00:00sur Taxé.
00:03RTL Matin
00:04C'est notre époque.
00:08C'est notre époque sur RTL, l'ère du temps de Muriel Giordano.
00:11Maintenant vous nous emmenez lire sur les réseaux sociaux de Muriel
00:13où certains mots perdent des lettres, d'autres sont remplacés par des astérisques.
00:17C'est un nouveau langage codé qui porte un drôle de nom, l'algospique.
00:21Encore un mot valise formé de l'anglais
00:24algorithmes speak qui signifie parler, donc en anglais ça donne l'algospique.
00:28Le mot viol par exemple perd son I
00:30où s'écrit avec un zéro à la place du O.
00:33Suicide se retrouve parfois avec des astérisques
00:36et sexe avec le chiffre 3 à la place du E.
00:39Je vous imagine déjà pesté devant votre écran en disant
00:42encore un mot mal écrit, mais c'est qui ce stagiaire encore
00:45qui ne sait pas écrire un titre, mon dieu !
00:47En plus c'est pas sympa pour les stagiaires parce que toujours volontaire,
00:51bouc émissaire aussi et en plus il sait faire du très bon café.
00:54Non je rigole, sérieusement, ces drôles de fautes d'orthographe
00:56sont parfaitement volontaires.
00:58Derrière ce nom barbare, il y a toute une stratégie rusée avec les algorithmes.
01:03J'ai mené ma petite enquête évidemment,
01:05ce sont les internautes et les créateurs de contenu
01:07qui ont inventé l'algospique à partir de la fin des années 2010 environ
01:12en reprenant une vieille astuce d'internet,
01:14déguiser les mots pour contourner les filtres.
01:17Pourquoi ? Parce qu'ils craignent qu'une vidéo
01:19évoquant la sexualité ou la violence soit supprimée,
01:22moins diffusée ou privée de revenus publicitaires.
01:25Alors on retire les lettres, on ajoute des astérisques,
01:28en anglais, un live, littéralement, ne plus être en vie,
01:32remplace parfois mort ou suicide.
01:35Bref, on joue à cache-cache avec les machines.
01:37Sauf que première surprise, ces mots-là ne sont pas forcément interdits ?
01:39Non, sur TikTok ou Instagram, on peut parler de suicide, de violence sexuelle.
01:43Ce qui compte, en principe, c'est le contexte.
01:45Un témoignage de victime, ce n'est pas la même chose
01:48qu'un contenu qui encourage la violence.
01:50Mais les règles sont parfois difficiles à comprendre.
01:53Alors, dans le doute, les internautes prennent leurs précautions.
01:56Et c'est là tout le paradoxe, Céline.
01:58Les internautes modifient les mots,
01:59parfois sans même savoir s'ils risquent vraiment d'être censurés.
02:04Et cette peur, elle modifie notre façon de parler,
02:06jusque dans les vidéos d'informations ou des mots
02:09pourtant essentiels à la compréhension de l'actualité,
02:12se retrouvent comme ça camouflés.
02:14Alors attention, il ne s'agit pas de dire
02:15qu'on devrait pouvoir écrire n'importe quoi.
02:17C'est déjà le cas quand même sur les réseaux sociaux
02:19qui sont souvent des réseaux asociaux.
02:21Les mots ont un poids.
02:23Ils peuvent blesser, stigmatiser, attiser la haine.
02:26Et heureusement que les plateformes essaient de limiter les contenus dangereux.
02:29Mais entre un message qui encourage la violence
02:32et le témoignage de quelqu'un qui l'a subi,
02:34il y a une sacrée différence.
02:35Et c'est tout le défi des algorithmes.
02:37comprendre les mots, mais aussi leur contexte.
02:40Alors à force de vouloir déjouer les machines,
02:43d'user de l'algospique,
02:44est-ce qu'on ne finit pas par adapter notre langage
02:47à ce qu'on imagine que les machines attendent de nous ?
02:50Vous avez 4 heures.
02:52Ça ne sera pas trop.
02:53Le coup de cœur.