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  • il y a 11 heures
Emmanuel Macron a prononcé, lundi soir, à l’ONU, un discours qui entérine une prise de position attendue de longue date. D’autres États occidentaux se sont aussi engagés dans ce processus, qui, bien que majeur, restera totalement inopérant tant que des pressions ne seront pas effectives pour faire valoir les droits des Palestiniens. Nos journalistes Sarah Nedjar et Benjamin König font le point sur la situation.

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Transcription
00:00Certains diront trop tard, d'autres diront trop tôt, mais ce qui est sûr c'est que nous ne pouvons
00:04plus attendre.
00:05Ce sont les mots qu'Emmanuel Macron a prononcés ce lundi 22 septembre devant l'ONU,
00:09lors du discours officiel de la reconnaissance de l'État palestinien par la France.
00:14Et pour en parler, on est avec Benjamin, comment ça va ?
00:16Ça va, très bien. Bonjour Sarah, bonjour tout le monde.
00:18Est-ce que tu as regardé ce discours et qu'est-ce que tu en ressors ?
00:21Oui, bien sûr qu'on a regardé. J'étais même encore à la rédaction,
00:24puisqu'on avait besoin de mettre quelques extraits du discours dans le journal d'aujourd'hui.
00:29Donc on a bouclé un peu tard et j'étais sur place pour le regarder en direct et vite repiquer
00:34quelques phrases.
00:34Qu'est-ce que tu en as pensé ?
00:36Qu'est-ce que j'en ai pensé ? Bon, d'abord, il n'y a pas non plus de
00:38surprise,
00:39puisqu'on savait que c'était annoncé depuis pas mal de semaines et de mois même.
00:44Ce qui est intéressant dans ce discours, c'est quand même qu'il réaffirme la primauté du droit sur la
00:50force.
00:50Ça, je pense que dans le contexte actuel, c'est très intéressant.
00:54Ensuite, évidemment, il y a ses limites, il y a toutes les réserves qui sont posées.
00:59Alors plus dans le texte d'ailleurs que dans le discours.
01:03Après, bon, j'ai quand même trouvé que c'était à la hauteur du moment,
01:10même si le moment vient, comme tu l'as dit, trop tard.
01:12Est-ce que c'est trop peu ? C'est encore une autre question.
01:16Et je pense que ça se discute parce que c'est un acte diplomatique majeur.
01:21Ce n'est pas du tout anodin, ce n'est pas juste des paroles en l'air.
01:23Alors évidemment, ensuite, qu'est-ce que ça va changer pour le peuple palestinien ?
01:27Ça, c'est pareil, c'est une autre question.
01:28C'est Emmanuel Macron d'ailleurs qui disait, peut-être que certains diront trop tard,
01:32en tout cas ça fait de nombreuses années, que certains demandent la reconnaissance de l'État palestinien.
01:39Qu'est-ce que ça change que la France reconnaisse ou non un État ?
01:42Alors, avant de répondre à ta question par rapport à la France,
01:46effectivement, ça fait longtemps, c'est un serpent de mer.
01:49Général De Gaulle en parlait déjà, de la reconnaissance en tout cas d'une entité nationale palestinienne.
01:55Valéry Giscard d'Estaing aussi en avait beaucoup parlé.
01:58Ça a longtemps été d'ailleurs un des axes de la diplomatie française,
02:02ce qu'on appelait la diplomatie arabe de la France.
02:05Ensuite, Soumy-Téren, Chirac aussi en a parlé.
02:08Alors, pourquoi ils n'ont jamais franchi le pas ?
02:10Sans doute pour des questions de liens historiques, commerciaux, politiques avec Israël,
02:16qui fait des figures d'alliés régionales, d'alliés de l'Occident.
02:21C'est moins le cas, évidemment.
02:23Les choses ont un peu changé, étant donné ce qui s'est passé depuis deux ans,
02:28et puis même la politique israélienne mise en œuvre depuis une vingtaine d'années,
02:31c'est-à-dire depuis la fin des accords d'Oslo, l'assassinat de Rabin,
02:34l'émergence de Netanyahou, etc.
02:37Donc aujourd'hui, en fait, c'était devenu quasiment inéluctable.
02:40Alors, trop tard, sans doute, ça c'est sûr.
02:44Mais ce que ça change, c'est quand même,
02:48la France est un pays, certes en perte de vitesse,
02:52qui a perdu une aura diplomatique justement,
02:55parce qu'elle faisait moins dans le deux poids deux mesures
02:59comme elle peut le faire aujourd'hui,
03:01même si elle a un passif colonial, etc.
03:05Mais c'est un membre permanent du Conseil de sécurité,
03:08et c'est un membre du bloc occidental, du G7, etc.
03:13Aujourd'hui, le Conseil de sécurité de l'ONU,
03:15qui est vraiment l'organe vraiment décisionnaire,
03:18puisque c'est là qu'il peut y avoir des votes, des résolutions,
03:20et puis surtout les droits de veto pour quelques pays,
03:23dont la France, sur les membres permanents,
03:26il n'y a plus que les USA qui ne reconnaissent plus la Palestine.
03:28Donc ça isole, en fait, les USA,
03:31et par conséquent, leur allié israélien,
03:33puisqu'aujourd'hui, c'est le dernier gros allié d'Israël.
03:37Juste, il faut remettre les choses dans leur contexte,
03:39c'est une question occidentale.
03:41Ça fait longtemps que tous les pays africains, quasiment,
03:45tous les pays asiatiques, tous les pays d'Amérique du Sud,
03:47c'est-à-dire les tricontinentales, comme on appelle ça,
03:51ce qu'on appelait à l'époque les non-alignés,
03:55ont reconnu l'État de Palestine,
03:57qui a été, il faut le rappeler, proclamé en 1988.
04:00Donc ça fait 37 ans, si je calcule bien,
04:05qu'il existe, enfin qu'il existe.
04:07Évidemment, c'est la différence entre un État proclamé
04:09et un État de fait.
04:10Maintenant, toute la question va être
04:11comment on fait un État de fait.
04:13Dans son discours, en tout cas, Emmanuel Macron,
04:15tu le disais, vu que la France fait partie du bloc occidental,
04:17qui se considère comme allié,
04:19et on a souvent dit inconditionnel,
04:21de l'État d'Israël,
04:23on l'a senti à essayer de tempérer,
04:25ses premiers mots ont été aux otages du Hamas,
04:28qui sont cas au nombre de 48,
04:31aujourd'hui, au moment où on tourne cette vidéo.
04:34C'était aussi un jeu d'équilibriste,
04:35il fallait préserver les amitiés.
04:37Oui, effectivement, il a passé 5 minutes
04:39à prendre des pincettes,
04:41mais ce qu'on peut comprendre,
04:42on est quand même dans une AG de l'ONU
04:45sur un discours historique.
04:48Donc, effectivement, il a voulu quand même ménager,
04:51mais plus Israël en tant qu'État,
04:54que le gouvernement israélien,
04:56qu'il n'a quand même pas ménagé du tout.
04:58Puisqu'il y a des phrases qui sont fortes.
05:01À cette heure, Israël étant encore
05:03ses opérations militaires à Gaza,
05:04alors même que le Hamas a été considérablement affaibli,
05:08rien ne justifie plus la poursuite de la guerre à Gaza.
05:11Tout commande au contraire d'y mettre un terme définitif,
05:13maintenant, à défaut de l'avoir fait plus tôt.
05:16Ce genre de phrase, par exemple,
05:17à défaut de l'avoir fait plus tôt,
05:19ça veut bien dire ce que ça veut dire.
05:21Donc, même en langage diplomatique,
05:23il n'a pas ménagé Netanyahou.
05:25Voilà, donc ça, c'est quand même...
05:27Je pense qu'il faut le signaler, oui.
05:28Au moment, au milieu du discours
05:30où il reconnaît officiellement l'État palestinien,
05:32la délégation, enfin les représentants
05:36des territoires palestiniens se lèvent, applaudissent.
05:39Donc, c'est aussi là où on peut voir
05:40que le discours était attendu,
05:42que cette reconnaissance était importante.
05:44Oui, oui, bien sûr.
05:46D'ailleurs, moi je trouve qu'on voit de temps en temps
05:50passer des messages et des trucs
05:51que, ouais, mais ça ne sert à rien,
05:52puis d'abord on est qui, nia, nia, nia.
05:53Il suffit de demander aux Palestiniens.
05:55Quand on a fait des interviews,
05:58hier dans le journal,
05:59il y avait l'entretien de Riyad Mansour,
06:01qui est l'ambassadeur de Palestine aux Nations Unies.
06:04Donc, c'est quand même le premier concerné.
06:06Et il dit, pour nous, c'est hyper important.
06:08C'est un appui, c'est un appui de poids.
06:11Puisqu'effectivement, c'est un des grands pays
06:14du bloc occidental, avec le Royaume-Uni,
06:16qui l'a reconnu d'ailleurs,
06:18qui a reconnu aussi la Palestine dimanche.
06:20Donc, oui, oui, bien sûr, c'est très important.
06:23Ça isole Israël sur la scène internationale.
06:26Évidemment, on parle de diplomatie,
06:28on ne parle pas de terrain, on va dire.
06:31Après, en fait, ce qui sous-tend derrière
06:34aussi cette action diplomatique,
06:37cet acte diplomatique,
06:38c'est quand même la relance
06:40de la fameuse solution à deux États.
06:41Donc, on est quand même sur ces fondements-là
06:44au niveau des positions politiques.
06:48C'est important parce qu'aujourd'hui,
06:50il y a beaucoup de questionnements,
06:51y compris dans les gens qui soutiennent la Palestine.
06:54Oui, certains demandent un État binational.
06:55Voilà, est-ce qu'il faut un État, deux États.
06:58D'ailleurs, même les Palestiniens,
07:01et pour beaucoup de monde,
07:02il y a encore des gens qui sont divisés là-dessus,
07:04y compris d'ailleurs du côté des progressistes
07:06de la gauche israélienne.
07:08Est-ce qu'il faut un État démocratique israélien
07:12qui englobe tout le monde ?
07:13Enfin, qu'on pourrait appeler différemment, bien sûr.
07:16Mais en tout cas, à partir de là,
07:18où est-ce qu'il faut vraiment revenir
07:19à la solution à deux États
07:21et donc aux frontières de 67,
07:23au droit international ?
07:24En fait, la problématique, elle est là.
07:26C'est qu'aujourd'hui, on a tellement laissé faire,
07:29notamment l'Occident,
07:30c'est-à-dire l'Ordre mondial occidental,
07:32a tellement laissé faire la colonisation,
07:35l'annexion israélienne,
07:36que tout le monde se demande
07:38est-ce que c'est encore possible
07:39une solution à deux États
07:41et créer un État de Palestine
07:42dans les frontières de 67,
07:44c'est-à-dire Gaza, Cisjordanie et Jérusalem-Est.
07:47Ça, ça va être tout l'enjeu
07:48des prochaines années, j'allais dire.
07:51Ça va aussi placer différemment la France
07:54par rapport à tout ce qui se passe au Moyen-Orient.
07:57Alors ça, c'est les grandes limites
07:58de la diplomatie macroniste.
07:59C'est toujours, en même temps,
08:01c'était pareil sur beaucoup d'autres sujets,
08:04la colonisation,
08:05c'est-à-dire qu'à la fois,
08:06il dénonce la colonisation,
08:07mais ensuite, il va avoir des actes
08:09de domination coloniale forts.
08:12Et puis, voilà, là,
08:13on est encore dans un cas typiquement macroniste.
08:16C'est-à-dire un discours,
08:18mais les actes,
08:19on ne sait pas où ils sont.
08:21Il y a encore,
08:22on l'avait fait dans une vidéo,
08:25des armes,
08:25ou en tout cas des composantes d'armes
08:27qui sont vendues à Israël.
08:28Qui sont présentées comme des pièces d'armes de défense.
08:31Oui, ce qui est le cas.
08:32C'est le cas,
08:33mais c'est des pièces d'armes.
08:34Et c'est difficile d'aller vérifier.
08:35Quand on vend une crosse de fusil
08:37ou un petit mécanisme
08:37qui sert à assembler un fusil mitrailleur,
08:39tu peux dire,
08:40oui, mais ce n'est pas nous
08:40qui assemblons le fusil mitrailleur,
08:42mais bon,
08:43c'est un argument spécieux,
08:45à mon avis.
08:45Donc, on le sait,
08:47le Cornu a menti
08:48quand il a dit que la France
08:48ne vendait pas,
08:49alors d'armes
08:50ou matériel militaire.
08:52Voilà, moi je trouve
08:52que les deux,
08:53c'est important.
08:55Ça peut être des systèmes de renseignement
08:57pour savoir où sont les cibles.
08:59C'est aussi une arme.
09:01Mais évidemment,
09:02enfin,
09:02c'est de l'armement, quoi.
09:04Mais oui,
09:05c'est toute la limite.
09:06Et puis surtout,
09:06c'est toute la question
09:07des sanctions derrière
09:08et des pressions effectives
09:11aujourd'hui
09:11qu'il faut exercer
09:13sur le gouvernement
09:14de Netanyahou.
09:16On le sait,
09:18l'Union européenne
09:19est complètement divisée
09:20sur le sujet,
09:22passive,
09:23voire parfois complice.
09:25Donc,
09:26ça encore,
09:27c'est évidemment
09:28une des limites
09:29de cette question-là.
09:32Voilà,
09:32donc il faut bien se rendre compte
09:34qu'on reste dans le domaine
09:35de la diplomatie
09:35pour l'instant
09:36et que derrière,
09:38le domaine politique,
09:39c'est-à-dire
09:40faire des sanctions,
09:41on est capable
09:41de le faire contre la Russie,
09:42on doit pouvoir le faire
09:43contre Israël.
09:45Dernière question
09:46concernant ce discours,
09:48quid du lendemain ?
09:49On est au lendemain
09:50du discours ?
09:51Alors,
09:52il y a un lendemain immédiat,
09:54c'est-à-dire qu'il y a
09:55encore des réunions
09:55cet après-midi
09:56à l'ONU
09:57avec Macron
09:58sur la suite
10:00donc de cette fameuse
10:01conférence
10:02pour la solution
10:03à deux États.
10:04Donc,
10:05il va y avoir
10:05notamment une réunion
10:06aujourd'hui
10:07avec les pays arabes
10:09qui,
10:10c'est pareil,
10:11ne brillent pas
10:12par leur pression politique.
10:14Il faut préciser
10:14qu'il y a des négociations
10:15indirectes à Doha
10:16en ce moment.
10:18Oui,
10:18oui,
10:18effectivement,
10:19il y a le Qatar
10:19qui joue ça.
10:20à New York.
10:21Exactement.
10:22D'ailleurs,
10:22on voit que
10:24la frappe,
10:25le bombardement
10:25de l'israélien
10:26sur Doha
10:27avait pour ambition
10:28à la fois
10:29de toucher le Hamas
10:31mais aussi
10:31de torpiller
10:31totalement les négociations.
10:34Est-ce qu'elles se poursuivent ?
10:35Est-ce qu'elles vont être relancées ?
10:36Ça va dépendre effectivement
10:36des pays arabes.
10:37À plus long terme,
10:39il y a différents textes
10:41sur lesquels s'appuyer.
10:42Je pense notamment
10:43à la résolution
10:44de l'ONU
10:45qui a été votée
10:46et adoptée
10:46l'année dernière
10:47du 18 septembre 2024
10:50qui réaffirme
10:51le droit international
10:52encore une fois
10:52en disant
10:53qu'Israël doit
10:54quitter les territoires
10:56annexés
10:56pour les territoires
10:59palestiniens,
11:00Jérusalem-Est,
11:01Cisjordanie,
11:02Gaza.
11:03Alors,
11:04Gaza est dans une situation
11:05particulière.
11:06Il n'est pas annexé
11:06mais il pourrait l'être
11:07à nouveau.
11:08Donc,
11:09voilà,
11:10c'est toujours pareil.
11:12L'idée,
11:12c'est de s'appuyer
11:12sur ce jalon-là
11:17pour faire avancer
11:19les choses
11:20mais évidemment
11:21sans volonté politique.
11:22ça va être compliqué.
11:24Mais évidemment,
11:24la donne a changé,
11:25bien sûr.
11:26Merci Benjamin.
11:27Merci pour cette analyse.
11:28Je vous remercie
11:29d'avoir suivi cette vidéo.
11:30N'hésitez pas
11:30à vous abonner
11:31à la chaîne de l'UMA
11:32pour plus d'analyse politique
11:33et on va suivre ça avec vous.
11:35Ciao.
11:35Bonne journée.
11:35Salut.

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