Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 5 minutes
La Pologne traverse une nouvelle crise politique majeure, marquée par un affrontement entre le gouvernement et le président autour de l'indépendance du Tribunal constitutionnel. Mais comment expliquer ce chaos politique, quelles en sont les origines et quels sont les enjeux à l'approche des élections législatives de 2027 ?  Michel Fayad nous explique les coulisses de la crise politique en Pologne. 

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Oui, vendredi 30 octobre, quelque part au-dessus de l'Espagne, l'avion présidentiel polonais file vers le Sénégal pour
00:07une visite d'État.
00:08Et à bord, il y a Karol Nawrocki, 43 ans, historien, qui avait été élu président de la République polonaise
00:15l'année dernière avec le soutien de la droite conservatrice.
00:19Et soudain, un ordre qu'on n'entend pas très souvent dans un cockpit, c'est de faire demi-tour.
00:24Et il écrit lui-même, je cite, « Dans un moment pareil, le président doit être en Pologne.
00:28Que s'est-il passé à Varsovie ? Eh bien, des policiers anti-émeutes, casques, boucliers, matraques ont pris position
00:35devant le tribunal constitutionnel, l'équivalent de notre conseil constitutionnel.
00:39La police dit agir à la demande d'une juge et du procureur général, qui n'est autre que le
00:45ministre de la Justice.
00:46Le président du tribunal, lui, reste dehors. Il s'appelle Bogdan Zwickowski, le gardien de la Constitution refoulé de son
00:54propre bureau comme un livreur sans badge.
00:57Au même moment, ce même ministre demande la levée de son immunité pour pouvoir le poursuivre.
01:03Des manifestants venus le soutenir coupent la chaîne du portail à la disqueuse.
01:08La chaîne cède. Le cordon de police, lui, ne bouge pas.
01:11Vers une heure du matin, le chef de l'État arrive. Il fend la foule, force le passage et lance
01:16au magistrat qui l'attendent.
01:17Ouvrez les guillemets. Vous n'êtes pas juge du tribunal constitutionnel.
01:21Il ressort à l'aube. Sa déclaration dénonce une prise de contrôle par la force d'un organe constitutionnel.
01:28En face, Donald Tusk, le Premier ministre, ancien président du Conseil européen, l'homme de Bruxelles à Varsovie, répond d
01:34'une phrase.
01:35Rétablir l'État de droit est notre devoir.
01:38Retenez bien ce mot, car c'est au nom de l'État de droit qu'on vient de cadenasser la
01:42porte d'un tribunal.
01:43Mais qui a décidé d'écarter ce président du tribunal et de quel droit ?
01:50Alors, qui a signé l'ordre ? Une magistrate, Anna Korvin-Piotrowska.
01:55Elle se proclame présidente par intérim du tribunal constitutionnel au titre de l'ancienneté et suspend pour un mois le
02:02président du tribunal et son adjoint.
02:04Petit détail, en Pologne, un juge constitutionnel est élu par les députés puis prête serment devant le président de la
02:09République.
02:10Cette année, la majorité du Premier ministre, Donald Tusk, a élu huit juges.
02:16Le président Karol Nawrowski a refusé de recevoir le serment de cinq d'entre eux, dont elle.
02:24Ces cinq-là ont juré au Parlement. Pour le président, ils ne sont pas juges.
02:28Soyons honnêtes, le gouvernement Tusk a des arguments.
02:30En 2015, le Parti conservateur Droit et Justice, alors au pouvoir, avait lui aussi placé des juges contestés dans ce
02:37tribunal.
02:38Fin 2025, la Cour de justice de l'Union européenne a jugé qu'il ne remplissait pas les exigences d
02:43'un tribunal indépendant.
02:45Simplement qu'un tribunal soit contesté ne donne à personne le droit d'en chasser le président.
02:51Marcin Maczak, professeur de droit en Pologne, qui n'a aucune tendresse pour Zwieckowski, a écrit, je cite,
02:58« Je n'aurais jamais cru devoir un jour défendre Zwieckowski. »
03:03Mais cette base légale n'existe pas pour un million de raisons.
03:06Et regardez Bruxelles.
03:07Sous la droite, la Commission européenne avait bloqué l'accès à d'importants financements.
03:12Tusk arrive comme Premier ministre et en moins de trois mois, elle ouvre la voie à 137 milliards d'euros
03:17sur la foi d'un plan de réforme avant même le vote de ses lois.
03:22Samedi, que fait la Commission ?
03:23Elle presse le président d'accepter les nouveaux juges.
03:26Les policiers entiers émeux devant le tribunal, eux, ne semblent pas l'émouvoir.
03:32Quand la droite touchait au tribunal, c'était la fin de la démocratie.
03:35Quand la police l'encercle, c'est sa renaissance.
03:38Mais le juge n'est peut-être pas la seule pièce du jeu.
03:41C'est-à-dire pas la seule pièce du jeu.
03:43À quoi pensez-vous précisément, Michel Fayad ?
03:45Derrière le juge, il y a un banquier.
03:47Un vote est prévu d'ici fin novembre sur le sort d'Adam Glapinski,
03:51le gouverneur de la Banque centrale, nommé par la droite.
03:54Faut-il le traduire devant le tribunal d'État, qui juge les hauts responsables publics ?
03:58On lui reproche d'avoir acheté pendant le Covid pour une trentaine de milliards d'euros d'obligations
04:04et d'avoir financé indirectement le déficit.
04:07Il répond qu'il les a achetés aux banques, pas à l'État.
04:11En 2020, vous savez, la Banque centrale européenne et la Réserve fédérale américaine
04:16achetaient elles aussi massivement des obligations d'État aux banques.
04:19Si racheter des obligations suffisait à faire un coupable, le banc des accusés serait plein à craquer.
04:25En janvier 2024, le tribunal constitutionnel a estimé qu'il fallait le soutien de trois députés sur cinq,
04:31calculés sur tous les sièges, pour poursuivre le gouverneur.
04:34La coalition ne les a pas. Parmi les juges de cette décision, un certain Bogdan Zwieckowski.
04:40Selon le site économique polonais Money.pl, l'ordre des opérations est limpide.
04:45D'abord Zwieckowski, ensuite Glapinski.
04:48Donc d'abord le président du tribunal constitutionnel polonais, ensuite le gouverneur de la Banque centrale.
04:53Ce n'est pas une preuve, c'est un calendrier et je le lis.
04:57Dimanche, jour de la Toussaint, Bogdan Zwieckowski s'est présenté devant son tribunal, refoulé.
05:03Il a promis de revenir chaque jour.
05:05En 1979, dans une Pologne encore communiste, Jean-Paul II, le pape polonais, priait pour que l'esprit renouvelle la
05:12face de cette terre.
05:13Dix ans plus tard, ce peuple avait fait tomber le communisme avec un chapelet et une grève.
05:18Coup d'État, ce n'est pas établi.
05:20Mais quand il faut une chaîne pour protéger l'État de droit, c'est que l'État de droit est
05:26déjà enchaîné.
05:27Merci beaucoup Michel Fayad.
05:29Moralite.

Recommandations