00:00Si on sait nous, comme chaque matin, avec vous, Kenza El-Aoui.
00:03Et ce matin, on va parler de ce qui est invisible à l'œil nu,
00:05mais qui est présent partout dans notre quotidien.
00:08Certains objets que nous utilisons peuvent abriter des milliards de bactéries,
00:14et pas que des bonnes, parfois beaucoup plus qu'on l'imagine.
00:19Et plus surprenant, c'est que nos gestes pour les éliminer
00:23ne sont parfois pas tellement efficaces.
00:26Alors, que nous révèlent les scientifiques sur les micro-organismes
00:30et qui partagent donc notre quotidien ?
00:31Alors, on commence par un premier objet qui est censé rendre nos surfaces propres.
00:36Pourtant, l'éponge de cuisine peut héberger une grande diversité de micro-organismes.
00:40Une équipe de chercheurs allemands a analysé des éponges de cuisine usagées
00:44à l'aide de techniques de séquençage génétique et de microscopie.
00:48Et ils ont identifié 362 unités taxonomiques bactériennes distinctes.
00:53Dans certaines zones, la densité estimée atteignait jusqu'à 54 milliards
00:57de cellules bactériennes par centimètre cube.
01:00Les chercheurs ont notamment détecté des bactéries appartenant au genre
01:04Acinotobacter moraxella et cirrhizobactéries.
01:07Certaines peuvent être opportunistes, c'est-à-dire provoquer des infections
01:10dans certaines circonstances, notamment chez les personnes immunodéprimées.
01:15L'étude a également mis en évidence des structures ressemblant à des biofilms.
01:19Ce sont des communautés de micro-organismes situées dans une matrice
01:22qui favorisent leur maintien sur une surface.
01:26Mais l'un des résultats les plus intéressants concerne la désinfection.
01:29Les chercheurs n'ont pas observé de diminution globale significative
01:33de la charge bactérienne dans les éponges que leurs utilisateurs déclaraient nettoyer régulièrement.
01:38Certaines bactéries potentiellement opportunistes y étaient même proportionnellement plus abondantes.
01:43Et comment l'expliquer ?
01:45Les traitements peuvent éliminer les bactéries les plus sensibles
01:48sans détruire tous les micro-organismes présents.
01:51Les survivants peuvent ensuite se multiplier à nouveau dans cet environnement humide
01:55et riche en résidus alimentaires.
01:57Attention, toutefois, la densité bactérienne ne correspond pas directement aux risques infectieux.
02:02Celui-ci dépend des espèces présentes, de leur capacité à provoquer une maladie
02:06et de la possibilité qu'elles contaminent ensuite les aliments.
02:10Le véritable enjeu est donc la contamination croisée entre l'éponge, les surfaces et ce que nous mangeons.
02:17C'est vrai que c'est un peu effrayant quand on voit les images par microscope d'une éponge.
02:21Surtout qu'on a l'impression qu'une éponge, quand on la nettoie, elle est propre.
02:24Mais voilà, ce que vous vous dites, ce n'est pas forcément.
02:26Alors, autre objet de notre quotidien qui mérite notre attention, c'est le téléphone.
02:32Parce que le téléphone, on le touche constamment, on l'emporte évidemment partout.
02:35Alors, est-ce que des études se sont intéressées aux bactéries présentes sur nos smartphones ?
02:41Alors oui, en effet, une étude de la société britannique Secure Envoy,
02:46selon eux, nous consulterons notre smartphone en moyenne 221 fois par jour.
02:52Ce sont autant d'occasions de transférer sur sa surface des micro-organismes présents,
02:56sur nos mains ou dans notre environnement.
02:59Une enquête menée par Initial, une entreprise spécialisée dans les services d'hygiène,
03:03a rapporté plus de 3800 bactéries par centimètre carré sur les 50 smartphones analysés,
03:08contre environ 186 sur les cuvettes de toilettes étudiées.
03:12Des chiffres toutefois à prendre avec précaution,
03:14car les résultats dépendent des méthodes de prélevement et des surfaces comparées.
03:18Mais ils illustrent la capacité du téléphone à accumuler des micro-organismes.
03:22Et certains peuvent être pathogènes.
03:24C'est notamment le cas de certaines souches.
03:26Escherichia coli, une bactérie naturellement présente dans l'intestin.
03:30La plupart de ces souches sont inoffensives, mais certaines peuvent provoquer des infections digestives,
03:35avec des diarrhées, des vomissements et des douleurs abdominales.
03:37Autre exemple, le sarme ou Staphylococcus aeus, résistant à la méticilline.
03:42Cette bactérie résistante à plusieurs antibiotiques représente un enjeu particulier dans les établissements de santé,
03:48notamment pour les personnes fragiles ou porteuses de plaies.
03:51Les téléphones peuvent également transporter des virus, comme celui de la grippe.
03:55Il faut toutefois distinguer ces virus des bactéries.
03:58Ils n'appartiennent pas à la même catégorie de micro-organismes et ne se transmettent pas nécessairement de la même
04:04manière.
04:05La contamination peut aussi se concentrer dans certaines zones moins accessibles au nettoyage,
04:09comme les bords, les intersticiles et les contours des boutons.
04:13Donc il faut nettoyer son téléphone avec des produits adaptés et de manière très régulière,
04:19pour éviter comme ça la transmission de bactéries inhospitalières.
04:25Revenons à la cuisine, si vous le voulez bien, Genza, avec un objet qu'on utilise presque machinalement au quotidien.
04:31Alors, est-ce qu'on mesure vraiment les risques qui sont liés à l'utilisation de la planche à découper
04:37?
04:37Alors, on va prendre un exemple concret.
04:39Vous découpez du poulet cru sur une planche, puis vous y préparez une salade sans avoir correctement nettoyé la surface
04:46entre les deux.
04:47Des chercheurs ont observé que des bactéries du genre Campylobacter, présentes sur des morceaux de volailles crues,
04:53pouvaient passer par la planche à découper vers du poulet cuit.
04:55Le transfert a été constaté dans près de 30% des essais.
04:59Une autre étude a montré que les rainures laissées par les coups de coteau pouvaient favoriser le transfert de bactéries
05:04entre la viande crue, la planche et les aliments cuits.
05:07Et pourquoi ces rainures posent-elles problème ?
05:09Elles peuvent retenir des résidus alimentaires et rendre le nettoyage moins efficace.
05:13L'humidité et les matières organiques, comme les jus de viande ou les graisses, peuvent également favoriser la survie de
05:19certains micro-organismes.
05:20Et cela ne signifie pas que toutes les bactéries se multiplient systématiquement sur la planche.
05:25Leur survie dépend notamment de l'espèce bactérienne, de l'humidité et des conditions de nettoyage.
05:30Et contrairement à une idée reçue, le plastique n'est pas automatiquement plus hygiénique que le bois.
05:35Des travaux expérimentaux ont montré que les planches en plastique très rayées pouvaient être difficiles à nettoyer.
05:40Tandis que le comportement des bactéries sur le bois dépendait notamment de l'état de sa surface et de la
05:45présence de résidus alimentaires.
05:47Car le risque ne vient pas simplement du fait qu'une planche héberge des bactéries.
05:51Et il apparaît surtout lorsqu'un agent pathogène est transféré vers un aliment que l'on consomme sans traitement permettant
05:57de le détruire.
05:59Effectivement. Alors voilà, il existe des planches en bois, des planches en matière plastique, mais il existe aussi des planches
06:03en verre.
06:04Oui.
06:04Et ça, ça protège un petit peu mieux, disons.
06:07Un peu fragile aussi.
06:08Alors justement, à propos de verre, on les lave régulièrement, ça on comprend bien après utilisation.
06:14Mais qu'en est-il des gourdes ? Parce que les gourdes sont très à la mode, on en trouve
06:18partout, on les apporte au travail, pour aller au sport, etc.
06:22Mais certains ne les nettoient pas quotidiennement, mais ils les utilisent pendant plusieurs jours.
06:26Ça, c'est pas forcément une bonne chose.
06:28Tout à fait. Une gourde peut sembler propre, surtout lorsqu'elle ne contient que de l'eau.
06:32Pourtant, même l'eau du robinet, généralement potable, n'est pas totalement dépourvue de micro-organismes.
06:37Et au fil des utilisations, d'autres bactéries peuvent s'ajouter.
06:40Selon Primrose Freeston, professeur de microbiologie clinique à l'université de Leicester au Royaume-Uni,
06:46une grande partie de la contamination vient de l'utilisateur lui-même.
06:50Les microbes présents sur les mains et ceux de la bouche se retrouvent dans la gourde à chaque gorgée.
06:55La température joue également un rôle.
06:57Certaines bactéries peuvent se multiplier à température ambiante, autour de 20 degrés.
07:00Et leur croissance peut s'accélérer lorsque l'eau reste longtemps dans la bouteille.
07:05Une étude menée à Singapour avec de l'eau du robinet préalablement bouillie
07:09a ainsi observé une augmentation importante des populations bactériennes
07:12dans les gourdes utilisées au cours de la journée.
07:15En moyenne, environ 75 000 bactéries par millilitre
07:18en milieu de matinée à plus d'un million, voire deux millions après 24 heures.
07:22Et autre facteur, ce que l'on met dans sa gourde, le thé, le café, les jus ou les boissons
07:27sucrées
07:27peuvent laisser des résidus qui favorisent le développement de bactéries et de moisissures.
07:31Les boissons contenant des protéines peuvent également laisser des dépôts propices à leur croissance.
07:36Certaines bactéries comme E. coli peuvent être introduites par des mains insuffisamment lavées.
07:41Et partager sa gourde peut aussi favoriser la transmission de virus,
07:44notamment le morovirus responsable de gastro-entérite.
07:47Éponge, téléphone, planche à découper pour tous ces objets familiers
07:51nous rappellent que les bactéries sont partout, y compris là où l'on ne pense pas toujours les chercher.
07:56Mais présence de bactéries ne signifie pas forcément danger.
07:59Le risque dépend des micro-organismes concernés, des conditions dans lesquelles ils se développent
08:03et de la manière dont ils peuvent être transmis.
08:06Inutile donc de chercher à tout stériliser.
08:08Le plus efficace reste d'adopter des gestes simples.
08:11Nettoyer régulièrement les objets que l'on utilise.
08:14Et attention aussi aux bouteilles d'eau.
08:15Quand on les ouvre et qu'on boit, après c'est compliqué.
08:20Surtout le lendemain, il faut utiliser l'eau pour arroser les plantes, par exemple.
08:24Par exemple, oui.
08:25Merci beaucoup.
08:25Avec plaisir.
08:26C'était Science & Nous.