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  • il y a 10 heures
Les textes présentés par le parti de Bruno Retailleau lors de leur journée d’initiative parlementaire, ce jeudi 22 janvier, témoignent d’une conversion aux thèses de l’extrême droite. Décryptage du contenu de cette niche parlementaire avec Gaël De Santis et Naïm Sakhi.

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Transcription
00:00On va revenir un peu plus longuement sur le contenu de cette niche LR.
00:04La résolution européenne visant à inscrire la mouvance des frères musulmans sur la liste européenne des organisations terroristes.
00:09Une proposition de loi visant à reconnaître la présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre.
00:14Le texte sur le 1er mai.
00:15La proposition de loi visant à interdire le voilement des mineurs dans l'espace public.
00:20Une proposition visant à interdire le maintien de l'hébergement d'urgence aux immigrants illégaux.
00:26Gail, tu es journaliste au service politique en charge de l'actualité parlementaire.
00:31Est-ce que tu peux nous présenter deux, trois textes qui sont présents et nous parler un peu de cette
00:36philosophie, de cette niche ?
00:38Et en fait, peut-être d'ailleurs, qu'est-ce qu'une niche parlementaire ?
00:41Alors, pour commencer, une niche parlementaire, non officielle, c'est tant d'initiatives parlementaires.
00:48Pour chaque groupe, il vient présenter une série de textes.
00:52Ça peut être des propositions de loi, ça peut être des résolutions.
00:56qui sont soumises aux députés pour qu'elles soient votées.
01:01Donc, ça permet quelque part aussi de montrer pour chacune des familles politiques qui composent l'Assemblée,
01:09quelle est la vision du monde qu'ils défendent.
01:13Et là, on parlait de philosophie.
01:15Dans cette niche, on voit quand même que ce n'est pas joli, joli, cette vision politique, cette philosophie qui
01:21est défendue.
01:22Ce sont des textes d'urgence prioritaire quand on connaît la situation internationale, politique et économique.
01:29Ah non, pas d'où t'es, je dis ça et puis moi.
01:31Exactement. Par exemple, je ferai presque la comparaison lors de la niche du groupe communiste au mois de juin dernier.
01:38Il y a un texte qui a été voté, une résolution, disant que l'Assemblée nationale demandait l'abrogation de
01:45la réforme des retraites
01:47qui avait conduit à porter l'âge de départ en retraite à 64 ans.
01:50Dans la niche socialiste au mois de décembre, il y avait un texte visant à garantir le renouvellement automatique des
01:58titres de séjour pour les personnes immigrées,
02:02parce qu'il y a beaucoup de gens qui se retrouvent privés de papiers, non pas du fait qu'ils
02:06n'ont pas droit à ces papiers,
02:07mais parce que, tout simplement, l'administration n'est pas capable de leur en fournir en temps voulu.
02:13Et donc là, avec la liste de textes que tu viens de signaler, Naïm, il y a une volonté, premièrement,
02:23d'ouvrir la fenêtre d'Overton.
02:25La fenêtre d'Overton, c'est ce qui devient acceptable dans le débat public.
02:31Et là, on voit que la droite sert de marche-pied au Rassemblement national en reprenant chacune de ses lubies.
02:40Il y a au moins deux textes visant à stigmatiser nos compatriotes musulmans.
02:49Il y a des lubies. Voilà. La présomption d'innocence pour le port d'armes des policiers,
02:58ça laisserait entendre que les policiers seraient systématiquement condamnés quand ils font usage de leur arme,
03:04ce qui est plutôt rarement le cas. Les familles des victimes, quand il y a un problème,
03:14quand il a été fait un usage illégitime de la force, ce qui est une minorité de cas,
03:19mais quand il est fait usage illégitime de la force, les familles des victimes ont du mal à faire valoir
03:24leurs droits.
03:24Donc voilà. LR reprend tout le discours du RN. Et pour finir, il y a une troisième.
03:32Il y a la fenêtre d'Overton, copier le Rassemblement national et également faire d'une actualité un projet de
03:42loi.
03:42On va prendre l'exemple. Cédric de la CGT nous disait que le 1er mai,
03:51il y avait cette proposition de loi pour permettre, pour pousser, j'ai envie de dire, les gens à travailler
03:57le 1er mai dans le commerce.
03:58En vrai, c'est parce qu'il y a eu un débat le 1er mai, parce qu'une boulangerie n
04:02'a pas pu ouvrir pour vendre son pain.
04:05Et ça a fait toute la journée, plutôt que de traiter des manifestations sur certaines chaînes d'info en continu,
04:10on a parlé de la baguette de pain. Et par exemple, il y a une proposition de loi pour retirer
04:15l'APL,
04:16le RSA, les allocations familiales aux gens qui auraient commis des délits en manifestation ou lors de rassemblements.
04:23Ils se sont saisis d'un match du PSG où il y a eu des débordements...
04:29— Pendant la finale de la Ligue des champions. — Pendant la finale de la Ligue des champions.
04:31Ils se saisissent de cette actualité-là pour faire une mesure liberticide,
04:36parce que ça va toucher les supporters de football. Mais ça va aussi toucher les syndicalistes,
04:44les gens qui sont en manifestation et qui pourraient être nassés par la police.
04:52Donc voilà. Ils sont dans cette philosophie de courir après l'extrême-droite et après le buzz.
04:58— Qu'est-ce que cela dit du rapport de LR à État-droit ? On rappelle quand même que
05:02LR, c'est le parti dit héritier du gaullisme,
05:06qui, dans sa famille politique, a eu plusieurs présidents de la République. Voilà. Qu'est-ce que ça interroge de
05:11cette tendance
05:13qu'est en train de prendre les LR ?
05:15— Vous voyez pas mal de fois dans le débat public, il y a des remises en cause, des décisions
05:21de la Cour européenne
05:22des droits de l'homme, ou quand il y a eu il y a 2 ans la loi immigration, des
05:27décisions du Conseil constitutionnel
05:29qui ont cassé tout un tas de dispositions qui avaient été ajoutées au texte de loi immigration.
05:37On voit qu'il y a une remise en cause de l'État de droit, à savoir les juges qui
05:45pourraient prendre des décisions,
05:48ou le Conseil constitutionnel qui fait office de contre-pouvoir. Mais on voit aussi que, dans la philosophie du droit,
05:57il y a un changement. Par exemple, on va prendre l'exemple de cette proposition de loi pour retirer les
06:02APL ou autres,
06:05les allocations, les aides d'État aux gens qui se seraient montrés coupables de violences lors de rassemblements.
06:13Alors déjà, pour dire, ça veut dire que tout le monde n'est pas égal devant la loi, parce que
06:18quelqu'un qui ne touche pas d'allocations
06:20va pas être condamné de la même façon que quelqu'un qui touche des allocations. Donc on a un deux
06:27poids, deux mesures
06:28qui a été relevé dans le débat en commission des lois. Mais à cela s'ajoute, c'est qu'en
06:33commission des lois, il leur a été fait remarquer
06:36que, normalement, il y a une individualisation de la peine. Parce que ce qui, d'ailleurs, pose souci, cette mesure,
06:43c'est que pour une personne dans le foyer, on peut se retrouver. Ces allocations, c'est fait pour que
06:49les enfants puissent nourrir,
06:51s'habiller, aller à l'école, pour que toute la famille puisse se loger, l'APL. Et donc la proposition
06:59initiale faisait que c'était automatique,
07:01cette peine complémentaire. Et en commission des lois, pour se mettre d'accord avec d'autres forces politiques,
07:10la portrait du projet de loi a été amoindrie pour faire en sorte que c'est au juge de prononcer
07:16ou pas cette peine complémentaire,
07:18comme certains juges prononcent une interdiction d'aller en manifestation, une interdiction d'aller au stade.
07:23Mais ce n'est pas automatique. Là, on voit qu'il y avait la volonté d'un caractère automatique à
07:28la peine,
07:29comme par le passé. On a vu ça quand ils voulaient des peines planchées et autres.
07:34Donc il y a une remise en cause, petit à petit, d'état de droit, par la remise en cause
07:38des contre-pouvoirs
07:40et par la remise en cause de l'individualisation de la peine.
07:43Quand on regarde cette liste de textes, de résolutions, de propositions de loi,
07:48on voit que ce sont des textes qui peuvent à la fois être votés par les LR, bien évidemment,
07:52mais aussi par l'extrême droite et également par les macronistes.
07:56Est-ce que ça ne dit pas quelque chose aussi de la stratégie que les LR, Bruno Routaio, Laurent Wauquiez,
08:02préparent pour 2027, de se poser en point central d'un futur rassemblement des droites
08:08qu'on peut voir à l'œuvre notamment en Italie ?
08:10Oui, des droites et de l'extrême droite.
08:13Parce que l'extrême droite est une droite bien particulière.
08:17Mais en plus, on voit qu'il y a un glissement.
08:20Voilà l'exemple italien en est un exemple.
08:22C'est-à-dire que pendant des années, il y a eu des coalitions dites de centre-droit
08:28avec Berlusconi, qui était allié avec l'extrême droite de la Ligue du Nord,
08:32puis il s'appelait la Ligue, et avec frères d'Italie de Giorgia Meloni.
08:37Et au bout d'un moment, il y a eu un versement des rôles
08:40et où la force dominante dans cette coalition, ça a été l'extrême droite.
08:44Et on voit que, quelque part, cette porosité est présente.
08:52Et le problème est que le centre-droit, c'est ainsi qu'ils se présentent, les macronistes,
09:00depuis 2022, travaillent main dans la main avec les Républicains et lâchent les choses.
09:06Le voilement des filles mineures, l'interdiction du voilement des filles mineures dans l'espace public,
09:12certes, la PPL, la proposition de loi vient de LR, mais le premier à en avoir fait la proposition,
09:18il s'appelle Gabriel Attal, ancien Premier ministre, et il est patron du groupe EPR,
09:24le groupe macroniste à l'Assemblée.
09:25Et donc, il y a quand même, sur cette volonté de ne pas faire payer les riches
09:30et d'instaurer une société de plus en plus autoritaire
09:33et qui s'autorise à la stigmatisation d'une partie de la population,
09:38il y a quand même une dérive.
09:39Il y a l'extrême droite, mais il y a une dérive de plus en plus forte de la droite.
09:43Et c'est quelque chose d'inquiétant, parce que c'est une dérive que nous avons vue en Italie,
09:49mais c'est une dérive également...
09:51Le cas Orban, c'est quelqu'un qui a commencé dans les années 90 au centre droit
09:55et qui maintenant finit à l'extrême droite.
09:57Les ultra-conservateurs polonais, à l'origine, c'était des conservateurs
10:02qui sont devenus ultra-conservateurs.
10:04Donc on a ce problème que dans le cadre d'une union de plus en plus forte avec l'extrême
10:12droite,
10:12on a une société de plus en plus conservatrice et attentatrice
10:16et qui atteint de plus en plus aux droits individuels qui se dessinent.
10:19Merci beaucoup, Gaël.
10:20Merci.
10:21Merci.

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