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SMART TECH du 30 octobre 2026, Le magazine quotidien de l’innovation

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00:00Générique
00:08Bonjour à tous. En réaction à la toxicité de certains algorithmes et aux effets délétères de grands réseaux sociaux,
00:15un collectif est né en France et s'appelle Algos Victima. Aujourd'hui, je reçois l'une de ses membres.
00:23Générique
00:27Gaëlle a témoigné publiquement du parcours de sa fille Juliette. C'était notamment dans un documentaire que j'ai pu
00:34visionner encore récemment à l'Assemblée nationale,
00:37puisqu'il y a eu une projection organisée par le député Arthur Delaporte. Gaëlle, vous êtes donc maire de famille,
00:43mais aujourd'hui membre aussi du collectif Algos Victima.
00:46Bonjour. Merci beaucoup d'être dans Smartech pour nous parler de vos actions. Ce documentaire, je précise qu'il a
00:52été diffusé sur Slash aussi,
00:54une plateforme de France Télévisions. Il est accessible sur les plateformes web et il va y avoir même une diffusion
01:01télé un peu tardive,
01:03mais sur France Télévisions. Ça arrive sur tous les écrans. C'est très édifiant, c'est une enquête journalistique qui
01:10est menée sur la manière dont on tombe
01:13quand on est très jeune, très rapidement dans des spirales négatives. Est-ce que vous pouvez nous décrire en quelques
01:20mots ce qui s'est passé pour votre fille ?
01:23Alors, déjà dans notre contexte familial, on est des parents très sourcilleux sur le rapport avec les écrans. On a
01:32toujours limité le temps devant la télévision, etc.
01:36Notre fille a ardemment défendu son droit à avoir un téléphone portable qu'elle a eu à la rentrée de
01:42cinquième.
01:44On avait plutôt l'idée de lui donner un téléphone en troisième, voire en seconde.
01:49Mais déjà, cinquième, c'est tardif.
01:52Alors, cinquième, c'était tardif.
01:54Par rapport à la majorité des familles qui cèdent bien avant.
01:58Voilà, c'était la dernière de sa classe à ne pas avoir de téléphone.
02:03Et elle a négocié pour elle et pour son frère qui, lui, était en troisième.
02:08Bon, très bonne avocate.
02:10Elle nous a convaincus.
02:12Elle a d'ailleurs rédigé une sorte de charte d'utilisation que j'ai retrouvée récemment
02:20en notant tout ce qu'on pourrait mettre en œuvre d'un point de vue familial.
02:24Et on a mis en œuvre, d'ailleurs, coupure du Wi-Fi à 21 heures.
02:31Pas de téléphone dans la chambre.
02:36Et elle faisait beaucoup d'activités.
02:38Donc, on n'était pas très inquiets de son usage.
02:43Parce que matériellement, entre l'école et ses activités, jusqu'à 21 heures, il n'y avait pas beaucoup d
02:48'heures.
02:50On a rapidement observé une sorte de changement d'humeur, un peu plus renfermé.
02:58Mais il se trouve qu'on rentrait dans l'âge de l'adolescence.
03:00Donc, on s'est questionné.
03:02Ah, c'est donc ça, l'adolescence.
03:06Sans trop savoir.
03:07Et nous, les parents, on n'avait aucune idée de ce qui se passait sur les réseaux sociaux.
03:11Pour nous, TikTok, c'était l'application avec des vidéos de danse, de chorégraphie.
03:18Et nous-mêmes, n'étant pas sur les réseaux, on n'avait pas une idée très précise.
03:25Alors, ce qu'on voit dans le documentaire, c'est que ce qui va arriver à votre fille Juliette, en
03:30fait, ça peut arriver dans toutes les familles.
03:33Dans toutes les familles.
03:34Et j'ai beaucoup entendu parler ensuite des parents qui me disaient, moi, mon enfant est raisonnable.
03:42Nous, on a toujours estimé avoir une fille très raisonnable.
03:46Ce n'est pas le sujet.
03:48Quel est le sujet ?
03:50Alors, le sujet, de mon point de vue, c'est ce déferlement d'images qui arrive sur le fil pour
03:58toi, par exemple sur TikTok.
04:02Sur lequel il n'y a pas à être raisonnable, c'est fabriqué pour être addictif.
04:08Et c'est fabriqué pour arriver à l'enfant alors qu'il n'a rien demandé.
04:14C'est bien ce que montre le documentaire.
04:17C'est-à-dire, tout d'un coup, il y a des contenus qui commencent à être noirs, tristes,
04:23qui présentent des personnes qui se scarifient.
04:29Ça se met à parler d'anorexie.
04:32On voit des jeunes filles anorexiques.
04:34On a beaucoup parlé des skinny-talks.
04:37Et force est de constater, mais nous, on a mis longtemps à comprendre le lien,
04:42qu'en peu de temps par jour, je dirais 15 minutes, 30 minutes par jour.
04:50À plus.
04:51Tous les jours, ça suffit pour envahir l'enfant à cet âge compliqué.
04:59L'enfant et d'ailleurs son entourage, c'est-à-dire dans le cas de ma fille,
05:04c'était un peu toute la classe qui était dans cette ambiance assez triste, dépressive, etc.
05:16Environnement dans lequel il n'y a pas d'adultes.
05:19Ils restent enfermés dans leur bulle.
05:21Oui.
05:22Et alors, votre fille rentre dans une spirale très mortifère, on peut le dire.
05:30Oui.
05:31Vous décidez de rejoindre le collectif Algos Victima à quel moment ?
05:35Comment est-ce que vous en entendez parler ?
05:37Et quel est votre objectif à ce moment précis ?
05:41Alors, j'en entends parler tardivement.
05:45C'est-à-dire pendant toute la période, on va dire, de dégringolade, puis d'hospitalisation,
05:50parce que ma fille a été hospitalisée plus d'un an et demi, même un peu plus parce qu'elle
05:56a fait une petite rechute.
05:58J'avais une sensation étrange que quelque chose nous échappait, qu'on ne comprenait pas.
06:03Qu'à 12 ans, on ne peut pas connaître, savoir, être au contact de tellement de choses mortifères.
06:14Oui.
06:16J'ai lu un article dans le journal Le Monde, d'un procès aux Etats-Unis, contre TikTok,
06:22qui décrivait dans le menu détail l'histoire de ces familles et de leurs adolescentes.
06:27Et j'ai l'impression de lire ma propre histoire.
06:29Donc, je me dis, OK, ce qu'on vit, et d'ailleurs, ce que j'avais l'impression que vivaient
06:37tous les autres adolescents hospitalisés avec elle,
06:39j'avais l'impression que c'était la même histoire partout, enfin, vu de l'extérieur.
06:44Je me dis, OK, il y a quelque chose.
06:47Dans une forme d'impuissance, en fait, qu'est-ce qu'on fait ?
06:51À l'époque, on se sentait très seul.
06:53Quand on en parlait, on nous disait, enfin, on me disait que j'étais une mère stressée,
07:00que c'était mon angoisse et mon désespoir qui me faisaient rechercher des causes extérieures, etc.
07:05Et puis, en fait, c'est un collègue qui, un jour, me parle d'Algos Victima,
07:13de ce collectif de familles, en lutte contre l'impact des réseaux sociaux sur les mineurs.
07:18Donc, c'était à peu près deux ans après le début de la maladie de ma fille.
07:23Je contacte le collectif et je vois que, comme mon histoire, c'est l'histoire de ma fille,
07:30d'autres parents et d'autres ados ont vécu cette histoire avec, pour certains, une fin tragique.
07:35Oui, parce que, donc, Algos Victima, à l'origine, est créée en 2024 par Maître-Laure Boutron-Marnion,
07:43qui est une avocate qui est engagée dans la défense des mineurs,
07:46et a réalisé le dépôt de la première plainte française contre TikTok pour provocation au suicide.
07:54Oui. Donc ça, c'est la première famille.
08:00Et suite à ça, d'autres familles ont rejoint le collectif.
08:05Donc, très concrètement, j'ai rencontré Laure Boutron-Marnion.
08:11On a échangé. Elle m'a parlé des autres familles.
08:14Et puis, elle m'a proposé d'en parler à ma fille,
08:19que l'on passe en revue une sorte de questionnaire avec ma fille.
08:24Et là, ma fille, qui avait toujours nié, en tout cas,
08:30était un peu dans le refus d'un potentiel impact.
08:35Oui.
08:35Bon, sachant que quand on est très malade, en dépression, à l'hôpital,
08:45ce n'est pas le moment de...
08:46On ne voit pas très clair.
08:46On ne voit pas très clair.
08:47Et là, ma fille me dit, oui, c'est vrai.
08:50En cinquième, quand j'ai installé l'application TikTok,
08:55très rapidement, il y a eu beaucoup de contenu problématique,
09:00et je ne voyais plus que ça.
09:02Donc, elle commence à en parler.
09:03Et donc, vous décidez de porter plainte ?
09:05Alors...
09:06Vous avez déposé deux plaintes ?
09:07Oui.
09:07Elles en sont où, aujourd'hui ?
09:09Alors, il y a deux plaintes.
09:10Une première plainte, qui est une plainte aux civils,
09:13pour dommages corporels.
09:16Parce que toutes les familles et tous les adolescents,
09:20malheureusement, certains ne sont plus là.
09:22Et d'autres ont eu des dommages corporels, hospitalisations.
09:26Donc, contre la plateforme TikTok ?
09:28Donc, contre la plateforme TikTok et contre l'algorithme.
09:33Qui entraînent un enfermement, qui cause des dommages corporels.
09:38Ça, c'est la première plainte.
09:40Elle suit son cours.
09:41On sait que la justice, ça prend du temps.
09:44Donc, on imagine que...
09:52Ce sera en 2027 qu'il y aura le procès.
09:58Et au pénal ?
10:00Et au pénal, c'est la deuxième plainte,
10:05qui est dans la phase d'enquête judiciaire.
10:09Donc, toutes les familles ont été reçues par la police judiciaire.
10:14Enfin, une enquête, du coup, très fouillée, très poussée.
10:18Avec deux enquêteurs qui sont spécialisés en cybercriminalité.
10:23Et là, c'est pour abus de confiance.
10:27Comment est-ce que vous regardez ce qui se passe aux Etats-Unis ?
10:29Parce qu'aux Etats-Unis, il y a vraiment des actions collectives massives
10:33qui font réagir, qui font changer les méthodes de ces grandes plateformes.
10:39Alors, le droit aux Etats-Unis est différent.
10:42Il y a ce qu'on appelle les class actions, je crois.
10:45Et vous êtes une action collective ?
10:46On est une action collective, mais d'un point de vue juridique,
10:49et je ne suis pas spécialisée,
10:51ce n'est pas exactement la même procédure.
10:57Donc, aux Etats-Unis, ces class actions permettent vraiment
11:00à un nombre extrêmement important de personnes
11:03qui sont dans une situation commune
11:06de porter plainte avec des formalités réduites, si on peut dire.
11:12On voit qu'aux Etats-Unis,
11:15vu l'ampleur du nombre de plaintes
11:19et vu que des Etats se rentrent dans les plaintes,
11:25ça bouge très fort et très vite.
11:28le portefeuille est mis à mal.
11:31Et on peut imaginer que si toutes les familles
11:35et tous les mineurs qui ont eu des dommages corporels
11:39et qui ont vécu une forme d'abus de confiance
11:43portaient plainte,
11:46là, on en viendrait au modèle économique de ces GAFAM.
11:50Ça, c'est la première chose.
11:52Et la deuxième chose, ils ont modifié en Californie
11:58le modèle algorithmique avec des couvre-feux.
12:02En le cœur, ce n'était pas TikTok.
12:04Ce n'était pas TikTok.
12:06On va dire que c'était le groupe Meta.
12:09C'est les mêmes mécanismes qui sont en jeu.
12:11Ce qui se dit, c'est que sur TikTok,
12:13l'algorithme est encore plus agressif.
12:16Alors, comme on arrive à la fin, déjà, de cette émission,
12:19je voulais dire que, justement,
12:21comme vous l'avez très bien montré par votre témoignage
12:24et comme on le voit très bien dans le documentaire
12:26TikTok influence mortelle,
12:28ça peut toucher toutes les familles.
12:30Donc, je vais quand même communiquer
12:31une adresse qui est ouverte à tous,
12:34contact.algosvictima.com
12:37Merci beaucoup, Gaëlle, pour votre témoignage.
12:39Merci à tous de nous avoir suivis.
12:42Je vous souhaite une excellente journée.
12:44On se retrouve dès demain sur la chaîne Bsmart
12:46pour de nouvelles discussions sur la tech.

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