00:01Quelle est la nouvelle lubie sécuritaire de notre cher ministre de l'Intérieur Laurent Nunez ?
00:05Dans Le Monde, dimanche soir, l'ancien préfet de police de Paris a présenté un nouveau projet de loi contre
00:09l'antrisme.
00:11Et donc, oui je disais, tu es chef de Lume Matinal, tu es aussi co-présentatrice de Lume Match,
00:16donc les gens te connaissent aussi sur Twitch, peut-être que vous la reconnaissez.
00:21Julien, on dirait que pour l'instant on ne sait pas très très bien concrètement ce que contient ce projet
00:25de Laurent Nunez,
00:27mais est-ce que tu peux quand même nous dresser les grandes lignes, ce qu'il a commencé à annoncer
00:30dans Le Monde dimanche soir ?
00:32Oui bien sûr, effectivement en fait, d'abord un petit mot de contexte, pourquoi Laurent Nunez prend la parole dimanche
00:42soir dans Le Monde ?
00:43C'est parce que son prédécesseur au ministère de l'Intérieur, Bruno Retailleau, essaye de le prendre un peu de
00:50court,
00:50puisque lui a d'ores et déjà déposé une proposition de loi au Sénat, puisqu'il est retourné au Sénat,
01:01et elle sera examinée dès cet après-midi en réalité, jusqu'à demain en théorie,
01:08après avec l'ordre du jour du Parlement, parfois ça varie un peu.
01:12Une proposition de loi donc qui vise l'entrisme islamiste, c'est bien précisé dans la version Retailleau.
01:21Et du coup, cette proposition de loi là, encore un élément de contexte, en réalité elle est issue,
01:29je ne sais pas si vous vous souvenez, quand Bruno Retailleau était le locataire de la place Beauvau,
01:33du fameux rapport qui avait été très largement mis en scène sur les frères musulmans, notamment,
01:42qui avait été décrié par nombre de spécialistes, notamment pour sa méthodologie douteuse,
01:48pour un certain nombre d'amalgames qu'il charriait, et puis sur un surdimensionnement aussi de ce mouvement.
01:56Et je disais mise en scène parce que ça avait donné lieu à un conseil national de défense, etc.
02:02Macron avait exigé des propositions, et dès le mois de juillet dernier, il avait dit,
02:07voilà, on va avoir de nouveaux outils pour lutter contre le séparatisme et l'entrisme.
02:14Alors, cette fois, c'est plutôt l'entrisme qui est mis en avant, parce qu'on le rappelle,
02:18il y a déjà eu une proposition de loi en 2021 contre ce que le gouvernement appelle le séparatisme,
02:26et qui visait notamment, entre autres dispositions, qui avaient été jugées par un certain nombre d'élus de gauche
02:35et puis de défenseurs des libertés publiques comme restrictives, sécuritaires déjà à l'époque,
02:42à établir un contrat d'engagement, notamment pour les associations,
02:46et qui donnait la main au préfet pour tout un tas de choses.
02:49Bon, cette fois, l'idée, c'est de pousser le curseur encore un peu plus loin.
02:55Alors, Laurent Nunez essaye de se différencier un petit peu de son prédécesseur,
03:08en disant, mais non, vous inquiétez pas, nous, on ne vise pas que les musulmans.
03:13Il faut dire qu'effectivement, la politique du gouvernement est pointée comme discriminatoire
03:21de façon assez régulière et pour cause.
03:24Mais du coup, sur cette base-là, c'est quand même un certain nombre de dispositions
03:30qui risquent encore de corseter les libertés publiques, les libertés associatives,
03:36qui sont mises sur la table.
03:38Alors, pour l'instant, c'est vraiment les grands lignes,
03:40parce que le texte lui-même est devant le Conseil d'État,
03:44pour ce qui est de celui de la version gouvernementale.
03:47Et donc, on a ce qu'on a livré, Laurent Nunez, dans Le Monde.
03:51Et parmi ces dispositions-là, on a un huitième motif de dissolution
03:56de structures associatives pour antrisme.
03:58Et alors, ce qui est un petit peu inquiétant, c'est que dans le même temps,
04:03dans la même interview, il reconnaît lui-même que l'antrisme
04:08sont des comportements extrêmement diffus et difficiles à caractériser.
04:12Donc, à partir de ce moment-là, on peut se dire,
04:14bon, est-ce que ça ne va pas être aussi un fourre-tout pour,
04:18voilà, un peu comme l'apologie du terrorisme aujourd'hui est utilisée.
04:23Enfin, vous voyez, ce genre de choses.
04:27Quelqu'un, même si on nous demande, d'ailleurs, c'est quoi dans leur tête
04:29la différence entre l'antrisme et le séparatisme ?
04:31C'est une excellente question.
04:32Il faudra leur demander.
04:33Oui, sans doute, je pense.
04:35Mais justement, c'est parce que cette notion d'antrisme,
04:39elle permet d'aller cibler des gens qui auraient des positions
04:48moins ouvertement assumées.
04:49Il y a cette idée de stratégie qui s'insinue.
04:53Et donc, c'est d'autant plus dangereux parce que si ce n'est pas
04:58ouvertement assumé, sur quelle base, sur quels critères ?
05:01C'est une interprétation et qui va interpréter quoi ?
05:04Exactement.
05:05Alors, donc, il y a ce nouveau motif de dissolution.
05:07Peut-être que je vous dis rapidement les principales dispositions
05:12dont Laurent Nunez a parlé.
05:14Il y a celle-ci.
05:16Il y a l'idée d'interdire d'activité des structures
05:20qui auraient déjà été dissoutes en France,
05:22mais qui seraient réactivées depuis l'étranger, notamment.
05:26Il y a celle aussi de nommer un liquidateur judiciaire,
05:31en quelque sorte, comme ça peut se faire dans les entreprises,
05:34pour s'assurer que les fonds d'une structure dissoute
05:40ne soient pas réaffectés à une autre.
05:43Et puis, je ne vais pas vous faire toute la liste,
05:47mais il y a encore un renforcement du rôle du préfet,
05:55puisque les subventions qui sont attribuées par les collectivités,
05:59lorsque le préfet juge qu'il y a une rupture
06:04pour une de ses associations des engagements pris
06:07dans le fameux contrat d'engagement de 2021,
06:09eh bien, il pourrait se charger lui-même
06:12de substituer aux élus pour récupérer cette subvention.
06:19Et puis ça, c'est assorti d'un élargissement des possibilités
06:23du gel, par exemple, des avoirs par mesure administrative,
06:28donc sans intervention d'un juge, etc.
06:32Pour les grandes lignes du dispositif...
06:36Non, quelqu'un dans le chat fait une remarque,
06:39c'est toujours l'antrisme islamiste.
06:40C'est vrai que dans l'argumentaire développé par Nunez,
06:43il dit que notre texte ne cible pas seulement l'antrisme islamiste,
06:45il vise toutes les formes de séparatisme et d'antrisme.
06:47Mais au fond du fond, on se dit bien qu'il y a quand même
06:50surtout les musulmans qui sont ciblés dans ce texte.
06:54Lui dit que non, mais vu que c'est un prolongement
06:57de la proposition de Retailleau,
06:59on peut s'imaginer à ce que les principales victimes...
07:03Exactement. Et puis surtout, quand on en vient à dire...
07:05Attendez, j'essaie de retrouver la citation.
07:08Moi, je n'ai pas de problème avec un islam en France.
07:12Je combats ceux qui l'utilisent en fondement
07:14pour porter atteinte à nos principes républicains.
07:17On voit bien quand même qu'il y a une tentative
07:20de se prémunir de ces critiques
07:23parce qu'elles s'expliquent aussi par le contexte.
07:27Je le disais juste avant, en fait,
07:30ces projets et propositions de loi sont issus
07:32du fameux rapport de l'année dernière.
07:35Et donc, on voit bien dans quel, effectivement,
07:38ligné ça s'inscrit.
07:39Alors, c'est beaucoup plus assumé ouvertement
07:42chez Retailleau, comme d'habitude.
07:45Et puis, il y a des dispositions aussi
07:47qui sont, chez Retailleau,
07:53qui sont un peu les mêmes
07:54et d'autres qui poussent le curseur
07:57encore plus loin,
07:58notamment dans la formulation du texte.
08:00Parce qu'en commission au Sénat,
08:04comment dire,
08:05les critiques de droite
08:07se disent maintenant,
08:09bon, on va pouvoir le voter
08:10parce qu'en commission,
08:11ça a été un petit peu resserré.
08:12Mais en réalité,
08:15notamment les édits de gauche
08:17qui déposeront plusieurs motions de rejet
08:21préalables du texte
08:22dans l'après-midi.
08:24Donc, au Sénat,
08:25ce sont les écologistes,
08:26les communistes et les socialistes
08:29alertent sur le fait
08:31que les soi-disant restrictions
08:33au champ très large d'application,
08:36notamment d'un délit de contestation
08:39ou de provocation à la contestation
08:41de l'application des règles communes
08:43légalement édictées.
08:44Donc, je vous laisse imaginer
08:44l'ampleur du champ
08:45que ça peut recouvrir.
08:48Donc, les restrictions
08:49qui ont été établies
08:52par la commission des lois
08:53sont loin d'être jugées suffisantes,
08:57notamment par les élus de gauche
08:58de ce point de vue-là.
09:00Un point aussi important à noter,
09:02il y a eu une petite balle
09:02pour LFI dans le texte.
09:04Il est indéniable, je cite,
09:06il est indéniable que le terreau
09:07le plus favorable pour accueillir
09:08des tenants de l'entrisme
09:09se situe du côté de LFI.
09:11Qui nous traite l'islamophobe
09:12dès que nous souhaitons rappeler
09:13les limites qu'impose notre laïcité.
09:15Pourquoi cette balle pour LFI
09:16dans ce texte ?
09:18Comment la comprendre ?
09:19Ce n'est pas si étonnant que ça,
09:21venant de Nunez,
09:22mais quand même, c'est bizarre.
09:23Ce n'est pas exactement dans le texte.
09:24C'est dans l'entretien
09:25dans lequel il présente
09:27les grandes lignes de son projet.
09:30Ça fait partie de la stratégie
09:33de longue date, maintenant,
09:36de la Macronie
09:37et de ses gouvernements,
09:40à la fois de renvoyer
09:42dos à dos
09:44la France insoumise
09:45et l'extrême droite
09:46pour se présenter en rempart
09:48aux uns comme aux autres,
09:50tout en déroulant, évidemment,
09:51le tapis rouge à l'extrême droite
09:52et en votant un certain nombre,
09:54d'ailleurs, de mesures,
09:55notamment liberticides,
09:56mais aussi antisociales
09:57avec l'extrême droite.
09:59et puis une stigmatisation
10:02qui permet aussi
10:03à la fois de diviser
10:06la gauche
10:07et de mieux régner,
10:08tout simplement.
10:10Donc voilà,
10:11la balle perdue,
10:12c'est celle-là.
10:12Et puis ça s'inscrit
10:13aussi dans tout le contexte,
10:16notamment
10:17des élections municipales
10:20où
10:22la France insoumise
10:24a mis en avant
10:25aussi un certain nombre
10:27un certain nombre
10:28d'élus
10:29des quartiers populaires
10:31qui représentent
10:32ce qu'ils appellent,
10:33eux, la Nouvelle-France.
10:34D'ailleurs,
10:34on a fait un new match
10:35là-dessus.
10:36Il y a deux semaines,
10:37non ?
10:38Oui, à peu près.
10:38Nouvelle-France
10:39ou Nouvelle-République
10:40que vous pouvez retrouver
10:42sur YouTube.
10:44Mais enfin,
10:45tout ça pour dire
10:46que du coup,
10:47il y a eu une déferlante
10:48raciste
10:49pour un certain nombre
10:49de ces élus
10:50et tout ça
10:50et que là,
10:51on est encore
10:52dans ces accusations
10:55la suite
10:55de ces accusations
10:56un petit peu
10:58de communautarisme
10:58ou autre
11:01qui ont suivi
11:02ces élections-là.
11:04Oui.
11:04Peut-être,
11:04dernier point,
11:05un petit peu plus,
11:06Paul,
11:06on a parlé de Retailleau.
11:08Est-ce que là,
11:09la proposition de Laurent Nunez,
11:10c'est aussi une façon
11:11de se démarquer de Retailleau,
11:12de dire
11:13moi,
11:13je suis moins radical que lui,
11:14je suis moins raciste que lui,
11:16j'y vais un peu plus
11:17avec les gants ?
11:18Enfin,
11:19pourquoi Nunez
11:20fait ça maintenant ?
11:21Est-ce que, voilà,
11:22c'est vraiment une façon
11:23de se différencier,
11:24de se placer un peu
11:24au-dessus de la mêlée
11:25par rapport à Retailleau ?
11:26Alors,
11:27il y a sans doute
11:28cette dimension-là,
11:30puisqu'on a un an
11:30de la présidentielle,
11:31donc chacun essaye
11:32de creuser
11:34son sillon.
11:35Retailleau est d'ores
11:36et déjà
11:37déclaré
11:38candidat
11:39pour LR,
11:40donc la Macronie
11:42essaye aussi
11:43de s'inscrire,
11:44mais aussi,
11:47comment dire,
11:49l'ambition
11:50de ce texte-là
11:52a été inscrit
11:54dans le gouvernement
11:56dès le départ,
11:56au départ,
11:57parce qu'à l'époque,
11:58du rapport,
11:59Retailleau était ministre,
12:00quoi.
12:01Et puis,
12:05on s'en est pas parlé avant,
12:06mais il y avait un point,
12:07je me disais aussi intéressant
12:09à souligner,
12:10mais c'est la période
12:12dans laquelle
12:12ce texte-là s'inscrit,
12:14parce qu'on parlait
12:15de mesures liberticides,
12:17etc.
12:18Quelqu'un a déjà parlé
12:18de la loi Yadon ?
12:19Est-ce que c'est là
12:20que tu veux en venir ?
12:21Il y a la loi Yadon,
12:22effectivement,
12:23on en a déjà parlé
12:25à plusieurs reprises,
12:25mais il y a tout un tas
12:26d'autres lois
12:28en ce moment
12:30qui sont examinées
12:32et qui s'inscrivent,
12:33enfin,
12:33qui sont examinées
12:34ou qui vont l'être
12:35et qui s'inscrivent
12:36dans la même logique.
12:37Ils n'ont pas mis
12:38le pied sur le frein
12:40sur la dernière partie
12:42du quinquennat.
12:44Je pense notamment,
12:46pour ne prendre
12:46que quelques exemples,
12:47on a là,
12:48en ce moment aussi,
12:49à l'Assemblée nationale,
12:51la loi d'ajustement
12:52de la loi
12:53de programmation militaire
12:55qui,
12:55outre les 36 milliards
12:57supplémentaires
12:58pour l'industrie
12:59de la défense,
13:02instaure un nouveau dispositif
13:05d'exception en réalité
13:08sur lequel ont alerté
13:10tout un tas
13:11d'associations,
13:13syndicats.
13:14Il y avait notamment
13:14la Ligue des droits de l'homme,
13:16la CGT,
13:17Alternatiba,
13:18etc.,
13:18Greenpeace,
13:19le syndicat des avocats de France
13:21qui ont co-signé
13:22une tribune
13:23qu'on a publiée
13:24sur le site de l'Humanité.
13:25Vous pouvez la retrouver.
13:29C'est un nouvel état d'urgence,
13:31en fait.
13:32Ça s'appelle
13:32l'état d'alerte
13:33de sécurité nationale.
13:34Et donc là aussi,
13:36ils mettent en garde
13:36contre un recul
13:38à la fois des libertés publiques
13:39mais aussi des droits sociaux,
13:40etc.,
13:41puisque qui dit
13:43état d'exception
13:43dit pas de consultation
13:45pour changer les règles,
13:46quoi,
13:47grosso modo.
13:47Mais je vous invite
13:48à lire la tribune
13:49et puis l'article
13:50que le service politique
13:52a fait hier
13:53à ce sujet,
13:54très intéressant.
13:56Mais c'est pas le seul.
13:57Il y a aussi
13:58le projet de loi
13:59Riposte
13:59qui est en préparation.
14:01Vous avez entendu parler
14:03des nouvelles restrictions
14:06concernant, par exemple,
14:07les free parties.
14:07On en a beaucoup entendu
14:08parler ce week-end.
14:09Ce sera aussi
14:10la vidéo algorithmique
14:12qui sera étendue.
14:14Enfin voilà,
14:14il y a tout un tas
14:16de projets
14:17qui sont comme ça
14:17sur le feu en ce moment
14:18qui est extrêmement inquiétant
14:22et qui renforce
14:24la gang sécuritaire
14:25que s'applique
14:26à construire la Macronie
14:28depuis plusieurs années
14:29maintenant.
14:30non.