00:00— Les États-Unis devraient déporter des migrants au Cameroun. Washington a contraint Yaoundé à signer un accord inhumain de
00:0730 millions de dollars.
00:09Benjamin, peux-tu nous expliquer ce que contient cet accord ?
00:12— Alors... C'est même pas un accord, d'ailleurs. C'est un accord qui est tenu secret. Donc c
00:19'est un accord... Il n'y a pas d'écrit en bonne et due forme, on va dire.
00:23— Comment ça s'est passé ? En fait, comme le fait l'administration Trump avec de nombreux pays, elle
00:29les force à signer ou à accepter de recevoir des migrants expulsés par les États-Unis,
00:37y compris s'ils n'ont rien à voir avec le pays en question. Donc là, comment ça s'est
00:42passé ? Eh bien début janvier, l'administration Trump a fait pression sur le Cameroun.
00:47On sait qu'en plus, Paul Biya était le vieux dictateur camerounais qui, en plus, gouverne pas grand-chose. Donc
00:55il y a une faiblesse du pouvoir.
00:56Les Américains ont dit « Si vous n'acceptez pas des migrants, on retient un paiement de 30 millions de
01:04dollars qui était destiné au commissariat aux réfugiés du Cameroun ».
01:10Donc en plus, c'est un chantage d'une somme qui était due par les Nations-Unis. Mais on sait
01:17qu'en fait, les paiements des fois des Nations-Unis passent par chaque pays
01:20qui s'engage à soutenir telle ou telle agence des Nations-Unis. Donc là, c'était le cas en l
01:25'occurrence.
01:26Ensuite, ils ont fait pression, d'abord avec l'argent, ensuite en menaçant de déstabiliser, justement, en fermant les yeux
01:36sur les exactions commises par Paul Biya lui-même
01:39suite à sa réélection en octobre dernier. Il y a eu une vague de contestations au Cameroun. Il y a
01:43eu pas mal de morts, d'arrestations, etc.
01:47Et les Américains ont dit « On ferme les yeux si vous acceptez les migrants ». Encore une fois. Donc
01:52ils leur ont vraiment tordu le bras.
01:55Et finalement, au début, le Cameroun a bien tenté de protester. Ils ont dû accepter et ils ont accepté. Ensuite,
02:04ils y ont trouvé un intérêt.
02:05Et l'intérêt pour Paul Biya, c'était de pouvoir justement mettre la main sur des opposants qui se sont
02:12exilés, notamment aux États-Unis.
02:14– Quelles sont les relations entre le Cameroun et les États-Unis ?
02:19– C'est des relations qui sont maintenant basées, de toute façon, sur le deal, comme toutes les négociations aujourd
02:29'hui,
02:29comme toutes les relations qu'entretiennent les États-Unis et l'administration Trump.
02:34C'est-à-dire, vous nous donnez ça, on vous donne ça, on ferme les yeux sur ça.
02:39Voilà. Donc c'est une relation de rapport de force pur. Mais historiquement, il n'y a pas de relation
02:50vraiment poussée entre les deux pays.
02:53On sait très bien que le Cameroun est encore très lié, notamment avec la France.
02:57– Et on sait aussi que le Cameroun n'est pas le premier pays qui accepte la déportation de migrants
03:05des États-Unis.
03:06– Effectivement, il y en a déjà 25. Donc le terme n'est pas trop fort, puisque ce sont vraiment
03:11des gens qui sont expulsés illégalement
03:13vers des pays qui n'ont rien à voir avec leur origine. Donc on peut imaginer, je ne sais pas,
03:18par exemple, des Vénézuéliens ou des Haïtiens
03:20qui se retrouvent au Cameroun. Donc on peut vraiment tout à fait parler de « le mot n'est pas
03:25trop fort » de déportation.
03:27Donc il y a 25 pays qui l'ont déjà accepté, sous la contrainte, la plupart du temps. Il est
03:31rare que les pays trouvent un intérêt
03:36soit garder de bonnes relations avec les États-Unis, qui sont indispensables de par la puissance financière, commerciale, militaire, etc.
03:45notamment en termes de renseignements aussi sur le côté militaire. Et puis parfois, les pays y trouvent un intérêt.
03:52Donc là, par exemple, pour le Cameroun, c'est mettre la main sur des opposants, des choses comme ça.
03:56Mais il y a déjà 25 pays. C'est très, très inquiétant. C'est un mouvement mondial.
04:02Et du reste, il n'y a pas que les États-Unis qui le font. L'Italie a essayé de
04:06le faire avec Mélonie,
04:08en ouvrant des camps de réfugiés en Albanie, c'est-à-dire en délocalisant...
04:13Alors c'est un peu différent. Ce n'est pas non plus des déportations en bonne et due forme,
04:16mais en tout cas, c'était une violation des droits humains de la même façon.
04:20On sait qu'à l'époque, le Royaume-Uni avait essayé de le faire avec le Rwanda, justement.
04:25Ça avait été retoqué par la justice. Maintenant, ça a été abandonné depuis que c'est repassé le travailiste.
04:29Enfin voilà, ce genre d'accord se multiplie. Pour les États-Unis, c'est clairement un moyen de coercition.
04:37Dans le chat, on nous demande quels sont les autres pays qui acceptent les réfugiés des États-Unis.
04:42Est-ce que tu as des exemples ?
04:43Non, je ne pourrais pas vous dire. Je pense qu'il doit y avoir, par exemple, l'Équateur.
04:46Et le Salvador.
04:47Le Salvador, voilà. Après, il faudrait voir continent par continent.
04:51Je n'ai pas la liste, là, tout de suite, en tête des 25 pays.
04:54Mais on sait... D'abord, il y a les pays qui sont idéologiquement proches.
04:59Donc, par exemple, Noboa, Milley en Argentine, on peut imaginer qu'eux n'auront aucun problème
05:06à dealer avec Donald Trump sur ce genre de choses.
05:10Et puis après, c'est des pays qui sont plus souvent en position de faiblesse aussi.
05:12Merci.
05:12Merci.