- il y a 15 minutes
Chaque week-end, Alice Darfeuille vous accompagne de 21h à 00h dans BFM Grand Soir.
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00:0012h32, bienvenue dans BFM Grand Soir, notre prochaine invitée, Jérôme Guelch, bonsoir.
00:05Bienvenue sur ce plateau, vous faites partie de ceux qui étaient ce soir à ces rassemblements dans plusieurs villes de
00:11France.
00:11Vous étiez à Paris, rassemblement en hommage aux victimes de l'attentat de Trappes.
00:15C'était vendredi, je rappelle le bilan, un mort, sept blessés, quatre graves, trois légèrement.
00:21Ce qu'on a appris ce soir, on en parlera avec vous Hélène, c'est que la guerre d'avus
00:24de l'auteur présumé des faits a repris après des expertises psychiatriques.
00:29Je voudrais qu'on revienne d'abord en images, grâce au travail des équipes de Ligne Rouge sur cet attentat,
00:34ce qui s'est passé ces dernières 48 heures.
00:36L'enquête, le profil de l'auteur présumé des faits et les images aussi.
00:41C'est un récit de Stéphanie Zenati, Maël Janton, Clément Granon, Fanny Morel et on se retrouve évidemment juste après.
00:49Cela fait des années que Françoise, 82 ans, vit ici.
00:53Elle fréquente ses voisins et récemment, c'est avec Kevin Té, 39 ans, qu'elle a fait connaissance.
01:01Il est là depuis le printemps dernier.
01:03Je qualifierais cet homme de discret, évidemment, parce que jamais il n'a reçu quiconque, ni copain, ni copine.
01:11Je n'ai jamais entendu une musique chez lui.
01:13Je n'ai jamais vu quelqu'un sortir de chez lui.
01:15Seulement la nuit, j'entendais la serrure.
01:20Un homme qu'elle n'a croisé qu'occasionnellement dans les couloirs de l'immeuble au cours des derniers mois,
01:25mais qui la mettait mal à l'aise.
01:27Je l'ai trouvé insolite et depuis ce temps-là, je me montrais très méfiante.
01:33Je ne sais pas vous dire pourquoi.
01:35Je l'évitais en fait.
01:36Lui aussi, il semblait pressé quand je le croisais, parce qu'il devait être aussi méfiant que moi.
01:41Il a engendré chez moi de la méfiance.
01:43Depuis hier, je me rends compte que finalement, ça me faisait peur.
01:49Kevin T, l'assaillant présumé de l'attentat qui a coûté la vie, à un homme, attrape vendredi dernier.
01:56Il est aux alentours de 10 heures du matin, lorsqu'il débute son parcours meurtrier.
02:01Le suspect vise d'abord un homme qu'il touche mortellement, avant d'arriver à proximité d'une station-service
02:08de la ville.
02:09Les caméras de vidéosurveillance l'ont filmé sur le pas de la porte du magasin.
02:14Cette vidéo, on a décidé de ne pas la diffuser, mais on a choisi de diffuser des images figées et
02:20floutées de l'assaillant.
02:22On voit un homme qui surgit à l'image.
02:24Il s'agit du suspect, Kevin T, qui manie cette arme avec beaucoup de calme, avec beaucoup de détermination.
02:30Et cette arme semble s'enrayer.
02:32Il la réarme avec pas mal de calme et de précision.
02:36Il va blesser grièvement une personne et puis il va reprendre son périple meurtrier avec autant de calme.
02:43Et c'est ça qui est absolument surprenant.
02:46C'est quelques kilomètres plus loin que ce témoin qui a souhaité rester anonyme l'aperçoit.
02:51Je me pose au coiffeur avec un ami à moi, un peu plus âgé.
02:54On voit quelqu'un sortir de sa voiture une Clio grise.
02:59On voit qu'il est un fusil dans ses mains qui tient à deux mains.
03:02J'ai vu la personne tirer sur deux travailleurs qui déchargeaient leur camion.
03:06À ce moment-là, une personne a reçu une balle dans le cou.
03:09Il s'écroule directement au sol, l'autre dans les jambes.
03:12Et il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de sang, beaucoup de sang qui est au sol.
03:15Sans stress, il a tiré, sans revendications, sans paroles.
03:19Comme ça, après, il est reparti avec sa voiture.
03:22Pas forcément en roulant vite, normal.
03:26Kevin T est arrêté quelques minutes plus tard par les forces de l'ordre.
03:30Rapidement, le parquet antiterroriste est saisi.
03:34Le mobile raciste évoqué.
03:37Kevin T, s'il ne conteste pas la matérialité des faits, conteste le caractère raciste de ses crimes.
03:43Dans la fouille de son véhicule Renault Clio, était découvert un pistolet mitrailleur de marque Sten, calibre 9mm,
03:50ainsi que plusieurs éléments d'armes et de munitions, en particulier des chargeurs et un pointeur laser,
03:55un couteau, une bombe lacrymogène, une paire de menottes et un brassard police.
04:00Je tiens à préciser qu'aucun tract d'un parti politique n'a été découvert dans son véhicule.
04:07Kevin T n'aurait jamais caché ses opinions politiques.
04:11C'est ce que nous a raconté par téléphone Nadej.
04:14Elle connaît le suspect depuis une dizaine d'années.
04:16Je ne pensais pas qu'il ferait ça un jour.
04:19Oui, je savais qu'il est d'extrême droite, ça, il ne l'a jamais caché depuis des années.
04:24Enfin, il disait aussi souvent qu'il y en avait marre aussi, des gens qui ne respectent rien, des incivilités
04:28et tout,
04:29de ces immigrés, de ces gens des quartiers qui grattent les aides sociales alors que lui, il trime.
04:35Voilà, c'était son discours.
04:37Mais de là à être violent.
04:39Kevin T avait-il prémédité son passage à l'acte ?
04:43Avait-il s'y amensibler ses victimes ?
04:46Sa garde à vue a repris cet après-midi.
04:48Elle a été jugée compatible avec son état de santé psychiatrique.
04:54Un mot là-dessus, Hélène Lecomte.
04:56La garde à vue a repris.
04:58Jusqu'à quand ?
04:59Qu'est-ce que ça change ?
05:00Alors, d'abord, huit lieux, douze kilomètres, une vingtaine de minutes,
05:03c'est aussi ça qu'a raconté le procureur de la République antiterroriste sur ce périple meurtrier
05:08et au moins 128 munitions tirées.
05:10C'est donc là-dessus qu'il va devoir s'expliquer au cours de cette garde à vue
05:13qui a donc repris aujourd'hui à 14h46.
05:16Pour être très précise, une garde à vue qui peut se poursuivre jusqu'à jeudi minuit 36
05:21puisque lorsqu'une garde à vue est levée, le compteur s'arrête, si on peut dire,
05:28et reprend, lorsque celle-ci reprend, il y a environ 24h qui s'était déjà écoulée,
05:32cette garde à vue elle peut aller jusqu'à 96h.
05:34Ce qui rassure sans doute ce soir l'ensemble des familles des victimes,
05:39c'est que pour l'instant, la question psychiatrique,
05:43la question qui viendra plus tard peut-être,
05:46mais en tout cas d'une éventuelle abolition ou altération du discernement
05:50ou en tout cas d'une incompatibilité de l'état mental psychique du garde à vue
05:57ne l'empêche pas d'être interrogée.
06:00Et c'est ça qui est important ce soir puisque c'est la question qui se posait
06:03depuis son admission au sein de l'infirmerie psychiatrique de la préfecture de police de Paris.
06:09– Et cette garde à vue peut courir jusqu'à jeudi soir, minuit si j'ai bien…
06:13– Minuit 36.
06:14– Minuit 36.
06:15Jérôme Guetsch, vous, vous étiez donc au rassemblement organisé aujourd'hui
06:18dans plusieurs villes de France, notamment à Paris, en hommage aux victimes.
06:23On va voir quelques images.
06:25Racontez-nous tout d'abord ce que vous retenez de ce rassemblement.
06:28Qu'est-ce que vous avez entendu ? Qu'est-ce qui vous a marqué ?
06:31– Ce rassemblement, comme tous ceux qui sont organisés dans des petites et des grandes villes
06:36depuis ce week-end ou tout au long de la semaine,
06:39ils sont extrêmement importants parce que je pense qu'il est nécessaire face à un attentat
06:45dont le caractère raciste est aujourd'hui avéré, de signifier aux victimes, à leurs proches
06:54et à toutes celles et ceux qui sont meurtris dans leur gère,
06:57que c'est la communauté nationale dans son entièreté qui est meurtrie.
07:01Ce pays souffre de la segmentation de la communauté nationale.
07:06Moi, j'ai trop le souvenir d'un moment où chacun a pleuré les siens
07:12et a eu le sentiment que ça n'intéressait personne.
07:15Il est donc extrêmement important que dans ces moments-là,
07:18une unité républicaine se fasse jour
07:21et que de la même manière qu'après des actes antisémites,
07:28les autorités disaient quand un juif est assassiné parce que juif,
07:31c'est la République qui saigne,
07:33quand un musulman ou une personne arabo-musulmane
07:40ou une personne noire est assassiné à raison de la couleur de sa peau
07:44ou à raison de sa religion,
07:46c'est de la même manière la République qui saigne.
07:48C'est extrêmement important parce que c'est toujours le projet
07:52de ceux qui commettent des attentats terroristes,
07:56c'est de diviser la communauté nationale.
07:57Et donc, dans ces moments-là, ces rassemblements qui doivent se tenir
08:01et qui se tiennent dans la dignité doivent permettre de porter ce montage.
08:03Donc, ce que vous voulez dire, c'est que la teneur qu'a pris le débat politique très vite
08:09ne reflète pas ce que vous avez entendu ce soir lors de ce rassemblement
08:13ou malgré tout, vous diriez que vous avez aussi entendu de la colère ?
08:16Non, mais il y a incontestablement de la colère.
08:18Le pays est à cran.
08:21Et ce que j'ai entendu ce soir, ça vous concerne un peu directement
08:25et je ne veux pas personnaliser les choses,
08:28c'est la responsabilité que chacun, là où il est, doit questionner
08:32sur la banalisation, la forme de normalisation de préjugés racistes
08:40ou de paroles racistes.
08:42Et c'est vrai que dans le débat public, dans sa polarisation extrême,
08:46aujourd'hui, l'assignation identitaire est devenue extrêmement commune.
08:51Elle est plus forte aujourd'hui que l'hier ?
08:53Je n'ai pas l'impression, puisque c'est là où on voit le président de la République
08:57qui intervient vendredi de façon assez étonnante d'ailleurs,
09:01en disant qu'on avait l'impression que c'était la première fois
09:03qu'un crime raciste était commis en France.
09:05Et il a dû corriger d'ailleurs.
09:06Il a corriger.
09:07Précisément qu'il ne fallait pas donner une impression de hiérarchie.
09:11Je n'aime pas le terme.
09:12Exactement.
09:13Et puis, ça fait quand même des années et des années,
09:16d'abord, il y a toujours eu du racisme ou de l'antisémitisme,
09:19mais à plus ou moins haute dose.
09:21Et depuis 20 ans, on ne peut pas dire que la France soit exemptée
09:25d'accès de fièvres comme ça, qui sont d'ailleurs tout à fait détestables.
09:29Oui, mais par contre, on a une intensification des passages à l'acte
09:34et au-delà des paroles, des meurtres.
09:42Si on regarde ces quatre dernières années, il y a eu huit personnes qui, d'une manière
09:48ou d'une autre, ont été victimes d'attentats ou de meurtres liées à l'extrême-droite.
09:58Disons les choses.
10:00Et il n'y a pas toujours eu la qualification terroriste qui était mise en avant
10:04quand le malheureux joueur de rugby à Rambourou était assassiné.
10:07C'est dans le champ de l'extrême-droite.
10:11Et on a comme ça plusieurs événements.
10:13Je précise qu'aujourd'hui, le nouveau chef des députés du Rassemblement national,
10:17Sébastien Chenu, a réfuté toute responsabilité collective dans cette attaque raciste
10:22alors qu'effectivement, la gauche, une grande partie de la gauche,
10:26accuse l'extrême-droite d'encourager ce discours.
10:28Vous lui répondez quoi ?
10:30Mais on ne peut pas alimenter dans cette diversité de la famille de l'extrême-droite
10:37Éric Zemmour, quand matin, midi et soir, il explique que le grand remplacement
10:41menace l'identité de la France, que des racailles de banlieues
10:49issues de l'immigration viennent piller les centres-villes et désigner.
10:56Moi, je n'ai aucune complaisance pour les pilleurs.
10:58Et ils doivent être jugés pour les faits pénaux qu'ils ont commis.
11:02Mais l'espèce d'amalgame, de généralisation et de stigmatisation
11:09adressée à une partie de nos concitoyens, pardon de le dire,
11:13mais d'ailleurs, je n'ai pas à m'excuser, participe de la banalisation.
11:18Il y a la liberté d'expression quand même.
11:19Oui, mais c'est là que c'est casse-gueule, pardonnez-moi l'expression,
11:22parce que c'est la liberté d'expression.
11:25Le racisme, c'est un délit avant d'être une opinion.
11:30Et on ne peut pas faire cinq minutes pour un gros raciste et cinq minutes
11:34pour un universaliste républicain qui essaye de défendre la concorde nationale.
11:40Je ne mets pas un signe égal avec une liberté d'expression.
11:42On n'est pas aux Etats-Unis.
11:44Nous avons, dans ce pays, légiféré pour sanctionner,
11:48depuis la loi Pleven de 1972, en passant par la loi Guesso de 1990,
11:53où les outils qui ont été renforcés en 2015, on a décidé de sanctionner.
11:57Et il y en a beaucoup qui se glissent dans les interstices.
11:59Il y en a qui veulent justement changer la manière dont ça fonctionne en France.
12:03Ça ne va pas vous surprendre, c'est Jean-Luc Mélenchon, notamment.
12:07Écoutez ce qu'il dit ce soir, lui aussi, il était un rassemblement,
12:09pas lui-même que le vôtre, ce qu'il dit sur le racisme
12:12et la manière dont il entend combattre le racisme, s'il est président.
12:17C'est mon devoir de marcher devant vous en portant l'idée
12:22que dans la Nouvelle-France, nous ne voudrons plus jamais entendre parler d'un racisme
12:27ou que ce soit dans une fonction d'autorité.
12:35Ce qu'il sera pourchassé et puni systématiquement
12:43par la déchéance des fonctions d'autorité,
12:46par ceux qui, d'une manière ou d'une autre,
12:49auront signifié qu'ils en sont affectés.
12:52En fait, il dit qu'il faudra d'une certaine manière traquer le racisme
12:57du côté de ceux qui occupent des fonctions particulières.
13:00On ne sort de l'ambiguïté qu'à ses dépens, quand même.
13:03Quand à une tribune publique, devant des milliers de personnes,
13:06on parle d'un monsieur Epstein et d'un monsieur Glucksmann,
13:11je pense que, quand même, on peut avoir quelques interrogations.
13:15Je vous ai dit il y a un instant que le racisme était un délit
13:18avant d'être une opinion.
13:19Et toutes les paroles racistes ne sont pas, malheureusement,
13:25pénalement qualifiables.
13:26Elles peuvent être allusives, elles peuvent être suggestives,
13:29elles peuvent être interstitielles.
13:31C'est ce que j'appelle le racisme d'atmosphère.
13:33Quand vous disiez on peut débattre de telle ou telle théorie.
13:37Moi, je n'ai pas de complaisance pour ceux qui viennent sur des plateaux
13:39et qui vous expliquent que le grand remplacement,
13:40il n'y a pas de problème, je peux vous en parler.
13:42Je veux le combattre.
13:43Ce n'est probablement pas pénalement répréhensible.
13:46Et fort heureusement que la loi ne vient pas interdire toutes les unions.
13:49Mais de là à faire table ouverte et micro ouverte en continu
13:53à certains endroits et d'alimenter et de nourrir cette petite musique,
13:57ça, ce n'est pas possible.
13:58Et donc, c'est pour ça que je ne crois pas au seul outil juridique.
14:03C'est un sujet d'ADN, d'anticorps républicains
14:08qui doivent se manifester dans le pays.
14:10C'est-à-dire qu'il y a une éthique individuelle et collective
14:13à ne pas laisser passer des actes de sa nature.
14:16Et y compris quand on va aussi flirter sur d'autres sujets
14:21avec la ligne jaune.
14:24Parce qu'en effet, c'est trop facile de se dire,
14:27on l'entend souvent à l'extrême droite,
14:28de dire, écoutez, nous ne sommes pas condamnés
14:30pour tel ou tel propos.
14:31Encore une fois, Éric Zemmour, il parle de grand remplacement,
14:33mais il alimente, il nourrit des positions de cette nature.
14:38Et je n'ai pas de lien de causalité immédiat.
14:41Je ne suis pas de ceux qui disent que ça a armé le bras
14:45de celui qui est passé à l'acte.
14:46Il est individuellement et pénalement répréhensible
14:48et seul responsable.
14:50Mais quand le discours se répand à ce point partout dans la société,
14:55sur les réseaux sociaux, sans filtre,
14:57on a un sérieux problème,
14:59qui est celui de l'éducation,
15:00qui est celui de la cohésion nationale,
15:03qui est celui de la lutte contre les discriminations.
15:05parce qu'on ne peut pas se lamenter du racisme
15:08et constater que la promesse républicaine d'égalité
15:11pour des gens qui jouent le jeu,
15:13qui passent les concours,
15:14qui réussissent dans leurs études,
15:17qui réussissent dans leur activité professionnelle
15:19et qui se heurtent à des difficultés pour trouver un boulot,
15:23tout ça existe.
15:24Tout ça existe.
15:26Les discriminations à l'embauche, ça existe.
15:27Les discriminations dans le logement, ça existe.
15:29Et ce pays, singulièrement, depuis 30 ans,
15:32n'a pas pris la mesure de ce qui devait être.
15:34Oui, il y a une régression.
15:35Il n'a pas pris la mesure de ce que devait être une politique.
15:38Rappelez-vous, au lendemain des émeutes de 2005,
15:41une fois que l'ordre a été rétabli,
15:43Jean-Louis Borloo met sur la table
15:45beaucoup de propositions sur le renouvellement urbain, etc.
15:47Et puis, il y a tout un volet
15:48sur les questions relatives aux discriminations.
15:50Martine Aubry, presque 10 ans auparavant, en 1998,
15:53pour la première fois, avait dit
15:54on a un problème dans ce pays, on parle d'intégration,
15:56mais il faut assumer aussi qu'il y a des discriminations.
15:58Quand je tiens ce type de discours,
16:00on dit, ça y est, c'est une sorte de victimisation.
16:02Non, moi, je suis un républicain.
16:04Dans ce pays, discriminer quelqu'un à l'embauche,
16:07au logement, à l'accès à un loisir,
16:09à l'entrée à une boîte de nuit,
16:10c'est une violence qui ne justifie aucune autre violence,
16:14mais qui doit être traitée comme telle.
16:16Et oui, on a sous-estimé l'ampleur
16:19de ces humiliations du quotidien.
16:23C'est illégal.
16:23D'abord, et avant tout, c'est illégal.
16:25Dans l'article 225.1 du Code pénal, c'est illégal.
16:29Le seul problème, c'est qu'on n'a pas pris la mesure
16:31de ce que ça signifiait.
16:32Et donc, il faut que nos sociétés questionnent
16:34tous ces outils d'égalité
16:36et de la manière d'honorer la promesse républicaine.
16:39Et que nos responsables politiques aussi se questionnent.
16:42Oui, et d'ailleurs, par rapport à ce que disait
16:44Jean-Luc Mélenchon,
16:46il y a quelques mois, le président de la République lui-même
16:49a souhaité compléter l'arsenal législatif
16:52en faisant la condamnation pour propos racistes
16:56des motifs d'inéligibilité.
16:59Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.
17:01Si vous piquez dans la caisse,
17:02vous pouvez être déclaré inéligible.
17:06Mais si vous êtes ouvertement et condamné
17:08pour incitation à l'aide raciale ou autre,
17:11ce n'est pas un motif d'inéligibilité.
17:12Et moi, je considère que c'est en effet
17:13un enjeu d'exemplarité dans la parole publique.
17:16Donc, il ne fait pas que des mauvaises choses.
17:18Du coup, il n'a pas que des mauvaises idées,
17:19ce président de la République.
17:21Non, mais c'était une proposition
17:22qui était portée par de nombreuses associations
17:25de lutte contre le racisme
17:26qui avaient été envisagées
17:29dans notamment les assises
17:30de lutte contre l'antisémitisme
17:32et de lutte contre le racisme.
17:34Et je pense que ce n'est pas encore fait.
17:37Il manque un vecteur juridique
17:38pour prendre cette mesure.
17:40Ce n'est pas elle qui réglera tout.
17:42dans l'intransigeance
17:43qui doit être collective
17:44sur toute manifestation de racisme,
17:46a fortiori quand elle vient
17:47de décideurs publics,
17:48parce que c'est ça qui rique le débat.
17:49Justement, alors, puisque vous êtes
17:50à l'avant-garde pour le Parti Socialiste,
17:52en tous les cas, de ces sujets-là,
17:56il y a un ancien ministre
17:58qui venait du Parti Socialiste,
18:00d'ailleurs, qui a dit
18:00qu'on vivait côte à côte.
18:02Ça va se terminer face à face.
18:05Comment on fait ?
18:06Parce que c'est la solution.
18:08Bon, elle est individuelle, chacun,
18:10mais c'est aussi une volonté politique
18:12pour que cette intégration,
18:15cette communauté, cette unité se réalisent.
18:18Je vais utiliser un mot,
18:19mais qui correspond à une réalité.
18:21Il faut casser les ghettos.
18:22Ils existent encore.
18:23Je vous parlais tout à l'heure
18:24du plan de rénovation urbain de 2005.
18:27J'ai été président du département de l'Essonne.
18:29On a vu, en effet,
18:30à beaucoup d'endroits,
18:31des choses se faire.
18:32Mais les ghettos sociaux,
18:35socio-ethniques, existent.
18:36Et il faut les regarder
18:37pour ce qu'ils sont.
18:39Et nos outils sont extrêmement défendants.
18:42S'il n'y a pas de mixité sociale à l'école,
18:44s'il n'y a pas de mixité sociale
18:46dans un quartier,
18:47alors il n'y a pas de promesse républicaine
18:50qui fonctionne.
18:50Et encore une fois,
18:52ce n'est pas un discours
18:53pour exonérer les responsabilités individuelles.
18:56Moi, je considère
18:57qu'on est toujours responsable
18:58de ses propres actes.
19:00Mais en même temps,
19:00on évolue dans un environnement
19:03dont on n'est pas directement responsable.
19:05Quand les politiques d'attribution
19:07de logements sociaux
19:10aboutissent à concentrer
19:11aux mêmes endroits
19:12des personnes qui présentent,
19:13soit qui sont des primo-arrivants
19:14issus de l'immigration,
19:16soit des personnes
19:16qui présentent des difficultés sociales,
19:19l'intégration,
19:20elle ne peut pas fonctionner.
19:21Elle ne peut pas fonctionner.
19:22Ça, ce sont effectivement
19:23nos premières idées.
19:23Mais au-delà de ça,
19:24pour reprendre la question de Dive,
19:26est-ce qu'il n'y a pas ici
19:27une histoire d'affichage,
19:28de comportement
19:29de la part des responsabilités
19:30des responsables politiques
19:32qui, deux heures après cet attentat,
19:35l'enquête ne faisait que commencer.
19:37On commençait à vouloir trouver,
19:39pointer du doigt,
19:39des boucs émissaires,
19:41des responsables politiques
19:42à tout prix.
19:44Est-ce que là,
19:44il n'y a pas un problème,
19:45quand même ?
19:46Ou vous dites non,
19:48c'est logique en fait ?
19:49Imaginez l'inverse.
19:52Imaginez si la classe politique
19:54avait été atone
19:54et avait traité cet attentat
19:57comme un fait divers
19:59qui ne disait pas quelque chose
20:01de l'état de notre société.
20:03Qu'aurait-on dit ?
20:04Donc oui,
20:05c'est légitime
20:05de relayer
20:08l'inquiétude
20:09d'une partie de nos citoyens.
20:10Il ne faut pas forcément dire
20:11que c'est de sa faute à lui,
20:12c'est de la faute à lui.
20:13On peut juste condamner,
20:15s'émouvoir,
20:16dire qu'il ne faudra plus
20:16que ça se passe.
20:17Non, vous pensez que ça,
20:18c'est totalement naïf ?
20:19Écoutez,
20:20il faut battre le fer
20:21tant qu'il est chaud.
20:22Quand il y a un émoi
20:23qui se déclenche
20:24et quand on a un crime raciste
20:25dans le pays,
20:26la moindre des choses,
20:27c'est le désigner
20:28pour ce qu'il est.
20:29Parce que sinon,
20:29c'est l'inverse
20:30de ce par quoi j'ai commencé.
20:32Si le sujet avait été banalisé,
20:33s'il n'avait pas été
20:34objet de débat et de discussion,
20:36imaginez le désarroi
20:37et la détresse
20:38qui est déjà réelle
20:39et la colère
20:39qui est encore présente
20:40d'une grande partie
20:41de nos concitoyens
20:42qui nous disent
20:43qu'on ne compte pas,
20:45on n'existe pas,
20:46on ne s'intéresse pas
20:47quand il y a un attentat
20:49raciste de cette nature.
20:51Donc non,
20:51je pense qu'il faut,
20:53mais après le traité,
20:55je défends l'approche
20:56de la nuance
20:58dans le débat public.
20:59Donc ça ne sert à rien
21:00que ça alimente
21:01la polarisation
21:02qui elle-même
21:02enferme les uns
21:03et les autres
21:04dans l'impossibilité
21:05de trouver des solutions communes.
21:06Anne-Saura Dubois,
21:06une question peut-être
21:07sur les déclarations
21:08d'Emmanuel Macron
21:09qui vous ont particulièrement agacé
21:11et après on passera
21:12au débat politique
21:13avec nos débatteurs.
21:14On largit un peu,
21:15pas seulement les lycéens,
21:16pas seulement Trappes,
21:17mais en général,
21:18vous disiez
21:18le pays est à cran,
21:19le chef de l'État
21:19en déplacement aujourd'hui
21:20a dit ce n'est pas normal
21:22qu'à six mois
21:22de l'élection présidentielle,
21:23le pays soit dans cet état
21:24d'ébullition.
21:25Qu'est-ce que ça vous évoque
21:27cette déclaration ?
21:27Écoutez,
21:28il y a deux lectures,
21:29soit c'est assez factuel
21:32et pas très,
21:34je vais essayer d'être délicat,
21:37pas très inspiré,
21:37voilà,
21:39soit c'est une inquiétude
21:41que je peux partager
21:42qui est de savoir
21:43de quelle manière
21:44nous allons appréhender
21:45le débat présidentiel
21:46qui est crucial pour le pays,
21:47qui est crucial pour l'Europe
21:48et peut-être même pour le monde
21:49parce que le président
21:50qu'on choisira en France,
21:52ce n'est pas tout à fait
21:52la même chose
21:53s'il est aligné
21:54sur les positions de Poutine
21:55ou s'il continue à penser
21:56que la construction européenne
21:57sert à quelque chose.
21:58Donc,
21:59si la question porte
22:00sur la qualité
22:01du débat public,
22:03je serai,
22:03dans le prolongement
22:04de ce que je viens de dire,
22:05en effet,
22:06inquiet
22:06si l'élection présidentielle
22:08est une sorte de surenchère
22:09polarisée,
22:11campiste,
22:11dans laquelle chacun
22:12pense avoir raison
22:13tout seul dans son coin
22:14et qui assume
22:15une confrontation stérile.
22:16Parce qu'il dit le pays,
22:18il ne dit pas la classe politique,
22:19il dit le pays.
22:20Alors,
22:21le pays est à fond,
22:21c'est vraiment
22:22c'est anormal
22:23que le pays soit
22:23dans cet état d'ébullition
22:25dans cette fin de quinquennat
22:27à six mois de l'élection.
22:28Là où ce n'est pas très inspiré,
22:29c'est que ça évacue
22:30toute responsabilité
22:31pour celui
22:32qui a été à la tête du pays
22:34depuis dix ans.
22:35Il découvrait
22:36que les choix
22:37et les non-choix
22:38réalisés
22:39ou pas réalisés
22:40depuis dix ans
22:41n'ont pas de conséquences
22:42sur l'état du pays,
22:44sur la situation
22:45des lycées,
22:46le niveau du pouvoir d'achat
22:47ou le niveau
22:48de crispation
22:49dans le pays,
22:50y compris sur les questions
22:52identitaires.
22:53Donc,
22:54il y a un peu
22:54un côté
22:55je débarque
22:56et je découvre
22:58la situation
23:00alors que
23:01j'en suis directement responsable.
23:03Donc,
23:03c'est assez baroque
23:05comme approche
23:06pour un président
23:07quelques mois.
23:08Si j'inversais sa phrase,
23:10je dirais
23:10c'est quand même étonnant
23:11qu'un président de la République
23:12dise ça
23:13à six mois
23:14de son départ.
23:15Merci Jérôme.
23:17Merci à vous.
23:17Sous-titrage Société Radio-Canada
23:17Merci à vous.
23:17Sous-titrage Société Radio-Canada