00:00Bonjour Eléane, on va prendre d'abord la direction de Paris pour parler cinéma.
00:04Et oui, on va parler d'un grand monsieur du cinéma, Fouzi Benshedi,
00:09qui vient bien évidemment de recevoir un prix en Égypte.
00:12Il est l'une des voix les plus singulières du cinéma marocain.
00:15Contemporaire, réalisateur, scénariste et acteur, Fouzi Benshedi a construit au fil des années
00:20une œuvre exigeante, audacieuse et profondément humaine.
00:25De mille mois à mort à vendre en passant par Volubulus et Désert,
00:29son cinéma explore les fragilités humaines, les contradictions sociales
00:32et les désirs d'émancipation avec un regard qui mêle poésie, ironie et sens aigu de la mise en scène.
00:41Fouzi Benshedi, bonjour et merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation.
00:46Je le disais, vous avez été primé il y a moins de 15 jours en Égypte
00:51que représente pour vous justement cette grande distinction.
00:56Bonjour et merci pour l'invitation.
00:59Évidemment, c'est vrai qu'à chaque fois qu'il y a comme ça un signe d'encouragement,
01:06si je peux dire, c'est comme vous dire que ce que vous faites n'est pas mal
01:11et que ce serait bien de continuer.
01:13Donc c'est toujours un plaisir, évidemment.
01:19Le réalisateur égyptien Yossi Nasrallah vous en parlait justement lors de votre discours.
01:25On a tous, surtout on est d'une génération qui avons grandi avec le cinéma égyptien,
01:30recevoir ce prix sur cette terre égyptienne, terre de cinéma.
01:34Qu'est-ce que ça représente pour vous ?
01:36Oui, ça par contre, c'était vraiment très très émouvant, c'est vrai.
01:40D'abord, Yossi Nasrallah qui est un ami, qui est un réalisateur que j'aime beaucoup
01:44et donc c'était une surprise qui m'a beaucoup touché.
01:49Et c'est vrai que le cinéma égyptien, la musique égyptienne, la littérature égyptienne,
01:56on a, comme vous dites, on a grandi avec et c'est vrai que notre imaginaire a été extrêmement imprimé
02:02par ce cinéma.
02:03Je pense beaucoup aux réalisateurs et je pense aussi aux acteurs égyptiens, aux actrices égyptiennes.
02:09Et c'est vrai que ce côté-là, il y avait quand même une émotion très particulière.
02:18J'avais dans Volubilis aussi rendu un peu un hommage à ce cinéma-là en travaillant sur le mélodrame,
02:27comme le cinéma égyptien l'avait beaucoup travaillé dessus, etc.
02:32J'avais replongé avec Volubilis dans ce cinéma-là.
02:37Alors, 2000 mois à Volubilis en passant par Moravandre et le tout dernier sorti en 2023,
02:44Désert, donc votre premier film, je rappelle, c'était en 1999.
02:50Comment définiriez-vous aujourd'hui votre langage cinématographique, Faouz Ibn Saidi ?
02:56Il est vrai que depuis le début, quelque chose qui était extrêmement important pour moi,
03:01c'est de se dire comment trouver une voix personnelle et originale à l'intérieur de toutes les voix qui
03:10existent au cinéma.
03:11C'est-à-dire comment travailler sur la forme, comment raconter les histoires de manière très personnelle,
03:18comment utiliser les images, les sons et trouver quelque chose à l'intérieur.
03:25Donc, l'interrogation du langage cinématographique en lui-même, ou je dirais le cinéma comme sujet des films,
03:32quelque part, a été toujours quelque chose de très, très important pour moi.
03:36Et je me dis aujourd'hui avec le recul, avec les films qui ont été faits, avec ce que les
03:42critiques en ont dit, etc.
03:44Il y a quelque chose, c'est vrai, dans le cinéma que je fais, où le mélange d'une approche
03:53à la fois poétique et à la fois burlesque,
03:58et même parfois avec des résonances tragiques,
04:02le travail comme ça sur le fait de questionner comment on raconte une histoire ou comment on ne la raconte
04:10pas quelque part,
04:12comment la marge influe le centre, c'est des choses qui sont au cœur de ce que je fais.
04:18Et il y a aussi le fait de faire un cinéma qui est proche, qui n'est pas un cinéma
04:24réaliste,
04:25même s'il est apparent, même s'il est éteint,
04:29parce que le fait que je suis touché par ce que je fais.
04:34Juste comme on est un peu pris par le temps,
04:35Fosime Sadi, est-ce que vous vous sentez un peu concerné par ces débats autour du cinéma,
04:40les plateformes, les sorties dans les plateformes, l'intelligence artificielle ?
04:45Vous, vous êtes au cœur de ce cinéma contemporain marocain.
04:48Comment vous trouvez votre place aujourd'hui dans cet univers du 7e art ?
04:54Moi, je suis assez, je dirais, extrémiste dans la position que j'ai par rapport à tout ça.
05:00Je pense que quand ces plateformes ont démarré,
05:03ils ont réussi un peu au début,
05:07parce qu'ils ont essayé de faire des séries comme le cinéma,
05:12ils se sont inspirés du cinéma.
05:13Ce qui m'inquiète aujourd'hui, c'est le cinéma qui commence à s'inspirer des séries.
05:17Il y a beaucoup de films aujourd'hui qui ressemblent aux séries
05:20et qui sont carrément sur le diktat des séries,
05:24de leur efficacité, de l'histoire comme ça,
05:27qui doit être comprise, etc.
05:29Donc moi, je ne sais pas, je continuerai à défendre le cinéma,
05:35je dirais même si je reste un homme quasiment du 20e siècle,
05:40je resterai heureux.
05:41En tout cas, on aime beaucoup votre cinéma.
05:43Une toute dernière question, Fawzi Ben Saidi.
05:46Je sais que vous prenez le temps avant de faire un film.
05:49Le tout dernier, c'était Désert, c'était en 2023.
05:51Est-ce qu'on peut espérer qu'en 2027, on puisse voir le nouveau Fawzi Ben Saidi ?
05:58Oui, j'espère beaucoup et je suis très enthousiaste par rapport à un film que je tournerai, j'espère,
06:05et qui a ce titre-là, Une histoire d'amour, 10 chansons, 3 mariages et un baiser.
06:11Eh bien, écoutez, on l'attendra avec beaucoup, beaucoup d'impatience.
06:14Merci beaucoup, Fawzi Ben Saidi, d'avoir accepté notre invitation.
06:18Je rappelle que vous étiez en direct avec nous de Paris pour parler de vos nouveautés,
06:22mais aussi du prix que vous venez de recevoir en Égypte.
06:26Merci beaucoup.
06:28Merci beaucoup à votre invité.
06:30Il nous reste deux minutes.
06:31De la musique, évidemment.
06:33Parlez d'une autre Marocaine et Elsa Felesia.
06:36Elle vient de publier dans Kedeb, la chanteuse marocaine Asiasine,
06:39un nouveau titre qui explore,
06:40Les lendemains d'une histoire d'amour, mais ici, pas de mélancolique,
06:43en plaisante, l'artiste choisit,
06:45la lucidité, l'ironie et une certaine distance face aux promesses non tenues.
06:49Je vous propose d'écouter, bien évidemment, un extrait.
07:21Merci beaucoup.
07:23Sous-titres par Jérémy Diaz
08:01Sous-titres par Jérémy Diaz
08:23Sous-titres par Jérémy Diaz