- il y a 17 heures
Une proposition de loi LR visant à autoriser le travail des salariés des commerces de bouche de proximité, mais aussi des fleuristes et jardiniers, ou encore des activités culturelles, le 1er mai, journée internationale des travailleurs et travailleuses, doit être débattue ce 22 janvier. Adopté au Sénat en juillet, le texte a le soutien des macronistes et du RN.
Entretien entre Naïm Sakhi, journaliste à l'Humanité et Cédrick Hafner, secrétaire du CSE CGT d'Aldi !
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NewsTranscription
00:00Dès 2026, 1,5 million de salariés seront-ils privés de repos le 1er mai ?
00:05Ce jeudi 22 janvier, lors de la niche des députés LR,
00:09l'Assemblée doit se prononcer sur une proposition de loi visant
00:13à permettre aux salariés de certains établissements de services
00:16de travailler le 1er mai.
00:18C'est une proposition de loi qui a été adoptée au Sénat en juillet
00:22et le texte étant l'autorisation d'ouverture des commerces
00:26aux commerces de bouche de proximité, c'est-à-dire les boulangeries,
00:29les pâtisseries, les boucheries, les poissonneries,
00:31mais aussi ceux liés à un usage traditionnel du 1er mai pour s'offrir du muguet,
00:35à savoir les fleurisses et les jardineries.
00:38L'autorisation d'ouverture concernera aussi le secteur culturel,
00:43comme les cinémas, des secteurs dont l'activité doit répondre
00:46à une demande naturelle du public un jour chômé.
00:50Alors nous sommes avec Céric Hafner,
00:52qui est secrétaire fédéral de la CGT Commerce,
00:55et également secrétaire du CSE d'Aldi.
00:58Il faut, avant de te poser deux-trois questions,
01:02revenir un peu sur l'histoire du 1er mai.
01:04Le 1er mai, c'est la journée internationale des travailleurs.
01:07C'est une date qui, depuis la libération,
01:10est un jour chômé et férié, le seul du calendrier.
01:14C'est une journée arrachée par le mouvement ouvrier par le sang,
01:17que ce soit à Chicago en 1886,
01:19mais aussi chez nous, dans le nord de la France, à Fourmis,
01:21où le 1er mai 1891 voit les manifestants réclamant la journée de 8 heures
01:28se faire réprimer par la troupe.
01:31Donc les gendarmes ont ouvert sur le cortège,
01:33et la répression a fait 10 morts, dont 2 enfants de 11 et 14 ans.
01:38Alors, Cédric, la CGT, comme l'ensemble de l'inter-sénégal d'ailleurs,
01:41appelle à voter contre cette proposition de loi.
01:43Pour quelles raisons ?
01:45Je pense qu'au-delà, comme tu disais,
01:48de l'aspect symbolique de commémoration historique,
01:51de lutte justement pour arracher ce droit,
01:55il y a aussi le fait que c'est dans le cadre d'attaques généralisées
02:01depuis quelques années contre les droits des travailleurs.
02:05Il me semble que justement, le jour férié était dans les débats.
02:09Il y a quelques mois, on parlait plus d'un jour férié de novembre.
02:12Là, je pense qu'on est habitué à avoir utilisé la fenêtre d'Overton
02:18dans le débat politique pour nous habituer à des choses graves
02:22et pouvoir dériver ensuite vers d'autres suppressions de droits.
02:29Mais voilà, pour nous, le 1er mai est hautement symbolique
02:34parce qu'en tant que syndicaliste, c'est là justement aussi
02:36où on organise des manifestations, des actions.
02:40C'est une date qui est inscrite ou même qui n'a pas besoin d'être inscrite.
02:44Tout militant sait que le 1er mai, il y a des actions.
02:48C'est un jour où quasiment personne, hormis certains secteurs
02:52dont l'activité ne peut pas être interrompue
02:54ou qui apportent réellement un réel service à la population,
02:59ne peuvent pas être arrêtés.
03:01Je ne pense pas que c'est le cas des boulangers.
03:03Je ne pense pas que c'est le cas des supermarchés
03:05qui vendent des boîtes de conserve, par exemple.
03:07Je pense qu'on peut se passer une journée au moins par an
03:11d'avoir pour quasiment toute la population un jour où on s'arrête.
03:15Et voilà, en extension, c'est un peu comme le dimanche.
03:21Le dimanche, c'était traditionnellement un jour
03:25où tous les travailleurs pouvaient se reposer,
03:28se retrouver en famille, avoir d'autres activités
03:30que le travail se cultiver.
03:34Et c'est devenu petit à petit un jour normal.
03:39En tout cas, pour les employeurs, mais toujours pas pour les travailleurs.
03:43Justement, c'est quoi le profil des personnes qui travaillent dans ces commerces ?
03:48On a quand même l'image souvent de la boulangère
03:51ou de la dame qui nous vend la baguette de pain.
03:56Est-ce que ce sont des gens qui sont plutôt insérés socialement
03:58ou c'est plutôt des gens qui subissent les temps partiels ?
04:00Des jeunes qui doivent trouver des petits boulets
04:02pour financer leurs études ?
04:03Qui sera concerné ? Qui est le public ?
04:06Non, alors, je pense qu'il faut sortir un peu de cette image.
04:10Ce n'est plus tellement vrai.
04:12D'ailleurs, est-ce que ça a été réel un jour ?
04:16C'est sûr que c'est bien souvent des métiers
04:19où on peut accéder sans vraiment de qualification,
04:23sans avoir fait des études prolongées.
04:27Et cette image, elle a été associée justement
04:29parce que c'est des métiers accessibles facilement.
04:33Mais ce n'est pas ce qui se passe dans la réalité.
04:36Dans la réalité, c'est juste des travailleurs qui veulent,
04:39en plus, si c'est de la proximité,
04:42ils veulent rester, ils veulent pérenniser leur emploi.
04:45Certes, il y a des étudiants qui sont utilisés justement
04:51pour permettre aux travailleurs en CDI permanents
04:57de ne pouvoir pas travailler le dimanche.
04:59C'est bien souvent comme ça que les employeurs ont réussi
05:02à avoir un maximum de volontaires pour le dimanche
05:06parce qu'au départ, les salariés n'avaient pas cette clause contractuelle
05:09dans le contrat.
05:10Donc il y avait un réel volontariat.
05:12Il fallait manifester sa volonté.
05:13de travailler le dimanche.
05:15Et on pouvait aussi revenir en arrière.
05:16On pouvait dire, je ne veux plus travailler le dimanche.
05:19Et ce n'est plus possible quand on l'a de façon contractuelle.
05:23Tu parles du travail du dimanche parce qu'on fait le parallèle.
05:27Il y a dix ans, le travail du dimanche a été...
05:31Il y a eu une augmentation.
05:33Certains commerces ont eu l'autorisation d'ouvrir le dimanche.
05:36On nous a promis que c'était sur la base du volontariat
05:39qu'il allait avoir des hausses de rémunération.
05:43Toi, dans ton expérience, par exemple, à Aldi, comment ça se passe ?
05:47Non, ben, chez Aldi, comment ça s'est passé ?
05:49C'est un peu comme ce que je viens de te dire avant.
05:52On a une majorité de salariés qui n'a pas la clause contractuelle
05:57du travail dominical.
05:59Et donc, il ne peut pas être planifié pour travailler le dimanche
06:02si elle ne donne pas son accord.
06:04Là, il y avait vraiment une démarche de volontariat.
06:06L'employeur devait recueillir l'accord du salarié.
06:09Et petit à petit, les contrats qui sont rédigés et proposés
06:14aux travailleurs qui sont recrutés contiennent cette clause du dimanche.
06:18Alors, on va dire que c'est du volontariat.
06:19Mais si tu ne veux pas travailler le dimanche,
06:21on ne te signe pas ton contrat.
06:22Donc, tu n'es pas recruté.
06:23Il y a déjà une discrimination là qui est faite.
06:26Et on se retrouve justement après avec un effectif
06:29qui, quasiment dans sa totalité, peut travailler le dimanche.
06:32Et là, ça ne pose plus de problème à l'employeur.
06:34Il n'y a plus à demander au salarié s'il va être volontaire,
06:37s'il est d'accord.
06:39Et en plus de ça, même s'il y a certaines bornes
06:41au niveau de la législation,
06:43elles ne sont pas non plus respectées.
06:45Alors là, dans leur texte de loi,
06:47le sénateur LR dit qu'il faudra l'autorisation écrite
06:51du salarié pour travailler le 1er mai,
06:54toi, pour toi, c'est facilement détournable
06:58dans le petit commerce ?
07:00Oui, bien sûr.
07:01Alors, dans un petit commerce,
07:03d'autant plus parce que c'est compliqué aussi
07:05de s'organiser syndicalement dans des petits commerces.
07:08Il n'y a pas tout le temps de contre-pouvoirs
07:12auxquels le travailleur peut recourir justement
07:14pour faire valoir ses droits face à l'employeur.
07:16Dans des petites structures,
07:17il y a aussi peut-être une proximité
07:19entre le chef d'entreprise et un petit effectif.
07:23On va jouer sur le côté un peu familial,
07:26le côté où on est un peu dans le même bateau.
07:28Et on va mettre une petite pression
07:31sur les salariés là-dessus.
07:34Et encore une fois, une fois que le contrat
07:37ou l'avenant contrat mentionne justement
07:40cette possibilité de travailler le dimanche,
07:42il n'y a plus de demande de volontariat.
07:43Le volontariat, il est décidé
07:48sur le contrat de travail.
07:51Et comment ça se passe au niveau de la rémunération ?
07:54Par exemple, à Aldi,
07:56quand il y a le salarié qui travaille le dimanche,
07:59est-ce qu'à la fin du mois,
08:00on voit la différence sur la fiche de paye ?
08:03Ah oui, oui, on voit une différence,
08:04mais en centimes, quoi, tu vois,
08:06parce que tu parlais tout à l'heure,
08:10on en discutait vite fait,
08:11de la majoration pour la plupart des gens
08:13qui ne travaillent pas le dimanche,
08:15en plus, parce que c'est souvent
08:16quand on ne travaille pas le dimanche
08:17qu'on veut que les gens travaillent le dimanche.
08:20Ils ont l'impression qu'on est payé double,
08:22qu'on a des récupérations, des majorations, etc.
08:24Chez Aldi, c'est strictement
08:26la convention collective,
08:27c'est-à-dire que le travail régulier du dimanche,
08:29c'est 20% de majoration.
08:32Donc, sur, on va dire,
08:34trois ou quatre heures payées au SMIC,
08:36ça ne fait pas grand-chose, quoi.
08:37Surtout que si, en plus,
08:38tu as un système d'annualisation,
08:41c'est-à-dire que les heures vont être payées
08:43peut-être plus tard,
08:45et tu touches uniquement la majoration,
08:47c'est-à-dire que tu vas toucher
08:48le 20e % des heures que tu auras travaillées.
08:51Donc, tu ne sens pas vraiment
08:54l'effort, entre guillemets,
08:56que tu as fait pour te mettre
08:57à disposition de l'employeur.
08:58Ils ne se voient pas sur la fiche de paye, quoi.
09:00Et cette audite est aussi à craindre
09:02pour le 1er mai, demain ?
09:07D'un côté, j'ai du mal à croire
09:10qu'ils vont aller jusqu'au bout
09:11sur le 1er mai.
09:13Je me demande si ce n'est pas
09:14un ballon d'essai
09:14pour attaquer d'autres droits
09:17ou d'autres fériés.
09:20Mais ça va se passer comme ça.
09:22Ça s'est passé dans tous les secteurs
09:24d'activité, un peu,
09:25que ce soit pour le volontariat,
09:27pour le travail du dimanche.
09:29Ça s'est étendu.
09:30On a coutume de dire
09:31que dans le commerce,
09:32on est un peu le laboratoire
09:34du patronat pour tester
09:35un peu tous les projets.
09:38Nous, on alerte.
09:39Ce n'est pas parce que vous n'êtes pas
09:42concerné aujourd'hui
09:43que vous ne le serez pas demain.
09:45Tu rappelais au début de l'échange
09:49que François Bayrou,
09:50quand il était Premier ministre,
09:51avait prévu de supprimer
09:52deux jours fériés.
09:54Là, demain, c'est le travail du dimanche
09:58qui peut être permis
09:58pour 1,5 million de salariés
10:00du petit commerce.
10:02Mais on voit bien une direction
10:04du patronat et des gouvernements libéraux
10:07de vouloir attaquer durablement
10:10ces jours qui sont sanctuarisés
10:11pour des moments de vie privée,
10:13famille, d'activité.
10:15Oui, bien sûr.
10:16Et même au-delà.
10:18L'extension de la modulation
10:20du temps de travail,
10:21les attaques sur les 35 heures,
10:24tout ça, c'est fait aussi
10:25pour mettre le travailleur
10:27le plus possible
10:28à disposition des entreprises
10:31et que ça coûte
10:32le moins possible aux entreprises.
10:34Si on te dit
10:36que tu viens travailler là
10:38si tu es d'accord
10:38et si tu es volontaire,
10:40ça paye.
10:41Là, c'est une autre discussion,
10:42mais ce n'est pas du tout comme ça.
10:43Il y a un lien de subordination
10:44entre l'employeur
10:47et le salarié.
10:50Donc on ne négocie pas
10:51de gré à gré.
10:52On fait...
10:53À moins de s'organiser,
10:55justement,
10:55à essayer de contrer
10:56et d'arracher d'autres droits.
10:58Mais c'est compliqué
11:00de lutter contre ça.
11:01Alors on précise
11:02que ce texte de loi
11:04est soutenu à la fois
11:04par les LR
11:06qui présentent ce texte
11:08à l'Assemblée,
11:09mais également
11:09par le bloc macroniste
11:11et par l'extrême droite.
11:14Mais est-ce qu'il n'y a pas
11:15derrière cette attaque
11:16sur le 1er mai
11:16un choix de société
11:17qui doit s'opérer ?
11:18Est-ce qu'il est entendable
11:21qu'on revienne
11:23sur ce jour
11:24qui est un jour historique
11:27du mouvement ouvrier ?
11:28Et est-ce qu'il n'y a pas
11:29un choix de société à faire
11:30de sanctuariser un jour
11:32pour le passer en famille,
11:34aller faire des loisirs,
11:37profiter de ses proches
11:38plutôt que de travailler ?
11:40Est-ce que fondamentalement,
11:40ce n'est pas une question
11:41de société qui se pose ?
11:42Si, si, bien sûr.
11:44Tu as complètement raison.
11:45C'est une vision
11:46de comment on veut travailler,
11:49quelle est la relation
11:50qu'on a avec le travail,
11:52quelle place il prend
11:53dans nos vies,
11:55quelle place il laisse
11:57aux autres activités
11:58qui sont peut-être
11:58un peu plus importantes
12:00pour que l'homme
12:01s'émancipe intellectuellement,
12:04artistiquement, etc.
12:06Et il y a vraiment
12:08une attaque, je pense,
12:09de toute la droite
12:11jusqu'à l'extrême droite
12:12sur notre modèle de société.
12:15Oui.
12:16Il y a un autre texte
12:18dans cette niche LR
12:19qui concerne le droit de grève
12:21dans les transports
12:22qui prévoit de limiter
12:23l'impact des grèves
12:2430 jours par an.
12:27Donc on voit bien
12:27que derrière,
12:28c'est le débat
12:28sur les grèves à Noël,
12:30sur les cheminots,
12:31soi-disant preneurs d'otages.
12:33Dans le même temps,
12:34dans ce climat politique
12:35que l'on connaît,
12:36il y a plus de 1000 ségetistes
12:37qui sont en proie
12:38à la répression syndicale,
12:40que ce soit des poursuites judiciaires
12:41mais disciplinaires.
12:43Justement,
12:43qu'est-ce que ça dit
12:44aujourd'hui
12:45du rapport de force
12:46et de ce qu'essaier
12:47de faire
12:49le camp libéral ?
12:51Je pense qu'il y a une volonté
12:56en tout cas patronale,
12:58c'est sûr,
13:00de favoriser les discussions,
13:02les syndicats.
13:03Il n'y a pas de problème
13:03tant que les syndicats
13:05vont un peu dans le sens
13:05de l'employeur.
13:06Ils ne viennent pas forcément
13:07titiller,
13:08chercher ce qui se passe
13:09en coulisses.
13:10On a fait plusieurs grèves
13:11sur mon site
13:11chez Aldi
13:14et les premiers arguments
13:16qu'on vient te dire
13:18sur le piquet de grève,
13:19l'employeur,
13:20c'est vous empêchez
13:21les salariés de circuler,
13:23vous empêchez
13:23les salariés de travailler,
13:26vous empêchez
13:27la marchandise de sortir
13:28et voilà.
13:29Il y a vraiment
13:31un axe pro-business
13:34mais pro-business,
13:37le travailleur,
13:39il n'y a plus qu'un matricule
13:41et une force de travail
13:42et plus un être humain
13:44qui vient apporter
13:45sa contribution
13:46à un projet
13:46ou à une activité professionnelle
13:48en tout cas.
13:49Merci beaucoup Cédric.
13:52On précise aussi
13:53que demain,
13:54un rassemblement
13:54est prévu à 10h
13:55placé d'horreur
13:56pour protester
13:57contre cette proposition
14:00de loi
14:00qui vise à permettre
14:021,5 million au moins
14:03de salariés
14:04de petits commerces
14:05de travailler
14:06le 1er mai.
14:07C'est ça.
14:07Donc nous,
14:08on a appelé un rassemblement
14:09comme tu dis,
14:1010h devant l'ensemble
14:12de l'Assemblée nationale
14:13sur la place Eriot.
14:14On a aussi écrit
14:15au groupe parlementaire
14:17et on a invité
14:17tous nos adhérents
14:19et au-delà,
14:20on va aussi inviter
14:20les 8 millions
14:21de travailleurs
14:23qui dépendent
14:23de nos chambres professionnels
14:24à se souvenir
14:25de ce que leurs députés
14:26aura voté
14:27et on fera tout
14:29pour provoquer
14:30leur non-réélection
14:32et pour les empêcher
14:33de nuire davantage.
14:35Merci beaucoup Cédric.
14:37Avec plaisir.