- il y a 12 heures
La série événement The Last of US : encore une histoire de fin du monde ! Et encore des infectés ! Du postapo et des zombies partout, tout le temps ! Vous en avez marre de l'apocalypse ? Dans cet épisode on va voir pourquoi la culture n'arrive plus à imaginer de futurs désirables et pourquoi elle ne nous promet plus rien d'autre que la fin du monde.
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L'Atlas du Post-apocalyptique par Raphaël Colson :
https://intergalactiques.net/atlas-du-post-apocalyptique-par-raphael-colson/
https://www.youtube.com/watch?v=uD-5IfuqfOA
INApocalypse, notre série de chronique-fictions post-apo avec l'INA :
https://www.youtube.com/watch?v=QY7ARliQWK4&list=PLAUm9TsAe7fAKToH2ZpNApljXAK9ovP_9
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Une émission écrite et présentée par Benjamin Patinaud et Kate
Image : Le Fils de Pub
Montage : Ace Modey
Musique : 2080
Générique : Copain du Web
Production : Kathleen Brun
Miniature : Boidin
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La tête dans le flux, la chronique du service politique de l'Humanité.
Rendez-vous tous les jeudis à 18 heures : https://www.humanite.fr/video/chaine/...
La chronique vidéo d'Osons Causer
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NewsTranscription
00:00Pour moi, on ne va pas se réformer après l'effondrement.
00:05On doit se réformer avant l'effondrement.
00:07Et là, je reviens sur la question de Wackling Dead,
00:09la compétition du tous contre tous, la garde du tous contre tous.
00:12Si on ne se réforme pas avant que tous se cassent la gueule,
00:15ce n'est même pas la peine.
00:30HBO vient de sortir sa nouvelle série phare,
00:33la très attendue adaptation du jeu vidéo The Last of Us.
00:36Eh bien, je retire tout ce que j'ai dit ici sur l'audace perdue
00:39de cette chaîne qui a révolutionné la série télé.
00:41Du post-apocalyptique, de zombies.
00:45Quelle originalité !
00:46Alors, je t'arrête tout de suite, ce ne sont pas des zombies,
00:48ce sont des infectés.
00:50Sérieusement, on est d'accord que depuis pas mal d'années maintenant,
00:52il y a des zombies partout.
00:54L'invasion avait commencé bien avant,
00:55mais alors là, depuis 20 ans, c'est hors de contrôle.
00:58On bouffe du zombie à toutes les sauces.
01:00C'est limite pire que les super-héros.
01:01Tenez, on a même du Marvel zombie !
01:03Et si c'était que ça ?
01:04Du braquage avec des zombies,
01:05de la fantasy avec des zombies,
01:07des comédies avec des zombies,
01:09des comédies romantiques zombies tant qu'à faire,
01:11des parodies, des remakes, des suites,
01:13des films, des séries, des spin-offs de séries,
01:16des adaptations, des livres, des manuels,
01:18des funko-pop, des zombie-wooks pour de vrai,
01:20orgueil et préjugés zombies,
01:21fachos zombies...
01:22Et ils sont là !
01:24Ils sont dans les campagnes, dans les vies !
01:27Bref.
01:30Arrête de dire ça ?
01:32Quoi ?
01:33Ça, le mot qui commence par Z, là, arrête ?
01:35Pourquoi pas ?
01:36Mais parce que, c'est ridicule !
01:37Alors, oui, ça déploie des trésors d'imagination
01:40pour pas appeler ça des zombies.
01:51C'est quand même assez criant
01:53avec cette arrivée en fanfare de The Last of Us.
01:56Derrière, il y a un enjeu énorme de surfer sur cette tendance
01:59en prenant la place laissée vacante
02:00par le très, très populaire phénomène The Walking Dead.
02:03La BD d'origine s'étale sur près de 200 épisodes
02:07de 2003 à 2019,
02:09ce qui correspond parfaitement aux années de cette mode.
02:11L'adaptation télé s'est arrêtée en novembre dernier
02:13après 11 saisons
02:15et a engendré une tonne de programmes dérivés.
02:18Fear The Walking Dead,
02:19Tales of The Walking Dead,
02:20Walking Dead World Beyond,
02:21Walking Dead à la plage,
02:23Daryl et Knuckles...
02:24Ok, j'arrête.
02:25Avec les énumérations,
02:26c'est relou
02:26et c'est bien mon problème.
02:28Alors là, je lis par un HBO
02:29qu'on file bébé au créateur de Tchernobyl.
02:31Tchernobyl, la série,
02:32pas la centrale,
02:33parce que ça serait pas très malin.
02:35Une série hyper bien faite,
02:36malgré quelques profonds arrangements avec la réalité
02:38et avec déjà une excellente ambiance de fin du monde.
02:41Sauf que, déjà que la chaîne tape pas dans la nouveauté la plus folle
02:44en s'essayant au post-apo,
02:46elle essaie même pas de renouveler le genre
02:48avec un concept original
02:49puisqu'il s'agit d'une adaptation.
02:51Adaptation d'un jeu à succès
02:52qui lui-même,
02:53s'il a d'autres énormes qualités,
02:55ne brille pas par son originalité.
02:57Lui-même transposait un genre bien balisé
02:59au médium du jeu vidéo
03:00dans une excellente synthèse
03:01de plein d'éléments classiques
03:02des histoires d'infectés
03:03et de post-apo en général.
03:05Alors oui, ok,
03:06il y a des idées pour se démarquer,
03:07genre les différents monstres,
03:09avec cette histoire de champignons qui contaminent.
03:10Le début, bah,
03:11c'est les fils de l'homme,
03:12puis la route,
03:13et de base,
03:14le road trip du type
03:15qui protège une gamine
03:16dans un environnement violent
03:17qui devient un père de substitution,
03:19on connaît.
03:20Tout comme les passages obligés,
03:21le survivaliste reclus,
03:22les méchants pillards,
03:23les méchants militaires,
03:24le coup de
03:25« Oh là là,
03:25cette personne que j'aime a été mordue,
03:27je dois la tuer ! »
03:28Vas-y !
03:31Mais quand est-ce que la folie des hommes
03:33va-t'en l'dex,
03:34va-t'en s'arrêter ?
03:35Là, ce qui était cool,
03:36c'était de jouer à ce genre.
03:38En gros,
03:38il n'y a que le dernier tiers
03:39de The Last of Us 1,
03:41où il y a une proposition
03:42qui est vraiment un peu originale,
03:43et où il y a des trucs un peu
03:44« Oh ! »
03:45où tu fais
03:45« Ah ouais, merde, putain ! »
03:46Je ne vais pas spoiler,
03:47mais...
03:47Et le 2,
03:48il part de ce truc-là,
03:49et après,
03:49c'est de la balle,
03:51quoi, ça défonce, quoi.
03:51D'où ça sort,
03:52cette mode du zombie,
03:54et pourquoi elle refuse de crever ?
03:56Et bien ça,
03:56c'est lié à l'attrait
03:57pour le post-apocalyptique en général,
03:59c'est-à-dire les récits
03:59se déroulant à la suite
04:01d'une apocalypse.
04:02Après,
04:02l'apocalypse.
04:03Oui, je sais.
04:04Qu'est-ce que vous feriez sans moi ?
04:05Un monde,
04:05après la fin,
04:06une catastrophe globale,
04:07un effondrement total,
04:09une disparition de la civilisation
04:10telle qu'on la connaît.
04:11Même dans le jeu vidéo,
04:12justement,
04:13ça a explosé ce genre.
04:14Parce que des jeux post-apo,
04:15ça fait un moment qu'on en a,
04:16et quelques grands noms du médium
04:17y sont d'ailleurs associés,
04:18comme Fallout ou Gears of War,
04:19mais depuis quelques années,
04:21on enchaîne
04:21les gros titres
04:22qui se reposent dessus.
04:27Nier Otomata
04:28ou même le dernier Zelda
04:29qui en reprend pas mal d'éléments.
04:31Alors,
04:31comme d'habitude,
04:32quand quelque chose devient
04:32trop tendance dans le JV,
04:34ça peut plomber la créativité.
04:35Et même si on n'a peut-être pas
04:36encore atteint ce stade
04:37avec le post-apo,
04:38ça va être de plus en plus difficile
04:39d'être original avec.
04:40Mais ce que je trouve intéressant,
04:41et je pense que ce sera toujours le cas,
04:43c'est que ce setting,
04:44il oblige les créateurs
04:45à révéler leur vision
04:46de notre civilisation
04:47et de la nature humaine.
04:48Parce que de par sa promesse
04:49d'un monde redevenu hostile
04:50et dans lequel il faut survivre,
04:52il agit comme une sorte
04:53d'exhausteur de moralité.
04:54Est-ce que le summum
04:55du post-apocalyptique,
04:56ça serait pas la suppression
04:57du timbre rouge ?
04:59Post-apocalyptique.
05:01Énorme blague.
05:03Bon.
05:04On enchaîne.
05:05Bon,
05:06c'est toujours compliqué
05:07de quantifier précisément
05:08des tendances culturelles.
05:10Pour être certain du phénomène
05:11et de son ampleur,
05:12ça nécessiterait que quelqu'un
05:13s'amuse à lister
05:14toutes les œuvres post-apo,
05:16tous supports confondus,
05:17décennie après décennie,
05:19par pays,
05:19voire même
05:20de quel type de post-apo
05:21on parle,
05:22impossible.
05:23Donc je me suis dit
05:24ok,
05:252012,
05:26je vais décider
05:27de référencer.
05:28C'est-à-dire,
05:298 ans de recherche
05:29à bouffer les listes,
05:32à rechercher
05:32toutes les références
05:33de tous les pays possibles.
05:34Et donc j'ai référencé
05:35tout ce qui s'est fait
05:36du 19e à nos jours.
05:37Je suis arrivé aujourd'hui
05:39à référencer
05:413600 références.
05:42Impossible n'est pas
05:43Raphaël Colson,
05:44car Raphaël Colson,
05:45c'est lui.
05:45L'essayiste a beaucoup
05:46travaillé sur la science-fiction,
05:48notamment le rétro-futurisme
05:49et le cyberpunk,
05:50et donc le post-apo.
05:51Je voyais pas le bout.
05:52C'est-à-dire que chaque année,
05:53amener son nouveau lot
05:54de production,
05:55et tu dis
05:56à quel moment
05:57je m'arrête.
05:58Et là,
05:58effectivement,
05:59à la fin du monde.
06:00Le résultat de ce taf monstrueux,
06:02l'Atlas post-apocalyptique,
06:03vous pouvez le retrouver
06:04gratos sur le site
06:05du festival de SF,
06:07les Intergalactiques,
06:08via le lien en description.
06:09Et regardez,
06:10c'est bien ce que je dis.
06:11Les récits post-apo,
06:12c'est vieux comme
06:12la fin du monde,
06:13et ça fait quasiment
06:14que monter tout le temps.
06:15Et puis boum,
06:16là,
06:16t'as le passage à l'an 2000.
06:18Les nouveaux millénaires,
06:18c'est propice aux angoisses
06:20dites millénaristes,
06:21d'où le nom.
06:22Je suis le bug
06:23de l'an 2000.
06:24Wiz,
06:25Wiz,
06:26Wiz,
06:26Wiz.
06:29Quelle époque ?
06:30Ou alors ça ?
06:31Des illuminés venus du monde entier,
06:33les habitants de Bugarach
06:34redoutent d'en voir affluer
06:36lors de la présumée fin du monde.
06:38Je m'appelle Sylvain Durif,
06:39mon nom au plan cosmique,
06:42c'est Oriana.
06:42Donc j'incarne en fait
06:43l'énergie de l'homme vert
06:44du grand monarque,
06:45qui est annoncé par
06:46dans les prophéties de Nostradamus.
06:47Alors là,
06:48décennie 2010,
06:49et voilà !
06:50Les années 2010,
06:51donc 2010-2019,
06:53j'ai référencé
06:551400 références.
06:56Et on arrive à
06:57je sais plus combien d'œuvres
06:58par semaine
06:58publiées ou diffusées
07:00ou produites.
07:02Et tout ça,
07:02c'est juste
07:03l'apocalypse zombie.
07:04Mais alors,
07:05pourquoi ?
07:05Là,
07:06ça devient intéressant
07:06de regarder les types d'apocalypse
07:08et donc les types de peurs
07:10de chaque époque.
07:10Globalement,
07:11à la base,
07:11on a surtout des catastrophes naturelles,
07:13voire cosmiques.
07:14La nature,
07:14ça fait bien flipper.
07:15C'est quelque chose
07:16dont l'humanité doit se protéger,
07:18qu'elle doit maîtriser et dominer.
07:20Ça,
07:20c'est un héritage des Lumières.
07:21On s'est déjà tapé
07:22à l'époque
07:22des bonnes frayeurs
07:23à base de séismes
07:24qui rasent des villes entières.
07:25Jusqu'à ce qui arrive 1914,
07:27et là,
07:28étonnamment,
07:28la guerre s'impose
07:29comme une raison de la catastrophe.
07:31La guerre,
07:31mais aussi l'épidémie,
07:33puisqu'en bonus
07:34et pour encore plus de victimes
07:35que la Première Guerre mondiale,
07:36on s'est tapé
07:37une bonne grippe.
07:38La mort en espagnol,
07:40au cas où tu causes pas le Mexicain ?
07:41En fait,
07:42à ce stade,
07:43vous pouvez presque tout deviner.
07:44L'apocalypse nucléaire
07:45s'impose tout au long
07:46de la guerre froide
07:46pour passer un peu de mode
07:47après la chute de l'URSS.
07:49Et qu'est-ce qui prend alors
07:50petit à petit le dessus ?
07:51Les craintes vis-à-vis
07:52de la technologie
07:53et de l'industrie,
07:54vis-à-vis des effondrements sociaux
07:55et vis-à-vis de l'environnement.
07:57Mais plus encore que tout ça,
08:00vous l'avez, hein ?
08:02Les WOKES !
08:03La colère de Dieu
08:04va s'abattre sur la France.
08:06Non, je déconne.
08:07C'est bon,
08:07tout le monde voit
08:08ce que c'est une pandémie maintenant ?
08:09Et là,
08:10on parle en général,
08:12de se rajouter à ça.
08:13D'où le fait que
08:14ce ne sont pas des zombies
08:15qui se sont déjà fait qu'est.
08:16Ça a en fait
08:17sa petite importance.
08:18Vous le savez sans doute,
08:19à la base,
08:19le zombie est un mort-vivant.
08:20Ça nous vient du vaudou
08:21et c'est comme ça
08:22qu'il s'est d'abord développé
08:23dans la culture populaire mondiale,
08:25à commencer par la version
08:26de George Romero
08:27avec la nuit des morts-vivants.
08:29Ça relève donc plus du fantastique,
08:30de l'horreur et de l'occulte
08:32que de la SF.
08:32Cependant, très vite,
08:33on l'associe à une apocalypse,
08:35donc au post-apo
08:36et à la contagion.
08:37Certes,
08:38dans de nombreux cas,
08:39c'est juste que les morts
08:40reviennent à la vie
08:40sous cette forme.
08:41Mais même dans ce cas,
08:42il transporte l'idée
08:43de contamination,
08:44comme avec la morsure
08:45qui fait de toi l'un d'eux,
08:46avec l'idée de fièvre,
08:48tout ça,
08:48que tu vas transmettre aux autres.
08:49Une véritable épidémie,
08:51donc,
08:51qui propage le mal partout,
08:52provoque un effondrement
08:53de la civilisation
08:54incapable de le contenir
08:55et dont on doit trouver
08:56un remède.
08:57D'où le fait que la notion
08:58de mort-vivant
08:59ait pu disparaître
09:00au profit de l'infecté,
09:01qui garde des caractéristiques
09:02du zombie,
09:03tout en permettant
09:04des variantes,
09:05le fameux zombie qui court,
09:06ou donc les spores
09:07de The Last of Us,
09:08avec ces malades
09:09totalement transformés
09:10par des champignons.
09:11C'est comme dans Mario.
09:12Avec le Covid,
09:13l'épidémie de zombies
09:13pourrait avoir encore
09:14de bougeons devant elle
09:16et les créateurs
09:17de la série The Last of Us
09:18ont décidé de privilégier
09:19cet aspect
09:19au point que ça a énervé
09:21des fans du jeu.
09:21Pourquoi du zombie
09:23et du post-apo
09:23tout le temps,
09:25partout ?
09:25On peut reformuler
09:26la question ainsi.
09:27Pourquoi on n'arrive plus
09:28à imaginer des futurs
09:29qui ne passent pas
09:30par la case catastrophe ?
09:31Il est loin le temps
09:32de la SF à vaisseaux spatiaux
09:34et jetpack laser,
09:35qu'elle paraît désuète
09:36la société d'abondance
09:37de Star Trek
09:37prête à repousser
09:39les dernières frontières.
09:40C'est qu'à une certaine époque,
09:41progrès social
09:42et progrès technologique
09:43semblent n'être
09:43qu'une seule et même chose.
09:44Un progrès général,
09:46positif et irrémédiable,
09:48rempli par les promesses
09:49d'un moment d'effervescence
09:50de la science moderne
09:51et de la révolution industrielle
09:52où on pouvait se dire
09:53« Ouais, mais imaginez
09:55ce qu'on aura
09:55dans quelques décennies ! »
09:58Eh ben...
10:12Oh mais mec,
10:13le confort !
10:17Alors, pas étonnant
10:18qu'on soit graduellement
10:19passé des voitures volantes
10:20à la lutte à mort pour l'essence.
10:22Dans 20-30 ans,
10:23il n'y en aura plus.
10:25Le post-apo
10:26est le symptôme culturel
10:28d'une perte de foi
10:29dans le futur.
10:30La téléportation sur Mars
10:31ça paraît assez lointain
10:32quand on se dit
10:33qu'on n'aura déjà
10:34pas de retraite
10:34et en fait
10:35même pas de planète vivable.
10:36Dans le cas du zombie,
10:37c'est même une perte de foi
10:38en l'humanité.
10:39L'humanité, les gens,
10:40pas le journal.
10:41Le journal, abonnez-vous.
10:43Avant la fin du monde.
10:44Le monde, pas le journal.
10:46Tu as une partie
10:47de la fiction post-apo
10:48qui va traiter
10:49du réchauffement climatique,
10:50de la fin des énergies.
10:52Mais le gros,
10:53c'est la pandémie,
10:55c'est ce qui prédomine,
10:56c'est les œuvres
10:57comme Walking Dead
10:57et ça occulte complètement
10:59toutes ces questions-là.
11:00Ça ne concerne que l'humanité
11:02parce que déjà,
11:03l'humanité,
11:04elle a se posé la question
11:05de effectivement,
11:06si tout s'effondre,
11:06qu'est-ce qu'on pourra faire
11:08si ce n'est se foutre sur la gueule
11:09puisqu'on nous a conditionnés
11:11pour se foutre sur la gueule.
11:12En plus de la contamination globale,
11:14propre à une période
11:15de mondialisation,
11:16le zombie renvoie
11:17à une peur bien particulière,
11:19celle de l'autre.
11:20Peur de masses étrangères,
11:21prêtes à nous submerger
11:22et à nous assimiler.
11:23Peur des inconnus,
11:24des foules anonymes
11:25que l'on croise au quotidien
11:26et qui pourraient dissimuler
11:27tant de menaces.
11:28Peur soudaine de son propre voisin
11:30qui semblait pourtant si tranquille,
11:31voire de ses proches
11:32les plus intimes.
11:33Plus généralement,
11:34peur d'une société
11:35de moins en moins pacifiée
11:37où la civilisation s'est effondrée
11:38et cesse de nous protéger
11:40de ce que nous serions vraiment,
11:41au fond,
11:42un loup pour l'homme.
11:43Je vous découpe !
11:45Je vous découpe les genoux !
11:46Arrête !
11:47T'es clairement sous pression,
11:48t'as vraiment besoin de calme !
11:49Ça va très bien !
11:50Ça va mieux que toi.
11:51Des peurs qui en disent long
11:52sur l'état de société
11:53où les gens sont atomisés
11:55et les liens collectifs
11:56toujours plus rompus.
11:57On est ici, on est dans ton look-up,
12:00ça fait trop réfléchir,
12:01je vais devenir le Joker.
12:02C'est pas pour rien
12:03que c'est les USA
12:04qui sont premiers sur le post-apo
12:05et pas pour rien
12:06qu'ils sont aussi premiers
12:07sur le survivalisme.
12:08Le zombie ne joue pas
12:09qu'à nous faire peur.
12:10Le post-apo en général
12:12et nos morts-vivants préférés
12:13tout particulièrement
12:14peuvent souvent se faire
12:15le terrain de jeu jouissif
12:16d'une violence graphique,
12:17fun même,
12:18une catharsis dans un monde
12:19où tout est permis.
12:20C'est pas pour rien
12:21qu'il reprend tant de figures
12:22et d'esthétiques
12:23issues de l'imaginaire du Far West.
12:25Avec le zombie,
12:25tout est permis,
12:26car c'est un zombie.
12:27Cependant,
12:28ça passe par un processus
12:29qui peut revêtir
12:30des aspects plus...
12:31inquiétants.
12:32Car la zombification,
12:33c'est littéralement
12:34une déshumanisation.
12:35La menace n'est pas
12:36un alien bizarre
12:37ou un monstre chelou,
12:38c'est à la base
12:38quelqu'un.
12:39Un étranger,
12:40un anonyme,
12:40un voisin
12:41ou un proche.
12:42La déshumanisation,
12:43c'est ce qui permet
12:44justement
12:45de justifier le pire.
12:47Vas-y, tire-la, là !
12:48Allez !
12:49Allez !
12:49Oui !
12:51C'est ça,
12:52merde !
12:52Vas-y, tu veux
12:53la grosse saucisse à René ?
12:55On ne massacre pas ici
12:56un blob ou des démons,
12:58on massacre un monstre
12:59à forme humaine
13:00qui fut une personne
13:01mais qui ne l'est plus
13:02et de toute façon,
13:04c'est lui ou nous.
13:06Retour dans l'enfer,
13:07immonde créature dégueulée.
13:08Oh !
13:10Non mais ça va,
13:10c'est bon,
13:11t'as gagné mon gars,
13:12t'as un flingue
13:13pointé sur ma tête,
13:13t'es obligé de m'humilier
13:14sur mon physique en plus !
13:15Le post-apo n'est pas
13:16qu'une peur,
13:17c'est aussi un fantasme.
13:19L'effondrement de la civilisation,
13:20la disparition de toute institution,
13:22à commencer par l'état de droit
13:23et toute structure collective.
13:25Le signal dont rêvent certains
13:27pour commencer à massacrer
13:28leurs prochains
13:29qu'ils ont au préalable
13:30déshumanisés.
13:31Et on sait comment,
13:32parmi ceux qui agitent
13:33la crainte d'une situation
13:34de guerre civile,
13:35beaucoup s'y préparent,
13:36surtout l'espèrent
13:37et feront tout pour l'amener.
13:39Et ça,
13:39c'est jamais bon signe.
13:41Mais attention,
13:41ça, ça ne résume pas
13:42le post-apo,
13:43loin de là.
13:44C'est un des affects
13:45qui porte la popularité
13:47de ce genre
13:47et il s'y mêle à d'autres,
13:48y compris contradictoires.
13:50Le zombie,
13:50est-ce qu'au fond,
13:51c'est pas l'autre face
13:52de la pièce
13:52avec l'autre grande mode
13:54qu'est celle du super-héros,
13:55avec ce rêve
13:56que des êtres supérieurs
13:57tombés du ciel
13:58viennent nous protéger
13:59et régler tous nos problèmes ?
14:00Le post-apo colle de manière générale
14:02à des générations de doumeurs,
14:04fruit d'une période
14:05de fin de l'histoire
14:06décrétée à partir
14:06des années 80
14:07mais ayant totalement perdu
14:09les espoirs
14:09qu'elle était censée porter.
14:10Toujours les années 80,
14:12j'arrête pas de le dire,
14:13personne m'écoute,
14:14on me traite de fou.
14:15Après les désillusions
14:16des contre-modèles du 20e siècle,
14:18ceux qui voient à quel point
14:19le modèle court à sa perte
14:20mais à qui on a expliqué
14:21« there is no alternative »
14:23ne peuvent plus imaginer
14:24que la catastrophe.
14:25C'est vraiment la caca,
14:26la cata, c'est la...
14:27C'est la catastrophe.
14:28Et comme le veut la célèbre formule,
14:30il est plus facile d'imaginer
14:31la fin du monde
14:32que la fin du capitalisme.
14:33Est-ce qu'elle n'est pas là
14:34la racine du problème ?
14:36Notre incapacité
14:37à imaginer autre chose.
14:38La bonne vieille SF à papa
14:39qui imaginait des avenirs désirables
14:41cohabitait avec des grands idéaux
14:43transformateurs
14:44et les grands récits utopiques.
14:45Entre-temps,
14:46comme disait le philosophe
14:47Daniel Ben Saïd,
14:48les mots sont sortis
14:49blessés du 20e siècle.
14:50Les grandes promesses
14:51de monde meilleur
14:51ont tant de fois viré
14:53au cauchemar
14:53avec leur lot d'échecs.
14:55Les grandes illusions
14:56ont laissé la place
14:57à une grande désillusion.
14:58Comment dans ces conditions
14:59imaginer à nouveau
15:00des lendemains qui chantent ?
15:02Par exemple,
15:02c'est ce qu'essaie de faire
15:03un roman comme Utopia
15:04de Camille Boulanger
15:05qui s'inspire
15:06des dépossédés
15:07d'Ursula Le Guin
15:07et qui renoue sans complexe
15:09avec la tradition
15:10du récit utopique
15:11en racontant la vie d'un homme
15:12dans une société
15:13inspirée,
15:14je vous le donne en mille,
15:15des travaux de Bernard Friot.
15:17C'est du salaire.
15:19Et ici, justement,
15:20c'est pas la fin du monde
15:21qu'il imagine,
15:22c'est bien la fin du capitalisme.
15:23Tout est du salaire.
15:25Ça c'est du salaire.
15:26Toi t'es du salaire.
15:26J'en ai rien à foutre !
15:28D'ailleurs,
15:29les intergalactiques cette année,
15:31fin avril,
15:32je sais plus la date,
15:33table ronde,
15:34Camille Boulanger,
15:35Bernard Friot,
15:36et moi,
15:38venez,
15:39ça va être trop bien !
15:40Aussi, depuis quelques années,
15:41c'est à cause d'une ESF
15:42qui renourrait
15:43avec ses imaginaires désirables.
15:44J'ai plusieurs fois ici
15:45utilisé le terme
15:46Solar Punk,
15:47un genre qui imagine
15:48un avenir sain,
15:49positif et solaire,
15:50d'où le nom,
15:51à base de sociétés nouvelles,
15:53de technologies utiles
15:54et d'énergies propres,
15:55d'où le nom
15:56pour l'énergie solaire,
15:57qui ici remplacent
15:58le cyber du cyberpunk
15:59et la vapeur du steampunk.
16:01Alors, c'est très chouette,
16:02ça fait rêver,
16:03mais ça illustre
16:03parfaitement un autre problème.
16:05Le Solar Punk,
16:06on en parle beaucoup,
16:07mais bon,
16:08est-ce que c'est pas juste
16:09un vœu pieux ?
16:10Il n'a pas encore
16:10une production énorme,
16:12pas d'œuvre majeure
16:13et pas d'impact culturel massif,
16:15surtout si on compare
16:16au post-apo.
16:17Un mouvement culturel,
16:17ça se définit surtout
16:18après coup,
16:19à l'épreuve du temps
16:20et pas juste en le souhaitant.
16:21On peut demander à l'ASF
16:23d'être optimiste,
16:24mais ça reste des incantations
16:25et ça ne se décrète pas.
16:26La positive attitude,
16:28c'est une question
16:29presque de philosophie.
16:30On n'a pas le droit
16:31d'être désespéré.
16:33Alors forcément,
16:33aux yeux du Premier ministre,
16:35les manifestants
16:36de samedi dernier
16:36étaient loin d'avoir adopté
16:38cette fameuse positive attitude.
16:40Mais pour finir,
16:41comme je ne veux pas
16:41vous déprimer,
16:42je vous propose
16:43de voir le problème autrement.
16:44Le rôle de l'anticipation,
16:45c'est pas de nous coucouner
16:46ou de nous fournir un manuel.
16:48L'ASF n'a pas à nous dire
16:49qu'on va arrêter
16:50de faire des conneries
16:51vu qu'on n'est pas parti pour.
16:53Elle sert aussi
16:53d'avertissement
16:54et questionne notre monde.
16:55D'ailleurs, moi-même,
16:56j'avais utilisé
16:57la fiction post-apo
16:58pour donner un autre regard
16:59sur notre siècle
17:00à travers les archives de l'INA.
17:01Et oui, allez voir,
17:02ça s'appelle Inapocalypse,
17:03on vous le met en description.
17:04C'est co-réalisé
17:05avec Slexno du Nexus 6
17:06et avec une bande originale
17:08de chronomusique.
17:09Quelque part,
17:09zombies ou autre,
17:10c'est pas tant l'apocalypse
17:12l'intérêt
17:12que comment les gens vont y réagir.
17:14Les récits de crise
17:15servent de révélateur
17:16et comme disaient
17:17les vieux résistants
17:17par chez moi en limousin,
17:18lui, j'aimerais pas le voir
17:19en temps de guerre.
17:20Ces récits montrent
17:21des gens s'entretuer
17:22mais aussi s'organiser,
17:24reproduire les pires
17:25rapports sociaux
17:25ou en créer de nouveaux,
17:27se montrer impitoyable
17:28autant que solidaire.
17:29Je prendrais l'exemple
17:30par exemple de Nausicaa
17:31qui est au moins le film,
17:33justement,
17:34qui oppose
17:37ces types de communautés,
17:38c'est-à-dire
17:39la communauté de Nausicaa,
17:40c'est vraiment
17:41une communauté utopique
17:42qui est arrivée
17:43à faire un équilibre
17:44avec la nature
17:45et qui va subir
17:46une agression extérieure.
17:48Et en fait,
17:48ce que rappelle Miyazaki,
17:49c'est que lui développe
17:50en fiction des utopies
17:52mais que ces utopies,
17:53à un moment,
17:53elles sont toujours
17:54confrontées au réel,
17:56à la réalité du show.
17:57Est-ce que le post-apo,
17:58c'est forcément
17:59un genre pessimiste ?
18:00Est-ce qu'on doit
18:01l'opposer à une SF utopique
18:03ou est-ce qu'il peut
18:04lui-même se faire porteur
18:05d'utopie ?
18:05En se mettant
18:06à imaginer des avenirs désirables
18:07mais débarrassés
18:08de l'illusion
18:09que c'est la voie
18:10qu'on a en train de prendre
18:10et qu'au contraire,
18:12ils nécessiteront
18:12que du passé,
18:13on fasse table rase
18:14par la fin
18:15de leur monde.
18:16Aujourd'hui,
18:18dans les mots
18:18de l'église
18:19et de la sinistre
18:20philosophe Émile Tchioran,
18:22« Réconcilé avec le terrible,
18:24nous voyons
18:25une contamination
18:25de l'utopie
18:26par l'apocalypse.
18:28Les deux genres
18:29qui ont été
18:29tellement dissimulés
18:30à nous
18:31interpénétrèrent,
18:32se rèvent en l'autre
18:33pour former un troisième.
18:35Cette interpénétration
18:36est vivée
18:36dans ces profs écologiques
18:38pour un monde
18:39qui se rassent
18:40et qui se rassent
18:41de l'humain.
18:44Il y a un an encore,
18:45on prévoyait
18:45la fin du monde.
18:46On ne devrait même
18:47pas être là.
18:48Mais on est là.
18:50Ça n'a rien de sorcier
18:51de détruire
18:52une machine infernale
18:53qui vous bourre le crâne
18:54et qui vous persuade
18:55que vous êtes condamné.
18:56Ce qui est moins évident,
18:57c'est de savoir
18:58ce qu'on va inventer
18:59à la place.
19:00C'est un défi de taille.
19:01On n'y arrivera pas
19:02tout seul.
19:04On a besoin de vous.
19:05Sous-titrage Société Radio-Canada