00:00Bonjour Christophe Prudhomme. Bonjour. Les lecteurs de l'Humanité vous connaissent bien puisque vous publiez chaque semaine dans les colonnes
00:06du journal une chronique.
00:08Depuis maintenant plusieurs années, vous nous alertez sur la dégradation du secteur de la santé en France. Est-ce que
00:13vous auriez deux ou trois exemples emblématiques de cette dégradation ?
00:17Un exemple tout à fait récent, c'est l'hôpital d'Aulnay-sous-Bois dans ce département, en Seine-Saint
00:22-Denis, qui a déclenché le plan blanc, non pas du fait de l'épidémie,
00:26mais par manque de personnel, personnel de nuit aux urgences, qui était en arrêt de travail du fait de l
00:32'épuisement professionnel.
00:33Et donc déclencher le plan blanc, c'est l'état de catastrophe. Donc c'est l'hôpital quand même dans
00:38ce département qui couvre à la fois l'aéroport Charles de Gaulle
00:43et une des plus grandes prisons d'Île-de-France, la prison de Villepinte. Hier, nous avons appris que l
00:49'hôpital de Versailles déprogrammait les hospitalisations par manque de personnel,
00:53alors qu'en ce moment l'épidémie a tendance à diminuer. Donc la dégradation du système de santé n'est
01:01pas liée, l'épidémie a révélé le fait que notre hôpital n'était pas en capacité
01:07de gérer une épidémie qui somme toute est importante, mais avec un nombre de malades qui n'est pas celui
01:12qu'on aurait pu craindre.
01:13Et donc dès qu'on a la moindre surcharge d'activité, le système craque. Et là, on est dans une
01:19situation gravissime parce qu'on a tiré sur la corde pendant des années
01:22et on a ce qu'on appelle un effet seuil, c'est-à-dire on tire, on tire sur la
01:25corde et à un moment donné, le système s'effondre.
01:27Donc pour vous, le Ségur n'a rien changé à cette situation ?
01:30Non, le Ségur n'a rien changé parce que le Ségur a mis un peu de beurre dans les épinards,
01:33vous savez, au regard des salaires des personnels de santé en France.
01:36Il faut savoir que malgré le Ségur, aujourd'hui, les infirmières françaises sont moins bien payées que leurs collègues mexicaines.
01:42Voilà où on en est aujourd'hui. Donc on a plus de démissions que de personnes qui se proposent à
01:46l'embauche. C'est ça le problème.
01:47C'est-à-dire qu'au regard des conditions de travail qui se dégradent, d'une gouvernance qu'on appelle
01:51la gouvernance,
01:52c'est-à-dire qu'on a des directeurs d'hôpitaux aujourd'hui qui, dans leur majorité, pensent plus à
01:56leur carrière, à équilibrer le budget,
01:58qu'à faire fonctionner l'hôpital pour pouvoir prendre en charge les patients, c'est-à-dire le service public.
02:03Donc le personnel, toutes catégories confondues. Aujourd'hui, on a des démissions, des aides-soignants, des infirmières, des médecins.
02:08On est dans une situation catastrophique avec un gouvernement et surtout un ministre de la Santé, M. Véran,
02:13qui, très imbue de lui-même, quand il est interrogé à l'Assemblée nationale, ce qui est un véritable scandale,
02:17dit le Ségur a tout réglé.
02:18C'est-à-dire que c'est une négation totale de la situation, un déni total qui est catastrophique,
02:24alors que nous sommes à la veille d'un hiver qui risque d'être très difficile, qu'il y ait
02:27une cinquième vague ou simplement la grippe saisonnière.
02:29De toute façon, moi, je suis très inquiet sur la capacité de notre système de santé, tant la ville que
02:33l'hôpital,
02:34à pouvoir gérer correctement cet hiver avec un personnel épuisé et un système de santé qui a réellement été mis
02:40à mal,
02:41qui avait été mis à mal et que l'épidémie a mis sous une tension qui est insupportable aujourd'hui.
02:47Donc s'il y avait une mesure à prendre d'urgence ?
02:49La mesure à prendre d'urgence, c'est rassurer les personnels, arrêter les traiter comme des moins que rien, comme
02:54l'a fait le ministre,
02:55en particulier quand il a parlé des personnels grévistes.
02:57Et puis, il faut un véritable plan de recrutement massif pour l'hôpital, pour les EHPAD.
03:03Ce qu'on réclame aujourd'hui, c'est 100 000 personnes à l'hôpital, 100 000 embauchés à l'hôpital.
03:06Ça paraît beaucoup, mais c'est augmenter le personnel que de 10%.
03:09On ne demande pas la lune.
03:10200 000 en EHPAD, c'est simplement rattraper le retard qu'on a par rapport aux pays d'Europe du
03:14Nord.
03:15Et 100 000 personnes pour le secteur médico-social.
03:18Donc ce sont des emplois utiles.
03:19On a suffisamment de chômeurs aujourd'hui pour pouvoir les engager dans ces professions, dans ces études.
03:27Après, il faut effectivement valoriser ces métiers en les payant à leur juste niveau.
03:32Il faut savoir que ce sont des métiers où on travaille jour, nuit, dimanche, jour férié.
03:36Donc une pénibilité.
03:37Et quand une aide soignante aujourd'hui, EHPAD est payé 1 300 euros par mois,
03:40vous comprenez que ce n'est pas très attractif.
03:42Merci Christophe Redhomme. Bonne fête.
03:44Merci.