- il y a 2 semaines
Dans un contexte de crise énergétique marqué par la guerre au Moyen-Orient, plus de 50 pays se réunissaient du 24 au 29 avril à Santa Marta, en Colombie, pour un sommet organisé conjointement avec les Pays-Bas dans le but de mettre en œuvre la transition hors des énergies fossiles. Mais cet objectif louable pourrait là encore demeurer une simple promesse non respectée, à rebours de l’urgence climatique. Le point sur cet événement avec Antoine Portoles.
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NewsTranscription
00:01Peut-on vraiment se passer des énergies fossiles ?
00:04Un énième sommet climatique est organisé conjointement par les Pays-Bas et la Colombie,
00:08à Santa Marta, en Colombie.
00:11Plus de 50 pays sont réunis pour discuter de la transition hors des énergies fossiles.
00:18Oui, c'est mieux dans ce sens.
00:20Et c'est jusqu'à demain, mercredi 29 avril.
00:24Antoine, tu es journaliste au Monde de l'Humanité et tu as suivi ce sommet.
00:29On sait qu'actuellement, la guerre menée par les États-Unis et Israël en Iran et au Liban a créé
00:37une crise énergétique.
00:38Est-ce que le contexte est favorable à la réduction de l'usage des énergies fossiles ?
00:44Oui, c'est ce que disent tous les gens qui participent à ce sommet depuis vendredi dernier.
00:49En fait, cette réunion avait déjà été annoncée depuis l'an dernier.
00:54Mais force est de constater que le contexte, on est en plein dedans.
00:57Parce que cette crise énergétique qui monte depuis ce qui s'est passé le 28 février en Iran,
01:06avec toutes les conséquences qu'il y a eu par la suite,
01:09montre que s'enferrer dans une dépendance aux énergies fossiles nous mène à la ruine.
01:17Ça a souligné une énorme instabilité d'un point de vue économique, instabilité qui était déjà soulignée durant la guerre
01:26en Ukraine qui a débuté en 2022.
01:28Donc toutes ces questions, ça fait des années qu'elles sont posées dans le débat international.
01:34Et c'est vrai que ces dernières années, les États ont, si ce n'est tardé à prendre en compte
01:39cette question,
01:41en tout cas refusé de vraiment s'y pencher.
01:45Donc là, on le voit encore actuellement avec la situation au Moyen-Orient.
01:49Mais voilà, dès la guerre en Ukraine, par exemple en Europe, alors que l'occasion était justement parfaite pour poser
01:56cette question de la dépendance
01:57et chercher des pistes pour s'en défaire, c'est-à-dire parler de transition énergétique, d'électrification et donc
02:07de souveraineté au niveau européen.
02:08Cette question, elle n'avait pas été posée à l'époque.
02:11Donc là, il y a de plus en plus d'acteurs qui poussent pour dire que cette fois-ci, il
02:16faut vraiment que le sujet soit mis sur la table
02:20et que des mesures soient vraiment mises en place.
02:22Parce qu'on voit encore le cours des prix du pétrole a complètement explosé, celui du gaz également.
02:29Donc vraiment, on est en plein dedans.
02:31On voit la volatilité des prix sur ces marchés qui entraînent d'énormes conséquences.
02:40Alors l'Asie a été énormément touchée, les pays du continent asiatique, mais l'Europe n'est pas du tout
02:44épargnée non plus par cette problématique des prix.
02:48Donc voilà, et le tout dans un contexte aussi de réchauffement planétaire, on l'oublie souvent, mais qui continue et
02:54qui s'aggrave d'année en année.
02:57Et donc voilà, c'est le moment opportun, si j'ose dire, pour se poser la question et dire que
03:03fait-on pour la suite.
03:05Je me permets d'afficher à l'écran ton article justement sur le sommet.
03:11Donc du coup, c'est ça l'objectif du sommet, c'est de réfléchir à cette transition dans ce moment
03:19qui serait l'occasion de se pencher dessus.
03:24Oui, en fait, si tu veux, l'idée de départ de ceux, donc Pays-Bas, Colombie, ceux qui ont poussé
03:31pour l'organisation de cette réunion internationale,
03:33c'est de pallier, on va dire, aux limites des COP, puisque les COP, tout le monde sait aujourd'hui
03:40que même si ce sont des instruments du multilatéralisme climatique
03:46qui ont prouvé leurs effets avec de grands accords climatiques, bon, aujourd'hui, on sait que ces sommets ont prouvé
03:53toutes leurs limites,
03:56parce qu'en fait, ce sont des sommets qui sont organisés, dont les décisions sont prises par consensus.
04:03Donc dès lors qu'il y a du blocage de tel ou tel acteur, et notamment des tas producteurs des
04:08hydrocarbures,
04:08ils sont autour de la table, c'est normal, on réunit le monde entier autour de la table pour parler
04:11climat, c'est normal qu'ils soient présents.
04:13Mais donc le fait qu'ils bloquent et qu'à cause d'eux, on n'arrive pas à accoucher sur
04:18un record ambitieux,
04:20tout ça montre les limites du processus, et c'est à ça que voulait répondre la Colombie et les Pays
04:26-Bas
04:26et l'ensemble des États qui participent au sommet actuellement, ils sont 54, je crois, en tout, autour de la
04:32table,
04:32pour essayer d'enclencher une nouvelle dynamique et se constituer sous une forme de coalition de volontaires,
04:39comme ils aiment l'appeler, en disant, nous, on va prendre les devants et on va essayer de mettre en
04:45œuvre
04:45cette transition énergétique qui est nécessaire.
04:48Qui est présent exactement ?
04:50Alors, il y a les États de l'UE, de l'Union européenne, l'ensemble des États membres, le Royaume
04:56-Uni,
04:57tout un tas d'États à travers le monde, donc l'Angola, le Sénégal, le Brésil.
05:03Ce qui est intéressant, c'est qu'il y a y compris des États producteurs d'hydrocarbures, comme le Brésil.
05:07Donc, ça prouve que certains États qui sont concernés par cette question
05:10et qui, eux-mêmes, produisent des énergies fossiles encore aujourd'hui, sont présents à Santa Marta.
05:17Et puis, on a aussi, par exemple, tous les petits États insulaires
05:21qui sont les premiers victimes du réchauffement planétaire
05:24et qui, eux, sont soumis à un gros, gros, gros problème qui s'appelle la montée des eaux
05:28et qui risque ni plus ni moins la disparition dans les prochaines décennies
05:32et qui, eux, sont... Mais on les voit, d'ailleurs, à chaque année, à l'occasion des COP, aussi,
05:39très présents sur cette question et parmi les plus ambitieux
05:41pour demander un accord qui permette vraiment de contenir le réchauffement planétaire
05:47tel que ça a été pensé depuis l'accord de Paris de 2015.
05:52Comment se déroule le sommet ? Quelles sont les discussions ?
05:55Est-ce que c'est tendu ou est-ce qu'il y a une volonté de tomber sur un accord
06:00?
06:01C'est pas tendu. Encore une fois, tout le monde est d'accord sur l'idée qu'il faut avancer.
06:06La question, c'est comment ?
06:08Je parlais de la limite des COP. Les COP ont fixé des objectifs qu'on peut nommer...
06:13Enfin, qui sont des objectifs ambitieux en soi.
06:16La question, c'est comment on les traduit dans des politiques publiques au niveau national ?
06:24On a l'accord international qui pose un jalon, on va dire, un peu abstrait.
06:29Et puis maintenant, comment on concrétise ça avec des mesures nationales ?
06:32C'est tout le débat, du coup, comment on fait ?
06:34Et il est clair que ce sommet ne réglera pas cette question.
06:39L'idée de ce sommet, c'est pas qu'il y ait une décision finale à la fin.
06:43Il n'y aura pas de décision conjointe.
06:45Elle sera même une décision qui soit contraignante et qui puisse engager les États.
06:49L'idée, c'est de discuter tous ensemble, d'inviter les acteurs aussi de la société civile.
06:53Autour de la table pour réfléchir à comment on met en place cette mesure.
06:59En fait, pourquoi on parle de sortie des énergies fossiles ?
07:03En vérité, ça fait trois ans que cette question a été en soi réglée à l'échelle des COP.
07:08Puisqu'à la Compe 28 de Dubaï, c'était en 2023, pour la première fois,
07:14un accord climatique international nommé la chose et parlé de transition hors les énergies fossiles d'ici à 2050.
07:21Donc, on a cet objectif qui est là depuis trois ans.
07:24Depuis trois ans, il n'y a rien qui a été fait sur cette question pour dire,
07:27bon, mais maintenant qu'on a posé cet objectif, comment on y parvient ?
07:30Et force est de constater que les événements qui se sont déroulés depuis trois ans
07:34montrent que non seulement rien n'a été fait, mais surtout, tout a été fait à l'inverse.
07:39Voilà, on continue à lancer de nouveaux projets à travers le monde d'hydrocarbures, de pétrole, de gaz.
07:46Les émissions de gaz à effet de serre augmentent de manière considérable.
07:51Il y avait une analyse qui était tombée, je crois, hier, si je ne dis pas de bêtises,
07:56qui pointait du doigt le fait que les États, aujourd'hui, au niveau global,
08:00continuent à investir cinq fois plus dans les énergies fossiles que dans les renouvelables.
08:05Actuellement, aujourd'hui, là, on parle en 2026, donc, voilà, tout le monde sait que ça continue
08:12et qu'il y a des enjeux financiers énormes, en fait, derrière, et que beaucoup d'États rechignent,
08:17voire s'opposent à arrêter ce filon qui leur permet de générer une manne financière énorme.
08:26Et donc, la question, c'est comment on brise ce cycle, quoi, entre guillemets.
08:31Mais il ne faut pas s'attendre à ce que, donc, le sommet se termine demain,
08:34il ne faut pas s'attendre demain à ce qu'on ait une mesure, une sorte de formule magique
08:41qui permette de s'en sortir, quoi.
08:44Est-ce qu'il y a une...
08:45C'est plus, juste pour terminer, c'est juste plus du symbolique qu'autre chose.
08:49On pourrait... C'est là où l'initiative est intéressante en tant que telle,
08:53c'est que c'est une sorte de sommet anti-Trump, en réalité, qui ne dit pas son nom.
08:58Donc, l'idée, c'était d'exclure, ni plus ni moins, des discussions
09:03tous les États qui, aujourd'hui, participent de ce problème
09:07en lien avec la production d'énergie fossile,
09:09à commencer par les États-Unis, de Donald Trump.
09:12Donc, ça a été dit clairement par la ministre de l'Environnement colombienne
09:17qui chapote un peu cette réunion internationale,
09:20de dire, oui, oui, nous, on exclut des discussions,
09:22tous les acteurs qui sont les principaux producteurs d'hydrocarbures
09:26à travers le monde. Je pense notamment aussi aux pétro-monarchies du Golfe,
09:31qui sont, en ce moment, elles aussi, empêtrées dans une situation
09:34très compliquée au Moyen-Orient.
09:36Voilà. Donc, c'était vraiment l'idée aussi
09:38d'essayer de créer une dynamique internationale,
09:42de sortir du tempo que Donald Trump nous impose
09:46depuis des mois et des mois, avec des guerres impérialistes
09:49un peu partout, et de tenter de trouver une autre voie
09:53de discussion ambitieuse, qui puisse produire des effets.
09:57Mais est-ce qu'il y aura des effets ?
09:59Est-ce que ça va produire quelque chose ?
10:00Ça, on va voir. J'en suis pas si sûr, mais c'est ce qu'on va voir.
10:04Est-ce qu'il y a aussi des représentants locaux à ce sommet ?
10:08Tu veux dire colombien ?
10:10Pas forcément. Est-ce qu'il y a aussi des...
10:13Enfin, pas que des représentants nationaux,
10:15mais des représentants de pays à l'échelle plus locale,
10:18à l'échelle de villes, de régions ?
10:20Tout à fait. Beaucoup de mers, notamment,
10:23de grandes capitales à travers le monde,
10:27qui, durant le sommet, ont justement expliqué
10:30qu'on parle de concrétiser ces objectifs climatiques.
10:32Ça passe aussi par donner la possibilité
10:37à des acteurs politiques locaux tels que les mers
10:40de prendre à bas le corps cette question
10:42et de l'appliquer eux-mêmes dans leur zone de compétences.
10:49Donc, à l'échelle d'une ville,
10:50quand on parle d'adaptation au réchauffement climatique,
10:52d'atténuation au réchauffement climatique,
10:53tout ça, c'est des questions qui concernent en priorité
10:56les mers de ces grandes villes.
10:58Donc, oui, il y a des discussions autour de ça.
11:01L'idée étant, justement, de décentraliser
11:04toutes ces discussions et d'aller vraiment
11:07à l'échelle la plus locale
11:11pour mettre en œuvre toutes ces mesures.
11:13Est-ce que tu sais s'il y a des représentants locaux français là-bas ?
11:17Je sais que Karim Boimran, il me semble,
11:20le maire de Saint-Ouen, était présent,
11:21parce qu'il y a beaucoup de liens, en fait.
11:23Je l'ai appris récemment avec la Colombie.
11:27Alors, je ne sais plus dans quel domaine,
11:31mais je crois que la ville de Saint-Ouen
11:34est jumelée avec une autre ville en Colombie.
11:36Ça a vérifié, je ne suis pas sûr.
11:37Mais il me semble avoir vu passer
11:39que Karim Boimran était présent à Santa Marta.
11:42Voilà, donc c'était assez original.
11:44Non, après, dans les acteurs locaux,
11:46on a bien évidemment la mise de l'environnement,
11:48normalement, Monique Barbu,
11:50mise de la transition écologique,
11:52qui est censée s'y rendre, si je ne dis pas de bêtises.
11:54Le gros du sommet, c'est aujourd'hui et demain.
11:57C'est là où, en gros, tous les plus gros poids lourds
12:00sur la scène internationale seront présents.
12:02Je ne sais pas, par exemple, si Emmanuel Macron s'y rendra.
12:05Je sais que Gustavo Petro, président de la Colombie,
12:08sera présent demain à Santa Marta
12:10pour clôturer, on va dire, le sommet.
12:13Donc ça aussi, c'est quand même important
12:14qu'il se rende sur place.
12:16Voilà.
12:16Dans le chat, on me demande si c'est lui
12:19qui est en guerre contre Master Poulet,
12:21Karim Boimran.
12:22Oui, c'est lui, c'est totalement lui.
12:24C'est le fameux.
12:25Et du coup, juste dernière question,
12:27est-ce que c'est la première fois
12:28que des pays se réunissent dans cet objectif ?
12:32Tu veux dire ?
12:33Oui, sous cette forme, sous cette ampleur.
12:35Oui, oui, oui, c'est la première fois.
12:36Encore une fois, l'idée, c'est de recréer une dynamique.
12:38Donc on sort du tempo des COP.
12:41Parce que j'ai oublié de le dire,
12:42mais il y a aussi, parmi les pays participants,
12:44la Turquie et l'Australie,
12:46qui, cette année, vont co-présider la COP 31.
12:49Donc ça aussi, c'est important,
12:50parce qu'en fait, ce n'est pas juste un sommet
12:51qui se fait en dehors des COP,
12:52mais qui se fait entre deux COP.
12:55Parce qu'en réalité,
12:56cette question des énergies fossiles
12:58qui devait être,
13:00sur laquelle on devait de nouveau se pencher
13:01l'an dernier à la COP 30 de Belém, au Brésil,
13:05elle n'a pas été tranchée.
13:06Ça a été un des principaux échecs de Belém l'an dernier.
13:08Et c'est aussi pour ça que cette réunion est venue.
13:10Elle était déjà annoncée avant, en réalité,
13:12mais elle permet de pallier à ça,
13:13de dire, voilà cet échec qu'on a eu en novembre dernier.
13:17Comment on s'en dépatouille, si je puis me permettre ?
13:21Et comment on trouve des solutions ?
13:23Et comment, ensuite, on fait le relais
13:25avec la COP 31 qui aura lieu en novembre prochain
13:28en Turquie, à Antalya ?
13:32Quelles clés on va apporter, en fait, si tu veux,
13:34nous, en tant que coalition de volontaires
13:35sur cette question,
13:36où on veut être ambitieux pour porter quelque chose ?
13:39Qu'est-ce qu'on va apporter en Turquie en novembre ?
13:41Voilà, c'est ça, en fait, ce qui se joue.
13:43Est-ce que tu veux ajouter quelque chose ?
13:46Je crois qu'on m'a fait le tour, c'est pas mal.
13:47Merci beaucoup, Antoine.
13:49Merci beaucoup.
13:50Sous-titrage Société Radio-Canada
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