- il y a 9 heures
Vitrine de la sécurité intérieure pour les uns, « salon du prêt-à-tuer » pour les autres, Milipol a ouvert ses portes ce mardi 18 novembre, comme tous les deux ans, au parc des expositions de Paris-Villepinte, sous l’égide du ministère de l’Intérieur.
Pour en parler, Alexandre Fache, journaliste à l'Humanité, reçoit Mathieu Rigouste, le sociologue qui démonte depuis vingt ans les mécaniques de la violence d’État et de la violence impériale, observe leurs intrications, leurs cibles, leurs armes, leurs stratégies, les industries auxquelles elles donnent corps, mais aussi les mouvements populaires qui leur résistent.
0:00 Qui est Mathieu Rigouste ?
2:42 C'est quoi Milipol ?
8:30 Les armes présentées au salon
16:29 La présence d'Israël
32:06 La collaboration entre États et entreprises d'armement
38:47 La police et l'armée : quelle différence ?
43:44 Les budgets de la "sécurité"
47:10 Violences policières : l'impunité organisée
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Pour en parler, Alexandre Fache, journaliste à l'Humanité, reçoit Mathieu Rigouste, le sociologue qui démonte depuis vingt ans les mécaniques de la violence d’État et de la violence impériale, observe leurs intrications, leurs cibles, leurs armes, leurs stratégies, les industries auxquelles elles donnent corps, mais aussi les mouvements populaires qui leur résistent.
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8:30 Les armes présentées au salon
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NewsTranscription
00:00On accueille donc aujourd'hui Mathieu Rigouste, sociologue, chercheur, essayiste, documentariste,
00:08militant et spécialiste, donc surtout la question des répressions policières
00:13et de l'industrialisation de cette répression.
00:18Salut.
00:18Bienvenue Mathieu, merci d'être là.
00:21Merci pour l'invitation.
00:22C'était un planning chargé, donc on a réussi à t'attraper 45 minutes,
00:26donc on va être en gros 45 minutes ensemble.
00:29On a pas mal de choses à voir ensemble, et notamment cette actualité du salon Millipol
00:35qui est lancé depuis mardi et dans lequel tu as pu te rendre dedans et aux abords.
00:43Tu vas nous raconter tout ça.
00:45D'abord, peut-être une petite présentation de ton travail.
00:49Tu as de nombreuses publications à ton actif, notamment la domination policière en 2012,
00:55état d'urgence et business de la sécurité en 2016, la police du futur en 2022,
01:02et encore cette année 2025, la guerre globale contre les peuples, mécanique impériale de l'ordre sécuritaire.
01:08Rien que les titres, déjà, ça nous précise quel est le champ de ton travail.
01:15Ça parle aussi de tout ce qui résiste à l'ordre sécuritaire.
01:18Pas seulement un constat, mais de tout ce qui est mis en œuvre contre cet ordre imposé.
01:25Oui, ça cartographie un monde qui est effectivement un peu un musée des horreurs,
01:31mais le problème c'est que c'est la réalité.
01:34Je m'intéresse aussi au fait que toutes ces mécaniques de domination sont en permanence contredites
01:39par des résistances populaires, par des mouvements de libération, par des forces collectives
01:44qui cherchent à créer autre chose.
01:46Je dis ça, c'est pour ne pas qu'on démarre direct avec les...
01:50Pas qu'on soit trop plombé.
01:51Voilà, c'est ça.
01:52C'est au cœur de ta thèse, je crois, et du documentaire que tu as signé en 2020,
01:58Un seul héros, le peuple, sur les soulèvements algériens de décembre 1960.
02:01Aussi. Là, du coup, c'est vraiment sur une victoire populaire,
02:06sur un moment aussi qui vient montrer que c'est possible pour un peuple opprimé
02:10de s'auto-organiser et d'arracher par lui-même sa libération.
02:14Ça nous parle aussi pour nos luttes actuelles, pour la libération de la Palestine,
02:19du Soudan, de tous les peuples opprimés.
02:22Et donc ton dernier documentaire, il s'intitule « Nous sommes tous des champs de bataille ».
02:27Dans ce documentaire, et comme dans une bonne partie de ton travail de recherche,
02:33tu analyses le bouleversement de l'univers et de l'arsenal répressif,
02:39dont le salon, donc Millipol, est une vitrine.
02:42Tu étais à Villepinte mardi pour l'ouverture de ce salon dit de la sûreté
02:47et de la sécurité des États, c'est son appellation officielle.
02:51Est-ce que tu peux nous expliquer déjà ce que c'est ce salon ?
02:53Qu'est-ce qui se joue là-bas ?
02:57Toutes les grandes puissances capitalistes, c'est ce que j'essaye de raconter
03:01dans ce livre dont on a parlé, la guerre globale contre les peuples,
03:05depuis l'origine du capitalisme, en fait, s'appuient sur des industries
03:08de la guerre, du contrôle, de la surveillance, de la répression,
03:11parce qu'elles en ont besoin, à la fois pour imposer un système
03:14d'exploitation et de domination à l'intérieur de leurs frontières
03:18et dans le reste du monde, et puis pour accumuler des profits,
03:22déposséder les peuples, s'imposer.
03:25Et donc, parmi les grandes puissances impériales,
03:28la France est une puissance moyenne, mais elle fait quand même partie
03:31de tout ce... des puissances qui structurent quand même
03:36l'ordre international.
03:38Il y a cet enjeu d'être un acteur important sur le marché mondial
03:44de la guerre, du contrôle, de la surveillance, de la répression.
03:47Et donc, notamment pour l'impérialisme français,
03:49qui est quand même déclinant, même s'il se maintient,
03:52au même titre que l'impérialisme occidental,
03:55qui reste quand même, entre guillemets, le maître du monde,
03:58qui reste la puissance hégémonique, même en déclin.
04:01Il faut se maintenir, il faut trouver des moyens
04:04de continuer à occuper une position centrale, importante
04:09dans l'ordre international.
04:10Et donc, l'organisation de ces salons est très importante.
04:16Et pour la France, il y a un choix qui a été fait,
04:19économique et politique, d'être une sorte de leader international
04:22dans l'organisation de ces salons, parce que ça donne du pouvoir.
04:25Et puis, ça permet aussi de mettre en avant ses propres industries.
04:31Au cœur du salon Millipol, il y a le village des entreprises françaises,
04:34des start-up françaises, etc.
04:36Et donc, c'est celles qui sont en particulier mises en valeur.
04:39Mais du coup, ça permet aussi de dire
04:40qui a le droit d'y entrer ou non, etc.
04:43Donc, d'avoir un peu des leviers aussi au niveau international.
04:48Et donc, il y a cinq grands salons internationaux,
04:51eux disent de la défense et de la sécurité,
04:53je dis de la guerre et du contrôle,
04:56qui sont organisés par la France
04:57et qui vraiment lui donnent un rôle important.
05:02Et, par exemple, il y avait le salon du Bourget,
05:04qui était de l'aéronautique militaire et civile en juin dernier.
05:11Il va y avoir Eurosatori en juin prochain.
05:14Et là, par exemple, Millipol, c'est celui qui se dit
05:17de la sécurité intérieure des États.
05:19Mais en vérité, tout se touche à ce qu'ils appellent
05:22le continuum de sécurité et qui a en fait une sorte de continuité
05:25dans les dispositifs militaires, policiers, de surveillance,
05:29d'enfermement, de répression.
05:30Et donc là, on a des entreprises qui touchent à tout ça
05:33et qui profitent de ce salon pour mettre en vitrine
05:37leurs nouvelles marchandises,
05:39mais aussi pour se regarder les unes les autres,
05:42se copier, lancer des contrats.
05:44Et puis aussi avoir accès, comme ils disent,
05:46aux utilisateurs finaux.
05:47C'est-à-dire, en fait, ça permet aussi à des entreprises-là
05:49qui, de toute façon, s'organisent toute l'année
05:51pour être en contact avec des policiers, des militaires,
05:54même travailler avec l'État pour qu'ils permettent
05:56à des unités de tester leurs marchandises,
05:59dans le but de les rendre les plus désirables
06:03et désirés par les policiers, les militaires,
06:06les forces spéciales, etc.
06:08Et donc d'ouvrir des contrats, en général,
06:12d'abord à son propre État.
06:13Et puis, une fois qu'on l'a vendu à son propre État
06:15et qu'en plus, il s'en est servi,
06:17ça permet de viser l'export.
06:21C'est ce qu'on voit dans ton documentaire
06:24et même dans la bande-annonce.
06:26Je vous propose de regarder au moins le début
06:28de la bande-annonce.
06:30Et puis, on en reparle juste après.
06:34Depuis le début des années 2000,
06:35j'enquête sur le système sécuritaire
06:37tout en participant aux luttes sociales.
06:39Et pour cette raison,
06:40j'ai été fiché par les services de renseignement français.
06:44Mais nous avons besoin de mieux connaître
06:45cette machine de guerre et de contrôle
06:47qui écrase les peuples.
06:48Alors, j'ai décidé d'aller enquêter au cœur de Millipol,
06:51le salon mondial de la sécurité intérieure des États.
07:07Et lui, c'est l'un des dirigeants du J4,
07:09le lobby des industriels de la défense et de la sécurité,
07:11un peu comme le boss final.
07:14Je veux dire, est-ce que l'utilisation
07:16de certains matériels en sécurité intérieure
07:19permet d'ouvrir des marchés à l'export ?
07:22Euh, oui.
07:24Oui.
07:25À partir du moment où ces matériels
07:28ont l'estampille, validé par le ministère de l'Intérieur,
07:31etc., c'est...
07:35Il faut pas afficher, est-ce qu'il est rempli ?
07:36Et ils veulent faire de la haute sécurité.
07:38Non, mais ils sont fatigués, ceux-là.
07:40Fatigués.
07:44Voilà, on va s'arrêter là.
07:46Mais il y a trois belles minutes de bande-annonce,
07:49déjà, qui résument bien le film.
07:51Et on a une petite idée, là, de ce continuum sécuritaire
07:54avec cette déclaration que tu as glanée dans le salon.
07:59Voilà, c'est clairement...
08:00C'est une vitrine.
08:01Cette sécurité intérieure, elle sert aussi
08:04à de la répression à l'étranger,
08:08dans des guerres, dans des situations de guerre,
08:09voire de génocide.
08:11Oui, et bon, on peut se le redire,
08:12la France est le deuxième vendeur d'armes dans le monde.
08:16Depuis 40 ans, elle fait partie des cinq plus grands vendeurs.
08:19Et de toute façon, sur l'histoire longue du capitalisme globalisé,
08:22elle a toujours fait partie d'une des puissances structurantes
08:27et d'un impérialisme principal.
08:30Alors, quel est le processus de mise au point de ces armes,
08:35dont pas mal, notamment dans ce salon,
08:37sont présentées comme non létales, on y reviendra.
08:39Mais où est-ce qu'elles sont testées ?
08:41Comment leur utilisation est justifiée ?
08:43Est-ce que tu peux nous donner aussi quelques exemples ?
08:47Oui, bon, non létales, ça c'est un concept entre la publicité et la propagande.
08:52C'est leur terme à eux, parce que ça dépend de comment on s'en sert.
08:55Et en fait, toutes ces armes-là, que ce soit les grenades dites de désencerclement,
09:00mais en fait mutilantes, intoxicantes, les lanceurs de balles de défense,
09:07toutes ces armes-là tuent, elles mutilent.
09:10Et puis, de toute façon, les forces de l'ordre à travers le monde
09:12savent aussi tuer sans utiliser d'armes.
09:16Beaucoup de victimes de la police qui sont étranglées, par exemple.
09:22Donc, voilà, la question de la létalité, c'est plutôt une question de système politique.
09:27Mais là, comme on va le voir, c'est aussi économique.
09:31Et ça dépend des domaines sur la conception,
09:35parce qu'il y a des fois des choses qui partent directement de l'État.
09:38C'est-à-dire, l'État considère qu'il doit réagir à ce qu'il appelle une nouvelle menace.
09:42Et donc, il va lancer un programme de recherche, d'innovation, etc.
09:48Ça, ça ne se fait jamais sans être en collaboration directe, systémique,
09:56continue avec les industriels de la défense et de la sécurité,
10:00dont une partie, en tout cas les plus gros, sont en général des acteurs privés,
10:06mais dans lesquels il y a du capital public.
10:09Il y a de l'État et actionnaires, et parfois actionnaires principaux,
10:13comme c'est le cas pour Thalès.
10:15Et donc, en fait, en gros, ce que l'économiste Claude Serfati
10:20appelle une consanguinité de l'État et du capital militaire,
10:24et c'est vraiment criant dans ces salons,
10:28parce que, déjà, le salon Millipol, en fait, est lui-même, on se l'est dit,
10:32un espace aussi dans lequel bouillonnent les dernières innovations, etc.
10:44Il y a des contrats qui se signent, les technologies qui sont montrées.
10:48Et dans les entretiens, moi, que je mène là-bas avec les industriels,
10:51en fait, eux, je les amène à raconter ça,
10:53et eux disent tout le temps que les nouvelles idées,
11:01leurs services de recherche et développement travaillent énormément,
11:04déjà, à s'arranger ce contact avec les utilisateurs finaux,
11:07comme ils disent, avec les policiers et les militaires,
11:09pour pouvoir inventer des nouvelles choses,
11:11et puis faire en sorte que les services policiers et militaires
11:17exigent d'en être dotés aussi.
11:19Et donc, voilà, il y a cette dynamique-là au début,
11:21et après, en termes d'expansion, en général,
11:23quand une unité de police a une nouvelle arme,
11:26les autres la veulent.
11:28Et puis, ça permet après de dire qu'elle est « combat proven ».
11:30Alors, ça, c'est un terme militaire,
11:31qui veut dire « éprouvé au combat », « éprouvé sur le terrain ».
11:35En fait, c'est une question que je pose régulièrement aux industriels
11:38et aux responsables institutionnels,
11:41de dire « mais est-ce qu'il y a un concept de combat proven
11:42pour la sécurité intérieure ? »
11:44Et en général, ils finissent toujours par dire « oui ».
11:47C'est-à-dire que, si on a réussi à faire en sorte
11:50que l'État ou des polices municipales
11:53ou de la sécurité privée utilisent une nouvelle arme
11:57ou l'évolution d'une technologie sur le terrain intérieur,
12:01c'est ce qui va permettre de le proposer à l'export,
12:05de le valider, etc.
12:06Et donc là, après, il y a aussi tout un...
12:09C'est le capitalisme.
12:10Il y a une dynamique concurrentielle,
12:13de rivalité entre entreprises
12:15pour celles qui seront le plus capables de légitimer leurs produits.
12:19Et donc là, on revient sur le point de départ.
12:22C'est-à-dire, quel narratif, quel récit constitue autour ?
12:24Il s'agit toujours de dire que c'est pour défendre l'État,
12:28la nation, la population, des choses comme ça.
12:31Même, il y en a plein qui disent maintenant,
12:32défendre la vie.
12:33C'est ça qui est assez génial.
12:35Comme toutes les institutions,
12:36ils récupèrent tout ce qui les attaque.
12:38Mais là, vraiment, Axon, qui fait les tasers,
12:41qui permettent d'électrocuter des gens,
12:44disent qu'ils sont là pour défendre la vie et la vérité.
12:48Et donc ça, c'est leur moyen aussi
12:51de ce qu'ils appellent l'acceptabilité,
12:54c'est-à-dire de rendre acceptable leurs marchandises
12:56auprès de la population
12:57et du coup, auprès de tous les acheteurs possibles.
13:00Sur les LBD, par exemple,
13:03quel a été le processus ?
13:04C'est une arme malheureusement bien connue maintenant.
13:08Ça vient d'où ?
13:09Je crois que c'est le royaume britannique
13:12qui est le premier mis au point,
13:15les premiers LBD, c'est ça ?
13:16Oui, ça émerge un peu à différents endroits,
13:18un peu au même moment dans les années 90.
13:20Mais donc, on va s'en parler de ça,
13:22de ce que je raconte beaucoup aussi
13:24dans la guerre globale contre les peuples,
13:25ce que j'appelle une mécanique impériale,
13:27une mécanique de boomerang impériale.
13:29C'est-à-dire que les dispositifs sont d'abord testés,
13:33expérimentés, normalisés
13:34dans les périphéries coloniales,
13:35parce que c'est là que les États,
13:38les grandes puissances considèrent
13:39que les peuples sont sacrifiables,
13:42que les corps n'ont pas de valeur, etc.
13:44Donc, on peut tout y tester
13:45en termes de technologies de pouvoir.
13:47Et donc, effectivement,
13:48le Royaume-Uni en Irlande du Nord
13:50teste des lanceurs de balles de défense,
13:52mais aussi Israël en Palestine.
13:55Et donc, pour le cas français,
13:58ça va d'abord être en dotation,
14:00enfin, à l'intérieur,
14:01pour les forces antiterroristes
14:05à la fin des années 90.
14:06Et donc, ça va permettre aussi
14:08de le normaliser, etc.
14:09Puis une fois que les unités antiterroristes l'ont,
14:11et donc, prétendument pareil,
14:13c'était pour pouvoir sauver des vies,
14:15c'est-à-dire ne pas éliminer
14:19une personne désignée comme terroriste.
14:22Et bon, au début des années 2000,
14:25c'est sous Sarkozy
14:26que ça va être transmis au BAC,
14:28donc à la police,
14:29principalement des quartiers populaires.
14:31Et là, ça va faire exploser
14:32le nombre de mutilations, de tirs.
14:36En fait, il y a aussi, du coup,
14:37la possibilité pour les policiers
14:38de s'habituer à tirer,
14:41et à tirer tous les soirs,
14:41parce qu'avec leur arme à feu,
14:42ils ne s'en servaient pas tous les soirs non plus.
14:44Mais donc là, on peut dire
14:46une sorte de...
14:48mettre en place une économie psychique
14:50du fait de sortir,
14:53de faire un tir de LBD.
14:57Et ça, ça frappe l'existence
15:00des classes populaires
15:01de manière très profonde.
15:04Et bon, à la suite de ça,
15:06ces armes-là vont être en dotation
15:08de toute la police nationale,
15:10puis des polices municipales,
15:12de la sécurité privée, etc.
15:15La mécanique impériale, c'est donc ça.
15:17C'est cette dynamique qui fait
15:17qu'un centre impérialiste
15:19va exporter et développer
15:21dans les périphéries coloniales
15:23des technologies de savoir,
15:24de pouvoir,
15:25même d'urbanisme,
15:27même d'une certaine manière,
15:28le néolibéralisme,
15:29mais d'abord,
15:31développer dans les périphéries coloniales
15:33avant d'être réimportés.
15:35Donc voilà,
15:35c'est réimporté à l'intérieur des centres,
15:37d'abord dans les quartiers populaires,
15:38puisque, encore une fois,
15:39c'est là que les corps sont considérés
15:41comme ayant le moins de valeur,
15:42étant le plus sacrifiable,
15:45pouvant être considérés comme des cobayes.
15:48Mais ça n'est pas juste
15:49une fonction de laboratoire,
15:50c'est aussi parce que
15:51c'est toute une société
15:52qui est organisée autour
15:52de la discrimination,
15:54de la ségrégation,
15:54donc il faut maintenir
15:55cet ordre-là.
15:56Donc dans les quartiers populaires,
15:57dans les prisons,
15:58et à travers le régime des frontières,
16:01sur les corps des exilés aussi.
16:02C'est là que toutes ces choses-là
16:04se testent,
16:05se normalisent,
16:05s'industrialisent à l'intérieur.
16:07Et après,
16:08ça vient toucher,
16:08en général,
16:09les autres mouvements sociaux,
16:10les plus offensifs,
16:11les plus menaçants
16:12pour le pouvoir,
16:13avant de toucher
16:14le reste de la population.
16:15On dit la population,
16:16on veut dire les classes populaires,
16:17parce que ça ne vient jamais
16:19gêner les bourgeois.
16:20Ils ne font pas des choses
16:21qui vont contre leur système.
16:24Il y a un peu moins de tirs de LBD
16:25dans le 16e arrondissement,
16:26a priori.
16:29Donc oui,
16:29beaucoup de ces industriels,
16:31tu l'as dit,
16:32mettent en avant,
16:33c'est un argument de vente,
16:34le fait que ces armes
16:35soient testées sur le terrain,
16:36parfois sur des terrains
16:37où se jouent des génocides.
16:42Et donc,
16:42dans ces terrains,
16:43il y a effectivement Gaza.
16:47Les associations ont tenté,
16:49un collectif d'associations
16:51a tenté de faire interdire
16:53la venue d'entreprises israéliennes
16:56à Millipol.
16:57Ça avait été obtenu l'an dernier
16:59pour Eurosatory.
17:01Quelques draps noirs,
17:03simplement,
17:03avaient été dressés
17:05devant des stands israéliens
17:06au Bourget.
17:07Là,
17:08la décision a été
17:09complètement différente.
17:10Ça a été porte ouverte,
17:11une décision de l'Élysée
17:13et d'Emmanuel Macron lui-même.
17:15Comment tu analyses ça ?
17:18Bon,
17:19Macron dit que c'est dans le cadre
17:21d'un...
17:22Cessez-le-feu,
17:23il dit.
17:24Oui,
17:24et puis d'un retour
17:25de la collaboration
17:27avec l'État israélien.
17:28C'est évident.
17:29C'est ça.
17:30Les médias israéliens
17:32saluent la décision aussi
17:33en disant qu'il y a eu
17:33une pression états-unienne dessus.
17:35Ce n'est pas impossible.
17:36Après,
17:37en termes de pression,
17:38il faut quand même se dire
17:39que la France est un partenaire,
17:41un collaborateur structurel,
17:42systémique,
17:43historique d'Israël
17:44pour des raisons impérialistes.
17:46C'est deux impérialismes
17:47et qu'Israël constitue
17:49le poste avancé
17:50de l'impérialisme occidental
17:52en Asie du Sud-Ouest.
17:53Il y a un enjeu fondamental
17:56pour le bloc transatlantique
17:58de maintenir cette présence-là
17:59d'un point de vue politique,
18:00économique,
18:01diplomatique,
18:02stratégique.
18:05De ce point de vue-là,
18:06il y a une volonté
18:07de soutien inconditionnel
18:09et à la colonisation
18:11de la Palestine,
18:12au maintien de l'apartheid
18:13et au processus génocidaire.
18:16Dans ce cadre-là,
18:18parce qu'Israël a absolument besoin
18:20de mettre en vitrine
18:21ces armes, ces technologies
18:22pour pouvoir les vendre.
18:24Parce qu'eux,
18:24comme les Français,
18:25comme les États-Unis,
18:27comme les Chinois,
18:29pour ce qu'ils appellent
18:30la base industrielle
18:32et technique de défense,
18:33en gros,
18:33leur complexe militaro-industriel,
18:35pour pouvoir se développer,
18:36il a besoin, encore une fois,
18:37de vendre à l'export.
18:39Et donc, les Israéliens,
18:41comme les Français,
18:41ont besoin d'être à Milipol,
18:43qui est le principal salon mondial
18:45dans ce domaine-là.
18:46Donc, ils veulent être là
18:47et ça fait partie
18:48de collaboration avec la France.
18:50Je pense qu'il n'y a pas
18:51eu besoin de tellement
18:52faire pression sur la France.
18:54C'est plutôt que...
18:55Voilà, c'est encore...
18:57Le prince a décidé
19:00qu'il passerait outre
19:04la surface du spectacle
19:07du droit international.
19:08Parce que, de toute façon,
19:09le droit international,
19:09comme le reste du droit,
19:11répond d'abord
19:12à des rapports de force.
19:14Ce qui avait été obtenu
19:16au Bourget et au Rosatory,
19:18c'était le produit des luttes.
19:19Là, il y a eu des luttes aussi.
19:21Du coup, il y a une association
19:22qui s'appelle
19:22Droits et mouvements sociaux
19:23et qui, en coopération
19:26avec la coalition Guerre à la guerre,
19:29du coup, fait des recours
19:30pour essayer d'utiliser le droit
19:33contre la présence
19:34de ces entreprises israéliennes
19:35et pas que de différentes entreprises
19:37complices de massacres
19:39et de crimes de guerre.
19:41Des délégations aussi,
19:42des intermédiaires
19:43qui, voilà,
19:45s'ils étaient reçus,
19:47pouvaient rendre à la fois
19:48le Salon et l'État français
19:50complices de crimes de guerre,
19:52de génocide.
19:52Oui, du point de vue du droit,
19:53parce que du point de vue de la réalité,
19:54ils sont complices,
19:55il n'y a aucun doute.
19:57Alors, oui,
19:58c'est une question du chat.
19:59Est-ce qu'Israël
20:01et les sociétés israéliennes
20:02sont présentes à Millipol ?
20:03La réponse est oui,
20:05puisqu'il y a eu un feu vert.
20:06Il y a une quarantaine
20:07d'entreprises israéliennes
20:08qui sont en ce moment même
20:09à Villepinte
20:10en train de présenter
20:12leurs produits.
20:13Est-ce que tu peux nous éclairer
20:15sur la place
20:16qu'elles tiennent
20:17dans ce marché mondial
20:18de la guerre ?
20:20Qu'est-ce qu'elles représentent ?
20:21Quelles sont leurs spécialités ?
20:22Bon, elles jouent un rôle
20:24très important
20:25pour un tout petit pays
20:26comme Israël.
20:27Mais d'ailleurs,
20:27on m'a dit que la France,
20:28qui est un tout petit pays
20:30et qui rayonne dans ce domaine-là,
20:32justement parce que,
20:33la France,
20:33parce qu'elle utilise
20:34justement son domaine colonial
20:35et néocolonial
20:37et ses colonialités intérieures
20:39pour développer ses armes
20:41et les mettre en vitrine,
20:43les mettre en spectacle,
20:44les faire rayonner.
20:45Israël joue un rôle
20:47très important
20:48de ce point de vue-là.
20:49Bon, beaucoup
20:49dans les technologies numériques
20:51de surveillance, etc.
20:53Dans le domaine des drones aussi.
20:55Bon, et là, très clairement,
20:56le fait d'appuyer
20:58le processus génocidaire
20:59sur des technologies
21:01d'intelligence artificielle
21:04a positionné Israël
21:05comme une sorte
21:06de leader
21:07en termes d'exploitation.
21:09On voit le corner israélien,
21:10d'ailleurs.
21:12Là, ils sont dans le domaine-ipole,
21:13là, ils sont dans un village.
21:14On voit,
21:15là, une vingtaine
21:16de entreprises.
21:17Là, on voit Ispra,
21:21une grande firme internationale,
21:23enfin,
21:24une firme internationale
21:25israélienne
21:26de Smart Solutions.
21:27De Crown Control.
21:29De contrôle des foules.
21:30On veut dire
21:30surveillance et répression
21:32des classes populaires.
21:36Les fusils qu'on voit,
21:37là, c'est quoi ?
21:38C'est des lanceurs
21:39de balles de défense
21:40et aussi de grenades.
21:43Et maintenant,
21:44ils sont très contents
21:45et ils arrivent à mettre
21:47dessus aussi
21:47de l'antidrone.
21:48Donc là,
21:49on voit des lanceurs
21:52à répétition.
21:53Mais la France
21:54en produit aussi.
21:56C'est d'ailleurs,
21:56je sais pas,
21:57on revient avec eux
21:58la même fierté.
21:59Mais par exemple,
22:00c'était pas content
22:00que les Français
22:01avaient la chèque froide.
22:03C'est un domaine-là.
22:03Il y a des collaborations
22:04et il y a des humaines.
22:07On voit que là,
22:09par exemple,
22:10les entreprises françaises
22:11qui sont sur ce domaine-là
22:12produisent à peu près
22:13la même chose
22:14et pour les mêmes raisons.
22:17On me dit
22:18que le son de la vidéo
22:19est trop fort.
22:20Je le baisse.
22:21Je l'ai arrêté déjà,
22:22c'est mieux.
22:30On voit bien
22:31que les vidéos,
22:31au fond,
22:32ils utilisent
22:33les images
22:33d'emploi
22:35sur le terrain
22:36comme de la promotion.
22:41Ok.
22:42Et donc,
22:42tu dis
22:44leurs spécialités,
22:45elles sont multiples.
22:47Tu as cité les drones.
22:48C'est une des technologies
22:49qui est...
22:50Qui Israël met en avant
22:51beaucoup.
22:52Mais après aussi,
22:54les dispositifs
22:55d'internement,
22:56d'enfermement,
22:56les prisons,
22:58les camps israéliens
23:00prétendent être
23:01parmi les plus sûrs au monde.
23:02C'est aussi Israël
23:02qui partit beaucoup
23:04à la fabrication
23:05des murs frontières.
23:09Ils ont contribué
23:10aux murs frontières
23:11dits intelligents,
23:13mais donc en fait
23:13bardés de technologies
23:14numériques
23:15et de drones,
23:15etc.,
23:16à la frontière
23:16entre les Etats-Unis
23:17et le Mexique,
23:18à la frontière
23:19entre le Maroc
23:20et le Sahara occidental.
23:21et puis ils essayent,
23:25bien entendu,
23:26ils réussissent aussi
23:28à peser très lourdement
23:32dans les achats
23:34au niveau de l'Union européenne,
23:36les achats d'armement,
23:37les programmes de développement.
23:39Là, ils investissent énormément
23:40sur le programme
23:42de réarmement européen
23:44et de militarisation
23:48aux frontières.
23:50Ils y participaient déjà
23:52et ils essayent
23:53d'en tirer le plus de profit
23:55comme les autres industriels,
23:57comme les Français,
23:58comme les autres.
23:59Alors, il y a eu
24:00une mobilisation hier
24:02pour protester
24:02contre la venue
24:03de ces entreprises israéliennes.
24:06On peut montrer quelques images
24:08puisque l'humanité
24:09était en reportage sur place.
24:10Découvrez Otaro,
24:11une technologie testée
24:12et approuvée
24:12par l'armée israélienne
24:14actuellement déployée à Gaza.
24:15C'est ce qu'on peut lire
24:16sur le site
24:16de l'une des 39 sociétés israéliennes
24:18présente au salon Millipol 2025
24:20à Paris.
24:21Cet événement,
24:22financé par le public,
24:23met à l'honneur
24:23des armes responsables
24:24de milliers de morts
24:25et blessés partout dans le monde.
24:27Des collectifs et militants
24:28ont tenté de protester
24:29contre ce salon de la mort.
24:31L'humanité est partie
24:32à leur rencontre.
24:34On est en train d'expulser
24:36du salon Millipol,
24:37le salon de l'armement.
24:39On est à bousculer,
24:40on est empêcher
24:41de manifester
24:42de manière pacifique.
24:43Le gouvernement
24:44n'a pas interdit
24:45ces entreprises.
24:46Il aurait dû,
24:47comme le demande
24:47la Cour internationale
24:48de justice
24:49qui demande à tous les États
24:50de prévenir
24:51le risque plausible
24:52de génocide,
24:53il n'est pas trop tard
24:55exigé.
24:55Faire en sorte
24:56que ces entreprises
24:57ne soient plus présentes,
24:58faire en sorte
24:58de prendre toutes les mesures
25:00pour le respect
25:01du droit international,
25:02de sanctionner
25:03le régime génocidaire israélien.
25:05C'est pourquoi
25:05on continue à se mobiliser
25:07en tant que campagne
25:08boycott des investissements
25:09et sanctions
25:10contre le régime génocidaire
25:11d'Israël.
25:12Tous les exposants israéliens
25:13qui sont là.
25:14On ne va pas regarder
25:15toute la vidéo,
25:16elle est disponible
25:16sur le site.
25:18Est-ce que tu peux nous raconter
25:18comment ça s'est passé ?
25:20C'était un rassemblement
25:24qui a été écourté.
25:26Comment ça s'est passé ?
25:28En vérité,
25:29on pourrait plutôt dire
25:30que les manifestants
25:31ont réussi à déjouer
25:32une partie du dispositif policier,
25:33même si effectivement
25:34les policiers
25:35les ont bousculés.
25:36Donc c'était l'appel
25:37de guerre à la guerre
25:38qui est une coalition
25:39de collectifs,
25:40d'organisations,
25:41de groupes,
25:42de personnes
25:43pour reconstruire
25:44un mouvement
25:44anti-militariste,
25:46anti-impérialiste,
25:47internationaliste
25:48et qui dit
25:50très clairement
25:51que dans une situation,
25:54un monde
25:55où de toute façon
25:55les États
25:56n'écoutent rien du tout
25:57des rendent l'éducation
25:57des peuples,
25:58il faut que les peuples
25:58s'organisent
25:59par eux-mêmes
25:59pour stopper
26:00la machine de guerre
26:01et aussi bien
26:03faire de la contre-information
26:05que de se mobiliser
26:06pour empêcher
26:07les machines de guerre
26:08de fonctionner,
26:09c'est-à-dire aussi bien
26:09les industries,
26:10le business
26:11et que ces salons-là.
26:12Et du coup,
26:13là,
26:13il y avait eu un appel
26:14de la coalition
26:15guerre à la guerre
26:16à unir
26:18un peu les forces
26:18de tous les réprimés,
26:20de tous les opprimés
26:20contre ce salon-là
26:21et de ce point de vue-là,
26:24on a bien vu
26:25qu'il y avait
26:26des collectifs
26:26soudanais
26:27qui étaient présents
26:28par rapport
26:29au massacre au Soudan
26:30dans lesquels
26:30notamment les forces
26:32de soutien rapide
26:32sont armées,
26:34appuyées,
26:34notamment par les entreprises
26:35émiraties
26:36qui étaient présentes,
26:37qui sont présentes
26:37à Millipol
26:38tranquillement
26:39grâce à la France
26:41et à l'argent public
26:43français aussi.
26:46Il y avait
26:47cette dénonciation-là,
26:48il y avait
26:48des collectifs
26:48palestiniens
26:49qui font partie
26:50de guerre à la guerre
26:50aussi
26:51et d'autres
26:52qui étaient venus
26:53en plus.
26:53Il y avait
26:54des organisations
26:56politiques révolutionnaires,
26:57il y avait
26:57des syndicats,
26:59il y avait
27:00des féministes,
27:01il y avait
27:01des anarchistes,
27:02il y avait
27:02des communistes,
27:02il y avait
27:03toutes les forces
27:04qui essayent
27:04de transformer
27:05la société
27:06qui se sont réunies
27:07là.
27:08Ça faisait
27:09quelques dizaines
27:09de personnes
27:10et qui ont réussi
27:11à déployer
27:14les banderoles
27:14et à tenir
27:15une bonne demi-heure
27:15devant l'entrée
27:16du salon
27:16vraiment elle-même.
27:17C'est-à-dire
27:19ça a même fait
27:20fermer une des entrées
27:22et donc voilà
27:23en fait
27:23tous les visiteurs
27:24et les gens
27:25qui viennent faire
27:26du business
27:26dans ce salon-là
27:27ont été obligés
27:28pendant un moment
27:29de se confronter
27:30à la colère
27:32populaire
27:32qui monte
27:33face à leur business
27:34et à leur impunité.
27:36Puis après
27:36la police
27:37a réussi
27:38au bout de demi-heure
27:39à déplacer
27:40le rassemblement
27:40mais encore une fois
27:41qui est resté
27:42quand même
27:42à la sortie
27:43du RER
27:44mais directement
27:44devant le parvis
27:46et où là encore
27:47ça a permis
27:48en tout cas
27:48qu'une sorte
27:50de détermination
27:52à ne pas laisser
27:53ce salon fonctionner
27:54tranquillement
27:55puisse se manifester
27:57et touche
27:59en fait
27:59à la fois
28:00les visiteurs
28:01mais aussi
28:01les gens
28:02parce qu'il y a
28:03plein de gens
28:03qui travaillent
28:03autour de ça
28:04qui ne sont pas
28:05du tout convaincus
28:06j'imagine
28:06par ce business
28:08de la mort
28:09et qui du coup
28:11étaient à l'écoute
28:14des banderoles
28:15des slogans
28:16de tout ce que
28:18portaient
28:18les manifestants
28:19dans le chat
28:21on se demande
28:22si on n'a pas rêvé
28:23avec ces lettres
28:25arc-en-ciel
28:26qui délimitent
28:28le corner israélien
28:30maintenant je les remontre
28:32vous n'avez pas rêvé
28:33effectivement
28:33non non
28:34ils jouent effectivement
28:35là-dessus
28:35après
28:36Israël plus que d'autres
28:37jouent sur une légitimation
28:39d'essayer de passer
28:40comme une nation
28:42un état
28:44qui serait
28:45avec leur mythe
28:46d'être une démocratie
28:48parmi
28:50enfin
28:50ce qu'on leur dit
28:51leur mythe
28:52de la seule démocratie
28:53au Proche-Orient
28:54etc
28:55et du coup
28:56de protéger
28:57les droits
28:58LGBTQI plus
28:59etc
29:00on a bien vu
29:01que dès que
29:02dès que le mouvement
29:03queer
29:05LGBTQI plus
29:06défend
29:07la résistance légitime
29:08du peuple palestinien
29:09ils se font
29:11malmener
29:11par Israël
29:12et donc c'est simple
29:13c'est de la communication
29:13c'est de la propagande
29:14ils essayent de passer
29:16pour
29:19une démocratie
29:20mais aussi
29:20on le voit très bien
29:21sur la question
29:22des budgets européens
29:23en fait
29:23ils essayent aussi
29:24de se faire passer
29:24pour une puissance occidentale
29:26et donc
29:26mais en ça
29:28ils jouent
29:28leur rôle historique
29:29c'est à dire
29:30en se présentant
29:31comme étant
29:34le pont avancé
29:35de l'Occident
29:36en Orient
29:39justement
29:40ils viennent dire
29:41on est aussi
29:41le bras armé
29:44de la défense
29:44de la civilisation occidentale
29:46et ça
29:46ça vient effectivement
29:47résonner
29:47avec des choses
29:48que c'est pas du tout
29:49une sorte de
29:51manipulation obscure
29:52ça vient résonner
29:53avec les structures
29:53racistes
29:54et impérialistes
29:57qui organisent
29:59le capitalisme occidental
30:02une plainte
30:03a été déposée
30:04après le salon
30:05du Bourget
30:06puisqu'il y a eu
30:07donc les mêmes démarches
30:08pour demander
30:09est-ce que ces entreprises
30:09réelles
30:10ne soient interdites
30:10est-ce que tu penses
30:12que ça va être
30:12la même chose
30:13quels pourraient être
30:14les leviers d'action
30:16voilà
30:17alors que là
30:17à Millipol
30:18encore toute la semaine
30:19donc ces entreprises
30:20vont proposer
30:21leurs produits
30:25quel levier
30:26qu'est-ce que
30:27permettrait le droit
30:30le droit je pense
30:31comme le reste
30:31de la société
30:34c'est des champs de bataille
30:36il faut aller
30:37s'y défendre
30:38il faut s'y battre
30:39mais c'est structuré
30:41par les classes dominantes
30:42c'est structuré
30:42par les dominants
30:43c'est eux qui ont le pouvoir
30:44c'est eux qui ont l'argent
30:45c'est eux qui font les lois
30:47donc de toute façon
30:47on y arrive
30:48et on y est
30:50perdant dès le départ
30:51mais ça veut pas dire
30:51qu'il faut pas se défendre
30:52et du coup
30:53le droit est un secteur
30:55dans lequel
30:55je pense qu'il faut
30:57se défendre
30:58et contre-attaquer
30:59mais ça peut pas être le seul
31:00évidemment
31:00et là les propositions
31:02qui sont faites
31:03par la coalition
31:04guerre à la guerre
31:04et aussi par
31:06les mouvements sociaux
31:07les mouvements de lutte
31:08les mouvements révolutionnaires
31:09un peu partout dans le monde
31:10c'est en fait
31:11d'essayer
31:12d'associer
31:13différentes tactiques
31:13différentes stratégies
31:16différentes
31:16d'une certaine manière
31:18d'attaquer
31:19de tous les côtés
31:20mais de toute évidence
31:23ce qui fait trembler
31:25les palais
31:26ça a toujours été la rue
31:29la rue
31:29la grève générale
31:31l'auto-organisation
31:33et puis le fait
31:34d'avoir des mouvements
31:35de lutte
31:35et des mouvements
31:36de libération
31:39rigoureusement organisés
31:40déterminés
31:41être capables
31:42d'imposer un rapport
31:43de force
31:43parce que ça
31:44s'il y a bien quelque chose
31:45que montre
31:46l'histoire globale
31:48connectée
31:49dans la longue durée
31:49c'est que
31:50les opprimés
31:51n'obtiennent jamais rien
31:53en le demandant
31:54gentiment
31:54et en s'indignant
31:55auprès des puissants
31:56les seules choses
31:57qui font changer l'histoire
31:59c'est quand les opprimés
32:01réussissent à s'organiser
32:02pour prendre
32:03ce qui leur
32:04revient légitimement
32:05c'est aussi pour ça
32:07que les puissances
32:07s'arment
32:09massivement
32:10en ce moment
32:11comme le montrent
32:12tes travaux
32:13et comme le montrent
32:13tout ce qui se passe
32:14au salon
32:15on en a parlé
32:16il y a une porosité
32:17très importante
32:19entre l'état
32:20et les industries
32:21de l'armement
32:22avec des dirigeants
32:23qui passent
32:24d'un camp
32:25entre guillemets
32:26à l'autre
32:27qu'est-ce que ça raconte
32:28ces va-et-vient
32:29est-ce que tu as
32:30des exemples
32:30à nous donner
32:31un peu précis
32:32c'est au-delà
32:33de la porosité
32:34d'un camp
32:35ou d'un autre
32:36et là on le voit
32:37très clairement
32:37dans le salon
32:38de Millipol
32:39c'est la même classe sociale
32:42sociologiquement
32:42mais en plus
32:42vraiment
32:43enfin si on creuse
32:44c'est les mêmes familles
32:46c'est les mêmes généalogies
32:47c'est des gens
32:47qui mangent ensemble
32:49se marient ensemble
32:51vont dans les mêmes
32:52grandes écoles
32:53dans les mêmes ministères
32:55etc.
32:55et là effectivement
32:56la plupart des gens
32:56avec qui je fais des entretiens
32:57dans le documentaire
32:58dans Nous sommes des champs de bataille
32:59du coup je dis d'ailleurs
33:01si les gens veulent le voir
33:01il est en accès
33:02à prix libre
33:03sur un site qui s'appelle
33:05noussommesdeschampsdebataille.net
33:05et à prix libre
33:06ça veut dire que
33:07les gens qui ont des sous
33:08peuvent mettre des sous
33:09pour soutenir ce projet
33:11auto-produit
33:11auto-diffusé
33:12mais aussi qu'il y a la possibilité
33:13de la gratuité
33:14pour ceux qui n'ont pas de sous
33:15et donc on voit très bien
33:17dans ce salon-là
33:19voilà que
33:20les industriels
33:21les états
33:21les secteurs de l'innovation
33:24et du développement
33:28aussi les hauts ingénieurs
33:30les hauts cadres
33:30de l'administration
33:31etc.
33:32font tous partie
33:32d'un même monde
33:33d'un même univers
33:34social et historique
33:36et qu'ils ont des intérêts
33:37en commun
33:38d'ailleurs j'ai encore pu
33:39assister
33:41dans ce millipol
33:42aux conférences
33:43qui sont
33:44organisées à l'intérieur
33:45et où du coup
33:46on voit des hauts cadres
33:47de l'état
33:48discuter avec des hauts cadres
33:49de l'industrie
33:50militaire et sécuritaire
33:51et
33:53de
33:54ce que l'état
33:54attend des industriels
33:56ce que les industriels
33:57leur répondent
33:57ce qu'ils attendent
33:58de l'état
33:58pour les aider
33:59à faire du profit
34:00à étendre leur marché
34:01et puis
34:03donc ça
34:03on voit qu'il y a
34:04une collaboration
34:05continue
34:05on se l'est déjà dit
34:06mais en fait
34:06ça va au-delà de ça
34:07parce que
34:09on le voit
34:10dans toute une série
34:11d'entretiens
34:12que j'ai mené dans le film
34:14en fait
34:15une partie des dirigeants
34:16de ces entreprises là
34:17sont d'anciens préfets
34:18ce sont des gens
34:19qui font leur carrière
34:19et qui le savent
34:20dès le début
34:21ils le savent
34:21dès les grandes écoles
34:23vont faire une partie
34:24dans la haute administration
34:25de l'état
34:26et même des fois
34:26dans les secteurs
34:27des achats
34:28des ministères
34:29et puis après
34:29vont pantoufler
34:31dans le privé
34:31et des fois
34:31ils reviennent
34:32après avoir pantouflé
34:33dans le privé
34:33ils reviennent
34:34dans les secteurs étatiques
34:35et ils font des allers-retours
34:36comme ça
34:36donc c'est vraiment
34:37c'est les mêmes personnages
34:38avec les mêmes logiques
34:39d'intérêt
34:40en gros de mettre
34:41l'état au service
34:43du capital militaire
34:44et pour le capital militaire
34:46d'être au service
34:47de l'état
34:47mais aussi de
34:48en fait
34:49il n'y a pas vraiment
34:49de
34:51il n'y a pas de
34:54de distinction
34:55très claire
34:55il n'y a pas de frontière
34:56très claire
34:57entre le capital
34:58militaire ou sécuritaire
34:59et l'état
34:59il y a plutôt
35:00une sorte de collaboration
35:00de classe
35:01autour de la production
35:03de la guerre
35:03et du contrôle
35:06une collaboration
35:07qui impacte aussi
35:08le cadre juridique
35:10de toutes ces armes
35:12il n'y a pas seulement
35:13des ventes d'armes
35:14il y a aussi
35:15adapter
35:16notre législation
35:18à ces armes
35:19c'est ça ?
35:20ça très clairement
35:21pareil
35:21on a une mécanique
35:21qu'on observe
35:22qui est assez régulière
35:23c'est à dire que
35:24c'est pas que les grands industriels
35:26mais bon
35:26c'est souvent
35:26d'abord les grands industriels
35:27mais pas que
35:28parce qu'on l'a vu
35:29par exemple
35:30avec des start-up
35:31aussi
35:33vont développer
35:34une nouvelle technologie
35:35alors des fois
35:35ça se fait immédiatement
35:38en lien avec l'état
35:39on se l'est dit
35:39des fois ça se fait en dehors
35:40des fois ça se fait
35:41avec des sortes de complicité
35:43par exemple
35:43le fait que
35:45le ministère de l'intérieur
35:48permette à des gros industriels
35:50de prêter leur matériel
35:52au RAID
35:53ou aux forces spéciales
35:55de la police
35:55ou de la gendarmerie
35:56pour qu'ils les utilisent
35:57mais qu'ils les mettent
35:58en vitrine aussi
35:59et puis du coup
36:00là on le voit directement
36:01dans le salon
36:01partout il y a marqué
36:02tel blindé
36:03en ce moment
36:05utilisé par le RAID
36:06etc
36:06c'est le cas du blindé
36:07Titus de Nexter
36:08c'est ça ?
36:09exactement
36:09qui a été donné
36:11gracieusement
36:11au RAID
36:12pour que
36:14ils s'en servent
36:15et qu'après
36:15ils le considèrent
36:16comme nécessaire
36:16et que l'entreprise
36:18puisse se prévaloir
36:19qu'il ait été utilisé
36:21par cette unité
36:22exactement
36:23et du coup
36:24il y a ce domaine là
36:25mais dans toute une série
36:26de domaines
36:27ça permet aussi
36:27que des technologies
36:28qui ne sont pas encore
36:30qui ne sont pas légales
36:31puissent être utilisées
36:33quand même
36:33sous l'angle
36:34de
36:35en test
36:35en expérimentation
36:36et par exemple
36:37la vidéo
36:38la reconnaissance faciale
36:39a été utilisée
36:40et par la police
36:42et par toute une série
36:43de municipalités
36:44en France
36:44pendant des années
36:45tout au long
36:45des années 2010
36:46sous l'angle
36:47du test
36:48etc
36:49jusqu'à ce que
36:49la CNIL
36:50qui quand même
36:51passe régulièrement
36:52son temps
36:52à valider
36:53ce que font
36:54les ministères
36:55et finit par dire
36:55bon bah là
36:56effectivement
36:57vous avez enfreint
36:58les choses
36:59et voilà
37:01sur ce chemin là
37:02les industriels
37:03et l'Etat
37:04mettent en oeuvre
37:05des dispositifs
37:06qui ne sont pas légaux
37:07et bien les industriels
37:08et toute une partie
37:11des franges
37:11de la classe politique
37:14tentent de faire avancer
37:16des projets de loi
37:16pour les rendre légales
37:18et du coup
37:18face à ça
37:19il y a
37:20des associations
37:22des mouvements sociaux
37:23des luttes
37:24de terrain
37:25qui essayent d'empêcher ça
37:26c'est ce qui s'est passé
37:26avec la reconnaissance faciale
37:27on l'aurait déjà partout
37:29s'il n'y avait pas eu
37:30des résistances
37:31mais bon
37:32par exemple
37:33les Jeux Olympiques
37:34ont été utilisés
37:34comme un accélérateur
37:35principal pour la reconnaissance faciale
37:38il y a eu de la résistance
37:39donc ça n'a pas pu aller au bout
37:40mais par exemple
37:40pour ce qu'on appelle
37:42la vidéosurveillance algorithmique
37:43ils ont pu l'utiliser à fond
37:46le normaliser
37:48et là
37:49les projets de loi
37:51tout est en place
37:52officiellement s'est stoppé ?
37:54l'expérimentation
37:55officiellement
37:55devait se terminer
37:56avec les Jeux Olympiques
37:57donc là
37:58tout le monde fait un peu semblant
37:59que c'est terminé
37:59mais là
38:00ce dont ils parlaient
38:01dans les conférences
38:01où j'ai été
38:03ils ont dit
38:03que le mouvement
38:04était inéluctable
38:05et ça on le sait très bien
38:06enfin pour eux
38:06mais c'était aussi bien
38:08les industriels
38:08que l'État
38:09qui disaient ça
38:10eux sont persuadés
38:11enfin eux veulent mettre en place
38:13la reconnaissance faciale
38:14et ils sont persuadés
38:15ils savent qu'ils vont y arriver
38:16bon parce qu'ils ont l'impression
38:17qu'il n'y a pas de rapport
38:18de force en face
38:18d'une certaine manière
38:19ils ont raison
38:20s'il n'y a pas de rapport
38:21de force en face
38:22ça va se faire
38:23et en tout cas là
38:24la dynamique en marche
38:25est celle
38:26de mettre en place
38:28la reconnaissance faciale
38:29comme d'ailleurs
38:30elle fonctionne
38:31dans tout un tas de pays
38:33je ne sais pas
38:33en Turquie
38:35depuis le début
38:36des années 2010
38:37toutes les caméras
38:38surveillantes
38:38de tout le pays
38:39reconnaissent les visages
38:40et permettent
38:41d'arrêter
38:42des militants
38:44en pleine rue
38:46voilà
38:47on a parlé
38:48de la porosité
38:49là donc
38:50entre l'appareil d'État
38:51et les industriels
38:52il y a une porosité
38:54aussi entre police
38:55et armée
38:56en quoi
38:57le matériel
38:58et les techniques
38:59policières
38:59se sont
39:00de plus en plus
39:01rapprochés
39:02militarisés
39:02rapprochés
39:03de ce qui se fait
39:04dans l'armée
39:05ce que j'essaie
39:06d'expliquer
39:06justement
39:07dans la guerre globale
39:08contre les peuples
39:09c'est qu'on prend
39:10un peu le problème
39:10à l'envers
39:11parce qu'on pense
39:13depuis l'occident
39:14mais si on fait
39:15une histoire globale
39:16et connectée
39:17de la guerre
39:18et du contrôle
39:18ce que j'essaye
39:19de faire dans ce livre
39:19là en fait
39:20on se rend compte
39:20que depuis le début
39:24de la configuration
39:25capitaliste
39:25entre le 15e
39:26et le 17e siècle
39:27en fait
39:29la guerre
39:30le contrôle
39:31la surveillance
39:31la répression
39:33l'enfermement
39:34la torture
39:35et les massacres
39:36de masse
39:36tous ces dispositifs
39:38là
39:38qui vont
39:38d'un continuum
39:40de guerre
39:41et de contrôle
39:41n'ont jamais été séparés
39:43dans les périphéries coloniales
39:44c'est-à-dire
39:45le fonctionnement normal
39:46du pouvoir
39:47et de l'accumulation
39:49sur les champs
39:49de bataille coloniaux
39:50dans les colonies
39:51c'est de toute façon
39:53un système
39:55qui ne met pas
39:58de frontières
39:59très strictes
39:59entre le militaire
40:00le policier
40:01le politique
40:02l'administratif
40:03le judiciaire
40:04tout ça fonctionne ensemble
40:05et les colonisés
40:07subissent
40:08une sorte de
40:09de pouvoir
40:11par la guerre
40:12permanente
40:13contre les civils
40:15et
40:16la mécanique impériale
40:18dont je parlais
40:18ce boomerang impérial
40:19fait que régulièrement
40:20les centres impérialistes
40:23font revenir
40:24à l'intérieur du territoire
40:25des technologies
40:26de pouvoir
40:27de savoir
40:27qui ont été expérimentés
40:29dans les colonies
40:30pour maintenir l'ordre
40:32à l'intérieur
40:32quand justement
40:33le système
40:34est en crise
40:35qu'il est face
40:35à des résistances
40:37qu'il n'arrive pas
40:38à gérer
40:39et c'est cette dynamique-là
40:40qui a notamment
40:41permis la construction
40:42des formes de police
40:44et de prison
40:45et de surveillance
40:46à l'intérieur
40:47des centres impérialistes
40:47mais toujours
40:48dans une réverbération
40:50entre le colonial
40:51et les centres
40:54et donc
40:55d'une certaine manière
40:57en fait
40:57il n'y a que
40:59dans les centres
41:01contre une certaine partie
41:02de la population
41:03on va le dire
41:03un peu rapidement
41:05mais en gros
41:05les classes moyennes
41:06et les strates blanches
41:07des classes populaires
41:08qui ont pu
41:10à travers les époques
41:11bénéficier
41:12d'une séparation
41:13du militaire
41:13et du policier
41:14d'une séparation
41:15des pouvoirs
41:15de l'exécutif
41:17du juridique
41:17du judiciaire
41:18etc.
41:19mais en fait
41:20pour les colonisés
41:20pour les colonisés
41:21de l'intérieur
41:22pour les strates
41:24non blanches
41:25des classes populaires
41:25pour les prisonniers
41:26pour les exilés
41:27pour les révolutionnaires
41:29et même
41:30pour le reste
41:30du prolétariat
41:31quand ils passent
41:33à l'offensive
41:33c'est-à-dire
41:33pendant les grandes grèves
41:34de 47-48
41:35jusqu'à la fin
41:36du 19e siècle
41:37pendant la commune
41:38de Paris
41:38pendant les gilets jaunes
41:40les corps
41:40de tous les prolétaires
41:41et même blancs
41:42deviennent sacrifiables
41:44même s'ils ne sont
41:44jamais traités
41:45de la même manière
41:46mais donc
41:47en vérité
41:48là il y a
41:49quand on dit militarisation
41:51il y a plutôt
41:52une sorte
41:52d'extension
41:55de ceux
41:56qui subissent
41:56de la normalité
41:58coloniale
41:58à d'autres strates
41:59de la population
42:00qui étaient préservées
42:01de ça jusque là
42:02et qui étaient préservées
42:03de ça
42:04tant qu'elles étaient
42:06autodisciplinées
42:06d'une certaine manière
42:07parce qu'encore une fois
42:08quand le mouvement ouvrier
42:09devient menaçant
42:10pour le pouvoir
42:11il est lui aussi
42:12traité sous des formes
42:13coloniales
42:13c'est à dire sous les formes
42:14de la guerre
42:15contre les corps populaires
42:17quoi
42:17alors on a parlé
42:18de vidéosurveillance
42:20algorithmique
42:20comment ces techniques
42:23policières
42:24profitent
42:25des évolutions
42:26technologiques
42:27robotiques
42:28et en particulier
42:29de l'intelligence
42:30artificielle
42:30est-ce que
42:31voilà
42:31quelles conséquences
42:33l'intelligence artificielle
42:35a sur
42:36toute cette industrie
42:37là
42:38les travaux
42:39de sociologie
42:40critique
42:40un peu partout
42:40dans le monde
42:42passe tous leur temps
42:43à repérer
42:44à peu près
42:44la même chose
42:44c'est qu'en gros
42:45l'intelligence artificielle
42:48accélère
42:50intensifie
42:52optimise
42:53les rapports
42:54de domination
42:54qui préexistaient
42:55c'est à dire
42:56quand on utilise
42:57de l'IA
42:58dans la police
42:59des ghettos
43:00aux Etats-Unis
43:02enfin
43:02l'IA dévore
43:03les datas
43:04les données
43:06préexistantes
43:06elle se nourrit
43:07de ça
43:08donc en fait
43:08elle va accélérer
43:09ce qui se fait déjà
43:11c'est à dire
43:11donc elle va apprendre
43:12et reproduire
43:13et faire de plus en plus vite
43:14ce que fait déjà la police
43:15c'est à dire
43:15cibler
43:16les corps populaires
43:18non blancs
43:19et pareil
43:20en termes de discrimination
43:21de genre
43:22etc
43:23l'IA a tendance
43:24à
43:27accélérer
43:27et intensifier
43:28des processus
43:28qui sont
43:28déjà en place
43:30et du coup
43:30on le voit aussi bien
43:31dans le domaine
43:33militaire
43:33que policier
43:34dans le domaine
43:35de la vie de surveillance
43:36que des ciblages
43:37par drone
43:39que dans le
43:40crowd control
43:41comme on disait
43:42on voyait tout à l'heure
43:42dans le contrôle
43:43des foules
43:44quel impact
43:46qu'est-ce que ça représente
43:48du coup aujourd'hui
43:49ces dépenses mondiales
43:51de sécurité
43:51c'est en hausse flagrante
43:53comme
43:55on a l'impression
43:55que les guerres
43:56sont partout
43:58mais
43:59je crois que c'est
44:00739 milliards
44:01l'an dernier
44:02de dépenses
44:03de sécurité
44:04oui bon
44:05après ça dépend
44:06comment on compte
44:06justement
44:06c'est un bon
44:07ce qu'on met
44:07dans la sécurité
44:08ou pas
44:08mais c'est
44:10de toute évidence
44:11des budgets fondamentaux
44:13pour les états
44:14et c'est aussi
44:15un business majeur
44:17pour
44:18pour la classe
44:19capitaliste
44:20transnationale
44:21et pour les
44:22capitalistes
44:23nationaux
44:25moi ce que je défends
44:26dans le livre
44:27c'est que
44:28la guerre
44:29et donc
44:29notamment la guerre
44:30contre les peuples
44:31a été
44:32alors
44:33à la fois
44:34une machine
44:35et un marché
44:35fondamental
44:37pour la formation
44:38du capitalisme
44:39dans la séquence
44:42d'accumulation primitive
44:43mais que ça a été
44:45aussi des rouages
44:45de régénération
44:46du capitalisme
44:48à différentes époques
44:48mais que là
44:49on est entré
44:50dans l'ère
44:50néolibérale
44:52et sécuritaire
44:52dans l'après 68
44:53et encore plus
44:54dans l'après 2001
44:55dans un moment
44:56où la guerre
44:58la répression
44:58la surveillance
44:59l'enfermement
45:00les frontières
45:01sont plus juste
45:04des dynamiques
45:05d'expansion
45:06et de régénération
45:07elles le sont toujours
45:07mais elles sont
45:08en plus
45:09en plus d'être des moyens
45:10elles sont devenues
45:10une fin en soi
45:12c'est à dire
45:12qu'il y a un enjeu
45:13parce que
45:14le capitalisme globalisé
45:16est plus seulement
45:17en train de traverser
45:18des crises cycliques
45:20mais il est dans une crise
45:21qui est à la fois systémique
45:22et on pourrait dire
45:23existentielle
45:24parce que là
45:25avec l'avènement
45:26d'une crise climatique
45:29globale
45:30son dernier recours
45:31c'est le néofascisme
45:33et donc comme
45:33dans les années 30
45:34quand la bourgeoisie
45:36avait fait le choix
45:37du fascisme
45:38pour éviter
45:39la révolution
45:40ben là
45:41le capitalisme globalisé
45:43fait le choix
45:44du néofascisme
45:44et de la guerre
45:46du contrôle
45:46de la surveillance
45:47des frontières
45:48comme d'un marché principal
45:50pour se préserver
45:51se régénérer
45:51continuer à s'étendre
45:53mais simplement
45:55tenir
45:55et tenir
45:56face aux crises
45:57qui produisent lui-même
45:58mais aussi face aux luttes
45:59qui existent partout
46:00parce qu'il faut se redire ça
46:03les médias
46:04de Bolloré
46:05du capital
46:05les médias
46:06des classes dominantes
46:07évidemment
46:07ne le montrent pas
46:09on le voit
46:10selon qui on suit
46:11sur les réseaux sociaux
46:12etc
46:12mais il y a des luttes
46:14contre le système
46:16d'exploitation
46:17des luttes
46:17contre l'ordre racial
46:18des luttes
46:19contre l'ordre patriarcal
46:20partout dans le monde
46:21ces luttes
46:22elles sont créatives
46:23elles sont vivantes
46:25elles ont une puissance
46:26elles ont effectivement pas encore
46:28le rapport de force
46:29mais si le néofascisme
46:31justement pointe en permanence
46:33les révolutionnaires
46:35les antifas
46:36les queers
46:37les racisés
46:38les exilés
46:40c'est pour se maintenir
46:42mais aussi
46:44très clairement
46:45parce qu'il est
46:46il est attaqué
46:47parce que ces luttes
46:48ont un pouvoir
46:49d'abord de déstabilisation
46:50dont elles font usage
46:51mais aussi
46:52elles ont en puissance
46:53une capacité
46:54si elles réussissent
46:55à s'unir
46:55de renversement
46:57de ce système là
46:58et la question qui suit
46:59après c'est aussi
47:00en plus de renverser
47:01il va falloir
47:02qu'on soit capable
47:03d'organiser
47:04une autre société
47:05à la place
47:06une société
47:06qui serait structurée
47:07de manière
47:08complètement différente
47:10On va parler
47:11pour terminer
47:12peut-être
47:13plus précisément
47:14des violences policières
47:16l'HUMA a rendu public
47:17mardi
47:18il a un rapport
47:19de l'ONG
47:20flagrant déni
47:20sur les nombreuses
47:23failles
47:23et dysfonctionnements
47:24de la police
47:25des polices
47:26est-ce que
47:27pour toi
47:27il y a une forme
47:28d'impunité organisée
47:29qui vise à protéger
47:31ces policiers violents
47:32c'est ton constat
47:34aussi ?
47:34Oui
47:34c'est pas juste le mien
47:35mais d'ailleurs
47:36c'est pour ça
47:37que la thèse
47:38que je défends
47:38c'est qu'il n'y a pas
47:38de dysfonctionnement
47:39ni de la police
47:40ni de la justice
47:41c'est le fonctionnement
47:43lorsque la police
47:45surveille
47:45réprime
47:46écrase
47:47mutile
47:47tue
47:48dans les quartiers
47:49populaires
47:49dans les prisons
47:50dans le régime
47:51de frontières
47:51elle fait le travail
47:53qu'on attend d'elle
47:54que les classes dominantes
47:54attendent d'elle
47:55le travail de la police
47:56et de l'institution judiciaire
47:58aussi c'est de distribuer
47:59la violence
48:00dont les classes dominantes
48:01ont besoin
48:02pour reproduire
48:02un ordre social
48:04inégalitaire
48:04et donc de ce point de vue là
48:05ça fonctionne bien
48:06de leur point de vue
48:07et donc à toutes les époques
48:12les classes dominantes
48:13doivent aussi organiser
48:13dans le domaine du droit
48:14c'est ce qu'on disait tout à l'heure
48:16l'impunité
48:17de leurs appareils
48:19répressifs
48:20et les seuls moments
48:21où du coup
48:22ces choses là
48:22cèdent un peu
48:23c'est parce qu'il y a
48:24des luttes sur le terrain
48:24c'est parce qu'il y a
48:25des révoltes
48:26dans les luttes
48:26contre les violences d'état
48:27on passe notre temps
48:28à l'observer
48:30les seuls moments
48:30où il y a des procès
48:31qui s'ouvrent
48:32c'est parce qu'il y a eu
48:33des révoltes
48:33dans les quartiers populaires
48:36et donc c'est encore une fois
48:37ce rapport de force
48:38mais ce rapport de force
48:38qu'il faut réussir
48:39aussi à organiser
48:40à organiser
48:40sur le temps long
48:41à organiser massivement
48:43à organiser
48:45de manière rigoureuse
48:48qui est capable
48:49de changer les choses
48:50donc oui
48:51il y a un système
48:52qui est organisé
48:53pour se reproduire
48:54et pour reproduire
48:55son inégalité
48:56et ça donc
48:57on le voit très bien
48:57dans cette enquête là
48:58c'est à dire que
49:00des policiers
49:01enquêtent sur les policiers
49:02évidemment
49:02l'esprit de corps
49:03fait qu'ils ne vont pas
49:07menacer leurs collègues
49:08mais ça va au-delà de ça
49:09parce qu'on l'a vu
49:10là sur une affaire
49:11à Marseille
49:11c'est même la hiérarchie
49:13impose aux rares policiers
49:15qui voudraient parler
49:17de se taire
49:18on le sait très bien
49:19les quelques policiers
49:20qui de temps en temps
49:22veulent évoquer
49:23la question du racisme
49:24des discriminations
49:24à l'intérieur de la police
49:25ou tout simplement
49:26de ce que fait la police
49:26réellement dans les prisons
49:28et dans les quartiers populaires
49:29bon ben ils sont mis à l'écart
49:30menacés à l'intérieur
49:31etc.
49:32et en vérité
49:33il se passe la même chose
49:34dans le domaine de la justice
49:36ce que montre le rappeur
49:37beaucoup
49:37la dynamique centrale
49:40de l'institution judiciaire
49:42consiste à
49:44par des mécanismes propres
49:46à couvrir
49:47ce fonctionnement de la police
49:48aussi parce que la justice
49:48et la police
49:50dans ce système là
49:50doivent travailler ensemble
49:51en permanence
49:52pour maintenir
49:54ce qu'elles appellent
49:55l'ordre public
49:55mais qui est en fait
49:56un ordre social
49:57inégalitaire
49:58dernière question
49:59Mathieu
50:00cette violence
50:01tu l'as vécu
50:02toi-même
50:02dans ta chair
50:03en 2013
50:05tu as vécu
50:06ces violences
50:07qu'est-ce qui s'est passé
50:07ensuite
50:08ça a été un long combat
50:10où ça en est aujourd'hui ?
50:12après je les ai vécues
50:13de manière différente
50:14par exemple
50:14en grandissant
50:15en banlieue parisienne
50:15et en étant généralement
50:17considéré comme blanc
50:17je la voyais surtout
50:19toucher mes proches
50:20non blancs
50:21et s'arrêter devant moi
50:22bon après ça dépend
50:23quand t'as une capuche
50:25quand t'es beaucoup
50:25avec des non blancs
50:26tu peux être touché aussi
50:27mais t'es jamais touché
50:28quand même de la même manière
50:29à partir du moment
50:29où t'es reconnu comme blanc
50:30je l'avais vécu aussi
50:31dans les mouvements sociaux
50:32en manif etc
50:33et du coup effectivement
50:34une montée en puissance
50:35de la férocité policière
50:36contre les mouvements sociaux
50:37et puis effectivement aussi
50:39en 2013
50:39là j'ai vécu un
50:41j'ai été menotté
50:42par la police
50:43qui m'a cassé le poignet
50:45cogné dans une voiture
50:47une menottée
50:48m'a mis la tête
50:49dans les portes
50:51et les murs
50:51du commissariat central
50:52à Toulouse
50:54laissé étaler par terre
50:57quasiment inconscient
50:58etc
51:00et à la suite de ça
51:01et ça vient valider
51:02ce qu'on se disait avant
51:03l'institution judiciaire
51:05j'ai dû me présenter
51:07douze fois
51:07devant la justice
51:10suite à la plainte
51:11des policiers
51:11contre moi
51:12c'était toi qui étais poursuivi
51:14pour outrage
51:14pour outrage
51:16violence et rébellion
51:18on a réussi
51:19en fait ils avaient
51:20tellement mal menti
51:21ils se contredisaient
51:21tellement dans leur dossier
51:22qu'on a réussi à le montrer
51:23aussi on a fait un gros travail
51:24d'autodéfense
51:26qui a fait que
51:26on a pu prouver
51:28enfin la justice
51:29a été obligée de reconnaître
51:30que effectivement
51:30les violences
51:31qui m'étaient reprochées
51:33étaient fausses
51:34par contre
51:34ils m'ont quand même
51:35collé
51:36des outrages
51:37pour pouvoir justement
51:38dire à la police
51:39qu'ils les couvraient un peu
51:40et voilà
51:41et moi la plainte
51:41que j'ai posée
51:42contre la police
51:43alors que vraiment
51:43on avait
51:44des rapports
51:47des rapports médicaux
51:48etc
51:50ça n'a jamais donné lieu
51:52à aucune poursuite
51:55pour aucun des policiers
51:58merci beaucoup
51:59Mathieu
52:00pour tous ces constats
52:02pas toujours
52:03très
52:04effectivement
52:04très
52:05très
52:06gai
52:06il y a des luttes
52:07c'est ça que tu soulignes
52:08il y a beaucoup de luttes
52:09très différentes
52:10il y a des luttes
52:11les luttes ça paye
52:12il n'y a que ça qui paye
52:13il faut avoir confiance
52:14dans ça
52:15il faut aussi que nous
52:16on cultive nos mémoires
52:17de nos victoires
52:18il y a des victoires
52:18à travers l'histoire
52:19il y a des victoires partielles
52:20il y a aussi des grands soirs
52:21et donc ça
52:22il faut bien qu'on en soit persuadé
52:23qu'on se le raconte
52:25et qu'on cultive cette détermination
52:27à se réorganiser
52:28recommencer
52:30en permanence
52:31et voilà
52:32et bien avoir
52:33en tête
52:34que c'est que
52:34en organisant nos luttes
52:35qu'on pourra faire changer les choses
52:37merci beaucoup Mathieu
52:38donc je rappelle qu'on retrouve
52:39ton film
52:40nous sommes des champs de bataille
52:41donc sur le site
52:42nous sommes des champs de bataille
52:43point net
52:43c'est ça
52:44exactement
52:44voilà
52:44merci beaucoup