Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 12 minutes
En quelques mois, il est devenu l’économiste français le plus critiqué au monde. Bernard Arnault l’a qualifié de « militant d’extrême gauche qui veut détruire l’économie libérale ». Gabriel Zucman, auteur de la taxe du même nom, répond aux questions de nos journalistes Cyprien Boganda, chef de la rubrique Capital Travail et Emilio Meslet, grand reporter au service politique.

ABONNEZ-VOUS à la chaîne de l'Humanité https://www.youtube.com/channel/UCar0yo-PpeMk51m116826pQ/

📰 Vous avez aimé cette vidéo ? Pour une info 100% libre et engagée, ABONNEZ-VOUS : https://abonnement.humanite.fr

✊ Nous ne sommes financés par AUCUN MILLIARDAIRE. Et nous en sommes fiers ! Pour nous accompagner face à des défis financiers constants, SOUTENEZ-NOUS : https://www.humanite.fr/donner-a-lhumanite

📣 L'HUMANITÉ C'EST AUSSI :
Un site : https://www.humanite.fr/
Une application : https://app.humanite.fr
Twitch : https://twitch.tv/lhumanitefr
Instagram : https://instagram.com/lhumanitefr
Threads : https://www.threads.net/@lhumanitefr
Twitter : https://x.com/humanite_fr
TikTok : https://tiktok.com/@lhumanitefr

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:01Gabriel Gikman, bonjour.
00:02Bonjour.
00:03En quelques mois, vous êtes devenu l'économiste français le plus critiqué au monde.
00:06Quel effet ça vous fait d'être accusé par Bernard Arnault d'être un militant d'extrême-gauche
00:10qui veut détruire l'économie libérale ?
00:12Ça me fait surtout penser que les adversaires de l'impôt plancher que je propose
00:18n'ont pas beaucoup d'arguments de fond à opposer à cette idée.
00:24Parce que l'idée qu'un taux plancher de 2% pour des fortunes qui ont vu leur patrimoine
00:31augmenter de 10% par an en moyenne depuis 30 ans,
00:34c'est-à-dire qu'ils ont augmenté que de 8% s'il y avait eu ce taux de
00:372%,
00:38l'idée qu'un petit impôt comme ça puisse mettre à terre l'économie française,
00:42bien sûr que ça ne tient pas debout.
00:44Si vous aviez expliqué aussi à une personne qui n'y connaît rien en économie
00:47le principe de l'impôt plancher que vous proposez, qu'est-ce que vous lui diriez ?
00:51Qu'il s'agit de mettre en conformité nos lois fiscales
00:56avec notre principe constitutionnel fondamental d'égalité devant l'impôt.
01:01Pourquoi ? Parce que tout part du constat, c'est un constat récent,
01:05que les milliardaires, tout prélèvement obligatoire compris,
01:08paient deux fois moins d'impôts par rapport à leur revenu
01:11que les autres catégories sociales.
01:13Le français moyen paie environ 50% de sa revenu en impôts
01:17et pour les milliardaires c'est 25%, tout prélèvement compris.
01:19Avec ce taux plancher exprimé en pourcent du patrimoine,
01:23on rétablirait cette justice fiscale dans son acception minimaliste,
01:27c'est-à-dire qu'on s'assurait que les milliardaires paieraient autant
01:29que les autres catégories sociales.
01:31Et cet impôt, il faut comprendre comment il a été conçu.
01:34C'est d'abord un impôt qui pèse sur les gens extrêmement riches,
01:38plus de 100 millions d'euros de patrimoine, 1800 foyers fiscaux,
01:41mais sur ceux qui, parmi cette catégorie sociale, payent très peu d'impôts.
01:45Parce que c'est une contribution différentielle, ça veut dire que si vous payez déjà aujourd'hui
01:49en impôts sur le revenu, plus impôts sur la fortune immobilière, etc.,
01:522% de votre fortune, vous n'aurez rien de plus à payer.
01:55C'est que si vous payez très peu, que vous devriez payer la différence pour arriver à 2%
01:59et simplement pour poser ce principe fondamental que, quand vous êtes extrêmement riche,
02:04l'extrême richesse doit s'accompagner de devoirs incompressibles vis-à-vis de la communauté nationale.
02:10Il n'existe pas de droit, quand on est milliardaire, à payer zéro.
02:15Vous dites que les milliardaires payent deux fois moins d'impôts que le français est moyen.
02:18Comment est-ce possible ?
02:19C'est possible parce que, quand vous êtes très fortuné,
02:22c'est simple d'organiser votre patrimoine de façon à ce qu'il ne génère pas de revenu.
02:27Et donc, ces grandes fortunes, elles échappent en très grande partie à l'impôt sur le revenu.
02:31L'impôt sur le revenu, c'est une grande création démocratique, citoyenne, du début du XXe siècle,
02:37adoptée à la Chambre des députés en 1907 pour la première fois,
02:40puis votée par le Sénat en 1914, ça a mis beaucoup de temps.
02:44Et ce qu'on a découvert récemment, c'est que plus d'un siècle après sa création,
02:48les milliardaires ne sont toujours pas entrés dans l'impôt sur le revenu.
02:51Ils ne sont pas encore entrés dans le champ de la solidarité nationale.
02:55Comment ça se passe en pratique ?
02:57Ils interposent entre eux-mêmes et leurs revenus,
03:00qui sont pour l'essentiel des dividendes,
03:02des sociétés holding qui font écran à l'impôt.
03:05Les dividendes sont versés à des holdings,
03:07mais ils n'y sont pour l'essentiel pas fiscalisés.
03:10Les opposants de l'impôt planché que vous proposez
03:13arguent notamment qu'ils feraient fuir les riches à l'étranger
03:17et qu'ils tueraient l'innovation.
03:19Vous leur répondez quoi ?
03:19Sur l'exil fiscal, il faut bien comprendre,
03:22ce n'est pas une loi de la nature.
03:23On peut choisir de l'accepter comme on peut le combattre.
03:27Dans la proposition de loi qui a été adoptée par l'Assemblée nationale en février,
03:30il y a un bouclier anti-exil qui viendrait soumettre
03:33les éventuels exilés fiscaux à l'impôt planché
03:36pendant cinq ans après leur départ.
03:37On pourrait aller plus loin, on pourrait proposer dix ans,
03:39mais le point important, c'est qu'on n'est pas impuissant face à l'exil fiscal.
03:44C'est un choix de politique publique.
03:46Sur la question de l'innovation,
03:49il faut rappeler qu'on parle d'un impôt qui touche les personnes
03:51qui ont plus de 100 millions d'euros.
03:53L'idée que devoir payer un petit taux planché
03:56au même titre que les autres catégories sociales,
03:58une fois qu'on a plus de 100 millions,
04:00puisse décourager des créateurs de start-up,
04:03des personnes qui à 20 ans, 25 ans, 30 ans,
04:05réfléchissent à leur avenir professionnel,
04:06ça ne tient pas debout parce que ce qui compte pour ces créateurs de start-up,
04:10c'est plein d'autres choses.
04:12C'est de pouvoir recruter des salariés qualifiés,
04:15c'est la qualité des infrastructures publiques.
04:17Et donc en réalité, une fois qu'on comprend ça,
04:19on comprend que l'impôt planché,
04:21au contraire de diminuer l'innovation,
04:24il viendrait l'encourager.
04:25Pourquoi ? Parce qu'avec ces 20 milliards d'euros,
04:27c'est autant d'argent qu'on pourrait investir
04:29et on en a grand besoin dans notre système éducatif
04:32qui est sous-financé.
04:33Les enseignants sont sous-payés.
04:35Dans nos universités,
04:36qui sont dramatiquement sous-financées,
04:38la dépense publique par étudiant a baissé de 25% depuis 2012.
04:42Dans nos services publics,
04:43dans nos infrastructures publiques,
04:45dans tout ce qui va faire
04:47la productivité future de la France,
04:50sa croissance économique,
04:51et qui va permettre aux entreprises de bien fonctionner.
04:53Nous réalisons cet entretien
04:54alors que le budget 2026
04:56arrive dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale.
04:58Le gouvernement ne veut pas de l'impôt que vous proposez
05:02et propose à la place une taxe sur les holdings.
05:04Vous nous avez dit que c'était un problème,
05:06les holdings,
05:06mais vous ne voulez pas de cette taxe.
05:08Est-ce que vous pouvez nous expliquer pourquoi ?
05:09Cette taxe sur les holdings,
05:10c'est un summum d'hypocrisie.
05:13On pourrait penser
05:15que taxer le patrimoine des holdings à 2%,
05:18comme le propose l'article 3 du projet de loi de finances,
05:21c'est un progrès pour plus de justice fiscale.
05:23Mais il faut lire l'article tel qu'il est écrit.
05:26C'est une longue liste d'exonérations.
05:29D'abord, toutes les actions sont sorties du patrimoine des holdings.
05:32Une holding, elle possède essentiellement ça,
05:35des titres de participation,
05:36c'est leur raison d'être.
05:37Donc d'emblée de jeu,
05:38on sort 90% du patrimoine des holdings
05:40de l'assiette de ce nouvel impôt.
05:41Mais ça ne s'arrête pas là.
05:42L'immobilier,
05:43dès qu'il est utilisé pour des activités commerciales,
05:46industrielles,
05:46par exemple un immeuble de bureau
05:47que possède une holding,
05:49ça exclut de l'impôt.
05:50Si vous investissez dans des entreprises innovantes,
05:52c'est pareil.
05:53Donc cette taxe sur les holdings,
05:54elle ne touche quasiment rien.
05:56Elle touche des liquidités dormantes
05:57que des milliardaires auraient oubliées
05:59ici ou là dans les holdings.
06:00Et c'est pour ça qu'elle ne va quasiment rien rapporter.
06:03En fait, rien du tout.
06:04Parce que même si elle voyait le jour,
06:05les grandes fortunes en question
06:06se débrouilleraient pour réinvestir ces liquidités
06:09soit en actions,
06:10soit en immobilier
06:11de façon à échapper à ce nouvel impôt.
06:13Toujours à l'Assemblée nationale,
06:14on a vu aussi une coalition se former
06:15pour rejeter votre impôt
06:16entre les macronistes,
06:18la droite traditionnelle
06:19et l'extrême droite.
06:20Pourquoi vous pensez
06:21qu'ils ne veulent pas de cet impôt ?
06:24Je pense d'abord
06:26qu'il faut bien comprendre
06:27que cet impôt,
06:29il a un énorme soutien dans la population.
06:31Il faut le rappeler.
06:32Je vais répondre à votre question.
06:33Mais toutes les enquêtes d'opinion
06:34montrent que c'est à peu près 85%
06:36des Français
06:36qui soutiennent l'impôt plancher.
06:38Alors pourquoi est-ce que
06:41les dirigeants politiques,
06:42et c'est le cas, 85%,
06:43dans toutes les sensibilités politiques,
06:45ce n'est pas qu'à gauche
06:46où c'est plus de 90%,
06:47mais c'est aussi au centre, à droite,
06:50parmi les électeurs du Rassemblement national,
06:51plus de 75% des Français,
06:53des électeurs de toute sensibilité politique différente,
06:55soutiennent cet impôt.
06:56Simplement, ce qu'on a vu
06:57au cours des dernières semaines,
06:59c'est une mobilisation très forte
07:00des grandes fortunes
07:03pour éviter que cet impôt
07:05ne voit le jour.
07:05Mais elles ont utilisé
07:06toutes les armes à leur disposition,
07:07et on les connaît,
07:08et en particulier,
07:09les médias qu'elles possèdent
07:11et qu'elles contrôlent.
07:12Et je vais citer le Financial Times,
07:15qu'on ne peut pas accuser
07:17de communisme.
07:18Le Financial Times,
07:21lui-même,
07:21la Bible du libéralisme,
07:23a écrit noir sur blanc
07:24il y a quelques jours
07:25que la France se caractérise
07:27par l'emprise de ses milliardaires,
07:29plus encore que dans
07:30les autres pays européens
07:32d'Europe occidentale,
07:33l'emprise de ses milliardaires
07:34sur sa vie économique
07:36et sur sa vie démocratique,
07:38et en particulier
07:39sur le débat d'idées
07:40qui constitue le cœur
07:41de la vie démocratique.
07:43Et je pense que c'est
07:44une des grandes raisons
07:45pour lesquelles on voit
07:46ce front aujourd'hui
07:48à l'Assemblée nationale
07:50pour refuser
07:51ce qui constituerait
07:52une extension
07:53du champ de la démocratie.
07:55Parce que dans le fond,
07:56c'est ça ce projet
07:57d'impôt plancher,
07:58c'est de faire entrer
07:59les milliardaires
08:00dans le champ
08:01de la solidarité nationale
08:02à laquelle ils ne participent
08:03pas encore.
08:03Est-ce que vous êtes optimiste
08:04quant à une potentielle
08:05adoption à moyen terme ?
08:07Je suis très optimiste.
08:09Je suis en réalité
08:10persuadé que cet impôt
08:11va finir par voir le jour.
08:13Je ne sais pas
08:13si ça va mettre des semaines,
08:14des mois, des années.
08:16J'en suis persuadé
08:17d'abord parce qu'il y a
08:18ce soutien démocratique
08:20et il ne faut pas
08:20sous-estimer la puissance
08:22des forces démocratiques.
08:25Je suis persuadé
08:26parce que c'est une idée
08:27qui a été mûrement réfléchie,
08:29qui s'appuie sur un travail
08:30universitaire, collectif,
08:32sur une étude approfondie
08:34des expériences historiques,
08:35des échecs passés
08:36en matière d'imposition
08:37des grandes fortunes,
08:38qui essaye de tirer
08:39les leçons
08:40de ces expériences passées,
08:41de ces expériences internationales.
08:43Il ne faut pas sous-estimer
08:44le pouvoir des idées,
08:44des bonnes idées.
08:46J'en suis persuadé
08:48parce que
08:49cette proposition,
08:50elle s'inscrit
08:51dans une histoire,
08:53une marche
08:54vers plus de démocratie
08:55et plus d'égalité
08:56qui a commencé
08:57en 1789,
08:58l'abolition
08:59des privilèges fiscaux,
09:01de l'aristocratie,
09:01qui a continué
09:03en 1914
09:03avec la création
09:04de l'impôt progressif
09:05sur le revenu.
09:06Et il s'agit fondamentalement
09:07que de venir
09:08parachever cette révolution
09:09qu'a été la création
09:10de l'impôt sur le revenu
09:11en 1914
09:12en y faisant entrer
09:13les milliardaires.
09:14Vous parlez des milliardaires,
09:16c'est jamais qu'une centaine
09:16de personnes en France.
09:17Qu'est-ce que vous faites
09:18de tous les autres riches
09:19qui sont aujourd'hui
09:20beaucoup moins taxés
09:20qu'ils l'étaient
09:21dans les années 80 ?
09:22Est-ce qu'il faut
09:22les taxer davantage ?
09:23Oui, on a besoin
09:25d'une grande réforme fiscale
09:27en particulier
09:27de l'impôt sur le revenu,
09:28de recréer
09:29de la progressivité fiscale
09:30dans l'impôt sur le revenu.
09:31Vous savez,
09:31aujourd'hui,
09:32on a deux impôts sur le revenu.
09:33On a la CSG
09:33à taux unique.
09:35Dès le premier euro de salaire,
09:37le SMICARD doit payer
09:3810% de CSG
09:39prélevé à la source.
09:39Et puis, on a l'impôt
09:40sur le revenu
09:40mité de niche fiscale.
09:42On a besoin
09:42de remettre tout ça à plat,
09:43de créer un grand impôt citoyen
09:45progressif sur les revenus.
09:47Je pense que
09:48si on adopte
09:50l'impôt planché
09:50sur les grandes fortunes,
09:51ça va permettre
09:53de débloquer
09:54la situation budgétaire,
09:55de débloquer
09:55la situation fiscale
09:56et d'avancer
09:58sur tout un tas
09:59d'autres sujets.
09:59Parce que ça va être
10:00à contrario difficile
10:01de demander
10:02à d'autres catégories sociales
10:04de soit payer
10:05plus d'impôts
10:06ou de voir
10:07la dépense fiscale
10:08être réduite
10:09tant que les milliardaires
10:10continueront à être
10:11comme cela
10:12en dehors du champ
10:12de la solidarité nationale.
10:14Merci Gabriel Gikman.
10:15Merci à vous.
10:20Merci à vous.

Recommandations