00:00Il est 7h15, vous êtes sur RMC, RMC Story, Réseau Russe, Média d'État iranien et même Fox News.
00:05Aux Etats-Unis, ce matin, l'ONG Alliance for Europe publie une étude,
00:09un travail de documentation de l'implication des acteurs étrangers sur notre scène politique.
00:13Des acteurs qui ont amplifié l'appel à la mobilisation, qui ont relayé de la désinformation.
00:18Alors est-ce qu'il faut y voir une ingérence étrangère dans la mobilisation et dans le chaos du 17
00:23octobre ?
00:24Bonjour Elsa Vidal.
00:25Bonjour.
00:25Vous êtes éditorialiste géopolitique, on vous retrouve régulièrement sur l'antenne de BFM TV, bien sûr,
00:30dans le studio voisin, mais on a besoin de votre éclairage, alors on vous a invité.
00:33Concrètement, qu'est-ce que démontre cette étude, le climat social français ?
00:37C'est un feu attisé par des puissances étrangères ?
00:40Non, c'est un feu qui existe complètement indépendamment.
00:43Au départ, la chronologie est très importante.
00:45Au départ, le mouvement social français, c'est un moment français.
00:49Mais il est observé, attisé et en quelque sorte utilisé pour désinformer et pour faire grossir le mécontentement en France,
01:00mais aussi pour abîmer l'image de la France à l'étranger.
01:03Sur quoi je me base finalement pour vous dire ça ?
01:05C'est sur cette étude d'Alliance for Europe qui a quand même passé au cri plus de 550 000
01:11publications sur tout type de réseaux sociaux.
01:14Et on y trouve quoi justement dans cette publication ?
01:16Alors on y trouve des habitués, ceux qu'on connaît depuis le début de la guerre en Ukraine,
01:20c'est-à-dire des officines russes, notamment celles qui avaient déjà copié,
01:25qui s'étaient fait passer pour des médias comme BFM, comme France 24, comme RFI ou Le Monde,
01:31un réseau qu'on appelle Doppelganger,
01:33et qui a commencé déjà six semaines avant le 17 octobre
01:37à faire grossir les publications sur le mécontentement en France
01:41et surtout à transformer les messages et la réalité,
01:46en mettant l'accent sur le fait que c'était d'abord des migrants qui étaient à l'œuvre
01:50et ensuite des communistes.
01:52Et ça c'est donc Doppelganger, les Russes, on les connaît,
01:55ils ont préparé le terrain pour la désinformation.
01:58Et après, on se rend compte que d'autres réseaux russes, Pravda,
02:02se mettent à amplifier, encore une fois, les nouvelles,
02:07mais là, surprise, les publications se trouvent plus durement.
02:10Mais justement, on sait que la Russie adore construire un récit alternatif
02:14sur ce qu'est l'Occident, la consomme des puissances fêtes, les cadentes.
02:17Là, ces émeutes, précisément, qu'est-ce qu'elles permettent à la Russie
02:20de construire comme récit sur ce qui se passe en ce moment chez nous,
02:23à six mois d'une élection présidentielle, dans une crise économique qui pointe,
02:27ou en tout cas qui est un peu là ?
02:28C'est quoi le nouveau récit qu'ils créent à partir de ces émeutes-là ?
02:30Qu'est-ce que ça leur permet de faire ?
02:31Les réseaux russes dont je viens de vous parler, d'Oppelganger et Pravda,
02:34ils disent d'abord que ce sont les migrants qui sont derrière le mécontentement et la casse,
02:39et que chaque euro dépensé pour l'Ukraine est un euro qui ne va pas aux Français.
02:45Ça, c'est ce qu'ils déploient.
02:46Mais ce qui est le plus important, c'est que ces réseaux-là sont mis au service
02:50d'autres propagandes qui viennent de l'État iranien,
02:53parce que ce dont on se rend compte dans cette enquête-là,
02:56c'est que les médias étatiques iraniens ont consacré plus d'un tiers,
03:00un tiers de leur couverture aux émeutes en France,
03:03en reprenant les mêmes messages que ceux qu'on trouve sur Doppelganger ou Pravda,
03:08et ces messages, on les retrouve aussi en langue anglaise,
03:11et ça, c'est une première en réalité.
03:13C'est publié dans neuf langues, dont l'anglais et le polonais,
03:16qui s'appuie sur une première publication de Fox News,
03:20qui fait plus d'un million de vues le 12 octobre, et là aussi...
03:24C'est comme du blanchiment, quoi.
03:25C'est-à-dire que là, il y a une fake news qui, d'un seul coup,
03:27rentre dans des médias nationaux américains, etc.
03:30Absolument, absolument.
03:31Emmanuel ?
03:31Alors, on se doute bien qu'après, ce n'est pas forcément ces réseaux
03:34et ces influences étrangères qui ont organisé les pillages, etc.
03:39Mais quand même, quand on se dit qu'il y a une élection présidentielle en Roumanie
03:43qui a été annulée à cause de cette manipulation des réseaux sociaux,
03:47qu'en Moldavie, il y a eu une élection aussi qui a été très fortement influencée,
03:50qu'on se dit que l'élection de Trump...
03:51J'ajoute que cette nuit même, au Brésil, Lula conteste la présence de son opposant
03:57au second tour de la présidentielle, le candidat de la gauche, à cause de Meta.
04:01Et donc, on se dit, mais est-ce que finalement, tous ces « influenceurs » étrangers
04:05peuvent avoir un impact sur l'élection présidentielle en France ?
04:08Ils ont un impact, ils auront un impact.
04:10Et je pense qu'il faut désormais cesser de les différencier,
04:14de les mettre à part comme dans une catégorie en voie de constitution.
04:18En réalité, c'est devenu la plus grande chambre d'écho.
04:20Je pense même qu'on peut se dire qu'une partie de la question de la sous-estimation,
04:25finalement, du mouvement social en France,
04:28elle vient du fait que les appels à mobilisation étaient sur les réseaux sociaux
04:32qui ne sont pas nécessairement des sources prises en compte
04:35aussi régulièrement, aussi fondamentalement par toute l'administration française.
04:39En réalité, il y a un déport de l'information sur les réseaux sociaux désormais,
04:43et ils font partie de l'environnement médiatique, c'est même le stock.
04:48Sur l'administration française, on a l'impression que le renseignement français,
04:52vous voyez par exemple pour la manifestation de samedi,
04:54on a beaucoup sous-estimé la violence de ce qui allait se produire.
04:56Est-ce que vraiment ce renseignement, il est connecté avec cette activité ?
04:59Enfin, bien sûr qu'il est connecté, mais est-ce qu'on est au niveau de cette activité
05:02un peu de contre-propagande et de propagande qui a lieu sur les réseaux ?
05:05On a l'impression qu'il y a un petit décalage entre le renseignement français
05:07et la réalité de la puissance de cette espèce de message contre la France.
05:11Ce que je viens de vous dire, le déport finalement de la communication sur les réseaux sociaux,
05:16c'est quelque chose qui désormais devra être complètement pris en charge par l'administration,
05:20et sans doute avec de nouvelles formations et de nouveaux instruments,
05:23parce que ce n'est pas du tout le même travail de suivi de l'information ou de repérage.
05:28Il va falloir aussi qu'il y ait une vraie formation à l'analyse des réseaux sociaux, au suivi.
05:33Et l'OSINT, parce que c'est principalement ce qu'a fait Alliance for Europe,
05:36c'est de l'OSINT, et bien tout le monde n'y est pas formé,
05:39les administrations ne sont pas encore complètement accoutumées.
05:42Ça veut dire quoi ? Ça veut dire déployer des moyens et les mettre au service de ces départements-là.
05:46Et ça va être une révolution.
05:48Merci beaucoup Elsa Vidal, je retiens simplement, je reprends un point,
05:51Emmanuel Lechy, vous lui avez demandé est-ce que ça va avoir un impact sur la présidentielle ?
05:54Il y a déjà un impact sur la présidentielle.
05:54Et Elsa Vidal a répondu au présent, je voudrais juste le préciser, ça a déjà un impact.
05:58Merci Elsa Vidal, éditorialiste géopolitique de BFM TV,
06:01venu nous expliquer cette étude qui explique la caisse de résonance
06:05qui a précédé le 17 octobre.
06:07Et l'Alliance !
06:07Est-ce que vous vous sentez visé ? Est-ce que vous avez vu ces publications ?
06:10Est-ce que vous avez l'impression d'être influencé aussi ?
06:12Dites-le nous au 32 16, vous avez la parole.
06:14Merci Elsa Vidal.