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  • il y a 15 minutes
Pascal Praud revient pendant deux heures, sans concession, sur tous les sujets qui font l'actualité. Une émission durant laquelle VOUS avez la parole. Vous pouvez réagir en appelant le 01.80.20.39.21 (appel non surtaxé) ou sur les réseaux sociaux d'Europe 1 (Facebook , X et Instagram).

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Transcription
00:03Il est 17h44, on est avec Olivier Vial, qui est le directeur du centre d'études et de recherche universitaire.
00:08Comment s'organise l'ultra-gauche ? Certains parlent de camps d'entraînement.
00:11Combien de personnes ? J'ai été frappé du nombre de journalistes qui, sur le terrain, m'ont dit qu
00:16'ils avaient remarqué des gens extrêmement organisés,
00:19parfois avec des sifflets pour se déplacer, qui communiquaient parfaitement bien.
00:22Est-ce qu'il y a une part de fantasme et de légende également ? Les camps d'entraînement, c
00:26'est vrai ?
00:27Non, ce n'est plus des camps d'entraînement, malheureusement presque, parce qu'à l'époque, des camps d'entraînement
00:33qu'on menaçait dans les années 70,
00:35on pouvait les infiltrer et la police pouvait les repérer.
00:38Aujourd'hui, le plateau des mille vaches, c'est plutôt un écosystème avec des médias, des bars associatifs,
00:46toute une série de zones de communautés autonomes, qui sont d'ailleurs de différentes mouvances de l'ultra-gauche
00:53et qui s'entraident et qui sont en capacité à la fois de se financer et de s'entraider.
00:57Donc ça, c'est la vraie chose.
00:59Après, par contre, les méthodes que vous signalez, malheureusement, aujourd'hui, elles sont dans le domaine public.
01:05C'est-à-dire que vous ouvrez n'importe quel réseau internet et vous avez des guides pour savoir comment
01:11saboter une antenne 5G,
01:12comment saboter un pylône d'hautes tensions, comment attaquer, comment incendier une boîte SNCF,
01:20comment bloquer son lycée. Là, le dernier qui vient de sortir, c'est comment repérer un policier infiltré.
01:26Et en fait, on a ça et ça s'est vraiment développé.
01:29Ce qui fait qu'aujourd'hui, on voit des militants aguerris qui ont 30, 40, 50, 60, 70 ans.
01:34Et puis, on voit une jeune génération qui a repris ces codes-là sans même avoir eu besoin de militer
01:42avec eux.
01:42Et c'est ce qui explique d'ailleurs l'explosion du nombre de personnes mobilisées le samedi dernier.
01:48Si ça n'avait été que le vivier de l'ultra-gauche, on n'aurait pas eu autant de monde.
01:52Mais on a eu beaucoup de jeunes qui, aujourd'hui, imitent les techniques et notamment la technique du Black Bloc.
01:58Le Black Bloc, ce n'est pas un mouvement, ce n'est pas une association.
02:01Mais par contre, on a vu beaucoup de jeunes qui, aujourd'hui, ont vu comment faire.
02:05Ils ont déjà tous reçu, la semaine d'avant, on a reçu des milliers de messages de plein de personnes
02:11et plein de comptes différents
02:12disant comment il fallait s'équiper pour lutter, pour s'opposer aux forces de l'ordre.
02:17Donc, tout le monde savait quel type de lunettes il fallait porter, quel type de gants il fallait mettre, comment
02:21s'habiller.
02:22Et ça, on l'a reçu sur les réseaux sociaux.
02:25Moi, j'en ai reçu, alors que je ne suis pas dans cette mouvance-là, une vingtaine par jour.
02:29Donc, en fait, tout le monde était au courant de comment il fallait faire.
02:31Et c'est ce qui fait qu'il y a cette démultiplication et cette contagion de la violence.
02:35Combien de personnes sont concernées ?
02:38Alors, dans le vivier purement de l'ultra-gauche, on peut dire aujourd'hui autour de 10 000 personnes
02:42qui sont vraiment des mouvements autonomes.
02:46Si 10 000 personnes arrivent à mettre la France dans l'état où elle est, moi, je suis quand même
02:50sidéré.
02:51C'est d'autant plus grave qu'en fait...
02:52C'est-à-dire que les conséquences, ces 10 000 personnes, c'est-à-dire que ces personnes,
02:55et on n'arrive pas, ces gens-là, à pouvoir les canaliser, les arrêter.
02:59C'est la grosse difficulté.
03:00Autant, en fait, il y a deux grandes familles dans l'ultra-gauche.
03:02On a les antifas qui sont en ville, qui sont plutôt des petits bourgeois,
03:06qui sont extrêmement facilement reconnaissables,
03:08parce qu'en plus, tout ce qu'ils font, ils le font en se filmant.
03:11Et de l'autre côté, on a cette mouvance autonome
03:13qui vit souvent plutôt dans des zones rurales, dans des zones très isolées,
03:17qui, pour certains, n'ont plus accès à Internet et à une carte bancaire depuis plusieurs années,
03:22et qui, du coup, effectivement, sont beaucoup plus difficiles à repérer et à surveiller.
03:27Et en plus, ils vivent dans des milieux extrêmement resserrés, très affinitaires,
03:31donc il n'y a pas d'infiltration possible.
03:32Ils n'utilisent pas les réseaux sociaux, donc il n'y a pas de moyens de les repérer.
03:37– Quand on les voit sur le terrain, pourquoi on n'intervient pas ?
03:39– Ça, on peut effectivement les interpeller à ce moment-là.
03:41Puis après, il y a une question d'impunité.
03:44– De les mettre en dehors de la société ?
03:47– Ça, après, il y a une vraie question de justice.
03:48Par exemple, le père de la personne qui vient d'être arrêtée
03:51est un militant, lui aussi, connu de l'ultra-gauche,
03:54qui a été condamné pour avoir incendié une antenne-relais dans la zone vers Limoges.
04:02Le coût, c'était plus d'un million, virgule cinq.
04:04Il a été aussi condamné pour avoir incendié huit voitures et nées dix.
04:08Et il a été condamné à de la prison avec sursis.
04:10Pas du tout de prison.
04:11– Qu'est-ce qui risque, par exemple, la personne ?
04:12Quelle est la peine maximum pour la personne qui a mis le feu à Limoges ?
04:15– Là, je n'ai pas la peine maximum,
04:18mais normalement, c'est de la prison ferme et de la prison ferme.
04:20Sauf qu'en réalité, pour l'instant, en tout cas…
04:21– Non, mais là, il va rester en prison.
04:23C'est un symbole, en plus.
04:25J'imagine, la personne qui a mis le feu,
04:27si c'est cette personne,
04:29s'il est avéré, parce qu'il réagit tout seul ?
04:31– Sans doute pas, sans doute pas.
04:33Mais en général, c'est des petits groupes.
04:35Ceux qui commettent des sabotages, par exemple,
04:38ceux qui ont attaqué le réseau SNCF
04:41à la veille des Jeux Olympiques,
04:42on ne les a toujours pas arrêtés.
04:44– Et à Cannes également, vous le souhaitez ?
04:45– On ne les a toujours pas arrêtés non plus.
04:46– Parce que, comment dire,
04:48c'est des sujets qui arrivent dans l'actualité,
04:51et on n'en entend plus du tout parler.
04:53Après, à Cannes, c'était quoi ?
04:54– C'était pareil.
04:55C'est la même mouvance, sans doute.
04:57En fait, on sait qu'il y a eu…
04:59Les chiffres du ministère,
05:00c'est 190 sabotages de ce type-là en 2025.
05:03On n'a pas les chiffres de 2026.
05:05Donc, ça veut dire presque un sabotage d'ampleur
05:07tous les deux jours.
05:09Et, effectivement, on a très, très peu d'arrestations,
05:12puisque, justement, c'est une mouvance très compliquée.
05:13– Mais ceux qu'on prend,
05:14je pense qu'on devrait leur donner des peines exemplaires,
05:17suffisamment dissuasives.
05:18Qu'est-ce qu'ils cherchent, ces gens-là, au fond ?
05:20– Ils cherchent, en fait, l'idée, c'est de renverser
05:23et de faire reculer l'État, au moins dans leur zone,
05:25et de le faire renverser.
05:27En fait, il y a une volonté de conquérir un territoire
05:29et d'avoir leur propre loi dessus.
05:32Et après ?
05:32– Mais la psychologie de ces gens-là, vous les connaissez ?
05:35J'imagine que vous travaillez avec eux ?
05:36C'est des intellectuels ?
05:38C'est des... Comment dire ?
05:41Comment les définir, justement, psychologiquement ?
05:43– Alors, en règle générale, il y a deux...
05:45– C'est des drôles de vie, quand même.
05:46– C'est des drôles de vie.
05:48Effectivement, ils ont ce syndrome presque héroïque,
05:52parce qu'ils ont l'impression que, eux,
05:54à la différence d'autres militants d'extrême-gauche,
05:56eux, vivent selon leurs revendications,
05:59c'est-à-dire qu'ils sont anticapitalistes,
06:00et, effectivement, ils mettent leur vie dans l'anticapitalisme.
06:03Ils ne consomment pas, ils vivent en dehors de la société.
06:06– Qu'est-ce que vous appelez, ils ne consomment pas ?
06:07– Ils ne consomment quasiment rien, ils vivent en subsistance.
06:10En fait, tout leur travail, c'est d'être dans la subsistance.
06:12Et donc, c'est pour ça qu'ils n'ont pas de carte bleue,
06:14pour certains, qu'ils utiliseraient très peu les téléphones,
06:17parce qu'en fait, leur objectif, c'est de vivre.
06:19Et donc, ils sont présents dans les zones rurales,
06:21de plus en plus dans les forêts.
06:22– Et parfois, il y a des enfants, des familles ?
06:24– Oui, bien sûr.
06:25– Il y a des enfants, il y a des familles.
06:26– On n'est pas loin de la secte ?
06:28– C'est des communautés autonomes qui, pour certaines,
06:30effectivement, pourraient être classées avec des pratiques sectaires,
06:32même si, effectivement, elles sont plus ouvertes
06:34et qu'on peut, normalement, en sortir.
06:36– Je suis toujours, moi, alors évidemment,
06:38j'ai toujours envie de psychologiser les choses,
06:40j'ai toujours envie de comprendre
06:42quelle est la motivation de ces gens-là,
06:45parce qu'ils auraient pu faire autre chose ?
06:47Certains, j'imagine, ont une décapacité intellectuelle.
06:49– En fait, ils font beaucoup de choses,
06:51puisque, par exemple, sur le plateau des Mulevaches,
06:52ils ont créé une télé, ils ont créé plusieurs journaux,
06:55ils ont créé une revue,
06:57d'importance.
06:57– Mais on peut écouter cette télévision ?
06:59– Bien sûr, c'est Télé Mulevaches,
07:00elle est connue, c'est une des plus vieilles télés associatives
07:03qui a été créée aujourd'hui.
07:04– Donc, il n'y a pas d'argent ?
07:05– Il n'y a pas de salaire ?
07:07– Là, par exemple, non, non,
07:09mes parents, ils fonctionnent avec des cagnottes,
07:12Radio Mulevaches est financée notamment par des cagnottes.
07:15– Et il y a des programmes tous les jours sur Télé Mulevaches ?
07:18– Je ne sais pas si c'est tous les jours,
07:20mais en fait, oui, il y a quand même pas mal de programmes.
07:21Elles suivent à la fois leur vie…
07:23– Et on l'écoute comment ?
07:25– Sur Youtube.
07:26– Moi, je vais aller regarder Télé Mulevaches,
07:29mais ma curiosité, quand même,
07:31j'aime bien écouter des choses que je ne connais pas.
07:34– Et donc, effectivement, ils ont une radio aussi,
07:36ils ont plusieurs médias,
07:39certains qui sont…
07:40il y a un média qui s'appelle Sabo,
07:42qui est l'histoire du sabotage.
07:44– Mais ils ne vont pas jusqu'à, par exemple,
07:46ce n'est pas les Brigades Rouges ou la bande abadère,
07:48ils ne vont pas aussi loin dans la violence,
07:52ils ne tuent pas,
07:53ce n'est pas Action Directe non plus,
07:55– Qui avait tué, on s'en souvient,
07:57le général Audran ?
07:58– C'est ça.
07:58Pour l'instant, non.
08:00Pour l'instant.
08:01Parce qu'en fait, à l'époque d'Action Directe,
08:03ce qu'il faut savoir…
08:04– Et le président de Renault,
08:05Georges Obès,
08:06en bas de la rue Edgar Quinet.
08:08– Ce qu'il faut savoir, c'est qu'à l'époque,
08:10et c'est toujours le danger,
08:11c'est qu'Action Directe arrive,
08:13se crée au moment où, en fait,
08:15ces groupes-là perdent de l'influence.
08:17Et donc, en fait,
08:17il y a une petite frange
08:18qui va encore plus loin dans la radicalité
08:22et qui va passer à la lutte armée.
08:24Pour l'instant, effectivement,
08:25ils sont ce qu'ils appellent
08:25dans l'Action Directe,
08:26et pas dans la lutte armée.
08:28Et donc, la stratégie qu'ils ont mis en place,
08:30c'est ce qu'on appelle
08:31la stratégie des mille d'entails.
08:32Ils ont compris que,
08:33pour faire tomber le capitalisme,
08:35il ne fallait pas s'attaquer forcément
08:37aux institutions,
08:38mais s'attaquer aux réseaux
08:39qui le font vivre.
08:40Donc, Internet, électricité, logistique.
08:43Et c'est le fameux livre
08:46du Comité Invisible
08:47qui appelle à bloquer tout
08:48et à couper les réseaux.
08:50Et ça, effectivement,
08:51ils le font de plus en plus.
08:52On a de plus en plus
08:53de pylônes de haute tension
08:54qui sont coupés, dégradés,
08:56d'Internet qui sont coupés dans des villes.
08:58Et ça, effectivement,
08:59c'est typiquement leur signature.
09:00Jean-Marc Rouillant
09:00est toujours d'ailleurs de ce monde.
09:02Il avait été reçu
09:02à l'université de Bordeaux-Montaigne.
09:04Il y avait de mémoire
09:06Cyprianie, je crois,
09:07Nathalie Ménigon.
09:08Il y avait une quatrième personne.
09:11Il y avait surtout une autre branche lyonnaise.
09:13Il y en avait quatre
09:13qui avaient été évidemment pris.
09:17Ils avaient été interpellés,
09:18les quatre,
09:19et ils ont fait de la prison
09:19quasiment à vie.
09:21Je crois que Jean-Marc Rouillant
09:21est sorti il n'y a pas très longtemps.
09:23Et ils avaient tué.
09:24Ça avait été un événement incroyable.
09:25C'était le PDG de Renault
09:26qui s'appelait Georges Besse.
09:27Et il l'avait tué
09:28en bas de chez lui
09:29un matin.
09:31Ils avaient fait des fusillades
09:32aussi dans Paris.
09:33Bien sûr.
09:33Bon, ben merci.
09:34Cette ultra-gauche,
09:35effectivement,
09:35elle fait parfois fantasmer.
09:37On a envie comme...
09:39Il y a d'ailleurs
09:39assez peu de fiction
09:40sur cette ultra-gauche.
09:42Et par définition,
09:42c'est très difficile
09:43de l'infiltrer
09:44et d'avoir des enquêtes journalistiques.
09:46Il est 17h54.
09:47C'était une émission étonnante.
09:49Et vraiment,
09:49je remercie
09:50les beaux témoignages
09:52de Odélia
09:53et de Jamie Mack.
09:54Vous pourrez réécouter d'ailleurs
09:55si vous le souhaitez.
09:55Sur european.fr, bien sûr.
09:57Merci.
09:58On a une petite pensée
09:59pour notre ami Laurent Tessier
10:00qui est parti un peu plus tôt.
10:01Un peu plus tôt, oui.
10:02Exactement.
10:03On pense à lui.
10:04On l'embrasse.
10:04Ce cher Laurent,
10:05on l'embrasse fort.
10:06Fabrice, dans une seconde,
10:08ça sera Pierre De Villeneau.
10:09Rendez-vous demain.
10:10Bonne soirée.
10:10Pierre De Villeneau
10:11pour Europe 1.
10:12Soir de 18h à 20h.
10:13C'était Pascal Praud
10:14sur Europe 1.

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