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  • il y a 13 minutes
Pascal Praud revient pendant deux heures, sans concession, sur tous les sujets qui font l'actualité. Une émission durant laquelle VOUS avez la parole. Vous pouvez réagir en appelant le 01.80.20.39.21 (appel non surtaxé) ou sur les réseaux sociaux d'Europe 1 (Facebook , X et Instagram).

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Transcription
00:01Europe 1. Pascal Pro et vous.
00:03Pourquoi ce grand vide quand je pense à nous ?
00:08Il est 17h17, on est avec Hervé Villard, alors mes amis me taquinent parce que souvent dans les couloirs je
00:14chante « Nous » ou « Reviens »
00:16et vous pouvez pas savoir comme ça nous fait plaisir Hervé Villard que vous soyez avec nous aujourd'hui. Bonjour.
00:21Monsieur Pro, comment va la République ?
00:23Mais la République va bien, et vous, comment ça va ?
00:25Moi ça va impeccable, ça va impeccable.
00:27Bon, il est peu de dire lorsqu'on vous reçoit, et c'est sans doute la première chose que les
00:31uns et les autres disent,
00:32que votre vie est si particulière, qu'elle est un roman d'aventure, qu'elle est incroyable depuis la naissance
00:38jusqu'à aujourd'hui,
00:40et qu'elle est parsemée de rencontres, et ça c'est formidable.
00:44Et de discrétion s'il vous plaît.
00:46De discrétion aussi, oui.
00:47Bah en tout cas de discrétion.
00:48J'ai pas étalé tout ça non plus.
00:50Vous l'avez raconté quand même.
00:51Ah, j'ai écrit chez Fayard, oui, j'ai écrit trois livres, avec Claude Durand, qui était un éminent éditeur,
00:58qui m'avait demandé ça.
01:00Donc il y a une partie sur l'enfance que j'ai vécu, où j'ai été élevé, en Béry,
01:07placé par la DAS.
01:08Alors je vais m'expliquer un tout petit peu.
01:10A l'époque, la République se chargeait de former des orphelins, après la guerre.
01:16Comme on a entendu, vous savez, ces orphelins de la Réunion.
01:19Il n'y avait pas qu'à la Réunion, ça existait dans tout le pays.
01:22Vous savez pourquoi ?
01:23Parce qu'on voulait repeupler des campagnes qui s'en allaient,
01:27qui voulaient bouffer du poulet aux hormones, comme disait Jean Ferrat,
01:33et aller devenir flic ou fonctionnaire.
01:35Donc c'était ça.
01:36Et donc les terres se dépeuplaient.
01:39Donc la République se chargeait, Debré et d'autres,
01:42se sont chargées de repeupler les campagnes en fabriquant des orphelins.
01:48C'est-à-dire que toutes les femmes délaissées, un peu, on va dire, perdues,
01:55on allait les voir et on leur retirait leurs enfants.
01:58Ma mère n'a pas abandonné son enfant.
02:00Et c'est la raison pour laquelle j'ai été élevé par sept familles paysannes dans le Béry.
02:06C'est-à-dire qu'à chaque fois que ma mère situait la famille où j'étais, on me changeait.
02:12Donc à 14 ans, j'étais délinquant.
02:14Voilà.
02:15Et avec une vie si particulière, puisque vous naissez dans un taxi,
02:18pour l'hôpital Saint-Antoine, le 24 juillet d'une certaine année.
02:22– Oui, 1946.
02:25– À 5h du matin.
02:27Vous êtes orphelin d'un père corse que vous n'avez jamais rencontré.
02:30– Je suis bien content de ne pas l'avoir rencontré d'ailleurs, celui-là.
02:33– Pourquoi ?
02:33– Parce que mon père, c'est Cordier.
02:40– Alors il faut expliquer qui est Daniel Cordier, qui était un compagnon de la Libération,
02:44que vous rencontrez, qui va vous faire rencontrer un pari intellectuel, culturel,
02:49et qui va vous sortir du milieu dans lequel vous êtes pour vous apprendre des choses merveilleuses.
02:55D'ailleurs, et des rencontres merveilleuses.
02:56– Et tout ça parce que c'était la première fois où je voyais des femmes qui sentaient bon.
03:01– C'est-à-dire que j'étais en cavale, et donc à l'orphelinat d'Enfer-Rochereau,
03:07et à la gare Montparnasse, juste à côté, il y avait un peintre qui dessinait la nouvelle gare
03:12qui s'élevait dans le ciel, et l'ancienne gare qui tombait.
03:16Et là, au bord de sa table, le peintre s'appelle Dado,
03:22j'allais lui piquer son sandwich, il s'en est aperçu.
03:25Et donc il m'a dit, il a partagé son sandwich avec moi,
03:30il m'a dit, viens samedi, tu t'en mettras plein la gueule,
03:32je donne un truc dans les beaux quartiers, un cocktail dans les beaux quartiers.
03:36J'y suis allé, et là, c'était bien sûr rue de Mine-Rovigny,
03:40à Paris, derrière le ministère,
03:44et là, je me suis aperçu qu'il existait une autre vie, d'autres gens.
03:51Les femmes sentaient bon.
03:52Et donc, à un moment, à 9h du soir, le cocktail se terminait, finissant,
03:59Cordier dit à Iris Claire, qui était une grande galerie,
04:02celle de Klein, à l'époque,
04:04elle lui demande, mais quels garçons ?
04:07Et Dado répond, mais c'est mon petit admirateur.
04:12Et pour la première fois, j'ai dit la vérité.
04:15J'ai dit, je suis évadé d'orphelinat.
04:19Certainement parce que je trouvais que les femmes sentaient bon.
04:22Et tout est parti de là.
04:23Donc ils ont dit, Iris a dit,
04:25bon, venez déjeuner avec nous,
04:27et après, on verra.
04:28Et je suis allé déjeuner le lendemain avec eux,
04:30et ils m'ont sorti d'orphelinat deux mois plus tard.
04:33Et Daniel Cordier, avec qui vous aurez un lien si intime,
04:36qu'il sera votre tuteur.
04:37Il est devenu mon tuteur devant la loi, oui.
04:39Qui est mort il y a quelques années, je me souviens d'une des dernières interviews qu'elle avait faite.
04:43Compagnon de la Libération, secrétaire particulier de Jean Moulin.
04:47Qui était d'ailleurs, qui racontait une vie qui avait commencé plutôt à droite,
04:51voire à l'extrême droite, dans un milieu conservateur.
04:55Très extrémiste.
04:56Et puis qui avait eu ce chemin que d'autres ont eu d'ailleurs.
04:59Qui se sont repentis, comme Christian Delamazière.
05:03Donc c'est une vie effectivement particulière,
05:06une vie de rencontre.
05:07C'est vrai que souvent, on peut envier d'ailleurs la vie que vous avez eue,
05:13parce que qu'est-ce qui restera de nos vies, c'est les rencontres.
05:16Et les gens que vous avez rencontrés, qui sont exceptionnels.
05:18Par exemple, vous êtes amie avec Marguerite Duras.
05:21Je ne suis pas amie, je suis son petit copain.
05:24Son petit copain ?
05:25Oui, j'étais son petit copain.
05:27Non, non, non, ne commencez pas vous.
05:29Je n'aime pas les vieilles.
05:33Mais c'est vrai que c'est le grand écart entre le chanteur populaire qui chante Capri,
05:42c'est fini, et Marguerite Duras, l'hyper intello de la rue Saint-Benoît.
05:46Mais j'ai rencontré Malraux, Mendes France, au déjeuner de chez Cordier.
05:50J'ai rencontré Callas, dont j'étais le disquaire préféré, son livreur.
05:54J'ai rencontré en Argentine, quand je suis allé plus tard,
05:58j'ai rencontré Borgès, à qui je lisais Jean de La Fontaine.
06:01Non, on peut dire que ma vie est remplie de belles connaissances,
06:06et tous ces gens que je vous ai cités m'ont tendu la main.
06:12Dalida, c'était ma marraine, c'était ma muse,
06:15elle m'a montré le chemin.
06:17Vous racontez d'ailleurs, lorsque vous allez au cimetière Montmartre,
06:20à l'enterrement de Dalida.
06:21Nous, alors, on est très amis avec Orlando.
06:23Et vous pouvez, c'est un brave garçon.
06:25Qui est un homme formidable, qui a célébré d'ailleurs cette année,
06:28cet été, ses 90 ans.
06:30Et moi, 80 ans.
06:31En tout cas, vous dites votre âge facilement.
06:33Moi, je m'en fous, moi, je vis.
06:36La voix est intacte.
06:39Et Dieu merci sur scène aussi.
06:41Non mais, parce qu'un chanteur, c'est quoi un chanteur ?
06:43C'est des chansons, évidemment.
06:45Il n'y a pas de chanteur sans chansons.
06:47Ça, c'est quand même, il faut détruire.
06:49Sans chansons connues.
06:50Un chanteur, c'est des chansons.
06:52Un chanteur, c'est une voix.
06:53Et vous, cette voix, elle a toujours été exceptionnelle.
06:57Et elle est aujourd'hui intacte encore.
07:00Ce qui, je ne sais pas si vous l'entretenez,
07:02je ne sais pas si vous prenez des cours.
07:03Tous les matins, je fais mes petites gammes.
07:05Vous fumez ?
07:06Non.
07:06Vous n'avez jamais fumé ?
07:08Si.
07:09Mais j'ai arrêté il y a bien 30 ans.
07:11Oui, pour la voix, sans doute.
07:13Je n'ai pas fumé que du tabac, d'ailleurs.
07:15J'ai fumé beaucoup de choses.
07:17Un peu exagérément.
07:19Donc, je me suis rendu compte très que ça donnait des basses,
07:22mais ça pourrissait aussi ma voix.
07:24Bon, vous avez eu les excès que votre génération,
07:28parfois, avait dans les années 60 ou 70.
07:30Non, j'ai eu les excès de la liberté, cher ami.
07:33Vous savez, quand on retrouve sa liberté,
07:37quand on l'a...
07:37Moi, je l'ai prise, au fond, ma liberté.
07:39Donc, c'est ça.
07:40Donc, à partir du moment, quand vous gagnez,
07:43vous faites une chanson qui fait le tour du monde,
07:45vous savez, je n'y attendais pas, moi, tout ça.
07:47Capri, ça fait le tour du monde ?
07:49On peut dire pas totalement,
07:51mais elle est allée jusqu'en Australie.
07:53Mais ce qui est drôle, c'est que Capri, qu'on peut entendre...
07:55D'ailleurs, la première chose que m'a dit Hervé
07:58en entrant dans ce studio,
08:00tu as commencé par Capri.
08:02Mais ce qui est drôle dans cette chanson,
08:05que tout le monde, évidemment, connaît,
08:06c'est qu'il y a parfois des chansons...
08:07Alors, je n'aime pas le terme de dire que ça vieillit.
08:10Mais celle-là, elle est intacte.
08:12Elle est intacte, je trouve.
08:15C'est quoi, l'histoire de cette chanson ?
08:17Vous allez nous le dire après la pub,
08:18il est 17h25.
08:19Capri, c'est fini,
08:21mais c'est devenu d'ailleurs une expression courante.
08:23Bien sûr, Capri.
08:24Vous êtes allé à Capri, cher Olivier ?
08:26Jamais encore.
08:27Vous savez où c'est, Capri ?
08:28À peu près, c'est...
08:31Nafle.
08:31Oui, non, voilà, voilà, c'est en Italie.
08:34C'est en Italie.
08:36J'ai eu très, très peur.
08:38Et le début, nous, nous...
08:40Et évidemment, c'est une chanson qui est...
08:43Ce qui est bien, c'est de chanter les chansons ensemble.
08:46Et on les chante parfois plus l'été que l'hiver,
08:48parce que l'été, voilà, il est une heure du matin,
08:51la soirée était belle,
08:52les gens ont pris un peu de rosée,
08:54et tout d'un coup,
08:55sur un électrophone ou un tépase,
08:57ou quelque chose comme ça, ça n'existe plus.
09:00Non.
09:00Quelqu'un met...
09:01Je suis, je suis, je suis, je suis, je suis, je suis, je suis, je n'envoie pas.
09:03C'est quoi, c'est une enceinte ?
09:06Où tu m'as dit...
09:08Vous savez, le truc, c'est que c'était un slow.
09:11Ah oui ?
09:11À l'époque, les slow, les hommes et les femmes se sentent la scène.
09:16Mais bien sûr, mais moi j'ai connu les slow.
09:17Mais on danse plus de slow.
09:19Non, non, non.
09:19On danse plus, Hermès.
09:21Non, non, non, non.
09:21Alors, vous vous trompez.
09:22Moi, je fréquente les jeunes du lycée Henri IV,
09:24je peux vous dire qu'ils dansent le slow.
09:26Vous fréquentez les jeunes du slow.
09:27Non, mais c'est très rare.
09:28On danse plus le slow.
09:29Je vous le remets.
09:30On danse plus du tout, d'ailleurs.
09:31Hermès Bédard est avec nous.
09:33C'est une icône qui vient d'un monde qui a disparu.
09:36Mais c'est vrai.
09:37Vous venez d'un monde qui a disparu.
09:38Il y a cette fameuse photo de Jean-Marie Perrier.
09:40Je ne sais pas combien de personnes sur cette photo,
09:44hélas, sont mortes.
09:47Et peut-être serez-vous le dernier représentant.
09:50Je ne sais pas.
09:51Non, mais si, je l'espère.
09:53Je l'espère.
09:54Mais c'est vrai que ces années-là,
09:57c'est des années de légèreté,
09:59c'est des années de proximité,
10:01c'est des années d'une France d'insouciance.
10:03Vous avez parfaitement raison.
10:04Donc, on peut avoir de temps en temps
10:06un peu la nostalgie de cette France-là.
10:07Il est 17h27.
10:08A tout de suite.
10:09Vous pouvez nous interroger.
10:10Hervé Villar est notre invité sur Europe 1.
10:12Échangez avec lui dès maintenant.
10:130, 1, 80, 20, 39, 21.
10:15Le numéro et non sur un accès.
10:17A tout de suite sur Europe 1.
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