00:005h, 7h, Europe 1 bonjour, Europe 1 il est 5h42, soyez les bienvenus ce vendredi matin, votre invité à présent
00:08Jacques Serret, c'est Bertrand Cavalier, général de gendarmerie, expert en sécurité.
00:13Bonjour général.
00:15Bonjour monsieur.
00:16Merci beaucoup d'être avec nous en direct ce matin sur Europe 1.
00:19Après les violences et les pillages du week-end dernier, le gouvernement promet cette fois un dispositif massif pour demain.
00:2420% de policiers, de gendarmes en plus, des réservistes mobilisés, les militaires de sentinelles, des blindés, des hélicoptères, des
00:30lanceurs d'eau, mais aussi le RAID, la BRI et le GIGN.
00:34Est-ce que toutes ces annonces sont, selon vous, de nature à éviter que les scènes que l'on a
00:40connues samedi dernier se reproduisent demain ?
00:46Disons que là, les pouvoirs publics sont face à un rendez-vous qui est crucial, un tout petit peu de
00:52hauteur, il s'agit de restaurer la crédibilité de l'État au sein de la population,
00:56l'image de la France à l'étranger, préserver la cohésion des corps sociaux qui est vraiment très déstabilisée,
01:01et puis reprendre l'ascendance sur ces masses de jeunes adeptes du pillage des violences.
01:05Donc, un dispositif massif combinant deux schémas opérationnels, c'est-à-dire l'encadrement d'une population, une manifestation pour
01:13en dégénérer,
01:14mais également la capacité à contrer les violences urbaines et les pillages,
01:19oui, il sera à même de garantir l'ordre public, c'est vraiment l'objectif d'où ce déploiement sécuritaire
01:27massif.
01:28Alors justement, Laurent Nunes, le ministre de l'Intérieur, promet beaucoup plus de mobilité, de réactivité face à ces groupes
01:36qui sont capables de se disperser,
01:37de se reformer et de frapper ailleurs. Concrètement, comment est-ce qu'on adapte un dispositif de maintien de l
01:44'ordre à ce type de stratégie ?
01:46Alors, on est sur un dispositif visant à maintenir l'ordre public dans une approche beaucoup plus globale,
01:51donc d'une part toujours encadrer une manifestation qui peut dégénérer et qui souvent sert de catalyseur à des violences
01:59plus importantes.
02:00Ce qui s'est passé, c'est une partie des forces, je pense, notamment de Paris, avaient été fixées par
02:05l'administration
02:06et surtout par les troubles sur la place de la République et il y a eu de la part de
02:11certaines mouvances radicales
02:13un appel à ces masses de jeunes venant des banlieues, ce sont elles qui ont déferlé.
02:18Donc maintenant, il s'agira toujours d'encadrer une manifestation mais surtout de couvrir le territoire,
02:23de contrôler le territoire par une présence beaucoup plus massive de gendarmes et de policiers
02:28impliquant l'engagement notamment des composantes territoriales, c'est-à-dire la gendarmerie départementale,
02:33la sécurité publique qui viendront en appui des unités spécialisées en maintien de l'ordre,
02:38les gendarmes mobiles et CRS et puis il y a tous les moyens spéciaux, notamment en venant de la gendarmerie
02:44comme les hélicoptères, les blindés, qui permettront de soutenir ces forces.
02:49Il s'agira de contrôler dans la profondeur les flux, c'est-à-dire surveiller les itinéraires
02:54et puis contrôler les abords des villes et porter l'effort sur les zones commerciales,
02:59tous les hypercentres où il y a des objectifs à piller.
03:03Voilà, c'est une manœuvre, et bien entendu, soutenue par du renseignement.
03:09Et puis, le déploiement des militaires de l'opération Sentinelle
03:13qui vont notamment reprendre justement la protection statique de certains sites sensibles,
03:17est-ce que c'est la bonne méthode ?
03:20Alors, c'est la bonne méthode, c'est une mission de soutien,
03:23c'est pas une mission, je dirais, engagée dans l'action principale,
03:27mais ça permet d'économiser des personnels des forces de sécurité intérieure,
03:31gendarmes et policiers, et donc de les engager davantage sur cette mission
03:36de contrôle, de couverture du territoire, de quadrillage offensif
03:41pour pouvoir contrer, parce que la menace, le scénario désormais le plus critique,
03:46c'est pas celui d'une manifestation qui dégénère avec des black blocs d'ultra-gauche.
03:53C'est ce scénario de masse venant des banlieues
03:57et qui déferle vers les villes, vers les zones commerciales.
04:01Oui, mais la frontière doit être très claire aussi,
04:03les militaires de Sentinelle ne doivent pas se retrouver
04:06à faire du maintien de l'ordre face aux manifestants.
04:08Que pourrait-il se passer si, justement, ces personnes,
04:13en tout cas ces casseurs, venaient à viser des sites
04:16sur lesquels devant il y a des militaires ?
04:19Alors, tout d'abord, ces militaires sont généralement mixés avec des personnels,
04:28avec des militaires de la gendarmerie ou des fonctionnaires de la police nationale,
04:32parce qu'il est vrai qu'il faut avoir une certaine culture pour maintenir à distance,
04:36parce qu'en fait, l'impératif, ce sont des militaires sont armés,
04:41disposent de finis d'assaut.
04:44Donc, il ne s'agirait pas qu'ils soient approchés par des activistes
04:50ou des pillards qui les dépossèdent de leur amour.
04:55Donc, il s'agit de maintenir à distance,
04:57avec notamment certaines armes de force intermédiaire,
05:01mais c'est un sujet.
05:02C'est un sujet, mais ils ne sont quand même pas en premier échelon.
05:06Ce qui a marqué les esprits, mon général Bertrand Cavalier,
05:09c'est qu'il y a aussi eu ce courrier du préfet de police de Paris aux commerçants.
05:13Patrice Fort leur recommande de faire appel, s'ils le peuvent,
05:15à des agents de sécurité privés.
05:17Il reconnaît que le dispositif policier renforcé ne peut pas, à lui seul,
05:21garantir la protection de chaque établissement.
05:23Est-ce que ce n'est pas quand même un aveu d'impuissance ?
05:30En fait, moi, je l'interpréterais comme un constat objectif
05:36sur la réalité de notre pays.
05:38C'est-à-dire qu'aujourd'hui, vous avez des banlieues
05:41qui se sont densifiées démographiquement,
05:45idéologiquement, en termes de culture de violence,
05:48et qui constituent maintenant...
05:51Alors, il ne faut pas faire d'amalgame,
05:53parce que la majorité de la population qui vit
05:56ne pose aucun problème, qu'on fait ressources de cela.
05:59Mais il y a quand même, objectivement, des masses de jeunes
06:01qui, aujourd'hui, peuvent mettre à profit des désordres
06:04causés notamment à l'ultra-gauche, pour déferler.
06:07Et là, on est sur des effets de masse.
06:09Donc, il faut, bien entendu, un dispositif sécuritaire
06:12très important, qui soit effectif.
06:16C'est bien d'avoir des effets d'annonce,
06:18mais il faut vraiment des personnels sur le terrain,
06:21notamment pour quadriller, couvrir le territoire,
06:24entraver la liberté d'action de ces pillards
06:27et de ces éléments violents, sachant qu'il y a une hybridation.
06:30Il y a du pillard, il y a aussi ceux qui s'en prennent
06:32au symbole de la France, de l'État.
06:37Mais ça nous amène à nous interroger
06:41sur la réalité de notre pays.
06:44Là, il y a des réflexions de fond,
06:46qui doivent être conduites,
06:48en étant arrivés à demander à des commerçants
06:51pour assurer leur protection recourant
06:53à des sociétés privées.
06:56Et puis, l'autre point chaud,
06:59l'un des principaux points chauds demain sera Orléans.
07:03Entre 20 000 et 30 000 opposants
07:05au Congrès du Rassemblement National
07:07sont attendus demain.
07:08Le préfet estime que 2 000 à 3 000
07:12éléments radicaux d'ultra-gauche
07:14pourraient être présents.
07:16Alors, près de 3 000 membres des forces de l'ordre
07:18seront mobilisés.
07:19Est-ce que ce dispositif vous paraît dimensionné
07:23face à un tel risque ?
07:26Alors là, il y a un risque objectif, d'ailleurs,
07:29ce qui pose une question en s'agissant
07:31de la réalité de la vie démocratique dans ce pays,
07:34qu'on vienne entraver un tel Congrès.
07:37Maintenant, il y a des mesures qui sont prises
07:39par le préfet du Loiret,
07:41par les autorités concentrant leurs efforts
07:44sur Orléans,
07:45avec un dispositif important
07:48de force unité,
07:50de force mobile,
07:51de genre d'arme mobile,
07:52de CRS,
07:53de blindés.
07:55Donc, il y a vraiment des moyens importants
07:57qui vont être mis en place,
07:58mais ça risque d'être même
08:01assez difficile,
08:02parce que 3 000 ultra-gauche,
08:03c'est quand même une véritable menace.
08:05Donc, il faut s'attendre quand même...
08:07Bien entendu,
08:09les efforts de gendarmerie de police
08:11ont tout fait pour l'éviter,
08:12mais il faut s'attendre quand même
08:13à des confrontations d'intensité
08:17sur Orléans ou sur sa périphérie.
08:20Merci beaucoup,
08:21général Bertrand Cavalier,
08:22général de gendarmerie,
08:23expert en sécurité.
08:24Merci d'avoir été en direct ce matin
08:26sur Europe 1 avec nous.
08:27Très bonne journée à vous.
08:28Très bonne journée.