Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 12 heures
On nous a menti sur Pinocchio. Et mentir c'est pas beau ! Vous
croyez connaître cette histoire par cœur ? Vous pensiez qu'il s'agissait
d'un simple compte moral inoffensif ? Alors que deux nouvelles adaptations
du personnage (par Disney et Guillermo del Toro) sont sorties l'année
dernière, on remet les pendules à l'heure sur Pinocchio et on revient sur
les parts sombres de son passé.

Avec POPulaire, Bolchegeek décrypte tous les mois pour l'Humanité ce que la culture pop a dans le ventre, et ce qu’elle dit de notre monde. Ciné, BD, séries, bouquins ou jeux vidéo, en convoquant Graeber, Lordon, Pif et Naruto, ça foisonne dans ses vidéos. Ça geeke aussi, ça marxise, et ça disperse façon puzzle !

Une émission écrite et présentée par Benjamin Patinaud et Kate
Image : Le Fils de Pub
Montage : Ace Modey
Musique : 2080
Générique : Copain du Web
Production : Kathleen Brun
Miniature : Boidin

Abonnez-vous à l'Humanité https://abo.humanite.fr/2243

Toutes nos chroniques vidéo :

La tête dans le flux, la chronique du service politique de l'Humanité.
Rendez-vous tous les jeudis à 18 heures : https://www.humanite.fr/video/chaine/...

La chronique vidéo d'Osons Causer
Rendez-vous le dernier dimanche du mois à midi : https://www.humanite.fr/video/chaine/...

POPulaire, la culture pop sous le scalpel de Bolchegeek
Rendez-vous le 2e dimanche du mois à midi : https://www.humanite.fr/video/chaine/...

📣 SUIVEZ L'HUMANITÉ !
Retrouvez tous nos articles sur 👉 https://www.humanite.fr/
Notre page Facebook 👉 https://fr-fr.facebook.com/humanite.fr/
L'Humanité est aussi sur Twitter 👉 https://twitter.com/humanite_fr

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Follow the leader, follow the leader, follow the leader, follow the leader, follow the leader.
00:09The story is very, it's good for today, it's about fascism, you know, as you know, it's trendy these days.
00:27Pinocchio, on commence à connaître.
00:29Ça fait bientôt 150 ans qu'on en bouffe à toutes les sauces bolos, sans interruption, sous tous les formats.
00:34Et je compte pas les variations sur le thème.
00:41J'ai compris la référence.
00:42C'est à se demander ce qui peut bien y avoir encore à faire dire à cette marionnette, et pourtant,
00:46rien que l'année dernière, on a encore eu au moins deux versions ciné.
00:50C'est un pilier de la culture populaire.
00:52Tu connais, je connais, ton grand-père Ambroise connaît, ta nièce clafoutine connaît, tout le monde connaît.
00:58Ou peut-être que non.
00:59Peut-être qu'on vous a manipulé à coups de jolies petites histoires pas si innocentes.
01:03Et peut-être qu'on vous a toujours menti, depuis votre plus tendre enfance.
01:07Et c'est pas joli de mentir.
01:09Alors aujourd'hui, on va remettre les pendules à l'oeuvre.
01:14Pinocchio, c'est pourtant pas compliqué.
01:15C'est une marionnette créée par le menuisier Gepetto qui me rend vie grâce à la fée.
01:20Je vais pas vous raconter Pinocchio.
01:21Vous avez compris, faut pas mentir.
01:23Faut écouter ses parents, aller à l'école.
01:25Faut pas fumer, picoler ou avoir de mauvaises fréquentations.
01:28Bref, un bon vieux conte moral pour inculquer des leçons à nos chers bambins.
01:32La métaphore n'est même pas particulièrement cryptique.
01:35Un peu comme le petit chapeau rouge ou le boucle d'or.
01:37Je suis pas une marionnette, je suis un vrai petit garçon.
01:42Si je veux devenir un vrai petit garçon, je suis pas les monsieur bizarres dans la rue,
01:46je mets pas mes mains sur les portes qui risquent de me pincer très fort.
01:49J'croche plus par terre, j'traite plus les mers, j'traverse tout court le type de méfère.
01:54Le but premier, et ce, dès son ouvrage original, semble donc être éducatif.
01:58Un manuel sur comment grandir enrouber dans les palpitantes aventures d'une marionnette
02:02dans laquelle les gamins veulent se projeter comme on mettrait un médoc dans de la compote
02:06pour faire mieux passer.
02:07Et façonner de vrais petits garçons à partir du bois brut de l'enfance à l'aide des outils du
02:12récit.
02:12Sauf que non.
02:14En fait, si, complètement.
02:15Mais pas que.
02:17Je m'explique.
02:18Comme son nom l'indique, c'est à l'origine un ouvrage italien.
02:20Les aventures di Pinocchio.
02:23Ben j't'arrête ça tout de suite par contre.
02:26Les aventures de Pinocchio étaient publiées en feuilleton dans des revues,
02:29effectivement, à destination de la jeunesse, avant de devenir un roman.
02:33Cependant, la personne qui se cache derrière le nom de plume, Carlo Collodi,
02:36j'ai fait ça avec mes mains.
02:40Carlo Collodi !
02:41C'est en fait le journaliste et critique Carlo Lorenzini.
02:45Quand il écrivait pas des histoires pour les ch'tines enfants
02:47ou combattés sur le front des gardes-unités italiennes,
02:49il s'avérait un commentateur politique de son époque,
02:52habitué à la satire.
02:53Une plume au vitriol, le poil à gratter les puissants,
02:56pourfendant de sa verve, la politique éducative du gouvernement d'Agostino d'Epretis
03:01ou les velléités de Jérôme Bonaparte sur le trône de Toscane.
03:04Oui, parce qu'on est fin 19ème là.
03:06Puis alors l'Italie à ce moment là...
03:07C'est un bordel !
03:09C'est pas le sujet.
03:10L'important à retenir, c'est qu'on est dans un pays en construction.
03:12Ce personnage brut de décoffrage, pas éduqué,
03:15qui découvre la société moderne, ses vices, ses normes,
03:18il ne représente pas que les enfants,
03:19mais également les paysans qui arrivent du sud rural
03:21et se confrontent au nord en voie d'industrialisation.
03:24Et au final, cette histoire est pas si prescriptive qu'on pourrait le croire.
03:28Elle met ça en scène avec des formes de culture populaire
03:30comme le feuilleton, le récit d'aventures et le théâtre de marionnettes.
03:33Il y a une vraie dimension satirique et de commentaires social,
03:36dans la même lignée qu'on connaît ici avec Guignol,
03:38tout simplement parce que c'est à Lyon, sous l'influence de l'Italie toute proche.
03:42Jean Moulin et Guignol dans la nouvelle comédie des studios Disney.
03:46Des nazis.
03:47Ils sont une bonne dizaine.
03:48Va falloir les prendre d'or vers, Guignol.
03:49Une vraie tradition qui s'est perpétuée jusque dans les Guignols de l'info.
03:52Enfin, perpétuée jusqu'à ce que Bolloré décide de censurer tout ce qui ne plaît pas
03:56et de zigouiller le peu qu'il nous reste de tradition populaire subversive, mais bref.
04:00Une dimension qui fait que dans l'original,
04:02il y a plus d'ironie et que c'est plus ambigu moralement que l'image qu'on en a.
04:06Même les trucs comme le nez qui s'allonge quand il ment,
04:08ça n'y est pas si central et ça s'est imposé après.
04:11Parce que justement, ce côté à la fois très fable et très ambigu,
04:14ce côté très populaire et domaine public, c'est ça qui en fait un excellent matériau à réinterprétation,
04:21réadaptation, recontextualisation.
04:22Ça a même tout de suite donné tout un sous-genre de récits italiens autour de l'archétype du Buratino,
04:27la marionnette qui vient de la Comedia dell'arte.
04:29Et l'image qu'on a de Pinocchio au final, du fait de son poids culturel hégémonique,
04:33ben c'est beaucoup la version de Disney.
04:35Bien sûr, ça peut ne pas plaire à tout le monde.
04:37Si vous vous en souvenez, c'est très très peu ambigu.
04:40Il enchaîne vraiment les leçons pour apprendre comment être un bon petit garçon
04:43et dès qu'il fait un truc qu'il faut pas, ça tôt passe l'envie.
04:46C'est juste terrifiant.
04:51Vraiment, c'est l'équivalent de « fais pas une grimace sinon tu vas rester bloqué »
04:54mais en chef-d'oeuvre de l'animation.
04:56Et en parlant de terrifiant, il y a toujours ce fond de commentaires social,
04:59cette histoire de basse classe sociale.
05:01Parce que tout ce qui est montré comme horrible,
05:03les trucs où il faut pas aller quand t'es un garçon bien élevé,
05:06les comportements qu'il faut pas adopter, les activités qu'il faut pas avoir,
05:09c'est des trucs de prolo.
05:10C'est l'éthos prolétaire, voire lumpenprolétaire dans les yeux de l'honnête citoyen
05:15pour le dire en des termes plus académiques.
05:17Éthos le mousquetesse.
05:20J'espère que j'ai bien utilisé le concept sinon Bonnie va me fâcher.
05:23C'est pas si évident parce que c'est au niveau de l'imagerie que ça se passe
05:26et des valeurs qui habitent le film.
05:28C'est même pas forcément conscient.
05:29C'est vraiment une histoire de mentalité de l'époque,
05:31de perception du monde,
05:32qui se retrouve dans les oeuvres.
05:33Mais c'est totalement ça,
05:34quand tu représentes des mauvais garçons en haillons,
05:37avec des bérets casquettes,
05:38qui traînent dans la rue,
05:39dans des bars malfamés,
05:40qui fument,
05:41qui sont mal élevés,
05:42qui ont pas une bonne éducation,
05:44livrés à eux-mêmes,
05:45à l'exploitation,
05:46aux vices,
05:46aux activités interlopes,
05:48des vauriens,
05:48de la canaille quoi,
05:50et ben c'est ça que tu représentes.
05:52Surtout à l'époque.
05:52Le véritable message du film est que,
05:55céder au plaisir de la classe ouvrière,
05:57au spectacle vulgaire,
05:59au bar à billard,
06:00et aux fêtes foraines,
06:01mène à une vie de bête de somme.
06:02Les choix faits par chacun déterminent ce sort.
06:05Le film véhicule les vertus de la classe moyenne,
06:07naturalisée comme l'expérience de l'américain moyen,
06:10la gratification différée,
06:11l'abnégation,
06:12se montrer économe et persévérant.
06:15On a vraiment cet imaginaire qui est justement
06:17très lié à l'industrialisation.
06:19Ce côté classe laborieuse, classe dangereuse,
06:21et qui perdure jusqu'à aujourd'hui.
06:23Donc, on est d'accord.
06:24Pinocchio, ça a l'air d'être un conte moral des plus simples,
06:27un manuel de comment devenir un vrai petit garçon.
06:30Mais ça, ça soulève une autre question,
06:31beaucoup moins simple.
06:33C'est quoi, un vrai petit garçon ?
06:34C'est tout à fait normal de trouver ça dans un Disney,
06:37dans des films qui ont toujours plutôt mis en avant
06:39les valeurs de classe moyenne ricaine,
06:41éduquée, travailleuse,
06:42très protestante,
06:43voire puritaine carrément.
06:44Il a pu investir Fechema à sa sauce,
06:46avec ses valeurs,
06:47comme il le faisait avec tous les comptes
06:49qu'il s'est réapproprié.
06:50Et on sait avec quelle efficacité,
06:52vu comment sa position d'hégémonie culturelle,
06:54imposait ses adaptations comme la version dominante.
06:57Oui, parce que vous, vous avez peut-être connu,
06:59comme moi avec la VHS,
07:00mais le Pinocchio de Disney, pour rappel, c'est 1940.
07:03Le critique matrosse voit là un message plus sinistre encore.
07:07Relevant que Walt Disney lui-même
07:09se rendait régulièrement à des meetings du parti nazi américain
07:12durant la production du film,
07:13il conclut que Pinocchio aurait tout à fait pu servir
07:17de film éducatif pour les jeunesses hitlériennes.
07:19Salut Jean Moulmoule !
07:20Espèce de traître !
07:21Tu m'as trahi, tu es passé avec l'ennemi !
07:23À l'opposé de son accueil de Riefenstahl
07:25et de ses meetings avec les nazis américains,
07:28Disney s'est ensuite chargé de produire des films de propagande anti-allemande
07:31quand la guerre a commencé.
07:32Education for Death, The Making of a Nazi,
07:35décrit le processus d'endoctrinement des jeunesses hitlériennes
07:38de manière quasi-documentaire.
07:41Bon d'accord.
07:42Alors, revenons à l'Italie.
07:43Vous n'êtes pas sans savoir que dans les années 20,
07:46quelques décennies après la popularisation du personnage,
07:48il s'y est passé quelques petits trucs.
07:51Et puis là, tu vas traverser un portail interdimensionnel
07:53qui t'emmènera directement dans l'Italie fasciste
07:56de Benito Mussolini !
07:58Les fascistes, ils ont besoin d'imposer une nouvelle idéologie
08:01et pour ça, il leur faut imposer un nouveau narratif, de nouveaux récits.
08:05Entre autres, il leur faut façonner à coup de burin
08:07une identité nationale.
08:09Surtout qu'on l'a dit, on est dans un pays
08:10dont la construction politique reste relativement récente.
08:13Il y a cette figure, très populaire, du petit Buratino
08:15qui fait office d'héritage culturel, de trésor national.
08:18Une figure qui, pour ne rien gâcher, s'adresse aux gosses.
08:21Et l'enjeu de l'éducation des nouvelles générations,
08:23c'est une de leurs priorités.
08:24Viens la main mise sur l'institution scolaire,
08:26la culture en général, mais aussi les fictions jeunesses.
08:29Cet héritage culturel, il ne leur suffit pas de le célébrer.
08:31Ils doivent le réinterpréter, le modifier rétroactivement
08:34pour le plier à leur idéologie comme ils le font avec un autre roman,
08:38le roman national.
08:39Comme le formule l'historien Adolfo Scoto di Nuzio,
08:42le traduire en langue fasciste.
08:44George est un fasciste de merde !
08:46Un fasciste de merde !
08:48C'est exact.
08:49Ce phénomène de récupération est assez stupéfiant à observer.
08:53Au début des années 20, cette idéologie cherche à s'imposer
08:55par la violence, le coup de force, notamment via des groupes de jeunes
08:59dont on glorifie des actions brutales.
09:00Nous voilà donc avec notre pantin dont on célèbre maintenant le côté tête brûlée
09:05dans sa version agressive, qui intimide ses adversaires de fond long nez
09:08rappelant les armes des fascistes.
09:10Le manuel du parfait petit connard.
09:11Ouais puis ils ont une spécialité, c'est de se mettre à 20 dans une rue
09:14avec les bras croisés et puis avec un air méchant en disant
09:16« Oui, c'est nous, la rue elle est à nous, c'est notre territoire ! »
09:19« C'est nous ! »
09:19« On est des fascistes maintenant, la rue elle est fascisée. »
09:21« On est chez nous ! »
09:22« Voilà ! »
09:22« C'est chez nous parce qu'on a croisé les bras ! »
09:24« Ouais, je crois bien mieux ! »
09:25« Oh, territoire fasciste maintenant ! »
09:26Son comportement hostile devient une source de gags où on rit de ses victimes.
09:29Sachant que cette version rigolote pour les petits correspond au même moment
09:34à des morts bien réelles dans la rue, des opposants ou des syndicalistes
09:37sur les tombes desquelles vont se fonder le régime.
09:40Il a même une némésis en la personne d'une autre marionnette qui représente les cocos.
09:44Et Gepetto est un ancien soldat qui a fièrement défendu sa patrie.
09:47« Putain d'enculé de fasciste ! »
09:49Mais une fois ces joyeuderies bien installées aux manettes, hop, changement de braquet.
09:53Fini la glorification de l'insolence.
09:55Pinocchio doit rentrer dans le rang.
09:57« Il semble que votre pantin soit un dissident.
09:59Un esprit affranchi, oserais-je dire ? »
10:02Son indiscipline fait de lui un rebelle dangereux
10:04et l'histoire devient une succession de leçons,
10:07similaires à celles imposées par le régime dans les manuels scolaires,
10:10auxquelles il doit se conformer.
10:11On est plus proche de la version d'origine, mais dépondue d'ambiguïté
10:14et avec un système de valeurs bien différent.
10:17Devenir un vrai petit garçon, c'est suivre ce manuel du parfait petit fasciste.
10:21Bon, puis ensuite on trouve ce pauvre Pinocchio purement et simplement mobilisé au sens très littéral
10:26en tant que héros de la culture italienne,
10:28dans des aventures bien conformes à l'idéologie du moment
10:31et tout particulièrement dans un de ses fondements, le colonialisme.
10:34Alors qu'on s'entende ?
10:35C'est vraiment une version de pure propagande,
10:38ça vaut pas un clou d'un point de vue littéraire
10:40et c'est retombé à sa juste place dans les poubelles de l'histoire.
10:43Mais des fois, il faut les sortir les poubelles.
10:46Voyez qu'on peut toujours lui faire dire des nouvelles choses à cette histoire, pourtant toute simple.
10:50Du coup, nos deux longs métrages de 2022 y disent quoi ?
10:53Bon, le premier, c'est un de ces remakes en prise de vue réelle
10:56que nous pond Disney de leurs grands classics depuis quelques années.
10:59Honnêtement, je ne l'ai même pas vu.
11:00Je m'en fous, vous devriez aussi, tout le monde devrait s'en foutre
11:03et malgré l'amour que je porte à Zemeckis en tant que réal,
11:06je pense qu'une bonne partie des gens qui ont fait le film s'en foutent aussi.
11:10Et ça a coûté 150 millions de dollars cette merde.
11:13Le second, en revanche, c'est pas la même tisane.
11:15Ça fait presque 15 ans que Guillermo del Toro tient mordicus à faire sa version de Pinocchio
11:21en animation stop motion.
11:22Alors, stop motion, pour rappel, c'est avec des marionnettes.
11:25Du coup, ça tombe bien, malin, petit mexicain.
11:27Des marionnettes, donc, qu'on anime image par image.
11:30Avant, vous savez, on disait animation pâte à modeler
11:32à cause de Wallace et Gromit et d'autres trucs du genre.
11:35Même si, en fait, c'est pas de la pâte à modeler.
11:36Et j'ai un fun fact à rajouter.
11:38Les studios Hardman qui font Wallace et Gromit, les fondateurs,
11:41ont fait une manipulation financière pour léguer le studio à leurs employés.
11:45C'est hyper stylé.
11:46Bon, déjà, ça a un peu plus de gueule.
11:48Et alors là, par contre, c'est que 35 millions.
11:50Et c'est pas du tout la même démarche.
11:52On n'est pas sur une pure exploitation commerciale
11:54pour réactiver des vieilles gloires et remettre une pièce dans la machine.
11:57Là, vraiment, ça lui tenait à cœur.
11:59Et la raison pour laquelle ça s'est pas fait avant,
12:00que c'est rentré dans ce qu'on appelle un enfer de développement,
12:03c'est que Del Toro avait des idées très précises
12:05et voulait le faire exactement comme il l'entendait.
12:21Bon, au final, il a fallu que ce soit Netflix qui lui permette ça.
12:25Que voulez-vous ?
12:25Alors, pourquoi il y tenait tant Guillermo ?
12:48Si vous connaissez le bonhomme, aucune surprise, c'est du matériel à Del Toro.
12:52Déjà, on a toute son obsession pour l'enfance et le monde vu à travers les yeux d'un gamin.
12:56Ensuite, bien sûr, on a sa passion pour l'étrange, pour les monstres.
12:59Des monstres qui viennent incarner la différence, la marge, l'exclusion.
13:03Monstres qu'il adore et auxquels il s'identifie.
13:16D'ailleurs, son Pinocchio a quelque chose de plus bizarre, presque terrifiant parfois,
13:21alors qu'il apprend littéralement à devenir un humain.
13:24En fait, c'est pas compliqué.
13:25Il y a toujours plus ou moins cette idée avec lui que les monstres, au fond, sont emprunts de beauté
13:30et que la véritable monstruosité se terre derrière la norme.
13:33Et à ce sujet, il a en quelque sorte reconnecté Pinocchio avec une partie de son histoire,
13:37sur un point qui fait aussi, manifestement, partie de ses obsessions.
13:42Dans Del Toro, il y a tout le temps des fascistes.
13:44T'as l'échine du diable, labyrinthe de Pan, c'est les franquistes.
13:48Dans The Strain, la série, les méchants vampires, c'est des nazis.
13:51Dans Hellboy, il y a des nazis.
13:52Mais même en fait, dans La Forme de l'eau, le méchant, c'est un humain ultra réac,
13:56ultra conservateur, qui représente le gouvernement.
13:58Vous vous doutez bien qu'avec un angle pareil, on n'est plus tout à fait sur la même morale.
14:02On s'inscrit bien dans la tradition autour du personnage, peut-être plus que jamais,
14:06mais on continue à la réinterpréter.
14:19C'est à la fois le produit de cette histoire, mais ça pose un contre-discours, un contre-modèle,
14:25tant vis-à-vis du modèle d'origine que de la vision ultra-dominante imposée par Disney.
14:29J'ai vu le film comme enfant.
14:31Ça m'a affecté parce que Pinocchio a vu le monde comme je l'ai vu.
14:35Il s'est senti comme ça, déjeuner, pleins de lies et de danger.
14:39Parce que j'étais un peu enraîné que les gens demandaient de l'obédience.
14:44Donc j'ai voulu faire un film sur l'obédience comme une virtue.
14:49Résultat, on a un auteur qui prend une histoire qu'il a vraiment touchée,
14:53mais qui se l'a réapproprie pour dire autre chose.
14:55Il va chercher dans ce gamin naïf, indiscipliné et un peu chelou sa propre approche plus libertaire.
15:11J'ai voulu faire de toi quelqu'un que tu n'étais pas, quelqu'un d'autre, ne sois nul
15:20autre que toi-même.
15:21Par son innocence et son refus de se plier aux normes, Pinocchio résiste au dictat des fascistes, de l'Etat
15:26mais aussi de l'Eglise, de l'impérialisme guerrier ou d'une industrie perverse et mercantile du divertissement qui exploite
15:33sa différence pour se faire du pognon.
15:35Ce qui doit particulièrement parler à un réalisateur comme Del Toro.
15:38Industrie du divertissement qui veut elle aussi se faire instrument de propagande, là où le petit bonhomme de bois va
15:43la subvertir.
15:44Et chose assez amusante, c'est pas du tout une première.
15:47En URSS, il y a carrément Tolstoy qui avait fait sa propre version qui s'appelle Buratino et qui pareil
15:52a donné lieu à plein d'adaptations.
15:54Et la base, c'était vraiment cette version qui dominait.
15:56Et ben, Buratino, c'est déjà un sacré pied de nez, sans mauvais jeu de mots.
16:00Parce qu'il est présenté comme un héros pour ne pas suivre les règles, quitte à ne pas devenir ce
16:04vrai petit garçon.
16:05Je préfère encore être un cochon décadant qu'un fasciste.
16:08Alors, je vais pas vous divulguer plus que ça la version de Del Toro, je vous laisserai découvrir si ça
16:12vous intéresse.
16:12Ce qui importe ici, c'est de voir à quel point la culture populaire, c'est un bien commun.
16:17Elle s'investit et se mobilise de bien des manières.
16:19C'est pas un truc innocent ou sans conséquence, la culture c'est un enjeu.
16:23Et ça serait con de la laisser toute entière tomber entre de mauvaises mains.
16:26Surtout en ce moment, et pas qu'en Italie.
16:29En attendant le mois prochain, arrivée d'Archie, et comme on dit aussi en Italien...
16:32...
16:35...
16:36...
16:37...
16:37On a pas de fascisme dans le monde maintenant, mais c'est bon, c'est bon, c'est bon, c
16:45'est bon, c'est bon, c'est bon, et personne ne parle pas de ça, mais c'est toujours fascisme.
16:50On a trouver un autre moyen et un nouveau moyen de te placer les gens à la face et les
16:57gens se réveillent un petit peu.
16:59Be it horror, be it video games, be it whatever the fuck, you know, c'est le goal de l
17:04'art.
17:07Merci d'avoir regardé cette vidéo !

Recommandations