- il y a 4 ans
Retraites : "Les chiffres de la mobilisation sont impressionnants et devraient impressionner le gouvernement qui continue à ne pas vouloir écouter la rue, ni ce qui se passe à l’Assemblée", relève Hélène Conway-Mouret, sénatrice (PS) représentant les Français établis hors de France
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00:00 – Bonjour Hélène Canoé-Mouret, merci beaucoup d'être avec nous pendant cette première demi-heure.
00:03 Vous êtes sénatrice socialiste, vous représentez les Français établis hors de France.
00:07 On va bien sûr parler de la situation internationale dans quelques instants,
00:10 de l'Ukraine, de l'Afrique, mais d'abord la réforme des retraites.
00:13 Et on l'a vu samedi, environ un million de personnes
00:15 qui ont manifesté ce week-end selon les chiffres de la police.
00:19 Est-ce que vous êtes déçue, vous vous attendiez à plus ?
00:22 – Non, je pense que sincèrement c'est un chiffre impressionnant
00:26 qui devrait impressionner le gouvernement qui semble continuer à ne pas écouter la rue,
00:32 ne pas écouter non plus ce qui se passe à l'Assemblée nationale
00:37 et ce qui se passera au Sénat.
00:40 J'espère que, en tout cas, nous travaillons aujourd'hui de façon très sérieuse,
00:45 une préparation vraiment minutieuse d'un texte incroyablement technique,
00:49 mais qui sur le plan politique, bien sûr, aujourd'hui, je crois, crée beaucoup d'inquiétudes.
00:55 Et il serait bon que le gouvernement entende enfin à la fois la rue et le Parlement.
01:00 C'est vrai que pendant le premier quinquennat,
01:03 le gouvernement a été habitué à ce que l'Assemblée nationale
01:06 soit une chambre d'enregistrement.
01:08 Le Sénat a continué à, finalement, exercer son rôle à la fois de critique
01:16 et puis de contrôle de son action.
01:19 Mais je crois qu'aujourd'hui, nous arrivons à un moment crucial
01:22 où nous avons là une réforme, finalement, qui est le dernier élément de l'héritage
01:29 que nous avons depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale,
01:33 à savoir une solidarité nationale en matière de santé, d'éducation et de retraite.
01:40 Et là, c'est le dernier élément où les Français ont l'impression
01:42 qu'on nous retire et qu'on va abîmer.
01:45 – Mais est-ce que quand vous entendez les syndicats qui disent menacer
01:48 de mettre la France à l'arrêt si le gouvernement ne les entend pas,
01:50 vous les entendez, vous les soutenez, ces syndicats,
01:53 on peut avoir une France à l'arrêt ?
01:54 – Oui.
01:55 – Pour vous, c'est devenu la seule solution ?
01:57 – Si le gouvernement montrait quelques signes d'écoute et de dialogue.
02:03 Le dialogue, ce n'est pas simplement de la pédagogie avec des éléments de langage
02:08 qui sont donnés à tous les membres de la majorité présidentielle
02:12 qui répètent à l'envie la même chose ou de la com'.
02:16 Un dialogue social, c'est vraiment entendre la position de l'autre
02:21 et essayer de voir comment on peut modifier la sienne.
02:24 Alors, on ne demande pas au gouvernement de revenir absolument sur tout,
02:27 il y a des éléments qui sont positifs dans ce qui est présenté dans cette réforme,
02:31 donc gardons-les, construisons dessus.
02:33 Mais ce qui est rejeté par la majorité aujourd'hui des Français,
02:38 il serait bon que le gouvernement revienne dessus.
02:41 – Lesquels ? Quels sont pour vous les cas positifs ?
02:44 Qu'est-ce que vous souhaitez garder ?
02:45 Non mais qu'est-ce que vous dites, il y a des éléments positifs,
02:47 lesquels sont positifs ?
02:48 Qu'est-ce que vous souhaitez garder ?
02:49 Qu'est-ce que vous allez voter dans cette réforme ?
02:51 – Alors, d'abord, nous devons voir le texte qui sort de l'Assemblée nationale,
02:57 pour l'instant, il n'a pas été voté, donc voilà.
02:59 – Il risque de ne pas l'être.
03:00 – Il risque de ne pas l'être.
03:02 Et il y a un élément d'ailleurs au Sénat qui sera très intéressant
03:06 parce que l'on voit aujourd'hui dans le groupe LR
03:08 qui représente la majorité sénatoriale,
03:11 une division entre finalement les députés qui représentent les territoires ruraux
03:16 et les autres qui représentent les zones urbaines.
03:20 Or, le Sénat représente les territoires.
03:24 Et là, nous avons une opposition à cette réforme qui va jusque chez les LR.
03:30 Donc, il sera intéressant de voir comment le groupe de la majorité sénatoriale
03:34 se comporte et si finalement le parti Les Républicains
03:39 soutient cette réforme jusqu'au bout, puisque c'était un petit peu
03:43 l'entente qu'ils avaient passée avec le gouvernement.
03:47 Ou si finalement, avec la pression de la rue,
03:51 l'expression aujourd'hui populaire de ce rejet de la réforme,
03:55 et je crois que finalement l'âge est vraiment l'élément de blocage.
03:59 – Alors Bruno Retailleau a redit hier dans le journal du dimanche
04:02 qu'il soutenait en tout cas le report de l'âge,
04:03 qu'après il allait faire des propositions sur la pension de réversion
04:07 pour les enfants handicapés, sur les régimes spéciaux,
04:09 sur les femmes notamment, mais sur l'âge il soutient.
04:13 Comment vous allez peser, vous, ici au Sénat ?
04:14 Est-ce que vous allez être dans une stratégie d'obstruction
04:18 comme l'ont été la France Insoumise,
04:20 comme le sont les députés de la France Insoumise ?
04:23 – Non, ce n'est pas la façon de travailler au Sénat.
04:25 Je crois que nous n'allons absolument pas dans cette voie.
04:29 Je crois qu'il y aura un vrai débat de fond.
04:32 Il y aura un vrai débat de fond et je crois qu'il est nécessaire,
04:34 parce que le public, les Français, attendent cela aujourd'hui.
04:38 Ils ont envie de savoir exactement ce qu'on leur propose.
04:42 Ils ont envie finalement d'un gage de progrès social et non pas…
04:48 et c'est peut-être pour cela que l'on voit autant de jeunes
04:52 aujourd'hui manifester, finalement de blocage
04:55 et de dire qu'on ne leur donne aucun espoir.
04:58 Il n'y a pas d'espoir de progrès aujourd'hui.
05:01 – Un mot pour terminer là-dessus sur les Français de l'étranger.
05:04 Est-ce que ce sont les grands oubliés du texte,
05:06 la manière dont fonctionne le régime de retraite
05:08 pour les Français de l'étranger qui n'est évidemment pas la même du coup ?
05:10 – Oui absolument, mais vous savez, nous sommes habitués,
05:13 puisque nous sommes un petit peu les personnes hors sol bien sûr.
05:18 – Vous allez faire des propositions là-dessus ?
05:20 – Oui mais nous sommes nous dans la catégorie plutôt des carrières,
05:24 vous savez, qui ne sont pas continues.
05:26 Carrière hachée, donc nous retrouvons la catégorie finalement des femmes
05:30 qui ont été présentées dans un premier temps comme étant les grands bénéficiaires
05:34 et aujourd'hui on se rend compte que c'était un gros mensonge
05:37 et c'est ce qui agace aussi les gens
05:38 et c'est peut-être pour ça qu'ils sont aussi nombreux dans la rue.
05:41 – Mais du coup vous allez faire des propositions pour les Français de l'étranger ?
05:43 – Nous allons faire des propositions, bien sûr.
05:45 – Il y a un problème de prise en compte ?
05:47 – C'est très compliqué, on ne va pas rentrer,
05:49 je vous disais que c'était un texte très technique.
05:52 En fait les Français de l'étranger sont ceux qui d'abord
05:55 peuvent travailler dans différents pays,
05:57 doivent récupérer l'ensemble de leurs cotisations dans différentes caisses de retraite,
06:01 ce qui n'est pas le cas aujourd'hui des Français de France.
06:04 – On suivra évidemment l'examen de ce texte, ça sera dans deux semaines au Sénat.
06:09 Ça arrive à partir de la semaine du 27 février en commission.
06:12 Volodymyr Zelensky, on va parler de l'Ukraine, était en tournée européenne.
06:16 En fin de semaine dernière, il est allé à Bruxelles, à Paris, à Londres.
06:19 Qu'avez-vous pensé de cette tournée ? Il a eu raison ?
06:22 – Bien sûr qu'il a raison, enfin c'est un chef de l'État,
06:25 même s'il se présente plutôt en chef de guerre,
06:29 il ne se départit pas de son costume guerrier.
06:33 Mais bien sûr qu'il a raison, son territoire a été envahi.
06:39 Aujourd'hui, il a besoin d'aide pour pouvoir résister,
06:43 procéder à des contre-offensives pour récupérer finalement
06:46 les bouts de territoire aujourd'hui qui ont été envahis par les Russes.
06:50 Et donc il a besoin de l'aide des pays européens.
06:54 – Mais jusqu'où ? Parce que vous l'avez entendu, il a redemandé des avions.
06:57 Est-ce qu'il faut lui envoyer des avions ?
06:59 Est-ce qu'on doit fournir des avions à l'Ukraine ?
07:01 – Aujourd'hui, c'est un sujet très délicat.
07:03 Vous avez vu quand même qu'il n'y a pas un empressement d'aucun pays
07:08 finalement de fournir ce genre de matériel.
07:11 Je crois que la résistance vient du fait que les pays européens
07:16 ne veulent pas d'un engrenage, ne veulent pas d'une escalade
07:20 et ne veulent surtout pas que finalement les territoires russes
07:23 soient touchés à un moment ou à un autre par accident, par erreur
07:27 et que l'on se retrouve finalement avec une excuse qui soit donnée à la Russie
07:32 pour élargir le conflit.
07:34 Je crois que ce n'est pas dans l'intérêt des pays européens
07:37 de se retrouver pris finalement et aller au-delà de ce qu'ils souhaitent faire,
07:43 c'est-à-dire soutenir l'Ukraine pour arriver à un point de négociation
07:48 parce qu'il n'y aura jamais d'écrasement total ni de l'Ukraine ni de la Russie.
07:52 Donc à un moment il y aura bien une négociation politique
07:56 et c'est là que nous devons aller avec une Ukraine qui soit la plus forte possible
08:01 pour arriver à la table des négociations et pouvoir résister à la Russie.
08:06 – Est-ce qu'elle peut arriver forte si on ne fournit pas le matériel qu'elle demande ?
08:09 Emmanuel Macron il est encore resté flou, il dit "rien n'est exclu".
08:12 On ne sait pas s'il va en envoyer, vous comprenez cette forme d'ambiguïté ?
08:15 – Oui parce que ce n'est pas le moment, parce que la France continue à croire
08:19 et là c'est au crédit, il faut mettre cela au crédit du Président de la République,
08:23 à la diplomatie, à savoir qu'à un moment il faudra bien que les deux parties se parlent
08:29 et arrivent à une négociation.
08:31 Donc nous gagnons également du temps avec un peuple ukrainien
08:35 qui résiste de façon absolument incroyable, qui montre une résilience extraordinaire
08:40 et puis des matériels également.
08:43 Mais vous savez on ne forme pas non plus un pilote en quelques semaines,
08:47 on forme pour les matériels terrestres en quelques mois,
08:52 mais les pilotes ça demande deux ou trois ans de formation,
08:54 donc même si on devait fournir des avions, il faudrait bien mettre des pilotes dedans,
08:59 donc ça serait dans trois ans au plus tôt.
09:01 – Vendredi vous allez participer à la conférence de Munich sur la sécurité,
09:06 vous serez l'une des rares françaises à y participer, quel est l'objectif ?
09:10 – Eh bien de faire entendre la voix de la France,
09:12 nous avons là un rassemblement mondial, tout le monde est là,
09:17 les grands acteurs, nous avons de grandes délégations qui viennent des États-Unis,
09:22 du Canada, un petit peu de partout, enfin des Occidentaux j'entends.
09:25 Et donc il est important pour quelqu'un comme moi qui défend la défense européenne,
09:32 aujourd'hui dans finalement un paysage qui est dominé par l'OTAN,
09:37 en tout cas pour notre continent,
09:40 de se dire que nous avons vocation à continuer à travailler à cette défense européenne
09:45 et que l'on voit bien avec la guerre en Ukraine,
09:47 eh bien que nous avons besoin d'une base de défense et d'industrie européenne.
09:53 Et c'est une, je crois, une voix un petit peu dissonante par rapport à la majorité aujourd'hui
09:59 qui est quand même dans une logique très transatlantique, très otanienne,
10:03 je le suis également, mais non alignée on va dire, voilà.
10:08 – On va continuer de parler de la Russie,
10:10 parce qu'il n'y a pas qu'en Ukraine que la Russie veut étendre son influence,
10:15 les Russes tentent d'étendre également leur influence en Afrique.
10:17 Au moment où les troupes françaises connaissent des difficultés, voire du rejet,
10:20 on va faire le point avec notre journaliste parlementaire Alex Poussard.
10:24 [Musique]
10:31 – Bonjour Alex. – Bonjour Yann.
10:32 Bonjour Hélène Connau-Hemouret.
10:33 – Bonjour.
10:34 – Et Alex, le ministre des Affaires étrangères russe, Sergeï Lavrov,
10:37 a réalisé une grande tournée dans plusieurs pays africains
10:40 pour essayer d'étendre l'influence de la Russie en Afrique.
10:42 – Oui, Sergeï Lavrov a été reçu la semaine dernière en grande pompe
10:45 dans plusieurs États africains dont certains sont des amis de la Russie.
10:49 Il est d'abord allé en Afrique du Sud, en Eswatini, c'est l'ex-Swaziland,
10:56 il est également allé en Angola, en Érythrée, au Soudan,
11:00 et puis il s'est rendu dans des pays où la France avait ou a encore
11:04 une certaine influence, comme le Maroc, la Mauritanie et le Mali.
11:09 C'est surtout le Mali qui nous intéresse puisque l'armée française
11:12 a quitté le Mali en 2022 après avoir combattu pendant 8 ans
11:17 le djihadisme sur le sol malien, c'était l'opération Barkhane,
11:21 mais un coup d'État militaire au Mali a changé la donne
11:24 et la junte malienne actuellement au pouvoir s'est rapprochée de la Russie
11:27 pour combattre le terrorisme.
11:30 Les Russes qui fournissent aujourd'hui aux Maliens des avions de combat,
11:34 des armes, des missiles et puis aussi des hommes,
11:36 alors même si Moscou et Bamako le nient, actuellement il y a 2000 mercenaires
11:40 de la milice russe Wagner sur le territoire malien pour combattre les djihadistes.
11:46 La Russie qui ne se prive pas non plus de faire de la propagande
11:49 anti-occidentale et anti-française.
11:52 Écoutez ce que disait Sergei Lavrov la semaine dernière
11:54 dans sa conférence de presse avec son homologue malien.
11:57 – Nous et nos amis maliens ainsi que l'écrasante majorité
12:01 des autres pays africains considérons qu'il est nécessaire d'oublier
12:05 cette approche de l'Afrique comme une métropole coloniale.
12:10 Vu comment les Occidentaux ont annexé et exploité ces territoires,
12:14 ce continent, ils devraient s'habituer au fait que le monde a changé.
12:24 – Et voilà, on voit clairement l'intention russe de décrédibiliser
12:27 les Occidentaux et la France vis-à-vis de l'opinion africaine,
12:31 d'autant que cette nouvelle coopération de l'armée malienne
12:33 et de la milice russe Wagner est très critiquée.
12:36 Elle est accusée de commettre des exactions sur le terrain,
12:39 des meurtres de civils, des viols, des pillages de villages.
12:42 Écoutez ce que répond le ministre malien des Affaires étrangères pour lui,
12:46 c'est de la pure manipulation.
12:48 – Malheureusement, on a toujours accusé des violations des droits de l'homme,
12:53 des cécis, souvent par des groupes terroristes qui eux-mêmes
12:56 se transforment en témoins pour accuser l'État.
13:00 Nous savons que les droits de l'homme sont aujourd'hui instrumentalisés,
13:03 politisés pour des agendas cachés, à peine cachés,
13:08 qui visent souvent à renverser des régimes
13:11 pour pouvoir atteindre un certain nombre d'objectifs.
13:13 C'est ce que nous savons, nous travaillons avec la Russie
13:15 pour pouvoir dépolitiser la question des droits de l'homme.
13:19 – Donc l'agente malienne qui est actuellement sous influence russe,
13:22 on le voit avec ce type de propos.
13:24 La Russie qui veut étendre son influence au-delà du Mali et dans cette région
13:28 et elle propose de fournir des armes pour lutter contre le djihadisme
13:32 dans la région du Sahel, également à des pays du golfe de Guinée
13:36 et puis plus étroitement avec trois pays, elle souhaite coopérer,
13:40 Sergeï Lavrov l'a annoncé, avec la Guinée, le Tchad et le Burkina Faso.
13:44 Le Burkina Faso qui est actuellement dans la même situation que le Mali,
13:47 il y a eu un coup d'État militaire et l'agente au pouvoir
13:50 a sommé les soldats français qui y sont présents il y a trois semaines
13:54 de quitter le territoire burkinabé.
13:57 Alors, notez pour finir que cette grande tournée africaine de Sergeï Lavrov,
14:01 elle vise à préparer un sommet Russie-Afrique
14:03 qui aura lieu à Saint-Pétersbourg cet été.
14:05 Hélène Conway-Mouret, vous êtes récemment déplacée beaucoup en Afrique
14:09 dans le cadre de vos fonctions.
14:10 Qu'est-ce qu'on vous dit sur cette nouvelle influence russe ?
14:13 Est-ce que ça inquiète sur le terrain ?
14:16 – D'abord, elle n'est pas tout à fait nouvelle.
14:18 La Russie comme la Chine sont présents depuis assez longtemps,
14:23 notamment par le biais d'accords bilatéraux en matière de défense,
14:28 fourniture d'armement et aussi formation de personnel militaire,
14:33 ce que nous faisons également.
14:35 Donc il n'y a pas de nouveauté.
14:36 La nouveauté c'est qu'aujourd'hui, nous l'entendons dans les mots
14:43 très pertinents utilisés par le ministre,
14:49 finalement à parler de ce qui est complètement en phase
14:52 avec ce que les Africains attendent, c'est-à-dire le rappel de la colonisation
14:57 parce qu'il est très facile d'avoir un bouquet mis au cercle
14:59 quand les choses ne vont pas bien, il faut un coupable.
15:01 Et le coupable, s'il est extérieur, quand même,
15:04 ça aide un petit peu le pouvoir en place,
15:06 de se dire que ce n'est pas de sa faute
15:08 mais de celui qui est venu de l'extérieur.
15:11 Très bien.
15:11 Et ensuite, c'est vrai que nous avons aujourd'hui,
15:15 là j'ai un terme que j'ai retenu, la dépolitisation des droits de l'homme.
15:19 Bon, l'Europe continue à porter un certain nombre de valeurs
15:24 et à les défendre.
15:25 Et donc nous insistons, par exemple, quand nous répondons à un appel d'offres,
15:29 qu'il y ait le droit du travail qui soit respecté,
15:34 les normes climatiques qui soient respectées.
15:36 Nous avons aujourd'hui des entreprises russes et chinoises
15:39 qui font fi de tout cela et finalement, nous sommes en porte-à-faux
15:44 par rapport à ce que nous souhaitons, de ce que nous voulons,
15:46 de ce que nous défendons et de ce que certains autres pays
15:50 qui sont également présents, finalement,
15:52 n'ennuient pas les Africains avec ces sujets-là.
15:55 La corruption est de mise et elle est acceptée et acceptable.
16:01 Les normes internationales sont également mises de côté
16:06 alors que nous insistons pour qu'elles soient respectées.
16:09 Donc, vous voyez, nous sommes en porte-à-faux.
16:10 C'est vrai que le monde a changé.
16:13 Le monde a changé et peut-être que nous ne sommes pas complètement en phase,
16:17 et c'est vrai pour les réseaux sociaux,
16:19 avec une communication, finalement, qui présente ce que nous faisons.
16:23 Aujourd'hui, on voit bien que l'Agence française de développement,
16:27 par exemple, change sa communication.
16:29 Quand elle construit une quinzaine d'écoles, personne ne le sait.
16:33 Il suffit que la Turquie ou la Chine construisent une école
16:37 pour que tous les médias nationaux s'en félicitent.
16:42 Donc, oui, nous avons besoin de changer.
16:44 Nous avons besoin de changer radicalement,
16:46 à la fois sur notre présence qui ne doit plus être militaire,
16:49 mais qui doit être civile, avec une aide et un vocabulaire différent.
16:54 On doit parler aujourd'hui de partenariat,
16:56 et s'éloigner, en effet, de ce passé qui continue,
17:00 finalement, à nous coller à la peau, à être un vrai boulet.
17:04 – Vous parliez de communication.
17:05 Est-ce que la France est dépassée face à la propagande russe
17:08 qui monte un peu les opinions africaines contre l'armée française ?
17:12 – Oui, et qui marche très, très bien.
17:14 On le voit chez les jeunes.
17:15 – Ça marche là-bas ? Vous en rendez de la fric ?
17:17 – Mais bien sûr, puisque ce sont les réseaux sociaux
17:19 qui sont pénétrés de ce complotisme,
17:21 vous avez entendu quand même les mots du responsable malien.
17:29 Et nous, nous sommes avec des communiqués de presse,
17:31 une sorte d'information formelle que personne n'écoute.
17:36 Aujourd'hui, les jeunes Sénégalais Ivoiriens burkinabés
17:40 sont sur leur téléphone portable
17:43 et sont très sensibles à ce qui est partagé sur les réseaux sociaux.
17:47 – Ça veut dire que nous, en France…
17:48 – Une enquête communiquée de presse qui va sortir une semaine
17:50 ou deux semaines après pour nier un fait,
17:53 alors que s'il était sorti immédiatement avec la vérité, peut-être…
17:57 – Ça veut dire qu'on se trompe de stratégie
17:59 ou qu'on est trop passif face à ce qu'est en train de faire la Russie ?
18:01 – On n'est pas trop passif, on n'est pas en phase
18:03 avec un monde qui change très vite.
18:05 – Donc on n'est pas sur la bonne stratégie.
18:07 – Le ministère des Affaires étrangères, aujourd'hui, a une porte-parole,
18:09 vous avez vu, c'est assez nouveau,
18:11 et cela fait plus de deux ans que j'envoie des notes un petit peu à tout le monde
18:16 pour leur dire "mais voilà ce que je vois sur le terrain".
18:19 Une jeunesse qui est en train de basculer,
18:21 qui n'est plus francophone et certainement plus francophile,
18:25 ça c'est certain, dans des pays où aujourd'hui,
18:28 nous pensons que parce que nous avons ce passé en commun,
18:33 que forcément ils vont continuer à nous aimer.
18:35 – Vous avez des réponses du ministère des Affaires étrangères ?
18:38 – Oui, écoutez, la mise en place de cette porte-parole
18:41 et puis nous avons aujourd'hui également des ambassadeurs
18:44 qui sont dans la réactivité instantanée
18:47 pour en effet essayer de contrer certaines rumeurs qui sont lancées.
18:52 – Pour conclure, vous le disiez, la présence française en Afrique
18:54 doit devenir civile et non plus militaire,
18:57 ça veut dire que nos opérations militaires ont été un échec face au djihadisme ?
19:00 – Non, elles n'ont pas été un échec,
19:02 les militaires ont fait ce qu'on leur a demandé.
19:04 Bien, est-ce qu'il fallait rester 8 ans dans un camp à Gao ?
19:08 Certainement pas, je crois que nous sommes restés plus longtemps,
19:11 rappelez-vous au Sénat, nous avons demandé il y a déjà 2 ou 3 ans de cela
19:15 un débat sur Barkhane, sur l'avenir de Barkhane,
19:18 parce que nous avions tous les signaux que ça ne se passait pas bien
19:22 et que c'était plus forcément la présence dont nous avions besoin.
19:26 Mais il faut que nous ayons une présence militaire là où les Africains la souhaitent,
19:30 en appui de ce qu'ils souhaitent faire, en réponse à leurs besoins
19:34 et non pas simplement de décider que nous avons un camp
19:37 et que nous allons procéder à des frappes et à des…
19:41 Voilà, qui ne sont pas en phase avec ce qui est souhaité et voulu sur le terrain
19:46 par les autorités en place.
19:47 – Merci Alex, à tout à l'heure.
19:49 – On parlera réforme de la retraite pour la deuxième semaine.
19:51 – Sans grande surprise dans le club.
19:53 On va parler de Robert Ebra pour terminer,
19:55 Hélène Conway-Mouret, c'était le dernier escapé du massacre d'Auradiou-sur-Glane en juin 1944,
20:00 il est décédé ce week-end à l'âge de 97 ans
20:02 et on va aller en Oudienne, justement à Limoges
20:04 où on retrouve Anne-Sophie Pédeger.
20:06 Bonjour, merci beaucoup d'être avec nous,
20:08 rédactrice en chef adjointe du Populaire du Centre
20:11 et vous revenez aujourd'hui encore sur la disparition de Robert Ebra
20:15 avec notamment l'interview de l'ancien président de la République, François Hollande.
20:19 – Oui, tout à fait, bonjour à toutes et à tous.
20:22 Effectivement, Robert Ebra s'est éteint samedi,
20:26 il avait mis des années à parler de ce massacre,
20:29 il avait 19 ans quand il a vécu les horreurs
20:33 et je m'interrogeais, je vous entendais parler du Mali, de l'Ukraine,
20:36 sur ce devoir nécessaire de mémoire,
20:40 comment est-ce qu'on peut faire perdurer la mémoire
20:42 et faire en sorte que ça n'arrive pas ?
20:45 Ou plus ?
20:47 – Hélène Conway-Mouret, c'est pour vous.
20:50 – Que ça n'arrive plus ?
20:50 Alors là, nous avions cette chance en effet,
20:53 que ce monsieur vive suffisamment longtemps
20:56 pour pouvoir transmettre et témoigner finalement
20:59 et je crois que cela vaut plus,
21:01 notamment auprès d'une jeunesse aujourd'hui qui est en quête
21:06 de connaissances, enfin de compréhension de notre monde
21:10 et je pense que cela vaut tous les livres qui peuvent être écrits sur le sujet.
21:16 Après, nous avons besoin de ce devoir de mémoire,
21:18 je vois que par exemple, en Allemagne, les Allemands ont travaillé à cela,
21:24 à la fois pour la choix, si vous allez à Berlin,
21:27 vous avez au centre de la ville cet espace qui représente un cimetière
21:33 qui est dédié justement à ces atrocités.
21:36 Je pense que chaque pays doit faire cet exercice,
21:39 alors par le biais bien sûr des individus qui ont vécu les événements,
21:45 qui sont en capacité de témoigner oralement ou par écrit
21:50 et surtout de se dire que chaque guerre n'apporte que misère,
21:55 désespoir, malheur et que finalement, aujourd'hui, dans cette guerre en Ukraine,
22:02 il faudrait que nous attachions tous à faire en sorte
22:06 qu'elle se termine le plus rapidement possible.
22:08 Épargner les civils, vous savez, j'ai vécu dans un pays en Irlande
22:13 où la guerre civile a sévi pendant très très longtemps,
22:17 il ne reste que des marques pendant des générations,
22:20 même celles qu'ils n'ont pas connues, c'est dans la mémoire collective,
22:25 toute cette souffrance reste là et donc il faut faire attention
22:30 qu'à la moindre étincelle, on ne ravive pas le feu
22:34 et donc il est important d'en parler, il est important de transmettre
22:38 en effet toute cette histoire.
22:40 – Et on va peut-être parler de la question de la justice
22:42 puisque Robert Ebra a disparu alors qu'aujourd'hui marquent les 70 ans
22:47 du jugement des bourreaux d'Oradour-Surglane.
22:49 Anne-Sophie, vous avez une question là-dessus, sur la justice ?
22:54 – Oui, tout à fait, parce qu'on voit bien, la justice est lente, très lente,
22:58 Robert Ebra a mis beaucoup de temps avant de parler,
23:01 aujourd'hui sur ces conflits en Ukraine notamment
23:04 où des massacres ont été perpétrés,
23:06 comment la justice fait son travail
23:08 et combien de temps faudra-t-il pour que justice soit faite ?
23:14 – Il y a vraiment des tribunaux, un tribunal international
23:18 qui en effet fait son travail, peut-être lentement mais qui le fait
23:21 et pendant que le procès est en cours, on n'oublie pas.
23:27 Je pense que c'est aussi une façon de se dire que la justice sera faite un jour
23:33 et de ne pas laisser finalement le désespoir pour les victimes s'installer
23:38 parce qu'il se passe quelque chose, on continue à en parler,
23:41 on continue à l'insulter.
23:42 – Est-ce que vous pensez qu'un jour Vladimir Poutine sera devant les tribunaux ?
23:47 – Peut-être, mais il faut attendre d'abord la fin de la guerre,
23:50 espérant qu'elle arrive le plus vite possible.
23:53 – Merci beaucoup Anne-Sophie d'avoir été avec nous,
23:56 sauf si vous avez une autre question, sinon regarde votre Une.
23:59 – Merci Jean.
24:00 – On regarde votre Une, la Une du Populaire du Centre,
24:04 on a vu celle de ce week-end évidemment consacrée à Robert Ebra,
24:07 on va regarder celle d'aujourd'hui d'Égypte en format XXL, tout autre sujet,
24:10 c'est à la Une du Populaire du Centre ce matin.
24:13 Merci beaucoup Anne-Sophie d'avoir été avec nous
24:15 et merci Hélène Konwémouré d'avoir été notre invitée pendant cette première demi-heure,
24:19 dans 20 minutes dans le Club des Territoires,
24:21 on va parler de la réforme des retraites,
24:22 nouvelle journée de mobilisation qui a eu lieu ce week-end,
24:24 il y en aura une autre jeudi,
24:25 l'examen du texte qui reprend cet après-midi dans l'hémicycle de l'Assemblée
24:29 et ce pour la dernière semaine, on va parler de tout ça
24:32 et on en parle tout de suite avec notre prochaine invitée,
24:34 c'est Sylvain Maillard qui nous rejoint.