00:01L'extrême droite jubile, car la journaliste de 100% frontières Anaïs Maréchal aurait infiltré la fête de l'humanité
00:08pour CNews.
00:10Persingonné et Kéfié sur les épaules, celle que l'on connaît pour être la DRH de Nemesis, le groupuscule d
00:16'extrême droite,
00:17a arpenté les allées de la fête pour enquêter sur les militants de gauche.
00:22Je suis Margot Bonnery, journaliste à l'humanité. Je suis avec mon collègue Grégory Marin. Grégory, est-ce que tu
00:26m'entends ?
00:27Oui, bonjour.
00:29Salut Grégory. Est-ce que tu pourrais nous expliquer ce que l'on sait de cette soi-disant infiltration ?
00:34Ce qu'on sait, c'est qu'Anaïs Maréchal est venue à la fête de l'humanité, sur trois jours
00:43dit-elle, pour filmer à l'heure insue des militants de divers partis,
00:51des participants à la fête, des débats, des soirées, pour essayer de valider certaines des thèses qui ont cours sur
01:00CNews.
01:02Donc, se faisant passer pour l'une des leurs, Anaïs Maréchal a posé plusieurs questions aux militants de gauche. On
01:09va en regarder l'une d'elles.
01:10Sur le rassemblement national et sur ce qui se passerait en cas de victoire. Est-ce qu'il ferait la
01:17révolution ?
01:19Chaque révolution ne se fait pas sans casse, malheureusement. Et ce n'est pas trois abris de bus et trois
01:23poubelles qui brûlent qui vont faire que ça va avancer.
01:25Tu es prête à faire la révolution si jamais l'extrême droite passe ?
01:28Oui. Clairement, oui. Il n'y aura pas le choix. Je pense qu'il faudra descendre dans la rue.
01:33Mais si les gens choisissent l'extrême droite, s'il faut être dans la rue, j'irai. J'y serai,
01:38en tout cas.
01:39Après, je ne sais pas comment ça se passera ni comment ça se fera, mais j'y serai.
01:42Pour ma part, marcher du point A au point B, pour moi, ce n'est plus ce qu'il faudrait.
01:47Ce qu'il faudrait, c'est que les gens descendent dans la rue un vrai mai 68, comme ils ont
01:51pu le connaître nos ancêtres à l'époque.
01:53Enfin, nos ancêtres, nos grands-parents, nos arrière-grands-parents.
01:55Êtes-vous prêt à faire la révolution si le RN passe ? La réponse est donc oui.
02:00Tout le plateau de CNews a l'air offusqué par cette réponse.
02:04Bon, j'ai coupé un peu la fin parce que c'était vachement long.
02:07Greg, que peux-tu nous en dire ?
02:09Déjà que ce serait une réaction normale, en tout cas pour les gens à qui on le demande,
02:18de se mobiliser en cas de victoire du RN.
02:23Je rappelle quand même qu'on n'en est pas complètement là,
02:27parce que pour avoir vécu en 2002, le 21 avril,
02:31avec des centaines de milliers de gens qui sont descendus dans la rue
02:35uniquement parce que Jean-Marie Le Pen accédait au second tour,
02:38on n'a pas vécu la même chose en 2017, on n'a pas vécu la même chose en 2022.
02:43Et est-ce qu'on vivra la même chose ?
02:45Alors en cas de victoire, c'est très différent,
02:48mais c'est surtout avant que les choses se jouent.
02:50C'est-à-dire que ces gens qu'on a interrogés,
02:54qui militent dans différents partis,
02:56qui militent dans différentes associations, dans différents mouvements,
02:59se bougent dès maintenant pour que la victoire du RN n'arrive pas.
03:05Donc c'est surtout ça qui est important.
03:07La réaction, elle me semblerait tout à fait normale.
03:12La journaliste, je mets les guillemets,
03:15Anaïs Maréchal emploie le mot de révolution
03:19parce que sur le plateau de CNews, on s'amuse à se faire peur aussi.
03:25Mais pour moi, ce ne serait pas une révolution,
03:27ce serait une réaction normale et dans le cadre d'un processus démocratique.
03:32Il ne s'agit pas de descendre pour aller tout casser,
03:35casser des abribus ou je ne sais.
03:37Mais en tout cas, marquer le fait qu'une partie de la population,
03:42et une grosse partie à mon avis, ne serait pas d'accord avec l'accession.
03:48Même si une majorité des électeurs ont voté.
03:51Il faut savoir que le corps électoral n'est pas exactement l'expression de la population.
03:58Il y a tous les gens qui ne votent pas, il y a tous les gens qui sont mal inscrits,
04:01il y a tous les gens qui ne peuvent pas voter,
04:04et puis tous les gens qui ne savent pas pour qui voter,
04:07y compris parce que les médias font mal leur travail.
04:10Mais ça, on reviendra dans une prochaine vidéo peut-être sur la question,
04:14mais en tout cas, ce n'est pas notre cas, on essaie de faire ce qu'il faut.
04:18Donc Anaïs Maréchal, la journaliste, si je puis dire,
04:22se sent poussé des ailes avec cette soi-disant infiltration.
04:25Mais le déguisement, il est ailleurs.
04:28CNews n'a jamais mentionné qu'Anaïs Maréchal
04:30est en réalité la belle-sœur de Marion Maréchal,
04:33et donc la nièce par alliance de Marine Le Pen.
04:35Et comme je le disais en introduction,
04:37elle est aussi la DRH du groupuscule identitaire Némésis.
04:41En quoi cela peut-il problème, Greg ?
04:44Eh bien, d'abord les gens qui accusent l'humanité et son public
04:52de se cacher, et de se cacher derrière la démocratie,
04:58pour dire soi-disant, selon eux, faire l'apologie de la violence,
05:01sont les mêmes qui se cachent pour venir en faire la démonstration.
05:09Effectivement, en plateau, on n'apprend pas une seule fois
05:12qu'on ne nous le dit jamais,
05:15que Maréchal, c'est le nom de famille de Marion Maréchal,
05:19que c'est la nièce par alliance, du coup, de Marine Le Pen.
05:23Enfin, il y a quelque chose de très biaisé dès le début.
05:28Et ça, quand on veut dénoncer les biais chez l'autre,
05:31il faut pouvoir dire chez soi quels sont les conflits d'intérêts
05:35et quels sont nos propres biais.
05:37Voilà.
05:39En regardant l'émission, on a aussi l'impression
05:42que la fête de l'UMA est un prétexte pour ces news
05:44de parler de tous leurs sujets fétiches,
05:47à savoir la valeur de la famille, ils insistent énormément dessus,
05:51la police, les musulmans, les LGBTQIA+, Gaza,
05:55et ils insistent énormément sur l'antisémitisme.
05:59Or, justement, sur ce dernier point,
06:00ils sont plus ou moins pris à leurs propres pièges.
06:03Est-ce que tu peux nous en parler ?
06:05Déjà, j'ai envie de dire quel scoop !
06:07Découvrir qu'à la fête de l'humanité,
06:10des gens se battent pour que la police soit plus républicaine,
06:14se battent pour qu'on puisse vivre ensemble
06:18et que tous et toutes puissent vivre ensemble,
06:21y compris les transgenres, y compris les LGBT,
06:24y compris les racisés, qu'on puisse faire république commune,
06:30c'est pas un scoop.
06:31Ça se passe tous les ans à la fête de l'humanité
06:33et ça, ils auraient pu s'épargner de déplacements
06:38pour découvrir ça.
06:41Et notamment sur l'antisémitisme.
06:44Alors, ce qu'on voit dans le reportage d'Anaïs Maréchal,
06:48c'est qu'elle va à un moment parler
06:50avec une association qui s'appelle Golem Veil,
06:53dont on ne nous dit jamais qui ils sont.
06:55En fait, Golem Veil, c'est un collectif de juifs, de gauche,
07:00qui se bat contre l'antisémitisme
07:02et qui trouve toute sa place à l'humanité.
07:05Donc, s'il y avait à la fête de l'humanité
07:07un quelconque antisémitisme,
07:10ces gens-là ne seraient pas les bienvenus.
07:11Enfin voilà, il faut pointer ces paradoxes-là aussi.
07:15Je vais montrer un extrait où le présentateur Gauthier Le Brette
07:18s'étonne par rapport à notre directeur de notre journal.
07:23Alors, attendez.
07:27...patron de l'humanité, sénateur communiste également.
07:30D'ailleurs, ça, c'est extraordinaire.
07:31On peut être sénateur communiste et directeur d'une rédaction.
07:33Vous imaginez, c'est un député rassemblement national
07:36dirigé un journal de droite.
07:37Vous imaginez deux secondes ?
07:38Enfin bref, au passage.
07:39Il a dit...
07:40Bon, voilà.
07:41C'était juste un court extrait,
07:42mais le monsieur a l'air assez étonné.
07:45Je te laisse le réaliser.
07:46Alors, non, mais il ne faut pas qu'il soit étonné.
07:49Alors, d'abord, Fabien Gué est directeur de l'humanité,
07:55du groupe l'humanité,
07:55et pas directeur de la rédaction.
07:57Les directeurs de la rédaction sont Maud Verniol et Sébastien Crépel.
08:01Mais il a l'air de s'étonner.
08:03Alors, ce n'est pas une première.
08:04Ce n'est déjà pas une première pour notre journal,
08:05puisque, dès le début, notre journal a été fondé par Jean Jaurès,
08:10qui était un homme politique, député,
08:12et qui était à la fois directeur du journal.
08:16Donc, c'est une vieille histoire, chez nous,
08:19entre la politique et le journalisme.
08:22Parce que le journalisme, c'est aussi de la politique,
08:25même si on prétend souvent le contraire.
08:28Et puis, dans l'histoire, ils ont l'air d'oublier sur le plateau de CNews
08:33que beaucoup de patrons de presse étaient des hommes politiques.
08:39Et je prendrai juste trois exemples assez parlants.
08:43Olivier Dassault.
08:44Olivier Dassault était le patron du Figaro propriétaire dans les années 2000.
08:48Et Olivier Dassault écrivait des éditos dans le journal,
08:51et ça ne posait aucun problème qu'un patron de presse,
08:56homme politique et homme d'affaires,
08:58c'est-à-dire un fabricant d'armement,
09:00soit un patron de presse.
09:02C'est là où est le vrai problème.
09:03C'est quand des grands industriels sont des patrons de presse,
09:06pas quand ce sont des politiques.
09:07Robert Ersan.
09:08Robert Ersan, il était député de droite aussi,
09:11et on l'appelait le papivore tellement il avait de journaux
09:14et notamment de grands groupes régionaux en France métropolitaine et aux Antilles.
09:19Alain Joliande, qui a été secrétaire d'État sous Sarkozy,
09:22était patron de presse locale, de radio.
09:25Il a créé le groupe des ND Radio,
09:30qui a été ensuite racheté par NRJ.
09:33Donc, des exemples de patrons de presse qui sont aussi des hommes politiques,
09:37il y en a beaucoup.
09:39Maintenant, il y a une différence entre être patron de presse
09:44parce que la presse nous intéresse
09:45et parce qu'on a envie de développer son titre et son groupe,
09:48et être patron de presse parce qu'on a des intérêts financiers
09:51qu'on veut voir porter au grand public au travers de nos groupes.
09:58Voilà.
09:59C'était notamment le cas de Dassault.
10:03Donc, ce sont des choses complètement différentes,
10:06mais voilà, encore une fois, on laisse à CNews leurs illusions sur le sujet.
10:11Bien sûr, bien sûr.
10:12Donc, au total, cette émission 100% frontière au sein de CNews a duré une trentaine de minutes.
10:20Donc, ils brassent de l'air, ils racontent des éléments plus ou moins connus de tous,
10:23sans une quelconque révélation, et c'était pourtant ça leur promesse initiale.
10:29Ils donnent l'impression de meubler, car leur révélation, au final, si je ne me trompe pas, c'est, oh
10:33là là, la gauche, elle est de gauche.
10:36Voilà.
10:37Si la révélation, c'est que la fête de l'humanité accueille toutes les nuances de la gauche,
10:41ben oui, la fête de l'humanité accueille toutes les nuances de la gauche.
10:43Donc, il n'y a pas de raison.
10:46C'est la maison des expressions de gauche, donc il n'y a pas de souci.
10:49Mais il y a d'autres choses sur lesquelles porte ce pseudo-journalisme.
10:59En plateau, on évoque notamment les aides à la presse, le fait que la fête de l'humanité serait payée
11:05par de l'argent public.
11:08Or, la fête de l'humanité, elle est avant tout payée par la trésorerie du journal, du journal et du
11:15groupe,
11:15et puis par les dizaines de milliers de personnes qui s'y impliquent toute l'année.
11:24C'est tous les gens dans les sections du Parti communiste, c'est tous les gens dans les associations,
11:30c'est toutes les centaines de monteurs qui viennent à la fête travailler pendant des semaines pour la réussite de
11:36cette fête,
11:36et puis c'est tous les gens qui tiennent les stands au quotidien pendant ces quatre jours de fête.
11:44Donc, la fête de l'humanité, c'est avant tout un énorme potentiel humain et pas un potentiel financier.
11:50Moi, je veux bien qu'on s'intéresse au financement de la presse,
11:56soit qu'on devrait s'intéresser, puisque CNews en parle et qu'on parle de mise à disposition d'argent
12:01public,
12:01c'est notamment la mise à disposition d'une antenne, toujours pour CNews.
12:09Ça, c'est de l'argent public et mal employé.
12:11Je te remercie Grégory pour ces éclaircissements et abonnez-vous à l'Humanité et à bientôt pour de nouvelles vidéos.