ne le croit pas, et ben foutu pour foutu,
07:12vous pouvez toujours finir par dire des trucs comme ça.
07:14Ce qui est très important pour nos français, c'est qu'on est attaché à la bagnole.
07:17On aime la bagnole. Et moi je l'adore.
07:20Ouais, ça va être long jusqu'en 2027, ça va être long.
07:23Je comprends qu'il soit prêt de tourner la page, les autres là.
07:25Voilà, c'est la fin de cette vidéo.
07:27Merci d'être là pour la saison 2 de La Tête dans le flux qui demeure un peu tardivement, on
07:30le sait.
07:31N'hésitez pas à liker la vidéo, à la partager, à vous abonner à la chaîne ou au Journal d
07:35'Humanité.
07:36On se dit à dans 15 jours. Allez, salut !
07:50Merci d'avoir regardé cette vidéo !

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