00:00Nous recevons avec Justine Vasson, François Roudier, bonjour.
00:03Bonjour.
00:03Et merci d'être avec nous ce matin.
00:05Vous êtes secrétaire générale de l'Organisation Internationale des Constructeurs Automobiles.
00:09Merci d'être parmi nous.
00:10Alors l'OICA c'est à peu près 36 associations membres sur tous les continents.
00:15Alors ici au Salon de l'Automobile, il y a à peu près 20 marques chinoises qui sont représentées.
00:20Est-ce que ça signifie finalement que la Chine a la suprématie sur ce secteur automobile ?
00:26Bah écoutez oui, il y a une période chinoise dans l'histoire de l'auto, c'est évident.
00:31Il y a eu une période américaine, il y a eu une période allemande.
00:32Maintenant on est entré vraiment dans cette période chinoise.
00:35On l'avait vu quand même nous dans l'auto depuis un certain temps.
00:39Et là maintenant on voit des Chinois qui sont beaucoup plus offensifs à l'export,
00:43qui ont besoin de l'exportation parce que leur marché est déplorable actuellement.
00:47Donc il y a besoin d'avoir les revenus qui viennent de l'exportation.
00:51Et puis ce qu'on voit surtout c'est des stands, et j'invite les gens à venir,
00:55parce qu'on voit que maintenant c'est vraiment de très haut niveau.
00:58Il y a beaucoup de choses qui sont très européennes.
01:01Donc on s'adapte vraiment beaucoup plus aux clients.
01:04Ce n'est pas la voiture chinoise pour le Chinois qui est vendue en France.
01:07Selon Alix Partners, ces marques chinoises pourraient d'ailleurs représenter
01:11quelques 20% des ventes mondiales d'ici 2030.
01:15Les voitures chinoises, elles sont essentiellement portées par l'électrique, par l'hybride.
01:20On voit que les ventes thermiques sont passées sous les 50% de parts de marché.
01:26C'est quand même un signe incroyable.
01:29On n'aurait pas dit ça il y a quelques années encore ?
01:31Non, mais le grand plan qu'a lancé Xi Jinping en 1994 était vraiment de pousser la Chine
01:36dans les nouvelles technologies.
01:38Et l'automobile, il fallait avancer dans l'électrique.
01:41Pourquoi ? Parce qu'ils n'avaient pas vraiment la capacité de dépasser les Occidentaux
01:45sur le véhicule thermique.
01:46Maintenant, ils font d'excellents moteurs thermiques.
01:48Et lorsque vous interrogez les directions de l'administration chinoise, ils vous disent
01:53« Nous, on ne va pas passer 100% électrique parce que la Chine est grande et on n'ira
01:57pas mettre des stations de recharge dans le désert de Gobi ».
02:00Donc, on est très bon en électrique.
02:01On fait de l'hybride et on voit qu'effectivement, avec l'effet de volume chinois, les Chinois
02:07ont produit plus de 30 millions de voitures cette année.
02:10Ils ont la capacité d'en produire 60.
02:12Au niveau mondial, on est à 96,400 000 voitures qui ont été produites l'année dernière.
02:18Donc, vous voyez, il y a une capacité énorme.
02:20Donc, cette tendance va se poursuivre en plus, c'est ça ?
02:22Cette tendance va se poursuivre.
02:22Et je vous dis, ils ont vraiment besoin.
02:24Le marché chinois, c'est moins 20% tous les ans.
02:26C'est-à-dire, ce qu'on voit en Europe ou en France, par exemple, où on est dans un
02:30marché
02:30à moins 20% par rapport à avant le Covid, eux, c'est tous les mois.
02:34Donc, on a vraiment besoin, pour eux, d'avoir du cash qui vienne de l'étranger.
02:39Justine Vassaigne.
02:39Est-ce qu'on peut craindre, François Roudier, comme le craint, par exemple, Luc Châtel,
02:45le président de la filière automobile française, que l'industrie européenne,
02:49elle se fasse complètement manger par ces constructeurs chinois,
02:51que BYD devienne numéro un mondial, qu'ils prennent toute la place ?
02:56Est-ce que c'est une crainte légitime ?
02:57Alors, il y a une crainte qui est totalement légitime, je pense, c'est par rapport aux équipementiers.
03:02Moi, je ne représente pas les équipementiers.
03:03On ne représente vraiment que les constructeurs, voitures, camions, bus.
03:06Et effectivement, autant sur les grands constructeurs, on voit qu'il y a des partenariats.
03:11En France, regardez, Renault est avec Geely, Stellantis a acheté 20% de Lipmotor.
03:18Donc, on trouve cela sur les équipementiers.
03:21Les grands équipementiers sont à peu près dans le même schéma.
03:23Mais lorsque vous tombez sur les niveaux 2, 3, ce qu'on appelle tier 1, tier 2, tier 3,
03:28là, effectivement, c'est très dangereux parce que les Chinois ont leur système.
03:33BYD, où vous êtes, a un système extrêmement intégré.
03:36Il a ses fabricants, il a ses fournisseurs.
03:39Donc, effectivement, il peut y avoir un tsunami complet sur l'industrie.
03:44C'est ce qui arrive en Allemagne.
03:45Des centaines de milliers d'emplois disparaissent en Allemagne.
03:48Et ça disparaît dans tout le tissu industriel.
03:50Oui, et on sait bien, Volkswagen est en grande difficulté en ce moment.
03:54Est-ce que, du coup, l'Europe a raison de se protéger ?
03:56On voit qu'il y a le Made in Europe qui est en discussion,
03:59des annonces qui pourraient intervenir très rapidement
04:01sur le fait qu'il y ait un quota de composants européens
04:04dans la fabrication de voitures européennes.
04:0770% disent la Commission, 75% disent les constructeurs.
04:11Est-ce qu'ils ont raison de faire ça ?
04:12Est-ce qu'ils ont raison aussi de limiter, comme ils l'ont fait,
04:14puisqu'il y a un accord qui a été trouvé entre la Commission et la Chine,
04:18l'importation de voitures hybrides chinoises qui repréhendent déjà 26% du marché en Europe ?
04:24Écoutez, alors nous, on a toujours été, depuis 1919, pour le libre commerce.
04:27Donc ça, c'est une règle.
04:29Ceci dit, il y a quand même une position entre la forteresse américaine
04:34de l'administration Trump et la fête à neneux européenne
04:37où tout le monde rentre.
04:39Et ça, c'est vraiment quelque chose qui ne peut pas fonctionner.
04:41Donc vous avez cette démarche qui, finalement, va vers les négociations
04:45et l'accord sur l'hybride, qui n'est pas quand même finalisé,
04:47montre bien que, de toute façon, on est dans un système de négociation.
04:52Vous dites que vous êtes pour un commerce ouvert,
04:54mais il y a des subventions chinoises, il y a une forme de dumping de la part de la Chine.
04:58C'est un peu normal que l'Europe se protège aussi, non ?
05:01Tout à fait.
05:02Il faut jouer à Hermagal, il ne faut pas être naïf, non ?
05:04Tout à fait, on n'est pas naïf et les subventions ont toujours existé.
05:07Donc le free trade est un peu un rêve, le saint Graal.
05:11Mais effectivement, c'est bien qu'il y ait des partenariats.
05:14On voit de plus en plus la volonté des Chinois de produire en Europe,
05:18comme l'ont fait les Japonais, comme l'ont fait les Coréens.
05:20L'histoire se répète.