00:00Sud Radio vous explique, il est 7h40, matinée spéciale consacrée entièrement aux événements de ce week-end.
00:07On est avec Rudy Mana, délégué général UNSA Police, l'un des syndicats de police les plus puissants en France.
00:14Et l'on constate encore l'ampleur des dégâts ce matin après les violences.
00:18Rudy Mana, les pillages, le chaos.
00:21Est-ce que, c'est ma première question, est-ce que vous avez été débordé par le nombre et la
00:27volonté des intervenants ?
00:30Bonjour à vous Jacques Cardoz, évidemment que samedi on a été complètement débordé dans la quasi-totalité des villes de
00:37France,
00:37tout simplement parce qu'on a eu affaire à un nombre d'émeutiers auxquels on ne s'attendait pas, c
00:42'était totalement inédit.
00:43Je parle d'une ville que je connais bien, Marseille, on nous annonce 30 000 casseurs, 10 000 émeutiers,
00:50et des gens bien sûr qui sont venus s'agréger pour essayer de piller les magasins de la délinquance d
00:56'opportunisme.
00:56Donc si vous voulez, quand vous êtes policier et que vous voyez face à vous une foule de 30 000
01:01personnes qui vendent des coudes,
01:03qui sont prêts à se faire du flic, et qui sont prêts à tout casser, tout dégrader, tout piller,
01:08et s'ils peuvent tomber un flic, ils vont le faire sans difficulté,
01:11vous imaginez que la partie est très difficile à jouer pour les policiers,
01:16et on a vu ce qui s'est passé avec énormément de blessés dans nos rangs,
01:19et des traumatismes physiques, mais aussi des traumatismes psychologiques.
01:22Oui, on va y revenir, mais d'abord, pour essayer de bien comprendre ce qui a posé problème,
01:29est-ce que les moyens ont été sous-estimés en amont, et est-ce que vous auriez pu avoir plus
01:33de moyens,
01:34ou bien, j'ai envie de dire, plus grave encore, est-ce qu'on est à court d'une façon
01:38générale, sur le plan national ?
01:41Alors je pense que les moyens sur les renseignements qu'on avait n'étaient pas sous-estimés.
01:46Ce que nous avons sous-estimé, c'est le nombre d'émeutiers et le nombre de casseurs.
01:50Ça, c'est une certitude absolue.
01:52Du coup, si on avait eu un nombre un petit peu plus proche de la réalité,
01:56nous aurions pu adapter le dispositif en fonction du nombre qu'on nous aurait donné.
02:01Mais vous savez, dans des réseaux d'extrême-gauche comme ça,
02:03c'est extrêmement compliqué d'avoir des renseignements,
02:05c'est extrêmement compliqué de rentrer à l'intérieur pour savoir véritablement ce qu'ils vont faire.
02:10Et là, pour le coup, dans beaucoup de villes de France,
02:12on ne pensait pas qu'il y aurait autant de casseurs.
02:15Et du coup, notre service d'ordre, nos services d'ordre, les policiers qui étaient sur le terrain,
02:19nos policiers, ils ont été en sous-nombre dans beaucoup d'endroits.
02:22Au niveau des moyens, évidemment, c'est un peu la même chose.
02:25Vous savez, à Marseille, je crois qu'il y a eu 4 500 grenades qui ont été tirées.
02:29À Paris, c'est des, je crois, pas loin de 10 000 grenades lacrymogènes qui ont été tirées.
02:33On est dans des records absolus.
02:35On n'avait jamais vu ça.
02:37Absolument jamais vu ça.
02:38Donc, la situation a été très conflictuelle.
02:41Et évidemment qu'à un moment, dans certaines villes,
02:43vous avez parlé de Limoges tout à l'heure, je crois,
02:45évidemment qu'on se retrouve, que les copains de Limoges,
02:47les collègues de Limoges, se sont retrouvés certainement à court de munitions à un moment donné,
02:51parce qu'ils n'ont pas l'habitude d'avoir affaire à une foule si importante et si haineuse.
02:55Mais c'est encore pire que ça, si je puis me permettre.
02:58Rudy Manat, le maire de Limoges, nous disait tout à l'heure, à 15h30,
03:02avant, finalement, l'incendie de la mairie, de ce bâtiment historique,
03:05qu'ils étaient à court de munitions.
03:07Que ce qui lui restait, c'était les balles réelles.
03:09Il n'avait plus aucune munition, donc aucun moyen de repousser les émeutiers.
03:15Oui, c'est ce que je vous disais, effectivement, dans des villes comme Limoges
03:18et beaucoup d'autres villes moyennes en France.
03:19Alors, Limoges a été particulièrement touchée,
03:22parce que, franchement, brûler une mairie de 1889, je crois,
03:26c'est absolument abject.
03:27On est dans l'abjection absolue.
03:30Et effectivement, les collègues de Limoges ont dû faire tout ce qu'ils ont pu
03:34pour maîtriser au maximum cette haine.
03:38Mais, effectivement, ils n'avaient pas suffisamment de munitions
03:40par rapport à la foule encore immense qu'ils devaient avoir face à eux.
03:44Et ils ont été probablement à court.
03:45Alors, je ne sais pas tous les éléments,
03:46mais ils ont dû être probablement à court, comme dans d'autres villes de France.
03:49Rudy Mana, délégué national d'UNSA Police.
03:51J'ai envie qu'on se projette sur les prochains jours, les prochaines semaines.
03:55C'est à craindre.
03:56Il pourrait y avoir d'autres journées comme celles que l'on a connues ce week-end.
04:00Et puis, cette nuit encore, il y a eu des pillages.
04:03Donc, on voit bien que les forces de l'ordre sont mises à contribution,
04:06j'ai envie de dire, de façon permanente.
04:08Est-ce que vous avez le sentiment qu'aujourd'hui, on a le nombre suffisant
04:13ou bien qu'on est en sous-effectif face à ces multiples attaques,
04:18ces multiples poches d'émeutiers ?
04:21C'est la question.
04:22Effectivement, nous, vous savez, on réclame toujours des effectifs supplémentaires.
04:25Moi, je pense que dans les compagnies républicaines de sécurité,
04:28dans les unités d'intervention des grandes villes de France,
04:30il faut mettre davantage d'effectifs.
04:32Parce que c'est eux qui sont là en premier front pour un ordre public,
04:36pour de l'ordre public, pour rétablir l'ordre public.
04:38On a besoin des CRS, on a besoin des compagnies d'intervention dans les grandes villes.
04:42Et ça, c'est une nécessité absolue.
04:44Et puis, il ne faut pas se voiler la face, Jacques Cardoz.
04:46Il y a beaucoup, beaucoup de gens qui veulent s'agréger à ce mouvement d'émeutiers.
04:51Et là, on a été complètement dépassés par le nombre.
04:55Vraiment, je le redis encore, on ne s'attendait pas à ça.
04:57Il y a eu beaucoup de jeunes de quartier qui sont venus,
05:00qui sont venus s'agréger à cela.
05:01Et ça a créé les pillages qu'on a vus dans toute la France.
05:05Et c'est bien ça, le problème.
05:07Peut-être que s'il y avait eu 10 compagnies supplémentaires, ça aurait été suffisant.
05:10Mais je vous assure qu'ils avaient tellement de haine qu'ils auraient très certainement quand même réussi à casser.
05:14Parce que comment voulez-vous qu'on arrête des individus qui sont prêts à tout avec des gaz lacrymogènes ?
05:20C'est ça la difficulté.
05:22Et si vous allez au corps à corps, vous savez particulièrement que vous allez avoir des blessés graves des deux
05:27côtés.
05:27Donc il faut éviter cela.
05:30De toute façon, Rudimana, évidemment que personne ne souhaite qu'il y ait un drame.
05:35Mais comment on peut envisager d'améliorer les choses pour les heures à venir, les semaines à venir ?
05:41Est-ce que par exemple, il faudrait que de façon spectaculaire, on ait des blindés ?
05:45Je ne pense pas forcément aux blindés de l'armée.
05:47Mais il y a des éléments blindés au sein de la police qui existent,
05:51notamment je crois dans d'autres pays d'Europe.
05:54Est-ce que c'est quelque chose que vous demandez ?
05:56Oui, déjà je pense que sur tous ces rassemblements et toutes ces manifestations,
05:59il faut sortir tous les canons à eau que nous avons en police.
06:02Parce que franchement, c'est un effet particulièrement dissuasif.
06:05Il ne faut pas hésiter à sortir les centaures de la gendarmerie.
06:07On en a un certain nombre en France.
06:09Il ne faut pas hésiter à les mettre contre ces émeutiers.
06:12Vous savez, on les a sortis contre les agriculteurs.
06:14Il n'y a pas de raison qu'on ne les sorte pas contre ces émeutiers.
06:18Et puis toutes les interpellations qu'on a pu faire durant la journée de samedi et même d'hier,
06:23parce qu'il y a encore, vous avez vu, qu'il y a eu des pillages dans quelques villes de
06:26France.
06:27Je crois que les sanctions pénales, il faut qu'elles soient extrêmement lourdes.
06:30Mais quand je dis extrêmement lourdes, c'est de la prison ferme et plusieurs mois, voire plusieurs années,
06:34pour passer un signal.
06:36Parce que si on commence à relâcher ou à donner de la prison avec sursis,
06:39avec des individus qui ont fait partie de ces émeutiers et qui s'en sont pris aux forces de l
06:43'ordre
06:43et qui ont pillé des pauvres commerçants, parce qu'il fallait voir les pauvres commerçants.
06:46Moi, je les ai vus à Marseille hier matin.
06:48Ils pleuraient. Ils pleuraient parce que toute leur vie est partie.
06:51Et bien là, il faut leur mettre une sanction ferme de prison pour plusieurs mois,
06:55voire plusieurs années, pour faire passer ce message-là.
06:57Merci infiniment, Rudy Manin, de nous avoir éclairé ce matin, délégué national d'UNSA Police.