- il y a 10 heures
Dans un courrier adressé au premier ministre israélien et publié par le Monde mardi 26 août, le président français a répondu aux billevesées de l’intéressé au sujet de l’antisémitisme en France. Il l’exhorte surtout à en finir avec l’occupation de Gaza et l’annexion de la Cisjordanie occupée. On en parle avec Christophe Deroubaix, du service international, au micro de Pierre-Antoine Valade.
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NewsTranscription
00:00Aujourd'hui on va revenir sur la passe d'armes entre Netanyahou et Emmanuel Macron à coups de lettres interposées.
00:06Pour ce faire, on reçoit Christophe Deroubet, Christophe journaliste au Service Monde. Est-ce que tu vas bien Christophe ?
00:11Ça va, c'est bientôt les vacances, la semaine prochaine.
00:14La semaine prochaine ?
00:16Alors d'abord, avant de nous intéresser à la lettre-réponse de Macron, j'aimerais bien qu'on revienne sur
00:21la première lettre de Netanyahou,
00:23qui date du 19 août dernier. Est-ce que tu peux nous rappeler dans quel contexte elle s'inscrit ?
00:28Oui. Alors d'abord, c'est une lettre qui est assez rare dans les relations diplomatiques, puisque Benjamin Netanyahou envoie
00:36une lettre à Emmanuel Macron,
00:38mais la fait publier, la rend publique avant même qu'Emmanuel Macron ne la reçoit, ce qui est déjà dans
00:44les usages, c'est un peu curieux.
00:46Bref, mais ce n'est pas le principal. Le principal, c'est quand même le contexte général dans lequel cette
00:51lettre s'inscrit,
00:52c'est-à-dire un contexte qui est marqué à la fois par la mise en œuvre du projet de
00:58la coalition au pouvoir à Tel Aviv d'occupation totale de Gaza,
01:03donc qui a été votée par le gouvernement, ce qu'on appelle le cabinet, et mise en œuvre.
01:09Et donc ça, c'est le contexte à Gaza, avec l'absence toujours d'autorisation de...
01:15On l'entend bien, là ? Parce que j'ai l'impression d'avoir un petit écho.
01:17Non, non, c'est moi d'accord. Ok, ok.
01:18Moi, je t'entends bien.
01:19Pas de problème.
01:20Et donc l'interdiction de l'aide humanitaire dirigée par l'ONU à Gaza.
01:28C'est ce premier contexte à Gaza.
01:30Et le deuxième, parallèlement, depuis la fin juillet, c'est le mouvement de reconnaissance de la Palestine,
01:36qui a été initié par Emmanuel Macron en annonçant qu'il reconnaîtrait la Palestine lors de l'Assemblée générale de
01:42l'ONU en septembre,
01:43et qui a été suivi par la Grande-Bretagne, le Canada et l'Australie.
01:47Ce sont quand même trois pays qui comptent dans la diplomatie internationale.
01:50C'est-à-dire qu'en gros, pour résumer, à la fois Netanyahou qui accélère...
01:56Il y a une sorte de course-poursuite, en fait, entre le terrain et la diplomatie,
01:59qui accélère la mise en œuvre de son projet d'expulsion des Gazaouis de Gaza.
02:03Et de l'autre côté, un mouvement diplomatique qui n'est pas à la hauteur,
02:06mais ça, on va y revenir, je ne sais pas, dans des questions suivantes.
02:10Et donc, Netanyahou, évidemment, se sent de plus en plus isolé.
02:13À part les États-Unis, il n'y a plus grand monde qui le soutient.
02:18Et avec sa lettre, tente d'invalider la démarche d'Emmanuel Macron,
02:23en disant ce que vous faites, et ne fait qu'attiser l'antisémitisme.
02:27– La lettre qu'il envoie à Macron, c'est un message à la France
02:30ou c'est un message à la communauté internationale, finalement ?
02:33– Au deux.
02:34C'est au deux.
02:35En fait, c'est un message qui s'applique à tous ceux
02:38qui veulent reconnaître l'État de Palestine.
02:41Alors, ce qui est déjà le cas d'une immense majorité des pays,
02:4575% des pays membres de l'ONU ont reconnu l'État de Palestine.
02:49Mais c'est un peu plus compliqué en Europe.
02:51L'année dernière, la Slovénie, la Norvège, l'Espagne et l'Irlande ont reconnu.
02:55Et là, cette année, la France.
02:57Et donc, c'est un message pour dire
02:58tous ceux qui voudront embrayer dans cette même démarche
03:06seront eux aussi accusés d'être des antisémites.
03:10– Parce que l'Australie avait aussi reçu une lettre, si je...
03:13– Oui, il a envoyé une lettre au Premier ministre australien,
03:16Anthony Albanese.
03:18– Et qu'est-ce que ça révèle finalement des relations entre Israël et la France ?
03:22Est-ce que c'est moins bien qu'avant ?
03:25Est-ce qu'ils s'entendent moins bien qu'avant ?
03:27Est-ce qu'il y a des soucis ?
03:28– Ça révèle une tension.
03:31Alors, peut-être qu'on fait un petit peu sur le temps long
03:35des relations entre la France et Israël.
03:38La France a été l'allié, parce qu'on dit souvent que les Etats-Unis
03:40sont l'allié inconditionnel des Etats-Unis,
03:43le meilleur allié, ce qui est vrai.
03:44Mais ça n'a pas été vrai jusqu'en 1967.
03:46Et en fait, avant, le principal allié d'Israël, c'était la France.
03:50D'ailleurs, on estime même que la France a aidé Israël
03:54à confectionner, à détenir l'arme nucléaire.
03:58Et la bascule, c'est 1967.
03:59Donc, la guerre des six jours et l'occupation de Jérusalem-Est
04:02et de la Cisjordanie, où le général de Gaulle critique fermement.
04:06Et donc, c'est le point de bascule.
04:08Après, les autres présidents ont tenté d'avoir...
04:12On a toujours parlé de la politique arabe de la France,
04:14qui était un peu vrai, moi, ce qui était aussi un peu mythifié,
04:17mais de tenir une sorte d'équilibre.
04:19Et là, on en vient à dire Emmanuel Macron,
04:22il y a une sorte de...
04:23Il faut suivre la diplomatie d'Emmanuel Macron,
04:25parce que dans un premier temps,
04:27je ne sais pas si vous vous souvenez,
04:28mais Emmanuel Macron apporte un soutien,
04:30lui aussi inconditionnel, à Netanyahou,
04:33après les attaques terroristes du 7 octobre.
04:36Et puis, il propose même une coalition,
04:38on l'a un peu oublié,
04:38une coalition anti-Hamas,
04:40un peu sur le mode de la coalition anti-Daesh.
04:44Donc, évidemment, personne...
04:45Enfin, je ne vais pas rentrer dans le détail,
04:46mais personne ne veut entendre parler de ça.
04:48Et bon, ça tombe à plat.
04:50Et donc, on ne voit pas très bien le tempo d'Emmanuel Macron,
04:54en façon positionnement diplomatique.
04:55Et puis, il commence à critiquer un peu les bombardements à Gaza.
04:59Et puis, après, il revient un peu sur ses propos.
05:02Là, il y a une prise de position qui est assez claire
05:05avec l'État de Palestine.
05:06En fait, je ne dirais pas que c'est un point de rupture,
05:08mais enfin, en tout cas, en l'État,
05:11c'est un point de friction très fort entre les deux pays.
05:14C'est évident.
05:15Et donc, Emmanuel Macron, il a mis son petit temps à répondre,
05:18sept jours.
05:18Le 26 août, il envoie lui aussi sa lettre,
05:21qui est publiée dans le journal Le Monde.
05:24Beaucoup de médias ont présenté ça comme une réponse très ferme.
05:27Mais finalement, d'après ce que tu me disais hier,
05:30le président, il donne encore quelques points à Netanyahou.
05:33Oui, on a regardé ça hier, tous les deux, en effet.
05:36Et à la fois, il est ferme sur un certain nombre de choses,
05:41c'est-à-dire sur le fond de la raison
05:45pour laquelle Emmanuel Macron a décidé
05:48que la France reconnaîtrait l'État de Palestine.
05:51Donc, je cite, pour donner un peu d'informations,
05:54c'est la fin de sa lettre.
05:56C'est à ce titre, monsieur le Premier ministre,
05:58que je vous appelle solennellement à sortir de la fuite
05:59en avant-meurtrière et illégale d'une guerre permanente à Gaza
06:02qui expose votre pays à l'indignité
06:04et votre peuple à une impasse,
06:05à cesser l'illégale et injustifable recolonisation de la Cisjordanie
06:08et à saisir la main tendue des partenaires internationaux
06:11disposés à travailler à un avenir de paix, de sécurité,
06:13de prospérité pour Israël et la région.
06:15Voilà. Donc, c'est un positionnement qui est assez clair.
06:17Sauf que, quand on regarde bien sa lettre,
06:20on a le temps un peu de décrypter.
06:22Oui, carrément, carrément.
06:23Voilà. Il y a plusieurs problèmes dans cette lettre, au-delà de ça.
06:25Et un premier problème, c'est que tout de suite d'entrée...
06:28Alors, Emmanuel Macron dit
06:29« La lutte contre l'antisémitisme ne saurait être un sujet d'instrumentalisation ».
06:32Bon, il faut savoir que Benjamin Netanyahou,
06:35depuis plusieurs années,
06:37je ne vais pas dire depuis qu'il est au pouvoir,
06:38parce qu'il est au pouvoir depuis quasiment 25 ans,
06:42en fait, à chaque fois,
06:43oppose l'argument de l'antisémitisme
06:45à tous ceux qui sont en désaccord avec sa politique,
06:48et notamment en disant
06:49« Tous ceux qui sont antisionistes
06:51sont également des antisémites ».
06:53Et alors, ce qui est assez curieux, c'est qu'Emmanuel Macron
06:55dit « La lutte contre l'antisémitisme ne saurait être
06:57un sujet d'instrumentalisation ».
06:58Et trois lignes plus loin, même pas deux lignes,
07:01il dit « Et je m'honore
07:04d'avoir solennellement endossé
07:08la définition de l'Alliance internationale
07:10pour la mémoire de l'Holocauste,
07:11qui condamne l'antisionisme comme un antisémitisme ».
07:14C'était la première fois qu'un président de la République français
07:16allait aussi loin, et je l'assume parfaitement.
07:18C'est-à-dire, au même moment où il dit
07:19« Vous instrumentalisez l'antisémitisme »,
07:21lui-même dit « Moi-même, je l'ai instrumentalisé aussi
07:23en tentant d'invalider toutes les prises d'opposition antisionistes ».
07:27Je rappelle, pour être précis sur les termes,
07:29que le sionisme, ce n'est pas une insulte,
07:31c'est une définition politique,
07:33c'est un mouvement politique qui repose sur l'idée
07:36que, né à la fin du XIXe siècle,
07:40qu'il doit y avoir un foyer national juif
07:43sur la terre d'Israël.
07:47Le non-sionisme vient du mont Sion.
07:50Donc, c'est un mouvement sioniste,
07:53il y a des antisionistes,
07:54et il y a des juifs antisionistes.
07:55Il y a toute une partie du mouvement juif,
07:58que l'on appelle le boune,
07:59le mouvement socialiste révolutionnaire européen,
08:00qui était antisioniste et qui est opposé.
08:03Et donc, il fait ce premier amalgame, en fait, Macron,
08:05donc il donne ce premier gage.
08:06Au tout début de la lettre ?
08:07Tout de suite.
08:08Là, tu vois, ici, j'ai mis un peu du stabilo,
08:11vous voyez, ça commence, et bing !
08:12Voilà.
08:13Cher monsieur le Premier ministre,
08:14vous voyez très bien, ça commence ici la lettre.
08:16Voilà.
08:16Et ici, et au titre des premières actions,
08:19exactement.
08:19Voilà.
08:20Donc, tout de suite, premier problème.
08:22Deuxième problème, c'est qu'un peu plus bas,
08:24il dit, donc il parle de l'histoire qui nous est ancienne,
08:27et il dit, je cite encore une fois,
08:29les antisémitismes de notre pays.
08:32Déjà, quand il dit les antisémitismes,
08:34tu te dis, il y a quelque chose.
08:36Il y en a plus à la suite, voilà.
08:38Viennent de loin, ont longtemps été nourris par l'extrême droite,
08:41sont aujourd'hui aussi alimentés par l'extrême gauche
08:43qui essentialise la communauté juive
08:45et soutient la haine contre cette dernière.
08:47Donc, deuxième instrumentalisation,
08:49même s'il s'en défend,
08:51c'est qu'il utilise l'accusation lui-même d'antisémitisme
08:54pour disqualifier ses opposants politiques
08:57et les renvoyer dos à dos,
08:59extrême droite et ce qu'il appelle l'extrême gauche.
09:02Sachant que le Conseil d'État a dit
09:03que LFI n'était pas l'extrême gauche.
09:05Voilà, mais pour lui,
09:06tout ce qui est à gauche de lui est l'extrême gauche.
09:09Et donc, de porter une accusation grave
09:11en disant que ce qu'il appelle l'extrême gauche,
09:13encore une fois,
09:14essentialise la communauté juive
09:15et soutient la haine contre cette dernière.
09:17Donc, c'est une accusation...
09:19Plutôt grave.
09:20Très grave.
09:21Pas eu de réponse de partis politiques ?
09:24Non, j'ai pas vu.
09:25Alors, j'étais occupé sur d'autres sujets,
09:27mais il y en a peut-être eu.
09:28Il me semble pas, non ?
09:29Il m'aurait échappé, oui.
09:32Et puis, dernier problème,
09:34qui est un peu plus en filigrane, peut-être,
09:37c'est que, je lisais tout à l'heure,
09:39donc la fin de la lettre,
09:40il parle de...
09:41Je retrouve le mot, excusez-moi.
09:46En gros, il mobilise le...
09:50Il parle beaucoup de morale.
09:52À un moment, il parle de la dégradation
09:54de l'image morale d'Israël.
09:56Deux ou trois fois, ça revient.
09:58Mais en fait, la question,
10:00c'est pas une question de morale.
10:01C'est une question politique.
10:02Et en termes de relations internationales,
10:04la politique, c'est le droit international.
10:06Et à aucun moment,
10:07Emmanuel Macron, dans sa lettre...
10:09Encore une fois, Emmanuel Macron,
10:10qui va reconnaître l'État de Palestine,
10:11alors, avec...
10:13Pas avec des conditions,
10:14contrairement à la Grande-Bretagne,
10:15mais avec quand même,
10:16là aussi, quelques problèmes.
10:17On verra exactement ce qu'il en sera le 23.
10:19Mais je cite juste un exemple.
10:21Dans sa lettre qu'il envoie à Mahmoud Abbas
10:23le 24 juillet, de mémoire,
10:25il dit,
10:26« Je suis prêt à reconnaître l'État de Palestine. »
10:28Mais un État de Palestine démilitarisé.
10:31C'est pas aux autres États...
10:33Le droit des peuples à l'autodétermination,
10:35qui est un principe essentiel des relations internationales,
10:38dit que ce sont les peuples qui disposent d'eux-mêmes.
10:40Donc, ce sera aux Palestiniens de savoir
10:41s'ils veulent un État militarisé ou pas,
10:43s'ils n'ont pas envie d'avoir d'armée
10:45comme le Costa Rica ou la Suisse,
10:46ça sera de le décider,
10:47et non pas Emmanuel Macron.
10:50Mais, c'est quand même Emmanuel Macron
10:52qui va...
10:54C'est une avancée très insuffisante,
10:56parce qu'on voit bien maintenant
10:57qu'il faut aller beaucoup plus loin que ça,
10:58tant que les questions des sanctions.
11:01Mais en même temps, dans cette lettre,
11:02il ne pose jamais les termes du débat
11:05en termes de droit et de respect du droit international.
11:07Il y a une question de morale.
11:09Comme si, faire appel à la morale de Benjamin Netanyahou
11:12pouvait changer quelque chose dans la situation actuelle.
11:14Alors qu'au bout de deux ans,
11:15on a compris que ça a la morale.
11:17Oui, en général, ça ne fonctionne pas.
11:18Ils appellent à la morale.
11:20Et finalement, comment les autres puissances,
11:22États-Unis, Union européenne,
11:24elles répondent à cette...
11:25Enfin, elles voient,
11:26elles assistent à cet échange public ?
11:28Oui, alors les États-Unis ont apporté leur soutien
11:32un direct, mais clair,
11:35à Benjamin Netanyahou,
11:36puisque l'ambassadeur des États-Unis en France,
11:39qui s'appelle Charles Kushner,
11:41qui est le père du gendre de Donald Trump.
11:46D'accord.
11:47Voilà, donc il a été nommé à Paris
11:48parce que c'est le gendre,
11:51le père du gendre de Donald Trump,
11:53qui a envoyé une lettre le 25 août à Emmanuel Macron
11:57en disant que la France ne faisait pas assez
11:59contre l'antisémitisme.
12:01Donc, pareil, c'était quasiment...
12:05Un copier-coller.
12:05Oui, oui, c'est coordonné.
12:07D'un côté, l'un qui dit
12:08vous alimentez le feu de l'antisémitisme,
12:10l'autre qui dit
12:12vous ne faites pas assez contre l'antisémitisme.
12:17Et les pays européens,
12:18écoute, c'est une bonne question que tu poses.
12:20Je ne sais pas ce que font les pays européens.
12:21Pas grand-chose.
12:22À chaque fois qu'il y a un bombardement,
12:24une frappe sur un hôpital,
12:27des morts, ils condamnent.
12:28Mais les mots, ça ne change pas le rapport de force.
12:31Parfois, ça peut changer,
12:31mais là, en l'occurrence, non.
12:32Donc, ils sont totalement absents de...
12:35Est-ce que cette pression,
12:37si on peut appeler ça comme ça,
12:38mise par Netanyahou et par les Etats-Unis,
12:41ça peut faire reculer Macron
12:42sur sa volonté de reconnaître l'état de Palestine ?
12:46Est-ce que tu penses que c'est plausible ?
12:49Toujours compliquées les questions sur...
12:51Sur le futur, oui.
12:52Sur le futur.
12:53En plus, c'est enregistré.
12:54Donc là, en prenant le café,
12:56tous les deux, je t'aurais peut-être fait une réponse.
12:57Mais là, il y a du monde.
13:00Honnêtement, je ne pense pas...
13:02Emmanuel Macron est tellement avancé dans ce mouvement,
13:07et pas seul, puisque des pays l'ont suivi.
13:10Quand même, je rappelle, Grande-Bretagne,
13:11membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU,
13:14Canada, membre du G7,
13:16Australie, membre du G20.
13:17On commence et puis des pays qui sont des puissances
13:20et puis qui sont plutôt traditionnellement alignés
13:22sur la politique des Etats-Unis.
13:24Donc, il est allé trop loin
13:26et la situation est devenue trop grave aussi
13:28pour qu'il puisse reculer.
13:30En tout cas, s'il reculait d'une façon ou d'une autre,
13:33ce serait...
13:34Même pas quel mot,
13:36ce serait une reddition absolument incroyable.
13:38Je ne crois pas que le rapport de force,
13:41y compris en France et international,
13:44lui permette de reculer.
13:47On va prendre quand même quelques questions
13:48parce qu'on n'en a pas pris depuis le début.
13:51Est-ce que ça pourrait constituer
13:52l'instrumentalisation ultime de l'antisémitisme
13:54de la part d'Israël,
13:55qui peut encore les suivre sur ce point
13:56après ces accusations absurdes ?
13:59J'arrive pas à la lire, j'attends.
14:01Game with us.
14:02Mais je t'avoue que moi, j'ai du mal à la comprendre aussi.
14:06En fait, c'est fait pour intimider.
14:07C'est moins fait pour convaincre, je pense,
14:09Macron de revenir sur sa décision
14:12que d'intimider les autres.
14:13Et notamment, parmi les autres,
14:16il y a l'Allemagne,
14:18qui est la première puissance européenne,
14:21qui a une histoire qu'on connaît,
14:23et qui, Angela Merkel disait
14:27que la reconnaissance d'Israël était,
14:30j'oubliais la formule,
14:31en fait c'est une question de politique intérieure,
14:33une raison d'État.
14:34C'était une raison d'État.
14:35Donc on ne bouge pas.
14:36Sauf que, y compris en Allemagne,
14:38il y a quand même des débats, des frictions,
14:39y compris au sein de la coalition au pouvoir,
14:42et y compris au sein du parti de droite,
14:44dont le chancelier Friedrich Merz est élu.
14:48Et donc Friedrich Merz a pris une décision
14:50en quelques semaines, disant,
14:51qu'il allait arrêter de livrer des armes
14:54qui servent à la guerre à Gaza.
14:56Ce qui est un premier pas
14:57auquel on ne s'attendait pas vraiment.
14:59Et il y a quand même un débat
15:03au sein de sa coalition
15:04pour savoir s'il ne faut pas aller plus loin que ça.
15:07Je ne pense pas que l'Allemagne soit au bord
15:09de la reconnaissance des États-Palestines,
15:10mais en tout cas, c'est aussi un message
15:11que Netanyahou envoie à l'Allemagne
15:13en disant, si vous reconnaissez,
15:15vous aussi vous attiserez le feu antisémite
15:17et vu votre histoire,
15:19jouer sur cette culpabilité historique-là.
15:22Macron est prévisible, imprévisible,
15:24il veut s'allier avec tout le monde,
15:25dire ce que les gens veulent entendre
15:27puis trahir tout le monde,
15:28c'est simple et radical.
15:29On a le droit de le penser.
15:31On a le droit de le penser.
15:33Est-ce que ces échanges de lettres,
15:36tu disais au tout début
15:37que c'est assez singulier ?
15:39Ce qui est singulier, en fait,
15:40c'est le...
15:41D'ailleurs, Emmanuel Macron
15:41le dit tout de suite
15:43dans le trait de lettres.
15:45Oui, d'abord, à ce niveau,
15:46quand un chef de gouvernement
15:49envoie à un chef d'État
15:52une lettre comme ça,
15:53évidemment, c'est une prise de position
15:54très officielle.
15:56Donc, c'est assez rare,
15:57souvent, par des échanges
15:59via les ambassadeurs
16:00ou par des échanges téléphoniques.
16:02Donc là, c'est solennel,
16:04l'envoi d'une lettre.
16:05Et rendre publique la lettre
16:07avant même que Macron l'ait reçue,
16:08c'est aussi solennel.
16:09D'ailleurs, Emmanuel Macron
16:10le disait le début.
16:12J'ai bien reçu votre lettre du 17 août
16:13que vous avez décidé
16:14de rendre publique
16:15avant même que je ne la reçoive.
16:16C'est pourquoi ma réponse
16:17par parallélisme
16:18sera, elle aussi,
16:19rendue publique
16:19pour la clarté de nos débats.
16:20Mais pour ma part,
16:21je tenais à vous le faire savoir
16:22et j'attendrai
16:23que vous en ayez pris connaissance.
16:25C'est là l'élémentaire courtoisie.
16:27Bon.
16:27Il lui rappelle les règles
16:31de bienséance.
16:31Bon, c'est pas le fond de l'histoire.
16:34Mais c'est assez étonnant
16:35comme manière de procéder.
16:37C'est assez étonnant.
16:39Et est-ce que...
16:41J'imagine que là...
16:43J'imagine que Netanyahou
16:44dans son camp,
16:46tout le monde était plutôt...
16:48Comment ils ont réagi en Israël
16:51à cette lettre-là ?
16:53Est-ce qu'on peut s'attendre
16:54à une réponse de la réponse ?
16:55Est-ce que ça va se terminer là ?
16:57Comment, par exemple,
16:59Arethes a traité cette info-là ?
17:00Est-ce qu'on a des...
17:01Oui, je...
17:03Je pense pas que
17:05Benjamin Netanyahou
17:06ait envie ou intérêt
17:08de prolonger
17:10cet échange
17:11pour la scénariser,
17:14la feuilletonner
17:14en espèce de querelle diplomatique
17:16qui perdrait un peu de sens.
17:19Lui, il a marqué quelque chose.
17:21Il a dit aux autres,
17:22si vous voulez,
17:22je le redis,
17:23si vous voulez reconnaître
17:25l'État de Palestine,
17:26vous donnerez le point au Hamas
17:28et vous attiserez le feu
17:30de l'antisémitisme.
17:31C'est une sorte de menace
17:34à l'égard de tous ceux
17:36qui pourraient éventuellement...
17:38Bon, sûr,
17:40sa mission est effectuée,
17:42si je puis dire.
17:43Bon, pas l'intérêt qu'il a
17:43à rentrer plus avant.
17:45Sauf si, évidemment,
17:46d'autres pays commençaient
17:47aussi à être intéressés.
17:48Là, il pourrait relancer le...
17:50Et en Israël,
17:51ça a été sa coalition,
17:52évidemment,
17:53qui constitue une coalition
17:54de droite et d'extrême droite,
17:56évidemment totalement alignée
17:57sur cette démarche
18:01et sur le fond de la démarche.
18:02Est-ce qu'on peut s'attendre
18:03à un travail de lobbying
18:04de plus en plus fort
18:06jusqu'à cette déclaration
18:09d'Emmanuel Macron
18:10à l'ONU ?
18:12De la part d'Israël ?
18:14Oui, il va de pression,
18:16tu veux dire.
18:18Oui, oui,
18:18mais ils continueront
18:19à faire pression
18:19parce qu'ils sentent bien
18:21que l'isolement d'Israël
18:24sur la scène internationale
18:25est assez unique.
18:26C'est-à-dire qu'à part
18:27les Etats-Unis,
18:29je dis à part les Etats-Unis,
18:30et en même temps,
18:30c'est le soutien des Etats-Unis
18:31qui leur permet de continuer
18:32à faire ce qu'ils font
18:34parce qu'il suffit
18:34que les Etats-Unis
18:36appuient sur le bouton
18:37de mettre fin
18:38à la livraison d'armes.
18:39Il n'y a pas que les Etats-Unis,
18:40mais notamment les Etats-Unis.
18:42Et la guerre à Gaza
18:43ne peut plus se poursuivre.
18:45Mais l'isolement,
18:46c'est un Etat quand même
18:48qui a globalement
18:50le trois quarts
18:51des Etats contre lui.
18:53Alors, ce n'est pas
18:54les trois quarts des Etats
18:55de l'ONU
18:56qui sont contre Israël,
18:57mais qui sont pour l'idée
18:58qu'il n'y a de situations
19:01possibles, viables,
19:02durables et pacifiques
19:03au Moyen-Orient
19:04que si on le reconnaît
19:06un Etat de Palestine
19:07qui était prévu
19:08dans le plan de partage
19:09de 1948.
19:10Donc quand même,
19:11l'isolement est total
19:12à part maintenant
19:13une partie de l'Europe
19:16et les Etats-Unis,
19:17plus personne ne soutient
19:18la coalition au pouvoir
19:20de Benjamin Netanyahou
19:22poursuivre sur cette voie.
19:25Dans notre chat,
19:26on nous demande
19:26est-ce que ce mouvement
19:27de reconnaissance
19:29influé par Emmanuel Macron
19:31a relancé la question
19:32de sanctions économiques
19:33ou pas du tout ?
19:34Oui, alors je dirais,
19:36c'est la question
19:36de la reconnaissance.
19:37Vous savez,
19:37quand vous faites un pas
19:39sur un chemin,
19:42vous vous engagez
19:43sur ce chemin
19:43et donc ça crée
19:44parfois la nécessité
19:45de faire un deuxième pas.
19:46C'est un peu ce qui se passe
19:46avec la reconnaissance
19:47par Emmanuel Macron,
19:48c'est-à-dire qu'il a pris
19:50une décision
19:51qui est une décision
19:53juste et courageuse.
19:54L'humanité
19:55défend l'idée
19:56de la reconnaissance
19:57d'un Etat palestinien
19:57depuis très très très longtemps,
19:59depuis des décennies,
20:00parce qu'il nous semble
20:01que c'est la condition
20:01à la coexistence pacifique
20:03entre ces deux peuples
20:05sur cette terre
20:06et via deux Etats.
20:10Mais ça ne suffit pas,
20:11on voit bien qu'au regard,
20:12ce n'est pas la reconnaissance
20:13d'un Etat de Palestine
20:13qui va mettre fin
20:14à l'expulsion
20:15des Gazaouis de Gaza,
20:17parce qu'un Etat palestinien
20:18sans Palestine,
20:19un Etat de Palestine
20:20sans palestinien,
20:21ça n'a absolument aucun sens.
20:22Et donc maintenant,
20:25il y a la nécessité
20:26pour Emmanuel Macron
20:27et pour les pays européens
20:28de passer à l'étape suivante.
20:29L'étape suivante,
20:30c'est la question
20:31des sanctions.
20:32Et on voit bien
20:32que l'Europe ne se met
20:33jamais d'accord totalement,
20:34enfin, elle se met d'accord
20:35pour ne pas décider,
20:36mais ce qui est une décision en fait.
20:37Il y a un accord
20:38d'association économique
20:41entre Israël
20:42et l'Union européenne
20:42et l'article 2
20:44stipule que cet accord
20:47ne peut être viable
20:48que si,
20:48ou se poursuivre,
20:49que s'il y a
20:50respect des droits humains.
20:51Je pense qu'il est maintenant
20:52relativement bien établi
20:53qu'Israël ne respecte pas
20:55les droits humains à Gaza.
20:56La Cour internationale
20:57de justice,
20:58la CPI,
20:58tout le monde l'a reconnu,
20:59l'ONU,
21:00encore le secrétaire général
21:01de l'ONU va prendre une position,
21:03va faire une déclaration
21:04cet après-midi.
21:05Donc,
21:06c'est établi
21:06que les droits humains
21:07sont bafoués.
21:07Et pour autant,
21:08l'Europe,
21:08ou les 27 de l'Europe,
21:10ne prennent aucune décision,
21:12ce qui n'empêche pas
21:13la France
21:13d'en prendre elle-même.
21:15ce qu'a décidé
21:17le chancelier allemand
21:18de mettre fin
21:19à la livraison d'armes
21:24qui serviront
21:25à la guerre à Gaza.
21:26Donc,
21:26ça veut dire
21:26qu'on peut quand même
21:27livrer des armes
21:27qui serviront
21:28à la colonisation
21:29de la Cisjordanie.
21:31pour pouvoir utiliser
21:32le dôme correctement.
21:33Oui,
21:33ou pour,
21:35éventuellement,
21:35contre l'Iran,
21:37contre la Syrie
21:38ou le Liban.
21:41Considérons que ça,
21:42il y a,
21:43comment dire,
21:45je ne fais pas confiance
21:46au gouvernement
21:47en tant que tel,
21:48mais quand les gouvernements
21:49commencent à bouger,
21:50c'est comme le vent
21:50et la girouette.
21:51Ça veut dire
21:51que si la girouette bouge,
21:52c'est que le vent bouge un peu.
21:53Et on voit bien
21:54que sur le plan international,
21:56le vent a tourné.
21:57C'est-à-dire qu'aujourd'hui,
21:58l'état de ce qui se passe,
22:00la qualification de ce qui se passe
22:01à Gaza,
22:02c'est-à-dire un génocide,
22:04était ultra minoritaire
22:05comme appréciation
22:06il y a deux ans,
22:08encore un peu plus,
22:09un peu moins il y a un an.
22:10Et aujourd'hui,
22:10c'est,
22:12je vais dire,
22:12communément admis,
22:13en tout cas.
22:14Oui,
22:15il y a de plus en plus
22:15de personnes qui sont...
22:16de pays,
22:17d'associations,
22:19et on voit bien
22:20qu'il y a un rapport de force
22:21qui est en train de changer.
22:24Et ça ne change pas
22:25sur le terrain,
22:25malheureusement,
22:25pour les Gazas.
22:26Et là,
22:28c'est quand l'ONU ?
22:31Le 23 septembre.
22:32Le 23 septembre.
22:33Est-ce qu'après cette date-là,
22:35on va assister à un basculement ?
22:38Tu penses ?
22:39Alors,
22:39déjà,
22:40il faudra voir comment...
22:41Il faudra voir,
22:42un,
22:42si ça se concrétise.
22:44Et la France,
22:47et le Canada,
22:48et l'Australie.
22:49La Grande-Bretagne,
22:50c'est encore un peu différent.
22:51C'est-à-dire que
22:51le Premier ministre
22:52travailliste britannique,
22:54Keir Starmer,
22:55a dit que le Royaume-Uni
22:55allait reconnaître
22:58l'État de Palestine,
23:01sauf si Israël
23:02remplissait certaines conditions.
23:05Bon,
23:05qu'il ne remplira pas,
23:06notamment,
23:07cesser le feu.
23:09Donc,
23:09si ces quatre pays-là
23:11reconnaissent officiellement
23:12l'ONU,
23:13déjà,
23:13ça sera un premier pas en avant.
23:14Après,
23:15est-ce que,
23:15lors de cette même
23:16assemblée générale de l'ONU,
23:17d'autres pays vont se déclarer ?
23:19Donc,
23:19est-ce que ça va créer
23:19une dynamique diplomatique
23:21encore plus forte ?
23:23Deuxième question.
23:24Et puis,
23:24troisième question,
23:24c'est est-ce qu'on peut
23:25simplement en rester...
23:26On voit bien que les...
23:28Ça change le rapport
23:28de force diplomatique,
23:30mais ça ne change pas
23:30le rapport de force
23:31sur le terrain.
23:32Donc,
23:32il faut se doter
23:34d'armes supplémentaires,
23:35d'armes d'outils,
23:36je ne vais pas me voir,
23:37d'outils supplémentaires.
23:38Et l'outil supplémentaire,
23:39c'est les sanctions.
23:40Donc,
23:41je pense que ça...
23:42La question auprès
23:45d'Emmanuel Macron
23:46va monter,
23:47peut-être même avant,
23:48d'ailleurs le 23,
23:49en disant,
23:49c'est bien,
23:50vous allez le faire,
23:50mais il faut faire
23:51d'autres choses,
23:52il faut aller plus loin
23:52en la matière.
23:55Ça va évoluer.
23:57Et même si Emmanuel Macron
23:59ne bouge pas,
24:00l'audacieux qu'il a pu
24:02apparaître en juillet
24:04quand il a annoncé
24:05cette future reconnaissance
24:10et l'immobiliste
24:11qu'il sera
24:13après la reconnaissance
24:14s'il ne prend pas
24:14d'autres sanctions
24:15alors qu'Israël
24:17continue à mettre
24:18en oeuvre son plan,
24:19tu vois,
24:20il y a une sorte
24:20d'effet où il va être...
24:22Un peu d'hypocrisie,
24:22finalement.
24:23Alors,
24:24on pourra le taxer
24:25d'hypocrisie,
24:25en tout cas,
24:26au-delà du qualificatif,
24:28on lui dira
24:29les outils
24:29que vous avez mobilisés,
24:30c'était très bien
24:31l'État de Palestine,
24:32mais ça ne suffit pas.
24:32Maintenant,
24:33qu'est-ce que vous faites ?
24:34Et donc,
24:34il se retrouvera face à la question
24:35est-ce que la France
24:36prend des sanctions ?
24:37Quel type de sanctions ?
24:39Sanctions économiques,
24:40sanctions diplomatiques ?
24:41Il y a plein d'outils
24:43qui sont à la disposition
24:43d'un chef d'État
24:44pour rupture
24:46des relations diplomatiques
24:47avec Israël,
24:47je ne pense pas
24:48que ça serve beaucoup,
24:48mais en revanche,
24:49les sanctions économiques,
24:50oui,
24:50beaucoup plus.
24:51D'ailleurs,
24:52c'est un mot d'ordre
24:54qui monte un peu partout
24:56de sanctions économiques.
24:57Peut-être que d'ici là,
24:58l'Europe va de nouveau
25:00se réunir
25:01et se restatuer
25:03sur la question
25:04de l'article 2
25:05dont je parlais
25:05tout à l'heure.
25:07Pas très optimiste
25:08sur le sujet quand même.
25:10C'est intéressant,
25:11notre Macron
25:12qui sera très occupé
25:13sur la scène internationale
25:15et nous qui attendons
25:17le 10 septembre.
25:18Oui,
25:18c'est ça,
25:18il va être très occupé
25:19sur tous les fronts.
25:21Merci beaucoup Christophe.
25:23Merci à tous.