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00:00En France, la colère de la jeunesse ne retombe pas.
00:04Depuis plusieurs semaines, lycéens et étudiants se mobilisent autour des conditions d'enseignement,
00:11du manque de moyens, mais aussi de leur avenir.
00:15Face à cette contestation, le gouvernement a annoncé plusieurs concessions,
00:20mais suffiront-elles à apaiser les tensions ?
00:23Et cette colère dépasse à présent les frontières françaises,
00:27en Italie, en Belgique ou encore en Espagne.
00:30D'autres mobilisations mettent en lumière les difficultés auxquelles sont confrontés les jeunes européens.
00:36Alors assiste-t-on à une nouvelle vague de contestations de la jeunesse en Europe ?
00:40Et quelles pourraient être les conséquences politiques ?
00:43On en parle, comme je le disais, avec Mostafa Tossa, journaliste, éditorialiste depuis Paris.
00:49Bonsoir, monsieur.
00:52Bonsoir.
00:53Alors commençons par la France.
00:56Selon vous, est-ce que les concessions accordées par le gouvernement peuvent apaiser la colère ?
01:02Le gouvernement a annoncé lundi une réforme de Parcoursup,
01:06davantage de place dans l'enseignement supérieur,
01:09mais aussi une limitation des effectifs dans certaines classes.
01:13Est-ce que ces concessions suffisent ?
01:16Et si elles ne suffisent pas,
01:18pourquoi est-ce qu'elles n'arrivent pas à convaincre les organisations lycéennes et étudiantes ?
01:23Oui, c'est vrai que le gouvernement a essayé de dégoupiller cette crise avec l'ICAA en faisant un certain
01:31nombre de concessions,
01:33notamment sur la réforme de ce qu'on appelle Parcoursup,
01:36notamment sur le plafonnement des classes au lycée à 28,
01:40notamment sur des investissements sur le bâti scolaire qui souffre d'un certain nombre d'handicaps,
01:47et notamment sur la réforme du lycée en général.
01:51Alors, jusqu'à présent, au vu des réactions des organisations qui représentent les lycéens,
01:57c'est une bonne chose, mais ce n'est pas suffisant pour apaiser les colères,
02:01et ce n'est pas suffisant non plus pour calmer les esprits,
02:05parce que là, en ce moment, on est en pleine vacance scolaire,
02:09et les cours et les classes vont reprendre le 2 novembre prochain,
02:16et on verra si les concessions faites par le gouvernement ont été suffisantes
02:22pour calmer et convaincre les lycéens.
02:25Mais jusqu'à présent, les premiers signaux qui ne sont parvenus du mouvement lycéen
02:29laissent entendre que c'est largement loin d'être insuffisant.
02:31Et vous parliez des vacances scolaires qui auraient pu marquer une pause dans la contestation,
02:38pourtant un nouvel appel à manifester a été lancé pour le 31 octobre.
02:42Le gouvernement a-t-il sous-estimé la détermination de la jeunesse ?
02:47En fait, ce qui s'est passé depuis le début des vacances scolaires,
02:52c'est que le mouvement lycéen s'est greffé sur d'autres revendications,
02:59d'autres manifestations, il y avait un large slogan,
03:04celui de dénoncer la vie chère, de dénoncer la baisse du pouvoir d'achat,
03:09de dénoncer le prix du carburant qui ne cesse de monter.
03:14Donc il y avait pendant ces deux semaines de vacances scolaires
03:17une « alternative » à ces manifestations,
03:21et on ne savait plus si c'était uniquement les lycéens qui manifestaient
03:25ou si c'est d'autres catégories sociales.
03:27Alors, ce qui est sûr, c'est que le 5 novembre,
03:31il y a un appel à manifester de manière générale,
03:34notamment on annonce le grand retour du mouvement des Gilets jaunes,
03:38et aussi les centrales syndicales…
03:39Acte 3, donc, c'est bien ça.
03:41Oui, et aussi les centrales syndicales qui appellent
03:44à une journée nationale extrêmement importante.
03:47Quelle sera la place du mouvement lycéen à ce moment-là,
03:50dans ce mouvement ?
03:52Là est toute la question.
03:53Mais ce qui est certain, c'est que les démarches entreprises
03:58par le gouvernement français,
03:59notamment par le ministère de l'Éducation
04:01et de l'Enseignement supérieur,
04:04n'ont pas été suffisantes pour convaincre
04:06et pour satisfaire les demandes des lycéens,
04:09ce qui préfigure que ce mouvement va reprendre un petit peu
04:14ses contestations dès le 2 novembre.
04:17Dès le 2 novembre, je crois savoir qu'il y a un nouvel appel
04:21aussi à manifester le 31 octobre, c'est bien ça.
04:24Oui, oui, il y a le 31 octobre, il y a le 5 novembre.
04:28Mais le problème, c'est que si on arrive à cette impasse,
04:33c'est-à-dire que les gens manifestent, réclament, revendiquent,
04:36et qu'il n'y a pas en face une réponse du gouvernement
04:39de manière satisfaisante,
04:41de nombreux observateurs politiques disent qu'on risque d'avoir
04:45tous les samedis un mouvement de contestation
04:48et de revendication,
04:50et ce, jusqu'à la tenue de l'élection présidentielle en mai prochain.
04:54Donc, il n'y a pas un signal
04:57comme quoi ce mouvement de revendication
05:00pourrait s'arrêter du jour au lendemain.
05:03Et selon vous, est-ce que cette crise,
05:04pour finir sur la France,
05:06est-ce que cette crise révèle une perte d'autorité
05:08du président Macron,
05:10ou est-ce que c'est plus une rupture de confiance,
05:13très rapidement,
05:15entre le gouvernement et les citoyens ?
05:17En fait, cette crise révèle,
05:20elle est due principalement
05:22à l'absence de marge de manœuvre budgétaire
05:25chez le gouvernement et chez Emmanuel Macron.
05:29Avant que cette crise ne démarre,
05:31il faut toujours rappeler que Sébastien Lecornu
05:34a été chargé par Emmanuel Macron
05:35de concocter, d'élaborer un budget,
05:38le budget de 2027,
05:39et qu'il était le titre principal de ce budget,
05:42c'est l'austérité pour faire baisser la dette.
05:45Et cette austérité est incompatible
05:47avec les revendications sociales.
05:49Donc, tant que le gouvernement marche
05:52avec cette idée d'austérité,
05:55il n'y aura pas de satisfaction
05:56de ces revendications sociales,
05:58et donc il y aura davantage de manifestations
06:02dans la rue en France.
06:04Et à l'approche de la présidentielle 2027,
06:06Marine Le Pen et le Rassemblement national,
06:09peuvent-ils tirer profit de cette colère sociale,
06:13selon vous ?
06:14Oui, c'est vrai que les deux extrêmes
06:17sont en train de jouer le jeu
06:20de l'instrumentalisation.
06:21chacun voudrait tirer son épingle de jeu
06:24et exploiter cette colère sociale.
06:27Alors, on a d'un côté
06:28la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon
06:31qui jette l'huile sur le feu,
06:34qui veut absolument créer le chaos
06:36pour montrer qu'Emmanuel Macron
06:38a complètement échoué
06:40et que c'est lui l'alternative
06:42sur laquelle le regard des Français
06:44doit se diriger.
06:45Donc, c'est une occasion en or
06:49pour Jean-Luc Mélenchon
06:50et pour la France insoumise
06:51pour dire que lui est le seul
06:54à posséder la solution
06:56pour répondre à cette colère.
06:57Mais d'un autre côté,
06:58on a de l'autre que l'extrême droite
07:00avec Marine Le Pen
07:01qui veut montrer la défaillance de l'État,
07:04le recul de l'ordre
07:06et se présenter comme la personne politique,
07:10la personnalité politique
07:11qui peut remédier à cette carence d'ordre
07:15et de devoir dans la société française.
07:18Donc, les deux sont en train d'utiliser
07:20cette situation sociale extrêmement effervescente
07:24pour faire avancer leur agenda politique.
07:27Parlons à présent, M. Tossat,
07:29de la colère qui gagne l'Europe.
07:31La France n'est plus dorénavant
07:34un cas isolé.
07:37Ces mouvements se développent
07:38dans plusieurs pays au même moment.
07:41Est-ce qu'on peut parler
07:42d'une véritable vague européenne de contestation
07:46ou est-ce que c'est plutôt, selon vous,
07:48des crises nationales qui se ressemblent
07:50mais qui ne sont pas liées ?
07:53En fait, on peut parler d'une contagion.
07:56L'étincelle de la colère lycéenne
07:58est partie de France
07:59et là, c'est né dans un certain nombre de pays
08:03et on a de nombreuses capitales
08:06qui sont victimes de ces mouvements de revendications.
08:10Tous ne tombent pas dans la destruction ou la violence
08:17mais il y a un point commun
08:19à toutes ces manifestations.
08:21C'est que ces revendications
08:22et ces mouvements sociaux
08:24sont en train de dénoncer
08:26l'austérité imposée
08:28par les pays européens
08:29à leur société.
08:31Alors, quel est le point commun
08:32de toutes ces revendications ?
08:34C'est qu'à un moment donné,
08:35l'argent public de ces pays
08:39a été mobilisé
08:41pour aider l'Ukraine.
08:42L'Ukraine a en quelque sorte
08:44siphonné l'argent public de ces pays
08:46et ils n'ont plus les moyens
08:48d'investir dans les secteurs publics,
08:50dans l'éducation,
08:51dans la santé,
08:52dans les infrastructures
08:53et ce qui fait
08:54qu'un certain nombre
08:55de mouvements sociaux
08:57sont sortis pour dire stop
08:59à cette politique d'austérité.
09:01Merci beaucoup,
09:02Mostafa Tossa.
09:03On développera peut-être ce point
09:04avec vous mardi prochain.
09:08Merci beaucoup d'avoir été
09:09avec nous ce soir.
09:10Merci.
09:11Merci.
09:12Merci.

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