00:01Quoi ? Quoi ? C'est tard c'est ça ? Fin septembre pour prendre la saison 2 de ta
00:04tête dans le flux, c'est trop tard ?
00:05Oui bah 4 mois de vacances, d'accord, mais on va parler d'Armanin, de Le Pen, de Macron toute
00:09l'année !
00:10Franchement, 4 mois de vacances, c'est le repos minimum !
00:12Tu sais quoi d'ailleurs ? Je reprends maintenant les vacances, je me casse. Allez, générique !
00:24Classe populaire, votez pour moi, je vous comprends, je suis comme vous !
00:27Classe populaire, votez, ce serait déjà beaucoup.
00:30Et oui, en cette rentrée, tout le monde n'a que ce mot à la bouche, classe populaire, avec une
00:35derrière-pensée, 2027.
00:36Nous sommes désormais dans une ère de la campagne présidentielle permanente.
00:39Macron a pourtant entamé son quincaillac depuis un an et demi, bon je sais, en ressenti 150, et déjà, on
00:45ne s'inquiète que de ça.
00:46Finalement, c'est la tête montante de la droite contre la tête montante de la gauche,
00:49c'est peut-être même un avant-goût du débat d'entre-deux-tours dans quelques années à l'élection
00:54présidentielle.
00:54Nous n'irons jamais dans les primaires, pour une raison avérée par l'histoire.
00:59La primaire fait exploser tous ceux qui y participent, tous ceux qui ont fait des primaires n'en sont jamais
01:05ressortis vivants.
01:06Je suis la candidate naturelle de mon corps à la présidentielle.
01:11Et donc, comme enjeu clé de ce scrutin pourtant bien lointain, il y a le vote des classes populaires.
01:15Alors pourquoi ? Bah si on était cynique, mais c'est vraiment pas notre genre, on répondrait pour des raisons
01:21arithmétiques.
01:21La présidentielle puis les législatives de juin 2022 ont montré une tripartition du paysage politique,
01:26avec un bloc macroniste, un bloc gauche nupes et un bloc rassemblement national.
01:31Et les sondages montrent que ces blocs sont relativement stables.
01:34Aucun, en l'état, n'est en mesure de prétendre rassembler suffisamment large pour avoir une majorité stable.
01:40Il faut donc aller chercher les voies qui échappent encore au bloc.
01:43Or, si on suit la catégorie socio-professionnelle des employés et des ouvriers,
01:47les classes populaires, c'est 40% de l'électorat. C'est énorme.
01:51Et ça, un certain ministre de l'Intérieur, qui se verrait bien à la visée en 2027, l'a bien
01:55compris.
01:56Ce dimanche marque la rentrée politique de Gérald Darmanin dans son fiat de Tourcoing, avec un thème, les classes populaires.
02:03Le ministre de l'Intérieur a réuni près de 1000 personnes, dont une dizaine de ministres, une centaine de parlementaires,
02:10et même la Première Ministre, qui s'est décidée à la dernière minute.
02:13Ah bah oui, c'est sûr, oui, oui, 10 ministres, 100 députés, une gardienne partie, tout ça, ça fait très
02:17populaire, c'est sûr.
02:18Ok, on est un petit peu mauvaise langue, il a fait sa rentrée à Tourcoing, ville populaire, sa terre d
02:22'élections,
02:22histoire de se démarquer de l'étiquette versaillais du président des riches, Emmanuel Macron.
02:26Et il a même joué à la bourrelle. Alors, mais si, la bourrelle.
02:29Quand est-ce que tu viens refaire un match de bourrelle à Tourcoing ?
02:32Puisque nous avons joué avec la Première Ministre à Tourcoing au Bourrelle, qui est un jeu traditionnel des flambres.
02:35Vous étiez content de jouer avec elle ?
02:37Ah oui, bien sûr, elle a eu un jeu d'adresse, elle a réussi à mettre la bourrelle, au milieu
02:41de...
02:42Ça se joue avec une paire de bourrelle ?
02:43Non, c'est une... Non, c'est pas une paire de bourrelle, je me sens bien, c'est une piste
02:47!
02:47Ouais, alors, je ferais quand même gaffe avec la blague de cul s'il était lui, vu le passif.
02:51À gauche, la défense du proletariat est une perspective historique.
02:54Alors, on se moque un peu de cette tentative de séduire les prolos côté macronistes,
02:58fait bonne guerre, comme ici Fabien Roussel, à la fête de l'Huma.
03:00On dirait que pour eux, les classes populaires, ils vivent dans un autre pays, ils parlent pas la même langue,
03:06c'est des gens à part.
03:07J'imagine le conseiller d'un ministre faire la sortie d'une usine.
03:10Ce ministre, j'ai trouvé une classe populaire, c'est un monsieur, il est habillé tout en bleu.
03:14Je vous l'amène, vous l'intraducteur, on va l'interroger.
03:17C'est vrai que la conquête des classes populaires, pour un macroniste, c'est loin d'être une évidence,
03:21comme le rappellent dans le livre universitaire de la rentrée, les économistes Thomas Piketty et Julia Cagé.
03:26Là où la droite était capable d'aller chercher les communes rurales les plus modestes, Macron ne les a pas
03:30du tout.
03:31Et dans les 60% des communes les plus faibles, le vote Macron est beaucoup plus faible que tout ce
03:35qu'on a pu voir de vote de droite historiquement.
03:37Ce qui fait que sur l'ensemble de la distribution des communes les plus pauvres aux communes les plus riches,
03:41on voit que parmi les votes de cette ampleur, c'est-à-dire des votes qui ont 20, 25, 30
03:45% de l'électorat, le vote Macron est le plus bourgeois de l'histoire.
03:49Sauf que pour la gauche, bah c'est pas gagné non plus.
03:52A la présidentielle, 32% des catégories populaires, donc ouvriers plus employés, ont voté Marine Le Pen.
03:58Soit à peu près autant que le total gauche, 34%.
04:01Mais là on parle bien de ceux qui sont allés voter.
04:03C'est oublier les 30% des ouvriers et des employés qui sont pas du tout allés aux urnes au
04:07premier tour de la présidentielle,
04:08et c'est monté à 60% d'abstention pour les législatives.
04:11Le niveau de défiance, voire d'indifférence, est super élevé.
04:14Et le sentiment qui en découle, que la politique ça change rien, que tout se vaut,
04:18et bien c'est ce poison confusionniste contre lequel doivent se débattre les politiques au jour le jour,
04:22et comme les militants d'ailleurs.
04:23Alors, comment reconnecter avec ces classes ?
04:25La gauche n'a pas fini d'en débattre, comme l'insoumis et possible candidat François Ruffin.
04:29Député de la Somme, c'est à partir de la réalité de son département, qui n'est pas celle de
04:33toute la France,
04:33qu'il entend identifier la nécessité de reparler avec des classes plutôt rurales et précaires.
04:37Je donne comme consigne aux militants qui m'entourent dans mon coin de ne pas aller parler d'ultralibéralisme,
04:43de ne pas parler de néolibéralisme, de ne pas parler de néocapitalisme, et ainsi de suite,
04:46parce que c'est des concepts, et donc les gens ne fonctionnent pas à base de concepts,
04:52ils fonctionnent à base de leur facture d'électricité.
04:54Derrière ce discours se joue la petite musique d'une gauche qui ne saurait plus s'adresser aux catégories populaires.
04:58En Bourbais, supposément, dans des débats sur la mobilité douce, l'écoféminisme, le privilège blanc,
05:04les violences policières, qui pourraient être autant d'épouvantail pour une partie des classes populaires qui ne seraient pas urbaines.
05:09Car il est important de rappeler qu'on ne parle pas là d'un bloc homogène.
05:12Ce n'est pas le conflit classiste entre les ouvriers et les patrons, il y a la question des ouvriers,
05:18des employés,
05:18il y a la question du revenu, il y a la question du capital immobilier,
05:21puisque ce qui est vraiment important, c'est que nous, on parle de classe géosociale.
05:24Il y a vraiment la question de l'ancrage dans le territoire, et notamment, est-ce qu'on vient de
05:28territoires plutôt urbains,
05:29ou de territoires plutôt ruraux, et ce qu'on va voir, c'est qu'aujourd'hui, dans le retour de
05:33la tripartition,
05:34cette dimension géographique, urbaine, rurale, elle joue vraiment un rôle extrêmement important.
05:38Les classes populaires rurales ne s'avivent pas forcément en tant que faisant partie de la même classe que les
05:43classes populaires urbaines.
05:44Faut-il donc, s'il est impossible de convaincre les deux bouts des classes populaires,
05:48miser plus sur les unes que sur les autres ? C'est le pari affiché de Jean-Luc Mélenchon.
05:53Il faut aller chercher les milieux ruraux déclassés. Qui va dire le contraire ? Bien sûr.
05:57Mais le gros de la troupe qui va nous faire gagner, ce sont les quartiers populaires où on vote pour
06:04nous à 80% au premier tour,
06:06mais où 30% seulement vont voter.
06:09Alors peut-être peut-on dire ceci, au-delà de la stricte question de la stratégie électorale.
06:12Le livreur à vélo qui sillonne Paris avant d'aller dormir dans sa tour de béton du 93,
06:16et la gilet jaune de Montluçon, il partage une même alienation sociale,
06:20une même aspiration à davantage de pouvoir d'achat, un même désir de tranquillité dans son quartier ou sa résidence,
06:24et un même besoin de protection et de réponse face aux incertitudes de l'avenir, social comme climatique.
06:30Et les deux sont liés, bien sûr.
06:31C'est cette même injustice qui fait le trait d'union.
06:33Encore faut-il la conscientiser à l'heure de l'éparpillement du prolétariat.
06:37De son côté, l'extrême droite entend conserver l'ordre social capitaliste
06:40en réconciliant patronat et classe populaire autour de la même haine de l'étranger.
06:45Et face à cela, il va falloir ne rien lâcher sur l'antiracisme,
06:48ne rien lâcher sur les violences policières, mais aussi urgemment redésigner le capital comme adversaire.
06:53La possibilité de reconquérir l'électorat populaire sur un socle de redistribution,
06:58donc effectivement, il faut marquer beaucoup plus son territoire, c'est le cas de le dire,
07:02sur des questions de redistribution, de services publics, de protection
07:06face à la concurrence internationale excessive.
07:09Et si vraiment c'est loupé, on ne le croit pas, et ben foutu pour foutu,
07:12vous pouvez toujours finir par dire des trucs comme ça.
07:14Ce qui est très important pour nos français, c'est qu'on est attaché à la bagnole.
07:17On aime la bagnole. Et moi je l'adore.
07:20Ouais, ça va être long jusqu'en 2027, ça va être long.
07:23Je comprends qu'il soit prêt de tourner la page, les autres là.
07:25Voilà, c'est la fin de cette vidéo.
07:27Merci d'être là pour la saison 2 de La Tête dans le flux qui demeure un peu tardivement, on
07:30le sait.
07:31N'hésitez pas à liker la vidéo, à la partager, à vous abonner à la chaîne ou au Journal d
07:35'Humanité.
07:36On se dit à dans 15 jours. Allez, salut !
07:50Merci d'avoir regardé cette vidéo !