00:01Europe 1. Pascal Pro et vous.
00:03Pourquoi ce grand vide quand je pense à nous ?
00:08Il est 17h17, on est avec Hervé Villard, alors mes amis me taquinent parce que souvent dans les couloirs je
00:14chante « Nous » ou « Reviens »
00:16et vous pouvez pas savoir comme ça nous fait plaisir Hervé Villard que vous soyez avec nous aujourd'hui. Bonjour.
00:21Monsieur Pro, comment va la République ?
00:23Mais la République va bien, et vous, comment ça va ?
00:25Moi ça va impeccable, ça va impeccable.
00:27Bon, il est peu de dire lorsqu'on vous reçoit, et c'est sans doute la première chose que les
00:31uns et les autres disent,
00:32que votre vie est si particulière, qu'elle est un roman d'aventure, qu'elle est incroyable depuis la naissance
00:38jusqu'à aujourd'hui,
00:40et qu'elle est parsemée de rencontres, et ça c'est formidable.
00:44Et de discrétion s'il vous plaît.
00:46De discrétion aussi, oui.
00:47Bah en tout cas de discrétion.
00:48J'ai pas étalé tout ça non plus.
00:50Vous l'avez raconté quand même.
00:51Ah, j'ai écrit chez Fayard, oui, j'ai écrit trois livres, avec Claude Durand, qui était un éminent éditeur,
00:58qui m'avait demandé ça.
01:00Donc il y a une partie sur l'enfance que j'ai vécu, où j'ai été élevé, en Béry,
01:07placé par la DAS.
01:08Alors je vais m'expliquer un tout petit peu.
01:10A l'époque, la République se chargeait de former des orphelins, après la guerre.
01:16Comme on a entendu, vous savez, ces orphelins de la Réunion.
01:19Il n'y avait pas qu'à la Réunion, ça existait dans tout le pays.
01:22Vous savez pourquoi ?
01:23Parce qu'on voulait repeupler des campagnes qui s'en allaient,
01:27qui voulaient bouffer du poulet aux hormones, comme disait Jean Ferrat,
01:33et aller devenir flic ou fonctionnaire.
01:35Donc c'était ça.
01:36Et donc les terres se dépeuplaient.
01:39Donc la République se chargeait, Debré et d'autres,
01:42se sont chargées de repeupler les campagnes en fabriquant des orphelins.
01:48C'est-à-dire que toutes les femmes délaissées, un peu, on va dire, perdues,
01:55on allait les voir et on leur retirait leurs enfants.
01:58Ma mère n'a pas abandonné son enfant.
02:00Et c'est la raison pour laquelle j'ai été élevé par sept familles paysannes dans le Béry.
02:06C'est-à-dire qu'à chaque fois que ma mère situait la famille où j'étais, on me changeait.
02:12Donc à 14 ans, j'étais délinquant.
02:14Voilà.
02:15Et avec une vie si particulière, puisque vous naissez dans un taxi,
02:18pour l'hôpital Saint-Antoine, le 24 juillet d'une certaine année.
02:22– Oui, 1946.
02:25– À 5h du matin.
02:27Vous êtes orphelin d'un père corse que vous n'avez jamais rencontré.
02:30– Je suis bien content de ne pas l'avoir rencontré d'ailleurs, celui-là.
02:33– Pourquoi ?
02:33– Parce que mon père, c'est Cordier.
02:40– Alors il faut expliquer qui est Daniel Cordier, qui était un compagnon de la Libération,
02:44que vous rencontrez, qui va vous faire rencontrer un pari intellectuel, culturel,
02:49et qui va vous sortir du milieu dans lequel vous êtes pour vous apprendre des choses merveilleuses.
02:55D'ailleurs, et des rencontres merveilleuses.
02:56– Et tout ça parce que c'était la première fois où je voyais des femmes qui sentaient bon.
03:01– C'est-à-dire que j'étais en cavale, et donc à l'orphelinat d'Enfer-Rochereau,
03:07et à la gare Montparnasse, juste à côté, il y avait un peintre qui dessinait la nouvelle gare
03:12qui s'élevait dans le ciel, et l'ancienne gare qui tombait.
03:16Et là, au bord de sa table, le peintre s'appelle Dado,
03:22j'allais lui piquer son sandwich, il s'en est aperçu.
03:25Et donc il m'a dit, il a partagé son sandwich avec moi,
03:30il m'a dit, viens samedi, tu t'en mettras plein la gueule,
03:32je donne un truc dans les beaux quartiers, un cocktail dans les beaux quartiers.
03:36J'y suis allé, et là, c'était bien sûr rue de Mine-Rovigny,
03:40à Paris, derrière le ministère,
03:44et là, je me suis aperçu qu'il existait une autre vie, d'autres gens.
03:51Les femmes sentaient bon.
03:52Et donc, à un moment, à 9h du soir, le cocktail se terminait, finissant,
03:59Cordier dit à Iris Claire, qui était une grande galerie,
04:02celle de Klein, à l'époque,
04:04elle lui demande, mais quels garçons ?
04:07Et Dado répond, mais c'est mon petit admirateur.
04:12Et pour la première fois, j'ai dit la vérité.
04:15J'ai dit, je suis évadé d'orphelinat.
04:19Certainement parce que je trouvais que les femmes sentaient bon.
04:22Et tout est parti de là.
04:23Donc ils ont dit, Iris a dit,
04:25bon, venez déjeuner avec nous,
04:27et après, on verra.
04:28Et je suis allé déjeuner le lendemain avec eux,
04:30et ils m'ont sorti d'orphelinat deux mois plus tard.
04:33Et Daniel Cordier, avec qui vous aurez un lien si intime,
04:36qu'il sera votre tuteur.
04:37Il est devenu mon tuteur devant la loi, oui.
04:39Qui est mort il y a quelques années, je me souviens d'une des dernières interviews qu'elle avait faite.
04:43Compagnon de la Libération, secrétaire particulier de Jean Moulin.
04:47Qui était d'ailleurs, qui racontait une vie qui avait commencé plutôt à droite,
04:51voire à l'extrême droite, dans un milieu conservateur.
04:55Très extrémiste.
04:56Et puis qui avait eu ce chemin que d'autres ont eu d'ailleurs.
04:59Qui se sont repentis, comme Christian Delamazière.
05:03Donc c'est une vie effectivement particulière,
05:06une vie de rencontre.
05:07C'est vrai que souvent, on peut envier d'ailleurs la vie que vous avez eue,
05:13parce que qu'est-ce qui restera de nos vies, c'est les rencontres.
05:16Et les gens que vous avez rencontrés, qui sont exceptionnels.
05:18Par exemple, vous êtes amie avec Marguerite Duras.
05:21Je ne suis pas amie, je suis son petit copain.
05:24Son petit copain ?
05:25Oui, j'étais son petit copain.
05:27Non, non, non, ne commencez pas vous.
05:29Je n'aime pas les vieilles.
05:33Mais c'est vrai que c'est le grand écart entre le chanteur populaire qui chante Capri,
05:42c'est fini, et Marguerite Duras, l'hyper intello de la rue Saint-Benoît.
05:46Mais j'ai rencontré Malraux, Mendes France, au déjeuner de chez Cordier.
05:50J'ai rencontré Callas, dont j'étais le disquaire préféré, son livreur.
05:54J'ai rencontré en Argentine, quand je suis allé plus tard,
05:58j'ai rencontré Borgès, à qui je lisais Jean de La Fontaine.
06:01Non, on peut dire que ma vie est remplie de belles connaissances,
06:06et tous ces gens que je vous ai cités m'ont tendu la main.
06:12Dalida, c'était ma marraine, c'était ma muse,
06:15elle m'a montré le chemin.
06:17Vous racontez d'ailleurs, lorsque vous allez au cimetière Montmartre,
06:20à l'enterrement de Dalida.
06:21Nous, alors, on est très amis avec Orlando.
06:23Et vous pouvez, c'est un brave garçon.
06:25Qui est un homme formidable, qui a célébré d'ailleurs cette année,
06:28cet été, ses 90 ans.
06:30Et moi, 80 ans.
06:31En tout cas, vous dites votre âge facilement.
06:33Moi, je m'en fous, moi, je vis.
06:36La voix est intacte.
06:39Et Dieu merci sur scène aussi.
06:41Non mais, parce qu'un chanteur, c'est quoi un chanteur ?
06:43C'est des chansons, évidemment.
06:45Il n'y a pas de chanteur sans chansons.
06:47Ça, c'est quand même, il faut détruire.
06:49Sans chansons connues.
06:50Un chanteur, c'est des chansons.
06:52Un chanteur, c'est une voix.
06:53Et vous, cette voix, elle a toujours été exceptionnelle.
06:57Et elle est aujourd'hui intacte encore.
07:00Ce qui, je ne sais pas si vous l'entretenez,
07:02je ne sais pas si vous prenez des cours.
07:03Tous les matins, je fais mes petites gammes.
07:05Vous fumez ?
07:06Non.
07:06Vous n'avez jamais fumé ?
07:08Si.
07:09Mais j'ai arrêté il y a bien 30 ans.
07:11Oui, pour la voix, sans doute.
07:13Je n'ai pas fumé que du tabac, d'ailleurs.
07:15J'ai fumé beaucoup de choses.
07:17Un peu exagérément.
07:19Donc, je me suis rendu compte très que ça donnait des basses,
07:22mais ça pourrissait aussi ma voix.
07:24Bon, vous avez eu les excès que votre génération,
07:28parfois, avait dans les années 60 ou 70.
07:30Non, j'ai eu les excès de la liberté, cher ami.
07:33Vous savez, quand on retrouve sa liberté,
07:37quand on l'a...
07:37Moi, je l'ai prise, au fond, ma liberté.
07:39Donc, c'est ça.
07:40Donc, à partir du moment, quand vous gagnez,
07:43vous faites une chanson qui fait le tour du monde,
07:45vous savez, je n'y attendais pas, moi, tout ça.
07:47Capri, ça fait le tour du monde ?
07:49On peut dire pas totalement,
07:51mais elle est allée jusqu'en Australie.
07:53Mais ce qui est drôle, c'est que Capri, qu'on peut entendre...
07:55D'ailleurs, la première chose que m'a dit Hervé
07:58en entrant dans ce studio,
08:00tu as commencé par Capri.
08:02Mais ce qui est drôle dans cette chanson,
08:05que tout le monde, évidemment, connaît,
08:06c'est qu'il y a parfois des chansons...
08:07Alors, je n'aime pas le terme de dire que ça vieillit.
08:10Mais celle-là, elle est intacte.
08:12Elle est intacte, je trouve.
08:15C'est quoi, l'histoire de cette chanson ?
08:17Vous allez nous le dire après la pub,
08:18il est 17h25.
08:19Capri, c'est fini,
08:21mais c'est devenu d'ailleurs une expression courante.
08:23Bien sûr, Capri.
08:24Vous êtes allé à Capri, cher Olivier ?
08:26Jamais encore.
08:27Vous savez où c'est, Capri ?
08:28À peu près, c'est...
08:31Nafle.
08:31Oui, non, voilà, voilà, c'est en Italie.
08:34C'est en Italie.
08:36J'ai eu très, très peur.
08:38Et le début, nous, nous...
08:40Et évidemment, c'est une chanson qui est...
08:43Ce qui est bien, c'est de chanter les chansons ensemble.
08:46Et on les chante parfois plus l'été que l'hiver,
08:48parce que l'été, voilà, il est une heure du matin,
08:51la soirée était belle,
08:52les gens ont pris un peu de rosée,
08:54et tout d'un coup,
08:55sur un électrophone ou un tépase,
08:57ou quelque chose comme ça, ça n'existe plus.
09:00Non.
09:00Quelqu'un met...
09:01Je suis, je suis, je suis, je suis, je suis, je suis, je suis, je n'envoie pas.
09:03C'est quoi, c'est une enceinte ?
09:06Où tu m'as dit...
09:08Vous savez, le truc, c'est que c'était un slow.
09:11Ah oui ?
09:11À l'époque, les slow, les hommes et les femmes se sentent la scène.
09:16Mais bien sûr, mais moi j'ai connu les slow.
09:17Mais on danse plus de slow.
09:19Non, non, non.
09:19On danse plus, Hermès.
09:21Non, non, non, non.
09:21Alors, vous vous trompez.
09:22Moi, je fréquente les jeunes du lycée Henri IV,
09:24je peux vous dire qu'ils dansent le slow.
09:26Vous fréquentez les jeunes du slow.
09:27Non, mais c'est très rare.
09:28On danse plus le slow.
09:29Je vous le remets.
09:30On danse plus du tout, d'ailleurs.
09:31Hermès Bédard est avec nous.
09:33C'est une icône qui vient d'un monde qui a disparu.
09:36Mais c'est vrai.
09:37Vous venez d'un monde qui a disparu.
09:38Il y a cette fameuse photo de Jean-Marie Perrier.
09:40Je ne sais pas combien de personnes sur cette photo,
09:44hélas, sont mortes.
09:47Et peut-être serez-vous le dernier représentant.
09:50Je ne sais pas.
09:51Non, mais si, je l'espère.
09:53Je l'espère.
09:54Mais c'est vrai que ces années-là,
09:57c'est des années de légèreté,
09:59c'est des années de proximité,
10:01c'est des années d'une France d'insouciance.
10:03Vous avez parfaitement raison.
10:04Donc, on peut avoir de temps en temps
10:06un peu la nostalgie de cette France-là.
10:07Il est 17h27.
10:08A tout de suite.
10:09Vous pouvez nous interroger.
10:10Hervé Villar est notre invité sur Europe 1.
10:12Échangez avec lui dès maintenant.
10:130, 1, 80, 20, 39, 21.
10:15Le numéro et non sur un accès.
10:17A tout de suite sur Europe 1.
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