00:01BFM Bourse, l'écho du monde.
00:04On a un souci à nouveau sur le 10 ans français, là c'est en train de se retendre sérieusement.
00:07On est à 4,94 sur ce 10 ans français qui vient à nouveau vers les 5%.
00:10L'écart de taux avec l'Allemagne, 154 points.
00:13Le spread France-Allemagne, 154 points, vous avez bien entendu.
00:16Christopher Dembik nous rejoint à PICTAM, bonjour.
00:18Christopher, on est déjà 2-3 jours après les émeutes, les violences du week-end en France.
00:26Quelle question principale ? On voit les taux qui se tendent, les taux français.
00:28Quelle question principale selon vous se posent désormais les marchés sur la France ?
00:33Il faut le rappeler, une partie des tensions actuelles sur les taux qui ne sont pas uniquement français,
00:37c'est bien sûr les prix de l'énergie, mais il y a un cas qui est français qui est
00:40très très clair.
00:41Je pense qu'on est passé d'une situation où les marchés se disaient,
00:44on a des difficultés budgétaires qui sont notamment liées à l'impasse politique.
00:47Pourquoi la France ne veut pas réformer, notamment sur la question des retraites ?
00:51Ça c'était quelque chose qui était assez récurrent ces dernières semaines, ces derniers mois.
00:54Et là vous rajoutez finalement une forte incertitude à la fois sur la trajectoire économique,
00:58puisque dans tous les cas vous allez avoir probablement des investisseurs étrangers
01:02qui ne vont pas investir en France du fait des derniers événements.
01:04Et surtout on passe d'un État qui a des difficultés à réformer,
01:07à un État qui quand même manifestement n'était pas en mesure d'assurer ses fonctions régaliennes,
01:12notamment protection des biens et des personnes.
01:14Donc ça pose beaucoup d'incertitudes.
01:16Il faut bien prendre en considération que quand vous êtes investisseur étranger,
01:20et c'est le cas, je pense, de la plupart dans les milieux financiers et bancaires,
01:24on a dû avoir le même type d'appel au cours du week-end d'investisseurs étrangers
01:28qui étaient assez effarés par les situations qui se mettaient en place.
01:31Certains évoquaient justement une situation qui pouvait se dégrader.
01:34Si on a en plus des manifestations qui perdurent et qui dégénèrent un peu dans les prochaines semaines,
01:40bien évidemment c'est un peu un cocktail négatif.
01:42Et franchement, je pense que ça va être très compliqué au niveau, bien sûr, des taux.
01:46On voit des ventes massives d'obligations françaises, étatiques en tout cas, qui sont présentes.
01:51Et peut-être le point qui est important, qui me paraît essentiel à prendre en considération,
01:54c'est que souvent en France, on met en avant que la BCE va nous sauver.
01:58Mais quand on voit les événements du week-end, on se dit que la BCE n'interviendra jamais sans condition.
02:03On ne voit pas comment la France pourrait être prête à mettre en place quelques réformes que ce soit,
02:07vu le contexte social qui est quand même assez effarant.
02:11Oui, donc on voit que des impasses de tous les côtés.
02:14La bonne nouvelle, je ne sais pas si c'est une bonne nouvelle, on n'est pas complètement seul là
02:17-dedans,
02:17puisque les taux italiens aussi se tendent fort.
02:20Est-ce qu'une nouvelle fois, ça pourrait sauver la France, dans le sens où la BCE,
02:23en voyant comme ça plusieurs de ces pays, pas seulement un pays, mais plusieurs pays, en incluant l'Italie,
02:27là, pour le coup, vous serez obligés, forcés de sortir du bois.
02:30Si avec la France, ok, elle n'irait pas.
02:31Mais avec l'Italie, est-ce que finalement la BCE finirait par agir et on serait embarqué,
02:35et on en profiterait nous aussi, Christopheur ?
02:38Si on a réellement un phénomène de contagion, alors là, à l'instant T, on voit effectivement,
02:42ça reste encore mesuré, il faudra voir à quel point ça va,
02:45et surtout si ça va au-delà d'Italie, ça va être, je pense, la grande question.
02:49Si on a effectivement un phénomène de contagion, la BCE peut intervenir.
02:52Après, la réflexion à avoir, et j'imagine que ce sera un sujet au sein de la BCE,
02:56c'est quel est le niveau d'intervention à faire ?
02:59Est-ce qu'on privilégie plutôt certains États que d'autres ?
03:01Et je pense que vous comprenez, est-ce qu'on privilégie plus, par exemple, l'Italie que la France,
03:05parce que l'un a fait des efforts déjà du point de vue budgétaire plus que l'autre ?
03:09Il y aura ces questionnements-là qui seront très présents.
03:12À l'instant T, peut-être aussi un élément qui, alors ça dépend d'où on regarde,
03:16mais qui est positif, je voudrais dire globalement, sur l'aspect contagion,
03:19c'est que l'euro, finalement, est relativement stable.
03:21On a quelques pressions vendeuses, mais rien de particulièrement inquiétant à cet égard.
03:26Donc fondamentalement, j'oserais dire, pour l'instant, moi je reste assez prudent
03:30sur un phénomène de contagion globale, ça reste mesuré.
03:33Il y a des tensions, mais en tout cas rien de suffisamment préoccupant
03:35pour qu'on ait la BCE qui intervient.
03:37En revanche, ça veut dire que la balle revient dans le camp de la France sur l'aspect réforme.
03:40Oui, et donc votre scénario principal pour la France, même s'il y a très peu de visibilité,
03:44il y a peut-être un peu moins de protection institutionnelle que ce qu'on aurait pu bien évidemment espérer.
03:52Votre scénario principal, c'est quoi ?
03:53C'est que la France soit incapable de mettre en place les réformes nécessaires budgétairement
03:57pour assainir ses finances.
03:58Et donc le taux français, disons, monte à 5, 5,5, 6, et puis voilà.
04:04Et qu'est-ce qui se passera dans ce cas-là, Christopher ?
04:07Exactement, c'est vraiment mon scénario.
04:08C'est-à-dire que je n'ai pas un scénario de panique et de contagion au niveau européen,
04:12mais plutôt un pourrissement de la situation du côté français.
04:14Je suis complètement d'accord, ça veut dire quoi ?
04:15Ça veut dire un coup d'emprunt de la France qui sera durablement plus élevé
04:19avec les autres pays européens, avec assez peu de contagions.
04:21Le spread, bien évidemment, qui va continuer d'augmenter de manière assez nette
04:25à l'égard de l'Allemagne et des autres pays européens.
04:27Des politiques qui seront incapables de réformer.
04:30Réformer, c'est-à-dire quoi ?
04:31Aujourd'hui, le sujet, c'est quand même les retraites.
04:33Si on veut réduire le déficit, il n'y a pas 30 millions de solutions,
04:35ça reste que les retraites.
04:37Probablement un blocage à la fois institutionnel et manifestement social dans la rue.
04:42Donc à la fin, ça sera vu par quoi ?
04:44Ça sera vu fondamentalement par un appauvrissement de la France,
04:48qui est déjà entamé, puisque notre PIB par habitant est inférieur à celui de la moyenne européenne.
04:52Juste un chiffre, pour vous donner quand même l'ampleur de la situation,
04:55d'ici deux, trois ans, c'est demain et c'est des prévisions assez fiables,
04:58le PIB par habitant polonais, quand même un pays qui est sorti du communisme,
05:01sera supérieur à celui de la France.
05:03On pourra me rétorquer, c'est les fonds européens.
05:04Non, parce que d'après les études, un huitième de la croissance polonaise depuis 2008,
05:09c'est lié aux fonds européens.
05:10Le reste, c'est des réformes assez pragmatiques.
05:12Donc vous avez quand même un très très net déclassement de la France
05:15au sein de l'Europe, au sens large.
05:17Et bien évidemment, plus vous avez ce déclassement
05:20et en face des taux d'intérêt très élevés,
05:21bien sûr, moins l'État sera en mesure d'intervenir.
05:24Bon, ben voilà, 10 ans français, donc c'est réjouissant.
05:284,92 en ce moment, notre 10 ans français.
05:30Aux États-Unis, on en parle un peu moins,
05:31parce que les taux obligataires sont stabilisés là-bas.
05:33On est à 5,09 sur le 10 ans américain,
05:35mais ces niveaux de taux quand même sont élevés
05:37et surtout font pression sur l'immobilier.
05:39Il se trouve qu'on a aujourd'hui une statistique intéressante.
05:41L'indicateur des permis de construire est mis en chantier aux États-Unis, Christopher.
05:45Pas de surprise, on a eu bien sûr une très nette baisse.
05:49Alors ça fait plusieurs années que le marché de l'immobilier américain est en difficulté,
05:51mais comme vous l'avez dit à juste titre,
05:53la hausse des taux a accéléré finalement cette difficulté de marché de l'immobilier.
05:57Aujourd'hui, sur le 30 ans américain, on est au-delà de 7%.
05:59Peut-être le point qui est assez frappant,
06:01si on regarde dans le détail de ce qui a été publié,
06:03c'est que vous avez notamment tout ce qui est mise en chantier de maisons individuelles,
06:07ça s'effondre complètement.
06:08Le moral des promoteurs immobiliers, on revient à un point bas de 2012.
06:122012, même si c'était la sortie de crise, c'était quand même la crise après les surprimes.
06:17Donc fondamentalement, vous avez un marché de l'immobilier qui a la traîne.
06:20Alors ce n'est pas complètement surprenant,
06:21comme je vous le disais, c'est un sujet depuis plusieurs années.
06:23Il y a une accélération,
06:24il y a une accélération qui a quand même se répercuté bien sûr sur la croissance,
06:28mais mon inquiétude n'est pas tant sur la croissance, j'oserais dire,
06:31parce qu'elle reste, vous le savez, vous le dites assez régulièrement dans votre émission,
06:34très largement portée par les investissements dans l'IA,
06:36mais c'est peut-être le contexte social dans le cadre des mid-termes du 3 novembre
06:40qui va jouer, c'est-à-dire que vous avez ce sujet coût de la vie
06:43qui va être important et notamment bien sûr l'accès à la propriété
06:46qui peut être un sujet assez important dans certains États.
06:49Et puisque vous parlez des mid-termes, on est à pile deux semaines là, jour pour jour,
06:52est-ce que les démocrates sont désormais favoris pour les deux chambres ?
06:55– Oui, a priori, sauf revirement, malgré le Trump dividende
07:00qui a été promis, etc., ça ne change pas la direction.
07:03Pour nous, il n'y a pas un gros risque marché,
07:05peut-être juste garder en tête que si effectivement
07:08les deux chambres passent du côté démocrate,
07:10à partir vraisemblablement du 12 décembre,
07:13puisque le budget court jusqu'au 11 décembre,
07:15à partir du 12 décembre, on pourrait de nouveau avoir la thématique du shutdown qui revient.
07:19– Si on regarde historiquement, c'est quand même assez neutre sur les marchés financiers.
07:23Après, il y a certes le contexte actuel, un peu de nervosité,
07:26mais on ne pense pas que ça va vraiment avoir un impact très négatif.
07:29Mais pour nous, c'est un peu le seul sujet.
07:31Et peut-être aussi, Trump, qui aura moins de marge de manœuvre au niveau national,
07:35va se reporter sur l'international.
07:37Ça veut dire quoi ?
07:37Ça veut dire rue protectionniste, la guerre commerciale,
07:39et peut-être malheureusement à l'égard de l'Europe.
07:41– Christopher Dendik avec nous depuis les bureaux de PICT.
07:44Merci beaucoup.
07:44Le CAC 40 est en baisse, moins 0,2.
07:46On limite les dégâts, on limite la baisse, parce que le S&P 500, le Nasdaq,
07:50finalement, ont basculé dans le vert depuis quelques minutes.
07:52Le S&P gagne 0,5%, Nasdaq plus 0,3.
07:54– Sous-titrage ST' 501,