- il y a 11 heures
« Si tu ne travailles pas bien à l’école, tu seras caissière. » Mal-reconnus, dénigrés, les premiers de corvée doivent toujours se contenter de salaires de misère et de conditions de travail précaires. La crise sanitaire a pourtant démontré leur extrême nécessité. Comment enfin revaloriser ces travailleurs à leur juste valeur ?
Débat dans le cadre de la fête de l'Humanité, le samedi 12 septembre 2020 à La Bellevilloise (Paris).
Avec :
Malika Belarbi, aide soignante en Ephad,
Miralemen Dedic, salarié de carrefour, élu CGT,
Stephane Peu, Député PCF,
Nasser Mansouri, économiste, spécialiste discrimination salariale,
Le débat est animé par Marie Toulgoat et Marion d'Allard, journalistes à l’Humanité
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La fête de l'Humanité : https://fete.humanite.fr/
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NewsTranscription
00:004, 3, 2, 1, 9
00:06Bonjour à tous et bienvenue à ce débat de la fête de l'humanité.
00:09Merci à tous d'être présents et merci à ceux qui nous regardent en direct sur le site de la
00:13fête.
00:14Ils ont été érigés en héros pendant le confinement.
00:18Emmanuel Macron les a également salués comme ce peuple de travailleurs de France qui se bat et qui permet au
00:23pays de vivre.
00:24Caissiers, éboueurs, livreurs, postiers, aides à domicile, agents de nettoyage.
00:30Si le confinement a mis en lumière une chose, c'est qu'ils sont plus qu'indispensables pour notre société
00:36et qu'ils sont pourtant généralement dans l'ombre.
00:40Alors, le risque sanitaire est toujours bien présent aujourd'hui et les promesses qui leur ont été faites pendant le
00:45confinement sont restées pour l'instant lettres mortes.
00:48Augmentation de salaire qui ne sont pas venues, des primes très inégales.
00:52Pire, la période a même ouvert la porte à une dérégulation du droit du travail qui a permis des conditions
00:57encore plus néfastes pour ces travailleurs de Londres.
00:59Alors, entre manque de reconnaissance, salaire plus que modeste et prime au lance-pierre, comment faire pour revaloriser enfin le
01:06travail de ces premiers de corvée et faire en sorte qu'ils ne soient plus considérés comme des derniers de
01:11cordée ?
01:12Donc, pour répondre à ces questions, nous avons le plaisir d'accueillir Malika Bellarbi.
01:16Vous êtes aide-soignante en EHPAD publique à Boulogne-Biancourt dans les Hauts-de-Seine et vous êtes aussi responsable
01:22du comité national de la CGT pour l'accueil des personnes âgées.
01:26Nasser Mansoury, vous êtes économiste et vous étiez responsable du pôle économie de la CGT et ainsi que auteur du
01:33livre Développer les services publics, un débat d'avant-garde que vous pouvez tous trouver au village du livre à
01:38l'étage inférieur.
01:39Et Stéphane Peu, vous êtes députée communiste de la Seine-Saint-Denis.
01:42Bonjour à tous et merci d'être venus.
01:44Alors, pour commencer, Malika Bellarbi, vous avez donc continué à travailler pendant le confinement en tant qu'aide soignante.
01:51Est-ce que vous pouvez nous raconter un petit peu comment ça s'est passé ?
01:53Quelles étaient vos conditions de travail ? Est-ce que vous avez bien été protégée ? Est-ce que vous
01:57pouvez nous parler de tout ça un petit peu ?
02:00Bonjour. En début de confinement, en courant mars, effectivement, j'ai été aussi sur le terrain en qualité d'aide
02:10soignante dans un EHPAD à Boulogne-Biancourt.
02:15En parlant de mes conditions de travail, ça a été assez difficile parce que bien avant, la crise sanitaire est
02:23nombreuse et nombreuse, surtout nombreuse,
02:26parce que 80% sont des femmes dans ce secteur-là.
02:30On travaille dans des conditions qui sont très difficiles, sous-effectifs, un manque de présence, de management,
02:39pas de médecins, peu de médecins, médecins-coordinateurs qui ne sont pas dans une démarche de prescription médicale, ce qui
02:48met à mal ce secteur.
02:50Et aussi, peu d'infirmières, des aides-soignantes qui sont soumises à faire des soins qui relèvent et voient des
02:56actes infirmiers
02:57où on n'a pas la compétence et la formation pour le faire.
03:01Mais alors, cette crise sanitaire, quand elle est arrivée, moi, j'ai été quand même avec plusieurs soignantes.
03:07On était tous dans l'angoisse parce qu'on n'avait pas du tout les moyens matériels et les moyens
03:12humains pour faire face à ce virus
03:15qu'on ne connaissait pas parce qu'on l'appelait virus dévastateur.
03:18Aujourd'hui, on le connaît plus parce que, bon, avec et encore, on est quand même...
03:22Il circule toujours et il fait quand même assez de dégâts sur la population, particulièrement, mais aussi particulièrement des personnes
03:29âgées.
03:29Donc, ça a été très, très difficile.
03:32Moi, je me souviens, le premier jour que je me suis rendue, parce que c'est vrai que ça fait
03:36un petit moment que je n'avais pas travaillé,
03:38j'avais ce mandat national que j'occupe, qui me prend beaucoup de temps,
03:42mais j'ai été travaillée parce que j'ai été assignée, mais aussi parce que j'avais besoin d'être
03:48sur le terrain,
03:48parce que je voyais ce désastre, que mes collègues étaient tous en difficulté, il faut absolument que j'aille sur
03:54le terrain.
03:54Donc, le premier jour, j'ai été très surpris, je suis arrivée dans cette EHPAD, 40 résidents,
04:00je me suis retrouvée seule dans le service, personne.
04:02Il était 7h30 du matin, j'ai été...
04:05En fin de compte, je me disais, en fin de compte, tous les témoignages de mes collègues qui me disaient
04:09de leurs conditions,
04:10je le vivais et c'était très difficile, mais quand même, je me suis dit, il faut y aller.
04:15Donc, j'ai été sur le secteur, j'ai essayé de me débrouiller.
04:17Donc, après, il y a effectivement deux aides-soignantes qui sont arrivées, mais à 9h.
04:22Donc, à 9h du matin, à partir de 9h du matin, on se retrouvait 3 pour 40 résidents,
04:27ce qui était difficile parce qu'il fallait déjà assurer le quotidien des résidents,
04:32mais aussi ce virus, il fallait se protéger.
04:36Mais en plus, on n'avait pas les masques, parce que les masques, ils ont été vraiment distribués en compte
04:40-gouttes.
04:40Il y a eu une erreur au niveau du gouvernement qui disait, on n'en avait pas besoin,
04:44juste un lavage hydroalcoolique des mains, ça suffisait.
04:47Mais pendant ce temps-là, nous, on était en danger et on mettait en danger nos résidents parce qu'on
04:52ne les protégeait pas.
04:53Donc, ça a bien fait aujourd'hui le résultat de nombreux, nombreux décès,
04:57de nombreux cas de Covid auprès de nos personnes âgées.
04:59Moi aussi, on a oublié aussi les salariés qui ont été touchés aussi par le Covid aujourd'hui,
05:05qui se retrouvent chez eux parce qu'ils ne sont pas remontés de ce virus,
05:09parce qu'il y a des séquelles derrière.
05:11On oublie aussi de parler des décès de nos collègues.
05:14Moi, j'en ai eu des décès pas très loin, à 500 mètres de mon établissement,
05:19une ASH qui avait des problèmes de santé, qui a été au front et qui est morte du Covid.
05:23Donc, tout ça, on a vraiment vécu un enfer.
05:28Et encore, il y a eu beaucoup, beaucoup de choses qui n'ont pas été dites.
05:31Mais franchement, ce n'est pas exagéré.
05:34Moi, je l'ai vécu, j'ai vu ce qui se passait.
05:36Ce n'était pas des témoignages.
05:38Moi, je l'ai vécu et j'ai vu la difficulté qu'on avait sur le terrain.
05:42Et le problème, c'est qu'on a un gouvernement qui ne nous écoute pas.
05:46On fait semblant.
05:47Excusez-moi, je vais aller plus loin.
05:49Hier, je regardais sur un reportage sur France 2 l'image d'un EHPAD.
05:53Mais hyper opérationnel, on avait, franchement, c'était vraiment la belle vie.
05:57Mais sur la réalité, ce n'est pas vrai.
05:59Ce n'est pas vrai.
06:00Il y a peut-être quelques EHPAD où ça se passe bien.
06:02Mais sur la réalité, 90 % des EHPAD sur le territoire national ne vont pas du tout bien.
06:08Parce qu'on a des salariés qui ne sont pas déjà sous-payés.
06:11On a des salariés qui ne sont pas peu qualifiés.
06:15Parce qu'on ne leur donne pas le droit à la formation et ils le demandent.
06:18Et en plus, je ne vous dis pas, et les conditions de travail pour nous qui sont difficiles.
06:23Déjà, c'est une souffrance pour les salariés.
06:24Mais c'est aussi une souffrance pour les résidents parce qu'on ne les soigne pas très bien.
06:28Nous, on a envie de les soigner comme il faut.
06:30Et cette situation, elle n'est pas tolérable.
06:35Et je pense qu'il faut vraiment qu'on puisse agir plus fort.
06:38et qu'on puisse vraiment mener cette bataille et de gagner pour les personnes âgées, mais aussi pour les salariés.
06:49Voilà.
06:49Est-ce que vous avez l'impression que vous avez manqué de reconnaissance ou qu'on vous a méprisé ?
06:53C'est quoi votre sentiment vis-à-vis de tout ce désastre, on peut dire ?
06:58Écoutez, oui.
07:00Pour moi, il manque de reconnaissance.
07:02Pourquoi ?
07:02Parce que dans le secteur des EHPAD, il ne faut pas oublier qu'on a plus de 50% du
07:10personnel.
07:11Et encore, je n'ai pas les statistiques, parce qu'on a toujours du mal à avoir des statistiques officielles
07:17de la part de la Haute Autorité de Santé.
07:19Mais je peux vous dire qu'elles sont tous qualifiées comme auxiliaires de vie.
07:24Aujourd'hui, une auxiliaire de vie.
07:26Dans le secteur public, elle est payée comme agent d'entretien qualifié.
07:30Donc, elle est déjà sous-payée sur son salaire et elle fait un travail d'aide-soignante.
07:34Mais en plus, avec cette prime qui est arrivée, qui a été très métiatisée pour aider, soi-disant, ce secteur
07:40et les salariés.
07:41Donc, beaucoup, beaucoup d'entre elles ne le touchent pas.
07:44Elles font la fonction d'aide-soignante, mais elles ne touchent pas cette prime de 100 euros.
07:47Il y a une grande discrimination dans ce secteur.
07:50En plus de ça, elles sont là après la crise sanitaire.
07:53Je vous assure, on nous a abandonnés.
07:54Moi, je dis, pendant la crise sanitaire, on a été soutenus par la population.
07:59C'est vrai.
07:59Ça, ça a été un grand soutien.
08:01Et ça, ça nous a donné des forces.
08:03Parce que moi, j'avais peur.
08:04Je vous dis franchement, quand j'allais travailler, je me suis dit,
08:08je ne sais pas que j'avais peur pour moi, mais j'avais peur pour aller à la maison.
08:11Parce que j'ai un mari qui est diabétique et j'ai un enfant qui est asthmatique.
08:14Donc, je prenais quand même des risques pour ma famille.
08:17Donc, c'était très angoissant.
08:18Moi, ce qui m'a donné la force, c'est la population qui nous a vraiment soutenus.
08:22Et ça, ça a été une grande force.
08:24On a eu beaucoup de soutien.
08:26Ça, je ne le cache pas.
08:28Mais on a eu quand même certaines directions.
08:30Il ne faut pas quand même trop alarmer.
08:33Moi, dans mon établissement, on avait quand même notre direction qui était sur le terrain.
08:36Ils ont mis leur tenue.
08:37Ils ont mis les maths.
08:38Ils sont venus, nous ont soutenus.
08:40Ça, à ce niveau-là, il n'y a rien à dire.
08:41Mais moi, ce qui me pose problème, c'est qu'aujourd'hui, ce virus, on pensait qu'il allait partir
08:48parce qu'on nous a déconfinés.
08:49Mais il est toujours là et on nous a un peu abandonnés.
08:53Et le problème, c'est que je me prends compte qu'en fin de compte, là, on est beaucoup réprimandés.
08:58On est en train de nous faire payer un peu nos postures professionnelles.
09:02Parce qu'aujourd'hui, moi, de plus en plus, on a des soignants qui sont convoqués, qui sont suspendus.
09:08Parce que, je ne sais pas, on n'a plus besoin d'eux.
09:11La crise sanitaire pense qu'elle est partie et qu'il faut faire les règlements de compte.
09:15Et moi, je trouve que c'est très, très difficile.
09:18Très difficile à vivre.
09:20Alors, le plan de relance qui a été présenté le 3 septembre dernier comporte beaucoup de mesures en faveur des
09:25entreprises.
09:26Donc, parmi celles-ci, des exonérations de cotisations sociales ou des baisses d'impôts de production.
09:32Nasser Mansouri, pour vraiment revaloriser le travail de ces salariés qui ont beaucoup donné pendant la crise sanitaire et à
09:39qui on avait fait des promesses.
09:41À quoi il aurait fallu qu'il ressemble ce plan de relance pour vraiment tenir les espoirs des salariés qui
09:48auraient voulu être un petit peu plus considérés ?
09:50Bonjour. Peut-être, avant de répondre concrètement à cette question, je pense, si vous permettez, de prendre un peu de
09:56recul pour donner un peu plus de consistance, entre guillemets, économique, au témoignage de Malika.
10:05Je pense que cette crise a mis en évidence plusieurs choses, mais pour aller très vite.
10:12Premièrement, c'est que le libéralisme est néfaste pour les citoyens.
10:17Donc, vraiment, il faut rompre avec le libéralisme.
10:19Le libéralisme, c'est l'expression politique du capitalisme aujourd'hui.
10:23Donc, il faut vraiment sortir du capitalisme.
10:26Je pense que ça, c'est un premier message extrêmement important de l'enseignement qu'il faut tirer de cette
10:32crise.
10:32Et de ce point de vue, le plan de relance, c'est le contraire.
10:35C'est-à-dire, on a beaucoup parlé du monde d'après, mais le plan de relance, c'est à
10:42la sauce du monde ancien, en quelque sorte.
10:45Je pense que vraiment, de ce point de vue, on peut y revenir.
10:48Donc, ce n'est pas la réponse appropriée à cette crise.
10:52Le deuxième élément, à mon avis, extrêmement important que cette crise met en évidence, c'est le nécessaire développement des
10:59services publics.
11:00C'est-à-dire qu'on voit à quel point il est primordial et vraiment fondamental et décisif pour notre
11:07société de développer les services publics pour répondre, effectivement, aux besoins qui s'expriment dans la société.
11:14Et le troisième élément, je pense extrêmement important, c'est, bien sûr, il y a la reconnaissance des citoyens.
11:20Mais au-delà de cette reconnaissance morale, il faut concrètement reconnaître le travail des travailleurs.
11:29Et là, ça passe notamment par les salaires.
11:31Et donc, de ce point de vue aussi, le plan de relance est totalement silencieux.
11:36C'est-à-dire que la vraie question aujourd'hui, qu'il faut augmenter les salaires des travailleurs, est totalement
11:44absente dans ce plan de relance.
11:46Je pense que vraiment, c'est autour de ces idées-là, à mon avis, qu'il faut un peu débattre.
11:51Et si je peux me permettre, peut-être d'autres éléments, si on peut prendre un peu de recul par
11:57rapport à ces questions-là,
11:58ce qu'on constate dans l'économie mondiale depuis deux ou trois décennies, c'est une forte hausse des inégalités.
12:06Et là, il y a un consensus.
12:07Tout le monde, y compris les institutions internationales, comme le FMI, comme la Banque mondiale, qui sont libérales,
12:13ils reconnaissent ces institutions-là, aussi reconnaissent qu'il y a une hausse des inégalités.
12:19Donc, tout le monde, y compris les libéraux, reconnaissent qu'il faut réduire les inégalités.
12:25Sauf que, lorsqu'on regarde un peu les solutions, il y a certains libéraux,
12:31je pense que, par exemple, la fameuse théorie du ruissellement qui guide l'action de ce gouvernement,
12:37c'est que les inégalités, ce n'est pas une mauvaise chose, au moins pendant un certain temps.
12:41Parce que, si on prend soin des riches, ça va améliorer aussi la situation des pauvres.
12:45C'est un peu paradoxal, mais il y en a quand même qui soutiennent cette idée.
12:49Mais au-delà de ça, en dehors de ces minorités, en quelque sorte,
12:54il y a un consensus sur le fait qu'il faut réduire les inégalités.
12:58Et là, en dernière analyse, il y a deux visions différentes.
13:02Il y a une vision qui dit qu'on peut réduire les inégalités
13:06en laissant pour l'instant les choses comme elles sont.
13:10Et après, on intervient, après, on augmente l'impôt sur les riches.
13:14Voilà, c'est un peu ça.
13:15Je ne suis pas opposé à la hausse des impôts sur les riches.
13:18Au contraire, je défends qu'il faut augmenter, effectivement,
13:21l'impôt sur le revenu, et notamment sur les plus hauts revenus.
13:24Mais je pense que ça ne suffit pas,
13:26parce que ça ne règle pas le problème fondamental qu'on a,
13:30c'est-à-dire le mauvais fonctionnement de ce système capitaliste
13:35dont il faut sortir.
13:36Donc, je pense que la meilleure solution pour répondre à ce problème,
13:41c'est d'intervenir en un mot,
13:44c'est-à-dire de dire qu'il faut augmenter le revenu du travail.
13:50Alors que pendant ces deux ou trois dernières décennies,
13:53ce qui s'est passé, c'est qu'ils ont augmenté le revenu du capital.
13:57Si on prend le plan de relance,
13:58ils sont toujours dans cette problématique.
14:01C'est-à-dire qu'ils vont réduire l'impôt sur les entreprises,
14:05soi-disant parce que ça va permettre d'améliorer
14:07la compétitivité des entreprises,
14:09ça va permettre de créer des emplois.
14:11Or, ça fait plusieurs décennies que cette politique est mise en place.
14:15D'ailleurs, n'oublions pas que ce plan de relance,
14:17c'est une reprise de la PAC pour l'emploi et la croissance,
14:22qui a donné, entre autres, lieu au CICE.
14:26Et l'architecte de ce pacte a été aussi M. Macron.
14:29C'était sous présidence de Hollande à l'époque,
14:32il était conseiller du président de la République.
14:34Voilà, donc il y a une cohérence,
14:36et c'est dans cette politique libérale,
14:39disons cohérence, il y a une continuité dans cette politique libérale,
14:42et donc ils sont toujours dans cette problématique-là.
14:45Alors que si on veut résoudre le problème,
14:48il faut réduire les revenus du capital,
14:51et en revanche, augmenter les revenus du travail.
14:56Donc à ce moment-là,
14:58se pose une question qui est à mon avis vraiment fondamentale,
15:01ça rejoint totalement ce que disait Malika,
15:03c'est le critère, ça devrait être l'utilité sociale du travail accompli.
15:09C'est-à-dire qu'on regarde dans la société,
15:12quel type de travaux sont utiles pour la société,
15:14et à ce moment-là, on ne reconnaît pas de façon morale,
15:17pas de façon éthique, mais de façon concrète,
15:20par les salaires, donc ces travaux utiles.
15:23Et donc là, il y a vraiment, à mon avis,
15:25trois points peut-être qu'il faut avoir à l'esprit.
15:28Donc le premier point, c'est que lorsqu'on regarde
15:30le travail au sens large, aujourd'hui,
15:33vous avez des gens qui travaillent, par exemple, à la bourse,
15:37dans les institutions financières.
15:39La théorie libérale nous dit que la bourse est une bonne chose,
15:42si, par exemple, vous avez une hausse des valeurs boursières,
15:46ça permet d'améliorer la situation économique.
15:49C'est un peu ce que dit ce gouvernement.
15:50Bon, moi, je prétends que c'est totalement erroné.
15:53Je pense que la croissance financière est un élément de crise,
15:59pas seulement sanitaire, parce qu'avant la crise sanitaire,
16:02il y a eu déjà en 2008 une crise financière économique très forte,
16:06et pratiquement tous les économistes, de tous bords,
16:10prévoyaient une nouvelle crise financière à l'horizon de 2020.
16:15Donc, même si on n'avait pas cette crise sanitaire,
16:18on aurait eu une crise financière à cause des politiques libérales
16:22qui ont été mises en place après la crise de 2020.
16:26Sauf que la crise sanitaire a accéléré et accentué cette crise
16:31que tout le monde voyait venir.
16:35Donc, penser que les gens qui travaillent à la bourse,
16:38il faut augmenter leur revenu parce qu'ils travaillent,
16:41à mon avis, non.
16:42Je prétends que le travail des financiers est nuisible à l'économie.
16:47Donc, hors de question d'augmenter, par exemple,
16:49les revenus des financiers, les gens qui travaillent à la bourse.
16:53N'oublions pas qu'il y en a qui travaillaient dans des banques d'affaires
16:56et après qui ont pris des responsabilités politiques importantes.
17:00Donc, voilà, l'utilité sociale du travail accompli.
17:03Deuxième niveau, maintenant, nous sommes dans une entreprise,
17:06je prends parce que je vais citer cet exemple exprès,
17:10une entreprise qui fait du travail utile pour la société.
17:13Donc, ce n'est pas la bourse, donc ça répond aux besoins de la société.
17:16Je prends une entreprise comme Renault.
17:19Est-ce que tous les gens qui travaillent,
17:22bien sûr, on peut dire que l'entreprise est une entité sociale,
17:25et à ce moment-là, les gens qui travaillent dans cette entreprise
17:28répondent à des besoins qui s'expriment dans la société ?
17:32Donc, est-ce qu'il faut augmenter le salaire de tous les gens
17:34qui travaillent chez Renault ?
17:35Je prétends que non.
17:38Je prétends que là, il y a aussi quelque chose à revoir.
17:43Qu'est-ce que je veux dire ?
17:44Je veux dire, par exemple, que autant il est indispensable
17:47d'augmenter les salaires, par exemple, des ouvriers,
17:50les salaires des employés,
17:52autant il faut revoir aussi les rémunérations des dirigeants
17:56dans ces entreprises.
17:57J'ai pris cet exemple parce que M. Gong,
18:02qui était avant-directeur général de Renault,
18:05PDG de Renault, il gagnait en moyenne quelque chose
18:08comme 13 millions d'euros par an.
18:11Salaire fixe et surtout prix et rémunération aléatoire.
18:1613 millions, ça fait 400 SMIC par an.
18:20Donc, si on ramenait le salaire de ce monsieur
18:23à un niveau raisonnable, qui à mon avis s'appelle
18:264, 5, 6 fois le SMIC, à ce moment-là,
18:29on aurait pu financer 400 SMIC par an au sein de cette entreprise.
18:35Autrement dit, on aurait pu créer 400 emplois payés au SMIC
18:40au sein de cette entreprise.
18:41Voilà, donc, il s'agit aussi de revoir le salaire
18:45des dirigeants d'entreprise.
18:47Voilà, je prétends qu'il n'est pas raisonnable
18:51que, par exemple, les 400 que je disais,
18:55c'est le salaire moyen des entreprises de CAC 40.
18:5813 millions, ça fait à peu près 1 200 SMIC.
19:01Donc, en 2016, 2017, je pense,
19:04le salaire moyen des dirigeants des entreprises de CAC 40,
19:08les 40 sociétés les plus importantes à la Bourse de Paris,
19:11c'était de l'ordre de 5 millions.
19:13Et 5 millions, ça fait 400 SMIC par an.
19:16Gond, c'était 13 millions, ça fait 1 200 SMIC par an.
19:21Par exemple, le premier, la première société,
19:23son directeur général gagnait 23 millions.
19:27Vous voyez, donc ça fait combien ?
19:29Vous faites le calcul, ça fait plus de 2 000 SMIC.
19:32Voilà, donc c'est totalement inadmissible
19:35qu'on soit devant cet effet.
19:38Donc, deuxième élément, il faut limiter le salaire,
19:42les hauts salaires.
19:43Bon, je vais être un peu provocateur.
19:46Je dirais que, de la même manière que nous défendons
19:48à juste titre un salaire minimum,
19:51peut-être il est temps d'ouvrir le débat
19:54sur un salaire maximum.
19:57Voilà, je sais que je suis un peu provocateur,
19:59mais je pense que c'est vraiment le moment
20:02de poser cette question.
20:03Et donc, là, le dernier point,
20:05c'est effectivement la hausse du salaire
20:07selon, effectivement, la vraie utilité sociale.
20:12Et donc, c'est là qu'on a vraiment besoin,
20:14en quelque sorte, d'un nouveau contrat social.
20:18Il faut revoir, de façon collective,
20:22quelles sont les utilités des travaux.
20:23Et à ce moment-là, on va sortir, disons,
20:26de ce...
20:27On va ouvrir des perspectives
20:28pour sortir de cette crise.
20:29Donc, vraiment, pour la conclusion, résumé,
20:32c'est que cette crise montre que le libéralisme
20:35est néfaste.
20:36Et donc, il faut sortir du capitalisme.
20:38Et pour cela, on a besoin, dans un premier temps,
20:41donc, de reconnaître, donc, voilà, concrètement,
20:45par les salaires,
20:49le travail socialement utile pour la société.
20:52Je vais me faire un petit peu fermer.
20:55C'est que ces propositions, en même temps,
20:57nous permettent de répondre à une question de nos adversaires.
21:00Parce que, parfois, on me dit,
21:01vous avez peut-être raison,
21:03mais on ne peut pas financer.
21:05On ne peut pas financer la hausse des salaires.
21:07Je prétends qu'avec ces propositions
21:09que nous faisons, avec d'autres propositions,
21:12que fait le Parti communiste,
21:13que fait, par exemple, la CGT,
21:15il est possible aussi d'augmenter les salaires
21:18lorsqu'on réduit, par exemple,
21:20le salaire des dirigeants,
21:21lorsqu'on réduit les revenus du capital,
21:24et, évidemment, lorsqu'on augmente
21:26les impôts sur les euros.
21:29Merci beaucoup, Nasser Mansoury.
21:32Stéphane Peu, justement, revaloriser les bas salaires,
21:34ça passe aussi par la revalorisation du SMIC,
21:36le salaire minimum.
21:37Vous avez déposé une proposition de loi en ce sens,
21:40une proposition qui crée aussi
21:41un véritable nouveau grenelle des salaires,
21:43comme vous l'appeliez.
21:46Pourquoi revaloriser le salaire plancher
21:48et comment fonctionnerait un nouveau grenelle des salaires ?
21:53J'ai déposé une proposition de loi
21:56avec les autres membres de mon groupe en juillet,
22:01et j'en avais déjà déposé une,
22:03un peu semblable,
22:06sur l'augmentation du SMIC,
22:08qui partait,
22:10alors ça va rejoindre en tout point
22:14ce que tu viens de dire,
22:15mais qui partait de la fin du CICE,
22:20qui avait été mis en place en 2014, 2013, 2014,
22:24et qui, sur 6 ans,
22:27a coûté 110 milliards d'euros d'argent public,
22:29et on avait des études
22:32qui provenaient de France Stratégie,
22:35qui est adossée à Matignon,
22:36donc qui n'était pas la CGT,
22:40ou les économistes intérêts,
22:42c'était Matignon qui nous faisait une étude,
22:45qui disait que finalement,
22:48ça n'avait pas créé d'emploi,
22:51ça n'avait pas beaucoup été investi
22:55dans la recherche et le développement,
22:58ça n'avait pas non plus
23:01mené une politique salariale,
23:03enfin, aidé à mener une politique salariale dynamique,
23:05et donc finalement,
23:09il justifiait ces 110 milliards en disant
23:11que ça a permis de maintenir des entreprises en activité,
23:15ce qui n'était pas exact,
23:19ça a surtout servi à renforcer considérablement
23:23les dividendes et les écarts
23:24entre la rémunération du capital
23:27et la rémunération du travail.
23:28Si on ajoute à ça le fait
23:30que l'essentiel des 110 milliards de CICE
23:33ont été utilisés par les grandes entreprises
23:36et qu'elles ont bénéficié marginalement
23:40au tissu des PME et des très petites entreprises,
23:44on voyait que ça avait été,
23:47comme on l'avait dénoncé depuis le début,
23:49un immense cadeau fait au patronat,
23:53on se souvient tous de Gattaz
23:56sur le perron de l'Elysée
23:57avec François Hollande,
23:59avec son PINSE,
24:00un million d'emplois
24:01quand le CICE a été lancé,
24:03enfin, si on remet la photo de Gattaz
24:05avec un million d'emplois,
24:06on se dit...
24:07Et donc, la première remarque,
24:09c'était de dire,
24:09mais on ne peut pas,
24:10et ça s'applique au plan de relance
24:12qui nous a été annoncé il y a quelques jours,
24:14on ne peut pas donner de l'argent public
24:17sans le contrôler.
24:18Enfin, c'est le B à bas
24:20de toute dépense publique.
24:22Quand vous avez été élu local,
24:23si vous donnez 200 euros de subvention
24:25à une association,
24:26vous lui demandez un bilan d'activité
24:28à la fin de l'année
24:29sur l'utilisation de ces 200 euros.
24:31C'est le B à bas
24:32de l'utilisation de l'argent public.
24:34Eh bien, c'est valable dans tous les domaines,
24:35et c'est valable sur les prestations sociales.
24:37Par exemple, on nous bassine
24:39sur les fraudes aux allocations familiales
24:41ou aux APL,
24:42ce qui peut être un sujet,
24:44je ne dis pas qu'il ne faut pas le traiter,
24:45mais on est beaucoup dans le contrôle
24:48de ce point de vue-là.
24:49Mais alors, par contre,
24:49quand il s'agit de l'argent
24:51qui est versé aux entreprises,
24:52c'est open bar et sans contrôle
24:55et sans exigence.
24:57Et donc, c'est à partir de ce bilan-là
24:59qu'on a déposé une proposition de loi
25:00en disant
25:05prenons acte de ce bilan négatif
25:08qui est objectivé par tout le monde
25:11et faisons autrement,
25:13puisque tout le monde reconnaît,
25:15comme tu l'as dit,
25:16que les inégalités s'accroissent.
25:18Et j'avais eu l'occasion de dire à Édouard Philippe,
25:20moi, je considère
25:22que le vrai baromètre
25:24sur la santé économique et sociale de ce pays
25:26n'est pas le niveau de chômage,
25:28n'est plus le niveau de chômage,
25:31mais c'est le niveau des inégalités.
25:33Parce qu'on peut faire baisser le chômage
25:36en multipliant les petits jobs,
25:39en multipliant l'ubérisation de la société,
25:41la précarisation du travail,
25:43et on aura facialement un chômage moins élevé,
25:46mais on aura socialement des inégalités
25:50accrues avec notamment l'explosion des travailleurs pauvres
25:53à un bout de la chaîne
25:54et l'explosion des dividendes
25:56et des très riches à l'autre bout de la chaîne.
25:58Et qu'une société, surtout dans un pays comme la France,
26:02qui a au fronton de ses édifices publics
26:04le mot d'égalité dans son triptyque
26:07« liberté, égalité, fraternité »,
26:10ne peut pas considérer
26:14que son pays progresse
26:17quand les inégalités progressent.
26:19Un pays, surtout un pays comme la France,
26:22avec son histoire,
26:24qui voit les inégalités progresser,
26:26est une France qui régresse.
26:29Et ces politiques font régresser le pays.
26:31Ils ne font pas seulement souffrir
26:34des gens qui sont mal payés,
26:37qui travaillent difficilement,
26:38ce qui est en soi une cause juste,
26:41mais en plus, c'est une régression pour ce pays.
26:46Et Emmanuel Macron,
26:47je ne sais pas si vous faites attention,
26:49mais souvent dans ses discours,
26:50il dit que les Français ont des passions tristes.
26:53C'est son mot.
26:55Mais quand Emmanuel Macron parle
26:56des passions tristes des Français,
26:58ils pensent surtout,
27:00puisqu'à chaque fois,
27:01c'est en référence soit aux Gilets jaunes,
27:03ils pensent surtout à la passion des Français
27:05pour l'égalité.
27:07Mais la passion des Français pour l'égalité,
27:09si on remonte au moins sur les 200 dernières années,
27:14ça a été une passion émancipatrice.
27:17C'est elle qui a porté les mouvements sociaux
27:20qui ont marqué les grandes avancées sociales de ce pays.
27:23Donc, voilà, tout ça pour dire qu'on est totalement
27:26à front renversé avec ce gouvernement
27:29qui, à mon avis, est le plus grave
27:32dans les mesures qu'il prend sur le plan économique et social
27:35que notre pays ait connu depuis ses 40 ans.
27:39Moi, je suis persuadé,
27:41sans être du tout dans les théories complotistes,
27:44c'est pas du tout mon genre,
27:45mais je suis persuadé que le mandat d'Emmanuel Macron,
27:47c'est le mandat d'accélérer la normalisation de la France
27:53au canon de la mondialisation libérale.
27:56Et que les gouvernements de droite précédents
27:59et de gauche convertis au libéralisme de 2012 à 2017
28:08n'allaient pas assez vite,
28:10n'étaient pas assez audacieux,
28:13prenaient trop en compte les résistances des Français
28:17ou du corps social français.
28:20Et qu'en mettant Emmanuel Macron,
28:23ils allaient mettre un libéral décomplexé,
28:25entre guillemets,
28:26qui allait accélérer la mutation de la France
28:29et sa mise au pas des critères propres au libéralisme.
28:34Et donc, c'est à ça que l'on se heurte.
28:36C'est pour ça que c'est extrêmement violent
28:38de constater la politique économique qui est posée
28:41et qu'il faut que nous, députés parlementaires de gauche
28:47et communistes en particulier, syndicalistes, associatifs,
28:50et tout ça, on soit également audacieux,
28:52qu'on ne soit pas seulement sur la défensive.
28:54C'est en ce sens que je rejoins ce qui a été dit.
28:57Il faut que nous fassions des propositions.
28:59J'écoutais ce matin le débat qu'il y a en Allemagne,
29:01par exemple, sur la réduction du temps de travail
29:03porté par un syndicat qu'on nous présente tous les matins
29:06comme le syndicalisme rêvé, raisonnable, réformiste et tout ça.
29:11Mais enfin, IG Metal, le syndicat allemand,
29:15ils sont sur les 32 heures.
29:18Certaines sections d'IG Metal sur les 30 heures de travail hebdomadaire.
29:21C'est un débat aujourd'hui très prégnant en Allemagne.
29:25Et nous, on doit ne pas lésiner sur l'audace.
29:28C'est la raison pour laquelle,
29:29je ne dis pas que c'est le summum de l'audace,
29:33mais enfin, c'est la raison pour laquelle,
29:34avec cette proposition de loi sur le SMIC,
29:37on inversait un peu, l'idée, c'était d'inverser un peu
29:41le paradigme de ne pas être toujours en train d'essayer
29:47de défendre des acquis en étant sur la reculade,
29:49mais en essayant de dire,
29:51voilà une mesure à la fois de justice,
29:54parce qu'on ne peut pas vivre aujourd'hui en France
29:57avec un SMIC, ou en tout cas difficilement,
30:01c'est une mesure de justice,
30:03et c'est une mesure qui montre le chemin d'avenir
30:07d'une économie socialement plus juste
30:09et économiquement efficace.
30:11Et donc, le SMIC, c'était une augmentation du SMIC
30:15sur trois années, sachant que dans notre pays,
30:20le SMIC est souvent le déclencheur
30:22d'une revalorisation salariale au-dessus,
30:26c'est un peu la ligne de flottaison,
30:29et donc ça permet souvent, dans les entreprises,
30:32de pouvoir ouvrir des négociations
30:33sur l'ensemble de la grille salariale.
30:36Et puis, ça a été dit, mais on partait aussi d'un constat.
30:40Rendez-vous compte que, peut-être qu'il y a quelques anciens,
30:46ou de gens qui se souviennent,
30:48ou qui connaissent cette période,
30:50mais quand en 1968, le CNPF, l'ancêtre du MEDEF,
30:54vient aux négociations des accords de Grenelle,
30:58les négociateurs du CNPF ont pour mandat
31:00de ne pas aller en deçà d'une grille des salaires
31:04qui va de 1 à 20 dans l'entreprise.
31:07Mais le CNPF était prêt à signer,
31:09dans les accords de Grenelle,
31:11une échelle des salaires de 1 à 20.
31:13Aujourd'hui, on est de... à combien ?
31:15On est de... on n'est même plus...
31:17Un jour, j'ai dit de 1 à 500.
31:19Et on m'a repris, on n'est plus de 1 à 500.
31:21On est de 1 à 800, 1 000 d'échelle de salaire.
31:26Sur les salaires !
31:28Et si on prend en compte la question des dividendes,
31:32qui, avec les mesures fiscales qu'a pris le gouvernement,
31:36prend de plus en plus de place dans la rémunération du capital,
31:41on est sur des écarts encore plus grands.
31:44Et si on prend en compte les études de Piketty
31:47sur la part du patrimoine dans les inégalités,
31:52c'est-à-dire pas seulement les revenus,
31:54mais aussi le patrimoine immobilier, notamment,
31:57alors là, on est dans des divergences considérables.
32:01Et donc, nous allons continuer de défendre cette proposition
32:07pour une augmentation du SMIC,
32:09qui nous permette d'arriver, sur 3 ans, à 1 800 euros net,
32:14avec des augmentations, ce qui n'est pas complètement délirant,
32:20surtout rapporté au coût de la vie.
32:23Je termine juste en disant que,
32:27parce que tu parlais tout à l'heure des primes,
32:30qui ont été inégalement versées,
32:32mais ce gouvernement, dès qu'il est confronté
32:35à une forte résistance sociale ou à une forte émotion
32:38dans la société, comme c'était le cas au moment de la crise du Covid,
32:41il répond prime.
32:43Il a répondu aux gilets jaunes prime,
32:46il répond aux soignants prime,
32:52sauf que la prime, ce n'est pas le salaire.
32:55Et qu'il faut remettre le débat sur la question des salaires.
33:01Bien sûr, il faut se battre pour que la prime qui a été promise
33:03soit versée à tout le monde,
33:05ce qui n'est pas le cas, notamment des intérimaires,
33:08mais ça, c'est une bataille utile et normale.
33:12Mais il faut remettre, je partage totalement ce que tu disais,
33:15il faut remettre la question des salaires,
33:17du rééquilibrage entre la rémunération du capital et du travail,
33:21comme à la fois une mesure de justice et une mesure d'efficacité.
33:24Je terminerai juste en disant,
33:25tous les économistes,
33:31qui ne sont pas soumis totalement
33:37à la fois aux dogmes et aux intérêts des libéraux,
33:42reconnaissent que dans le plan de relance,
33:45qui est très mal nommé,
33:46parce qu'il n'y a rien pour la relance.
33:49Effective.
33:50C'est-à-dire que même quand on discute,
33:52moi j'ai discuté avec la Chambre des métiers de la Seine-Saint-Denis,
33:55et avec la Chambre de commerce,
33:57ils vous disent,
34:00le problème dans une entreprise,
34:01c'est le carnet de commandes.
34:02S'il n'y a pas de carnet de commandes,
34:04vous pouvez toujours prendre toutes les mesures de la terre,
34:08ça ne fera pas fonctionner une entreprise.
34:11Donc la question, c'est bien la question de la demande,
34:15plus que la question de l'offre.
34:18Or, le plan de relance qui est proposé
34:21ne dit rien sur la question d'une politique de la demande.
34:26Alors on nous dit,
34:27oui, mais les Français ont profité du Covid
34:30pour faire 85 milliards d'épargne.
34:35Et donc, il y a une masse d'argent,
34:38il faut absolument la faire sortir des livrets,
34:40inciter les Français à dépenser.
34:43Mais parler des Français
34:44et des 85 milliards d'épargne,
34:47comme ça, en masse,
34:49alors que l'on sait que la réalité sociale,
34:52c'est que la moitié des Français
34:55qui sont en dessous du salaire médian,
34:57par définition,
34:58n'ont pas ou peu d'épargne.
35:02C'est très marginal.
35:04Des fois, juste pour un accident de la vie,
35:08pour réparer la voiture,
35:09c'est la tombe en panne,
35:10ou la chaudière, tout ça.
35:12Mais enfin, il n'y a pas une épargne de consommation.
35:15Donc, la question de la relance
35:17et de la question de la demande,
35:18c'est bien une question de salaire.
35:23Et pour que l'économie reparte,
35:26même dans les critères où elle fonctionne aujourd'hui,
35:29c'est en boostant la demande
35:32par une politique salariale offensive
35:34plutôt qu'en ayant une politique de l'offre
35:37qui n'aura en face d'elle rien du tout.
35:40Si on ajoute à ça que tous les enjeux
35:41de la transition énergétique,
35:43et qui pourraient être des grands plans d'investissement
35:45producteurs d'emploi,
35:46sont peu pris en compte, on va dire.
35:51On ne va pas dire pas du tout,
35:52parce que ce n'est pas tout à fait vrai,
35:53mais peu pris en compte,
35:54en tout cas pas du tout au niveau
35:56qu'il serait nécessaire
35:58et pour le climat,
36:00et pour l'économie,
36:01et pour l'emploi.
36:02On voit bien qu'on est sur un plan de relance
36:05qui vise juste à remettre de l'essence
36:09dans le moteur d'une économie capitaliste
36:13qui est extrêmement consommatrice de carburant.
36:18Merci Stéphane.
36:20Donc Malika, on l'a compris,
36:21à défaut de revaloriser l'ensemble des bas salaires,
36:25le Ségur de la santé a quand même débouché
36:27sur des augmentations de rémunération des soignants.
36:30Vous êtes concernée,
36:31vous êtes soignante dans un établissement public,
36:34mais finalement, est-ce que c'est suffisant ?
36:36Est-ce qu'une augmentation de rémunération,
36:38qu'elle soit sous forme de primes,
36:39d'augmentation de salaire, peu importe,
36:40est-ce que c'est suffisant pour remédier
36:42à tous les dysfonctionnements
36:43qui nuisent à vos conditions de travail ?
36:45C'est une bataille ancienne, vous l'avez rappelé.
36:47Les EHPAD se sont mobilisés beaucoup
36:49l'année dernière et il y a deux ans.
36:51Finalement, à l'heure où on parle de deuxième vague,
36:53comment vous appréhendez les prochains mois
36:55sur l'ensemble de vos revendications ?
36:57En ce qui concerne effectivement les salaires,
36:59bien sûr, il y a eu cet effet médiatique
37:02de 183 euros d'augmentation des salaires,
37:05mais il faut quand même savoir
37:06que beaucoup, beaucoup de personnes
37:07dans le secteur des EHPAD
37:08ne vont pas la toucher.
37:10Ça, déjà, c'est quand même inadmissible
37:12parce que vous le savez très bien,
37:13déjà, dans ce secteur,
37:15on n'est pas du tout valorisé sur nos salaires.
37:18La prime grand âge qui est inégale,
37:21qui n'a pas été donnée à beaucoup de personnes,
37:23mais aussi la prime COVID,
37:24parce que la fameuse prime COVID
37:26qui a fait aussi son effet médiatique,
37:27beaucoup d'entre elles qui ont travaillé
37:30n'ont pas eu cette prime,
37:33parce que la preuve,
37:34vendredi, j'ai une collègue de travail,
37:36mais pas que dans mon établissement,
37:37d'un établissement voisin,
37:39on ne lui a pas octroyé la prime
37:41parce qu'elle n'a pas fait 210 heures,
37:43elle a fait 208 heures,
37:44mais quand elle leur a dit,
37:45mais moi, j'ai été dans les réunions d'information,
37:48dans les réunions de préparation,
37:50ah non, ça ne compte pas.
37:51Donc, il y a vraiment une grande injustice.
37:54Donc, aujourd'hui, les revalorisations
37:56des 183 euros, certes,
37:58mais pour l'instant, on ne les a pas,
37:59parce qu'ils ne sont pas arrivés
38:01dans nos salaires.
38:03Et en plus, ça sera réparti quand même
38:05en plusieurs fois.
38:06Ce ne sera pas 183 euros,
38:08c'est 90 euros qu'on aura en septembre,
38:10octobre, novembre, décembre, janvier.
38:12Et il faudra attendre mars pour avoir 183 euros.
38:15Mais qui ?
38:16Mais pas tout le secteur du personnel,
38:19parce que là, maintenant, il y a des discussions,
38:22ça a été l'effet médiatique,
38:24mais maintenant, les discussions pour savoir
38:25qui les a, leur décret d'application
38:29n'est pas très clair,
38:29comme beaucoup de choses ne sont pas très claires,
38:31parce que, bon, c'est quelque part aussi voulu.
38:33Je pense que c'est une volonté aussi du gouvernement
38:37un peu de nous embrouiller
38:39sur tout ce qui tombe aujourd'hui
38:41et qui nous met en difficulté déjà
38:43sur nos conditions de travail,
38:45mais aussi sur la question des salaires
38:46et de nos requalifications.
38:48Parce qu'il faut savoir que vous avez
38:49beaucoup d'agents qui travaillent dans le secteur
38:53qui veulent devenir aide-soignantes.
38:55Et vous vous souvenez qu'on nous a dit
38:56que 25 % de moins d'inscriptions dans les écoles,
38:59eh bien, elles ne demandent que ça.
39:00Eh bien, elles ne demandent que ça.
39:02Les salariés des EHPAD qui demandent,
39:05ils veulent partir sur la démarche
39:06d'une formation aide-soignante,
39:08aujourd'hui, on dit qu'il y a 25 % de moins d'inscriptions,
39:11eh bien, elles demandent ça.
39:13Elles demandent d'aller à l'école.
39:14Elles sont tous les jours, moi, tous les jours,
39:16j'ai des collègues qui me témoignent,
39:18mais on a envie d'aller à l'école,
39:19on a dit qu'elles ont envie de la formation.
39:21Eh bien, qu'est-ce qu'on fait ?
39:22Eh bien, on les bloque.
39:23Ça, il faut le dire aussi.
39:24On les bloque, on leur offre des petits modules
39:26de formation pour un peu les calmer,
39:28mais qui ne donnent rien.
39:29C'est vrai, ils donnent peut-être une expertise,
39:32peut-être sur du savoir, bien sûr,
39:34pour relever les compétences,
39:36mais sur la qualification,
39:37la reconnaissance du métier,
39:39et qui, en conséquence, va augmenter leur salaire.
39:42Là, c'est autre chose.
39:44Ça n'y est pas.
39:44Donc, il y a vraiment un gros problème.
39:47Il y a l'effet médiatique.
39:49Certes, 183 euros, de toute façon,
39:51nous, ce qu'on demande, c'est beaucoup plus.
39:54La CGT a bien dit qu'on voulait 300 au minimum de salaire,
39:58mais non de prime.
39:59C'est sur le salaire de base,
40:00parce qu'on a besoin aussi d'avoir une rémunération confortable,
40:05mais aussi, il faut penser aussi à nos retraites.
40:07Et ça, c'est important,
40:07parce qu'aujourd'hui, on a des salaires
40:09où on a un bon tiers de primes.
40:12Donc, nos retraites, demain,
40:14ça va être quand même assez précaire.
40:16Déjà, on a bien vu la population des retraites.
40:18Il y a de nombreux retraités qui sont précaires.
40:21Donc, on les taxe.
40:22En plus, on a quand même une vision politique
40:25sur une réflexion.
40:26Plus tard, c'est de revoir la CGT,
40:28parce que vous savez bien,
40:28pour payer aussi la dépendance.
40:31La CGT, le gouvernement, est sur une réflexion
40:35d'augmenter la CGT aux retraités
40:38pour financer la dépendance.
40:40Donc, vraiment, la situation, aujourd'hui,
40:43elle n'est pas du tout améliorée.
40:46Moi, je trouve qu'on régresse.
40:47D'ailleurs, les intervenants l'ont dit,
40:50on est vraiment en régression sociale.
40:53Et je m'inquiète.
40:54Franchement, je m'inquiète pour notre secteur
40:56et je m'inquiète aussi pour tout le secteur
40:59des activités professionnelles.
41:01On a beaucoup de précarisation.
41:04Le taux de chômage qui augmente
41:05et particulièrement dans mon secteur,
41:08je vous dis, on a plus de 40 % de contrats précaires.
41:13Et vous disiez aussi tout à l'heure,
41:15juste avant ce débat,
41:16que vos collègues et vous, vous êtes fatigués, en fait.
41:18Vous sortez d'une période...
41:20Oui, oui.
41:20Ah oui, oui.
41:21On est très fatigué.
41:22On est fatigué de tout.
41:23On est fatigué de nos conditions de travail.
41:25On est fatigué parce qu'on ne répond pas
41:29aux attentes de nos résidents.
41:31Parce qu'il ne faut pas penser qu'il n'y a que la toilette.
41:33La toilette, il y a l'accompagnement,
41:35il y a le soin relationnel.
41:36On a besoin de discuter avec eux.
41:38Ils ont besoin d'être écoutés.
41:40Et tout ça, nous-mêmes,
41:41c'est pourquoi on souffre les soignants aussi
41:43parce qu'on ne peut pas le faire.
41:44On ne peut pas le faire au quotidien.
41:45Quand vous avez trois aides-soignants,
41:47même voir encore trois chez moi,
41:49c'est trois aides-soignantes pour 40 résidents,
41:51voir dans des établissements,
41:52c'est deux aides-soignantes pour plus de résidents.
41:55Alors imaginez...
41:56Et ensuite, déjà, il y a cette mission
41:59qu'on ne peut pas accomplir, qui est notre cœur de métier.
42:02Mais en plus, on est aussi en difficulté
42:04parce qu'on a aussi les résidents, des fois,
42:06qui nous en veulent,
42:07parce qu'on ne répond pas aux attentes.
42:08Ils ne peuvent pas...
42:09Et on ne peut pas leur dire oui,
42:10on n'est pas en effectif.
42:11Tout ça, on ne peut pas justifier
42:12parce que ce n'est pas notre rôle.
42:13Donc il y a un clivage, des fois,
42:15qui se fait entre le soignant et le résident
42:17et des fois avec les familles.
42:18Les familles aussi, ils ne comprennent pas.
42:20Ils disent, quand elles sont dépassées
42:22par les événements,
42:23on est dépassé par les événements
42:24et qu'on ne peut pas répondre
42:26aux attentes des résidents
42:28et aux attentes des familles.
42:29Les familles pensent qu'on n'est pas bien,
42:31on n'est pas gentil.
42:32Et ça, c'est aujourd'hui,
42:34c'est ce secteur.
42:36Des fois, on a nos mauvaises images,
42:37nous, les soignants,
42:38parce que ce n'est pas parce qu'on ne veut pas le faire.
42:41C'est qu'on ne nous donne pas les moyens.
42:43Et là, je n'exagère pas.
42:44Je n'exagère pas.
42:45J'ai travaillé il n'y a pas très longtemps.
42:47J'étais sur le secteur.
42:49Je suis toujours sur le secteur
42:50parce que moi, je suis une personne
42:51qui est sur le terrain.
42:53Et je peux vous dire que c'est très difficile.
42:55Et on le vit très mal.
42:57Les résidents le vivent très mal.
42:58Les familles le vivent très mal.
43:00Et c'est vraiment un problème sociétal.
43:03Et je pense que dans l'avenir,
43:06on est en train de travailler sur un projet.
43:08Le gouvernement est en train de travailler
43:10sur le projet grand âge et autonomie.
43:12J'espère qu'il va associer le personnel soignant
43:15pour aussi être dans une démarche de réflexion
43:17et de dire un peu ce qui se passe.
43:19Et je ne vais pas dire que je ne vais pas être négatif,
43:23mais je ne sais pas si vraiment
43:25cette nouvelle loi va améliorer
43:28nos conditions de travail
43:29et la prise en charge des personnes âgées
43:31par rapport à ce que moi, j'ai en lecture
43:33sur des réflexions,
43:37de trouver des financements sur ce secteur-là.
43:41Et l'hébergement, 3 000 euros par mois ?
43:44Voilà, c'est très bien de m'interpeller.
43:46C'est vrai, il y a tellement de choses.
43:48Effectivement, le tarif d'hébergement,
43:51rien que dans mon département,
43:52on est à 3 500 euros en moyenne dans 92.
43:56Donc, c'est le plus gros tarif d'hébergement
43:59sur le territoire en France.
44:01Mais il faudra peut-être aussi souligner
44:03que vous avez les grosses boîtes
44:04du privé lucratif du style Corian, PA,
44:07où en moyenne, les résidents financent 5 000 euros,
44:12voire plus, de tarifs d'hébergement
44:14pour un service rendu quand même,
44:17excusez-moi, qui ne va pas tout leur investissement,
44:20tout leur argent.
44:22Ces personnes âgées donnent,
44:23ça ne vaut pas le coup,
44:24parce que moi, je peux vous dire
44:25qu'aussi dans ce secteur-là,
44:26il y a beaucoup d'actionnaires
44:30qui profitent justement de ce secteur.
44:34Mais le problème, c'est qu'ils ne répondent pas du tout
44:37aux soins de nos résidents aussi dans ce secteur.
44:41Très peu de personnes qualifiées dans ce secteur,
44:45très peu de personnels
44:46et des résidents vraiment avec un mode de vue
44:50un peu, excusez-moi, c'est peut-être un peu trop fort,
44:52mais un peu rationnées.
44:53Je veux dire, par exemple, petit déjeuner,
44:56j'ai une collègue de travail qui est à Nantes
44:58qui m'a dit, un résident souhaitait avoir
45:02une tartine supplémentaire.
45:04Donc, on lui a dit, OK, mais ce n'est pas elle.
45:06On lui a dit 50 centimes en plus.
45:09Donc, voilà.
45:10Donc, moi, quand elle m'a dit ça,
45:11j'ai dit, où on va ?
45:12Où on va ?
45:13Vous vous rendez compte ?
45:14Le pays, quand même, notre pays, la France,
45:17c'est un pays, quand même,
45:19où on s'est battus pour nos coquilles sociaux.
45:21C'était quand même un pays, quand même,
45:24qui était, comment vous expliquez,
45:27vraiment d'humanité.
45:29Et là, j'ai l'impression que toutes ces valeurs-là sont bons.
45:33Merci.
45:33Merci à mon sourire rapidement, peut-être.
45:36On l'a vu, un des soucis qui a été évoqué
45:38par Malika et Stéphane,
45:39c'est que le gouvernement a préféré octroyer une prime
45:43plutôt que des augmentations plus pérennes de salaire.
45:45Alors, c'est le cas du gouvernement,
45:46mais également de certaines directions privées,
45:49dont la grande distribution.
45:51Parmi, à FedEx, par exemple,
45:53les salariés se sont mis en grève en juillet
45:55pour obtenir une prime aussi.
45:57Qu'est-ce que vous pensez de cette stratégie
46:00de miser plutôt sur une prime ponctuelle
46:02et voilà, qui ne permettra pas de cotiser
46:04pour les retraites, pour les salariés,
46:06notamment, plutôt qu'une augmentation pérenne de salaire ?
46:09Mais effectivement, l'idée de prime,
46:12c'est totalement compatible avec le libéralisme.
46:15C'est ça.
46:17La prime, par définition, c'est aléatoire.
46:20Premièrement, et vous êtes à la merci de votre patron.
46:24Donc, le problème des inégalités
46:27se renforce aussi par les primes.
46:30Donc, ce dont on a besoin,
46:32c'est effectivement une hausse pérenne des salaires.
46:37Et comme tu le disais à juste titre,
46:40c'est là qu'on voit effectivement l'importance
46:42de la hausse du SMIC.
46:44C'est là aussi qu'on voit l'importance, à mon avis,
46:46de la hausse du point d'indice dans la fonction publique,
46:50qui permet aussi de déterminer le salaire,
46:53pas les primes des fonctionnaires.
46:56Mais je pense qu'il y a aussi, par rapport justement à cette question,
47:00quelque chose qu'il faut, à mon avis,
47:02qui est vraiment essentiel.
47:04C'est la hausse des salaires
47:07devrait aussi nous permettre de mettre fin
47:09à l'inégalité des salaires entre femmes et hommes.
47:13Parce que la question de primes,
47:15la hausse des primes,
47:16ne permet pas de résoudre ce problème.
47:18Il faut savoir quand même que les femmes,
47:20pour le même emploi, en général,
47:23et sur le long terme,
47:25gagnent 25% d'au moins que les hommes.
47:27C'est inadmissible.
47:29C'est une inégalité inadmissible.
47:31Donc si on veut vraiment résoudre ces problèmes-là,
47:34effectivement, il faut passer par les salaires.
47:38Et là, il y a aussi,
47:40si on prend un peu les mécanismes économiques
47:42dans leur ensemble,
47:44la hausse des salaires, effectivement,
47:47est indispensable,
47:48y compris dans une perspective libérale.
47:50Parce que les libéraux parlent beaucoup de la confiance.
47:54Mais justement, si on veut relancer la demande,
47:57parce que la consommation des ménages,
47:59ça représente à peu près 60%, 55%
48:02de la machine économique en France.
48:05Et donc, si vous avez des salaires
48:08qui sont stables,
48:09à ce moment-là,
48:10vous avez plus de certitude
48:13par rapport à l'avenir.
48:14Et donc, vous allez pouvoir commencer.
48:16D'ailleurs, l'une des...
48:17Parce qu'on parle de 80 milliards d'épargne,
48:20effectivement, ce n'est pas la majorité des Français,
48:22c'est une petite partie de la population.
48:25Mais en même temps, tout le monde,
48:27les gens qui parlent de ça,
48:29en même temps disent,
48:30n'oubliez pas qu'il y a un problème d'épargne,
48:33de précaution.
48:34Ça veut dire qu'on voit que l'avenir n'est pas certain.
48:37Et donc, on met de l'argent,
48:39lorsqu'on en a de côté, pour cela.
48:42Donc, la hausse des salaires,
48:43et pas la hausse des primes,
48:45c'est la solution, effectivement,
48:46de robustez, en quelque sorte,
48:48l'économie.
48:49C'est-à-dire de créer une base solide
48:52sur laquelle on peut s'appuyer,
48:54justement, pour créer une demande.
48:56Et pour finir, vraiment, un point,
48:57parce que je pense vraiment que c'est fondamental,
49:00entre autres,
49:01tout ce que dit Malika,
49:03à mon avis,
49:03montre à quel point
49:04il est indispensable
49:07de développer les services publics,
49:09y compris pour répondre aux besoins
49:11de ce qu'on appelle quatre images.
49:12Parce que,
49:13contrairement à ce que, parfois,
49:15il y a une vision mathusienne.
49:17Le fait que l'espérance de vie augmente,
49:20en soi, c'est une bonne chose.
49:22Mais à condition qu'on crée,
49:24justement, les requis
49:26pour que ça devienne un élément positif.
49:30Sinon, effectivement,
49:32le vrai enjeu, c'est
49:33est-ce qu'on est capable
49:34de créer les conditions d'une vie décente
49:38pour les gens qui vivent plus longtemps ?
49:40Et je pense qu'on ne peut pas répondre
49:42à cette question
49:43avec une problématique privée.
49:45Si on reste dans la perspective privée,
49:48ça donne des exemples que tu cites.
49:50Et malheureusement,
49:51ça va être encore plus loin.
49:53Qui peut, aujourd'hui, concrètement,
49:55moi, je vous le dis,
49:56honnêtement,
49:56je pensais à mon cas,
49:58parce que je suis vieux maintenant,
50:00payer 4 000 euros
50:01pour être hébergé dans un EHPAD,
50:05moi, je ne pourrais pas le faire.
50:07Honnêtement, je ne pourrais pas.
50:08J'espère que je vais mourir
50:10parce que je ne veux pas
50:10que les frais tombent sur ma fille.
50:12Je vous le dis franchement.
50:13Voilà.
50:14Donc, on ne peut pas répondre
50:16à ces questions dans une perspective privée.
50:18Il faut une perspective publique.
50:21D'où l'importance du développement
50:23des services publics,
50:24y compris pour répondre
50:25aux besoins nouveaux
50:26qui émergent dans la société.
50:29Un point important
50:30qui a été mentionné
50:32à la fois par Mélika et Nasser,
50:34c'est que parmi les travailleurs
50:35de l'ombre
50:36qui ont été déconfinés
50:37pendant la crise sanitaire,
50:38en fait, c'est une majorité de femmes.
50:40Vous parliez de 80 % en EHPAD,
50:42mais on peut penser aussi
50:42aux agents de nettoyage
50:43qui sont en majorité des femmes,
50:46assistantes maternelles,
50:46aides à domicile,
50:47même les vendeuses en magasin.
50:50Donc, voilà,
50:50ça a été assez flagrant
50:52pendant le confinement.
50:53D'où ma question, Stéphane Peu,
50:55est-ce que revaloriser le travail
50:56de ces premiers de corvée
50:58ne revient pas finalement
50:59à revaloriser les métiers
51:00à prédominance féminine
51:02qui sont peut-être considérés
51:05encore moins bien
51:06que les métiers
51:06à prédominance masculine ?
51:08Et comment on fait
51:09pour mettre en place,
51:11comment on fait pour rééquilibrer
51:13les métiers à prédominance féminine
51:16et masculine
51:16pour éviter que,
51:17comme ça a été dit tout à l'heure,
51:19qu'il y ait des inégalités
51:21de genre qui s'ajoutent
51:22aux inégalités
51:23entre les plus pauvres
51:25et les plus riches ?
51:28Oui, alors,
51:29il y a,
51:30j'ai envie de dire,
51:31il y a majoritairement les femmes
51:34et majoritairement
51:37les quartiers populaires.
51:39Parce que,
51:41moi, je suis député
51:42de la Seine-Saint-Denis,
51:45le paradoxe,
51:46en apparence,
51:48le paradoxe,
51:49c'est que c'est le département
51:50qui a connu,
51:51pendant la crise du Covid,
51:53le plus fort taux
51:53d'augmentation de la mortalité,
51:57devant l'Alsace,
51:58devant...
52:00Et c'est le département
52:02le plus jeune de France.
52:03Et donc,
52:04on pourrait y voir un paradoxe
52:05qu'une maladie
52:06dont on disait
52:07qu'elle touchait surtout
52:09les personnes âgées,
52:11elle a fait,
52:12là où elle a fait
52:13le plus de dégâts en France,
52:15c'est dans le département
52:16le plus jeune.
52:16Et donc,
52:18c'est bien,
52:19si on essaye
52:20de comprendre pourquoi,
52:22c'est bien parce que
52:22dans ce département,
52:26majoritairement
52:27habité par des catégories populaires,
52:29les gens,
52:30ils sont allés travailler.
52:31Alors,
52:32les femmes,
52:33mais aussi
52:35les jeunes
52:36des quartiers populaires,
52:38les livreurs,
52:40ceux qui étaient
52:41sur les plateformes logistiques,
52:44les chauffeurs routiers,
52:46enfin bon,
52:47tout,
52:47voilà.
52:50Et ça me tient à cœur,
52:53d'abord,
52:53parce que ça me révolte.
52:55En plus,
52:56la première caissière
52:57de grands magasins
52:58à être décédée du Covid,
53:00c'était une caissière
53:01du carrefour de Saint-Denis,
53:02qui s'appelait Aïcha,
53:04qui est décédée
53:05chez elle.
53:06Parce que c'est...
53:06On en parlait tout à l'heure
53:08avant le débat,
53:08on nous a menti
53:11sur les chiffres,
53:12également,
53:12en nous parlant
53:13uniquement des morts
53:14à l'hôpital.
53:16Après,
53:17ils ont consenti
53:18à donner les morts
53:19dans les EHPAD,
53:21plus tard,
53:22mais jamais
53:23les morts à la maison.
53:25Et moi,
53:26tous les gens
53:27que je connais
53:28qui sont décédés
53:29du Covid
53:30et qui étaient
53:31dans des métiers difficiles,
53:32il y a un vigile
53:34de Garonnord,
53:36la caissière de Carrefour,
53:38un gars qui travaillait
53:40aux entrepôts
53:40de Carrefour de Saint-Denis,
53:41il y en a eu deux
53:42au Carrefour de Saint-Denis,
53:43qui sont décédés,
53:44ils sont tous décédés
53:44chez eux,
53:45ils ne sont pas décédés
53:46à l'hôpital,
53:47ils sont décédés
53:47chez eux
53:49parce que,
53:50voilà,
53:51enfin,
53:51je ne veux pas rentrer
53:52dans les détails,
53:53ce serait trop long,
53:53mais ils sont décédés
53:55à la maison.
53:57Et quand,
53:58aujourd'hui,
53:58depuis la rentrée,
53:59depuis cet été,
54:00on nous bassine
54:01matin et soir
54:02sur l'ensauvagement
54:03de la société
54:05pour décrire
54:06une montée
54:07des phénomènes
54:07de violence
54:08et d'insécurité.
54:11On ne veut pas
54:14décrire un problème
54:15de violence
54:15et d'insécurité
54:16à travers tout ce débat
54:19sur l'ensauvagement,
54:20ce mot absolument horrible,
54:23c'est d'ailleurs paradoxal,
54:24que ce soit ceux,
54:25les libéraux,
54:26qui sont les tenants
54:27de la loi de la jungle,
54:29qui se plaignent le plus
54:31de l'ensauvagement,
54:33qui est quand même
54:34la règle
54:36dans la jungle
54:37qu'il nous propose
54:39comme type de société.
54:41Mais indépendamment
54:42de ça,
54:44je pense que le but,
54:46c'est que l'empathie
54:48des Français,
54:51qui s'est d'abord manifestée
54:53par un soutien
54:54très majoritaire
54:54des Français
54:56au mouvement
54:56des Gilets jaunes,
54:57jusqu'au bout,
54:5960, 65, 66 %,
55:01puis la grande
55:03empathie des Français,
55:04de grand soutien
55:05vis-à-vis des premiers,
55:06ce qu'on a baptisé
55:07les premiers de corvée,
55:09est un problème
55:10qu'il faut fissurer,
55:13casser.
55:13Et ce débat
55:14sur l'ensauvagement,
55:15de mon point de vue,
55:16il est surtout motivé
55:17par le fait
55:19de créer des biais,
55:23de fissurer
55:25la solidarité
55:26des catégories
55:30populaires.
55:31Et donc,
55:31je dis ça
55:33parce qu'il faut
55:37absolument
55:39remettre
55:40dans le débat public
55:42la question
55:43de la reconnaissance
55:46par l'utilité sociale,
55:48parce qu'on s'est rendu compte
55:49que notre pays
55:50a tenu,
55:52pendant cette période
55:53de confinement,
55:54par les gens
55:55qui étaient absolument
55:56nécessaires
55:56pour que le pays
55:57tienne debout,
55:58qui n'étaient ni les traders,
56:04ni toute une série
56:06de personnes
56:07dont on nous vante
56:07matin, midi et soir
56:08les grands mérites,
56:10mais ce sont
56:10toutes les petites mains
56:12qui sont des soignants,
56:13qui font vivre le pays,
56:15qui le font tenir debout.
56:16Tout c'est,
56:17pour l'essentiel,
56:18ces invisibles,
56:19mais qui faisaient tenir
56:20le pays debout.
56:21Et un de nos combats,
56:23c'est de rendre visible
56:25et de faire valoir
56:27la reconnaissance
56:30de ces personnes.
56:31Et la reconnaissance,
56:32elle passe,
56:34je suis désolé d'y revenir,
56:36elle passe par deux choses
56:37au moins immédiates.
56:38C'est la question du salaire
56:40et pas des primes.
56:41Je suis désolé,
56:42c'est pas un débat anecdotique,
56:45c'est un débat extrêmement important.
56:47Je reviens pas
56:47sur ce que tu as dit
56:48à l'instant.
56:49sur la question des salaires
56:51et sur la question
56:53des contrats de travail.
56:55Et s'agissant des femmes,
56:57non seulement les femmes,
56:58elles étaient majoritairement
57:00au front,
57:01mais elles étaient majoritairement
57:02au front avec des boulots
57:04qui sont la plupart du temps
57:06des boulots précaires,
57:10des contrats de travail
57:11faibles ou inexistants
57:13et des salaires inférieurs
57:15à la moyenne.
57:17Donc, on voit bien
57:18que les trois leviers,
57:20c'est la question
57:21du statut,
57:23de la lutte
57:24contre la précarisation.
57:25Moi, le premier acte
57:28de Carrefour,
57:28quand il y a eu l'annonce
57:29sur les primes,
57:30Carrefour a dit,
57:31en Seine-Saint-Denis,
57:32je ne sais pas si c'est valable
57:33partout ailleurs,
57:34sur les magasins
57:35de la Seine-Saint-Denis,
57:36c'est des primes
57:40à 1 000 euros
57:40pour les plainte ans.
57:42il n'y a plus de plein temps
57:43à Carrefour.
57:46Alors que quand vous êtes
57:47une femme,
57:48parce que c'est majoritairement
57:49des femmes qui veulent
57:50se faire embaucher
57:51à Carrefour,
57:51c'est des contrats
57:52de 24 heures.
57:54C'est comme ça.
57:56Et c'est la raison
57:57pour laquelle vous avez
57:57beaucoup de familles
57:58monoparentales
57:59qui font 2 heures le matin,
58:012 heures le soir
58:03pour s'adapter
58:05au flux dans le magasin.
58:06Donc forcément,
58:07quand vous dites
58:08on va faire la prime
58:10pour ceux
58:11qui ont des contrats pleins,
58:14ça veut dire
58:14que personne ne l'aura
58:15ou très peu.
58:16Et donc,
58:16toutes les caissières
58:17qui étaient à 24 heures,
58:19qui est le standard
58:19du contrat de travail
58:21chez Carrefour,
58:22ont eu
58:23des quarts de prime
58:25ou des tiers de prime
58:28au lieu d'avoir
58:29la prime complète.
58:30Donc on voit bien
58:31que lutter contre
58:33la précarisation du travail
58:34pour l'égalité salariale,
58:36la revalorisation des salaires.
58:38C'est aussi par là
58:39que passe la remise
58:41à égalité
58:42dans le travail
58:43des hommes et des femmes.
58:45OK.
58:45Bon, il nous reste
58:46à peine 2 minutes.
58:48Donc malheureusement,
58:50du fait du Covid,
58:51on ne va pas pouvoir
58:51prendre des questions
58:52du public
58:53pour ne pas faire circuler
58:54un métro.
58:55Mais on vous remercie
58:55beaucoup.
58:56Un micro.
58:58Un micro.
58:59Mais merci d'être venu
59:00et merci à vous
59:01d'être intervenu
59:03pour vos témoignages
59:04et vos analyses.
59:06Donc c'est un sujet
59:07qu'on a beaucoup traité
59:07sur tous nos supports
59:09à l'humanité,
59:10tant dans le journal
59:10que sur le site web.
59:11Donc si c'est des thématiques
59:12qui vous intéressent,
59:13n'hésitez pas à nous suivre.
59:15Et par ailleurs,
59:17il y aura d'autres débats
59:18ici aujourd'hui
59:19que vous pourrez retrouver
59:20en direct
59:20et sur le site de la FET.
59:22Donc je rappelle l'adresse,
59:23c'est fête.humanité.fr.
59:26Donc n'hésitez pas
59:27à vous y rendre
59:28pour plus de débats.
59:30Notamment cet après-midi
59:31à 13h,
59:31un débat sur MeToo
59:34et la suite
59:35de la mobilisation féministe.
59:37Donc merci à tous
59:38d'être venus.
59:39Merci à ceux
59:39qui nous ont regardés
59:40en direct
59:40et très bonne journée
59:41à vous.
59:41Merci beaucoup.
59:43Merci.