00:04L'inclusion peut aussi être un atout pour le développement international des entreprises entre la diversité des parcours, les compétences
00:10linguistiques, les doubles cultures, autant de richesses qui peuvent faciliter l'accès à de nouveaux marchés.
00:16Pour en parler, je suis ravie d'accueillir Sophie Sidos. Bonjour.
00:18Bonjour.
00:19Vous êtes présidente des conseillers du commerce extérieur de la France et puis engagée au sein du groupe industriel Vika
00:24en tant que présidente de la fondation Louis Vika et vice-présidente de la Holding.
00:28Alors vous avez intervenu aujourd'hui dans une conférence consacrée à l'inclusion, au développement international.
00:35Est-ce que pour vous une double culture, ça peut être un véritable atout pour comprendre un marché et nouer
00:40des relations commerciales ?
00:41Évidemment. En fait, avec une double culture, vous allez deux fois plus vite.
00:44Parce que vous avez et la culture d'entreprise, souvent d'entreprise française, et puis quand vous partez à l
00:49'international, si vous êtes déjà de ce pays-là, ça va quand même beaucoup plus vite.
00:53Vous évitez les écueils, vous connaissez les bons réseaux, les bonnes personnes et vous allez droit au but.
00:57Donc oui, le biculturalisme, c'est quelque chose que nous pratiquons, que nous aimons et que nous favorisons.
01:02Est-ce que vous trouvez qu'il y a un petit biais français ? Est-ce qu'on arrive vraiment
01:07à valoriser ces éléments qui ne sont pas forcément des lignes qu'on note dans un CV ?
01:12C'est des compétences en plus, des compétences humaines ?
01:15Alors, on n'arrive peut-être pas toujours à bien les valoriser. On ne sait pas forcément bien comment les
01:20valoriser, dans quel pays.
01:21Moi, ce que je constate avec la francophonie, c'est que nous, nous sommes dans plusieurs pays d'Afrique de
01:27l'Ouest, au Sénégal, au Mali, en Mauritanie.
01:30C'est très facile de passer d'un pays à l'autre pays quand on a cette biculturalité.
01:34C'est beaucoup plus facile que quand vous êtes juste français, que vous partez en Mauritanie ou au Sénégal ou
01:40au Mali.
01:41Je vous prends l'exemple, par exemple, de mon directeur au Mali ou même celui du Sénégal, Elage Sec, qui
01:47est bicultural.
01:49Il est à la fois sénégalais et français. Pour lui, c'est beaucoup plus facile de s'adapter dans son
01:53pays, le Sénégal, de revenir chez nous en France que l'inverse.
01:56Il ne faudrait pas non plus enfermer les personnes dans des cas ? Ce n'est pas parce qu'on
01:59est biculturel que, je dirais, français-marocain, qu'il faut absolument qu'on développe sa carrière au Maroc ?
02:04Comment est-ce que vous travaillez ça aussi au sein de votre entreprise ?
02:06Oui, tout à fait. Ce qui va compter, ce n'est pas forcément que le diplôme, évidemment, parce que peut
02:11-être en sortant d'école, c'est plus facile d'avoir un diplôme.
02:14Après, celui qui va vouloir apprendre par le rang, on a chez nous, hier j'étais à Nice, dans notre
02:21usine, notre numéro 2 de l'usine.
02:23Il a commencé comme maçon par le rang, au pied de l'échelle, puis il est monté petit à petit.
02:28Il est numéro 2 de notre usine aujourd'hui parce qu'avec le temps, il a montré ses compétences, il
02:32a pu progresser.
02:34C'est pareil pour les biculturels, ils auront plus de facilité connaissant déjà la langue du pays, évidemment, à s
02:38'adapter.
02:39Mais après, si vous prenez par exemple le cas de l'Inde, si vous n'êtes pas dans la bonne
02:43caste indienne, vous aurez beau être biculturel, vous ne s'y arriverez jamais.
02:47Malheureusement, parce qu'il faut déjà au départ avoir les codes qui vont vous donner l'accès à cette caste
02:52-là,
02:52où ce sera peut-être plus facile d'avoir certains contrats avec d'autres commerciaux.
02:55Dans chaque pays, il y a ces différenciations, mais c'est vrai que quand vous êtes déjà du pays, c
03:00'est quand même plus facile.
03:01Comment est-ce que vous faites pour travailler les carrières internationales pour des personnes qui n'ont pas forcément les
03:06compétences,
03:06qui n'ont pas appris beaucoup de langues dans leur parcours, qui ne sont jamais encore allées à l'étranger,
03:12mais c'est quand même leur ouvrir des portes que leur proposer des postes à l'étranger ?
03:17Tout à fait.
03:18Ou les jeunes, très jeunes, on leur propose le VIE, qui est vraiment un contrat exceptionnel,
03:23parce que vous envoyez un jeune dans un pays, il va découvrir un pays, il n'y connaît rien,
03:27et en principe, il va être embauché par l'entreprise, parce que l'entreprise va être contente de ce qu
03:31'il va faire,
03:31et puis lui, comme il aura déjà passé un an ou deux ans dans le pays, il va vouloir rester.
03:35Alors l'intérêt pour l'entreprise, c'est que vous ne payez pas de charges sur ce jeune-là,
03:39il n'est pas excessivement payé, donc c'est très intéressant de l'avoir.
03:42Pour ce jeune-là, il va découvrir un univers qu'il ne connaît absolument pas.
03:45Il aura fait toutes ses études et sa vie en France, et puis là, il va être projeté dans un
03:48pays,
03:49et il va découvrir un univers totalement différent.
03:51Donc le VIE, c'est déjà pas mal pour un jeune.
03:55Après, comment est-ce qu'on fait ?
03:56Alors moi, j'embauche pas mal d'anciens militaires.
03:58Pourquoi ? Parce que les militaires, ils changent souvent de poste, assez régulièrement,
04:02à ces flexibilités, de se remettre en question aussi, tous les ans, tous les deux ans.
04:07Et donc, dans ces pays-là, les pays de l'Afrique de l'Ouest, ils s'adaptent très bien,
04:10ils savent bien se développer, ils savent bien se remettre en question.
04:13Souvent, quand vous embauchez un cadre supérieur, et que vous lui proposez d'aller dans un pays étranger,
04:18ça va être plus compliqué, parce qu'il va vouloir un statut d'expatrié.
04:21Aujourd'hui, c'est plus difficile.
04:24On trouve localement une main-d'œuvre très qualifiée et très bonne,
04:27donc envoyer un expatrié, c'est plus compliqué.
04:31Et inversement, quand un de nos cadres étrangers revient en France,
04:34pas évident de se remettre au goût de la France,
04:36parce qu'il y aura des exigences beaucoup plus difficiles,
04:40et il n'aura pas envie de se remettre en question.
04:43Pour terminer cette interview, est-ce que vous auriez un exemple concret
04:46où la diversité des employés vous a permis de développer peut-être un nouveau marché international,
04:53d'aller à la rencontre de territoires que vous n'auriez pas encore développés ?
04:58Oui, alors c'est vrai que la chance d'avoir quelqu'un de binational, ça nous ouvre.
05:03Je prends l'exemple peut-être du Kazakhstan.
05:05On a un directeur qui est kazak aujourd'hui,
05:08qui connaît parfaitement, il a été anciennement un ministre en plus.
05:12Alors ce n'est peut-être pas le bon exemple, c'est peut-être un niveau trop élevé.
05:14Mais si je vous prends quelqu'un, je vais vous prendre quelqu'un de plus simple,
05:17parce que dans tous mes pays, ils sont ou binationaux ou du pays.
05:22Ou alors même une personne plus âgée, tiens.
05:24On avait embauché un monsieur qui devait partir à la retraite et on l'a embauché chez nous.
05:31Alors embauché quelqu'un qui a 63 ans, vous vous dites, vous êtes complètement tombé sur la tête.
05:37Eh bien non, il était algérien.
05:39On l'a embauché chez nous parce que c'est quelqu'un qui n'avait pas froid aux yeux
05:41et qui n'avait pas froid d'expliquer aux jeunes chez nous
05:45qu'être algérien aujourd'hui, c'était génial.
05:48Voilà, pour le dire et le faire, ce n'est pas évident.
05:52C'est Khaled Bachir qui aujourd'hui est vraiment parti à la retraite,
05:55mais pendant trois ans, il a expliqué à tous nos jeunes
05:58les différents écueils qu'il avait eus dans sa vie,
06:02les différentes difficultés qu'il avait rencontrées.
06:04Et quand vous écoutez ça d'un ancien et qu'il vous dit ce qu'il faut faire,
06:07c'est vraiment génial.
06:10Alors moi, le conseil que je donne pour tous les biculturels
06:13ou tous les étrangers qui sont en France et qui cherchent du travail ou qui veulent,
06:16n'ayez pas peur, n'ayez pas peur.
06:18Enfoncez des portes fermées, allez les ouvrir, allez rencontrer ses patrons.
06:23Moi, quand on m'écrit sur LinkedIn un petit message en me disant
06:26« j'aimerais vous rencontrer », je réponds.
06:27Je suis peut-être bête, mais je réponds.
06:29Je dis « pourquoi pas ? Qu'est-ce que vous cherchez ? Dans quel domaine ? »
06:32« Oui, why not ? Allez, on va visiter ensemble une carrière, une centrale,
06:35et surtout les jeunes femmes. »
06:37C'est un peu des profils inspirants.
06:39Merci beaucoup, Sophie Cidose.
06:40Je rappelle que vous êtes présidente des conseillers du commerce extérieur de la France
06:43et engagée au sein du groupe industriel Vika.
06:45Merci d'avoir été avec nous et merci à vous toutes et tous de nous avoir suivis.
06:48C'était Smartéco au sommet de l'inclusion.