00:01RTL Matin, Thomas Soto
00:02Il est 8h18 face à Fogial, l'interview de Marc-Olivier Fogial.
00:08Il était en pleine forme sur scène jusqu'au jour où il s'est fait poser une prothèse.
00:12Depuis, sa vie est devenue un cauchemar, à tel point qu'Arnaud Denis, votre invité ce matin, Marc-Olivier, envisage même d'en finir.
00:18Bonjour Arnaud Denis.
00:19Bonjour Marc-Olivier, merci de m'en recevoir.
00:21Merci à vous, vous êtes comédien, metteur en scène, nommé trois fois au moellier, mais cette vie est maintenant derrière vous.
00:26La faute, selon vous, à une prothèse pour une hernie à laine que vous vous êtes fait poser en 2023.
00:32Depuis, vous souffrez le martyr. Le retrait de cette prothèse à vos frais n'a rien arrangé.
00:37Et vous avez donc entamé des démarches à 42 ans pour vous faire euthanasier en Belgique.
00:42Pour commencer et comprendre, si vous n'êtes pas avec nous en studio mais en ligne, c'est que vous ne pouvez pas rester debout de plus de 10 minutes sans éprouver des maux de tête.
00:51C'est quoi votre quotidien Arnaud ?
00:54Écoutez, moi, depuis que je me suis fait implanter, c'est l'horreur. Je n'arrive plus à manger depuis deux ans et demi maintenant.
01:01Donc là, je suis en état d'ostéopénie, bientôt d'ostéoporose.
01:05Je perds tous mes muscles.
01:07J'ai perdu ma sexualité puisque la prothèse s'est enroulée autour de mon cordon spermatique et a abîmé mon péritoine.
01:13Le vrai problème, ce ne sont plus mes douleurs. Les douleurs étaient constantes et insoutenables avant que je parte aux Etats-Unis pour faire explanter cette prothèse de hernie.
01:23Mais là, en fait, le problème, c'est l'altération grave de l'état général que les médecins n'arrivent pas à expliquer.
01:28Il semblerait qu'il y avait une bactérie nosocomial dans la prothèse. Donc, je meurs de fatigue.
01:33Vous mourrez de fatigue au quotidien et donc, vous vous éteignez à petit feu, d'une certaine manière, dans une souffrance abominable.
01:40Oui, abominable. Je ne peux plus marcher bientôt. Je n'ai plus de hanche. Je n'ai plus de quoi tenir mon dos, mon cou.
01:46J'ai des acouphènes épouvantables. J'ai perdu une partie de ma vue. Enfin, c'est un cauchemar au quotidien. Un cauchemar. Je ne peux pas dire autre chose.
01:53Un cauchemar qui démarre au départ par, j'allais dire, quelque chose d'assez simple.
01:57Une hernie inguinal droite qui vous fait implanter une prothèse polypropylène, un filet en matière synthétique.
02:04On est en juillet 2023, donc c'était il n'y a pas si longtemps. Est-ce qu'en amont de l'opération, le chirurgien vous avait averti d'éventuels effets secondaires ?
02:11Absolument pas. Et c'est ce que je dénonce à travers un collectif qui s'appelle Victime française de prothèse de hernie sur les réseaux sociaux.
02:19C'est-à-dire que moi, j'ai cru, comme beaucoup d'autres en France, que j'étais un des rares cas qui souffre de complications.
02:26Il s'avère qu'en fait, il n'en est rien.
02:28Mais elle raconte ces complications. Une fois la pose de la prothèse faite, comment votre état se dégrade ?
02:34Tout de suite, en dix jours, 100 dans les urines, 100 dans les selles, une hypotension. J'étais à 8 de tension pendant deux semaines.
02:41Je suis allé 20 fois aux urgences et puis évidemment, on cherche partout ailleurs que là où est le problème.
02:47Parce qu'on ne fait pas immédiatement un lien entre l'implant posé et votre état ?
02:51Ce n'est pas qu'on ne le fait pas, c'est qu'on ne veut pas le faire.
02:54Vous croisez tout un tas de médecins, ils ne vous disent même pas, ça ne vient pas de là.
02:57Ils vous disent, ça ne peut pas venir de ça.
02:58Et pour revenir à votre question, les chirurgiens m'avaient prévenu d'une seule des complications possibles.
03:03Ils m'avaient dit, le seul risque, c'est la douleur chronique.
03:05Or, les chirurgiens ne présentent jamais la notice de l'implant au patient,
03:11alors que les fabricants recommandent que les chirurgiens préviennent.
03:14Les victimes qui n'ont contact par centaines ne sont jamais averties.
03:18La notice, elle dit quoi ? Parce que c'est vous-même qui avez contacté la société américaine Medtronic
03:23qui a fabriqué la prothèse, et c'est eux qui vous ont donné la notice.
03:27Ce n'est pas les médecins, la notice, elle prévient d'éventuels problèmes secondaires.
03:32Oui, liée à cette prothèse, et en fait, c'est marqué dans la notice de l'implant,
03:36« Effets indésirables, inconfort, douleurs chroniques, infections, récurrences, inflammation, adhésion, formation de fistules,
03:44érosion dans les organes avoisinants, sérum, hématome, migration de la prothèse, durcissement de la prothèse,
03:49déformation de la prothèse, réaction allergique, réaction à corps étranger, et irritation des organes avoisinants. »
03:55Est-ce qu'il est incroyable ?
03:5614 effets secondaires.
03:58Moi, je l'ai reçu deux ans et demi après mes complications.
04:00Ces complications, pour bien comprendre, une fois la prothèse posée,
04:04immédiatement, ça se dégrade, et ça se dégrade comment ?
04:06Je commence à perdre mon testicule, le testicule devient noir, moins vascularisé,
04:11j'ai des problèmes de circulation au niveau de l'artère iliaque, parce qu'elle est comprime par la prothèse,
04:15j'ai des problèmes de digestion, j'ai plus de motilité intestinale,
04:18j'arrive plus à manger correctement, j'ai des problèmes d'absorption de certaines vitamines,
04:23enfin, je ne sais plus par où commencer, je perds mes éjaculations,
04:26et je commence à avoir des acouphènes à droite, au niveau où j'ai été opéré,
04:30à cause des problèmes de circulation sanguine.
04:31Les médecins vous disent que ça ne peut pas être l'implant,
04:33et vous partez dans un combat personnel pour comprendre, jusqu'aux Etats-Unis,
04:37et à un moment donné, il y a un diagnostic qui est fait, qui dit,
04:40oui, la prothèse est responsable ?
04:41Oui, oui, enfin, le diagnostic, il est fait à chaque étape.
04:44Mon neurologue, qui a commencé par me dire là,
04:46il va falloir retirer la prothèse parce que vous êtes en train de perdre votre testicule,
04:50ensuite, j'ai vu un rhumatologue qui m'a dit,
04:52vous faites une intolérance grave aux produits, il faudra le retirer.
04:55Ce qui est incroyable, c'est que c'est à vos frais, vous-même, qui avez fait retirer la prothèse aux Etats-Unis,
05:03parce que les médecins français ne sont pas formés pour l'explantation.
05:06Exactement, ça c'est une autre aberration.
05:08Oui, 40 000 euros, et vous avez bien raison de le souligner,
05:11c'est que les chirurgiens français implantent sans être correctement formés à l'explantation,
05:15parce que c'est un des rares dispositifs médicaux qui s'implantent sur des tissus mous
05:19et qui créent une fibrose inflammatoire.
05:21Donc, quand vous retirez la prothèse, je ne veux choquer personne,
05:24mais ça ressemble à un morceau de bavette,
05:26vous en portez avec toute une partie du plancher pelvien.
05:29Donc, ça aussi, on ne vous prévient pas, le chirurgien ne m'a jamais prévenu
05:32qu'on ne pouvait pas les retirer, qu'on ne savait pas les retirer.
05:34Qui vous a implanté, il vous a vu dans l'état que vous décrivez aujourd'hui ?
05:37Il m'a vu trois semaines après l'opération.
05:39Il vous dit quoi ?
05:40Il était paniqué, et à un moment donné, il m'a proposé de retirer la prothèse,
05:44et là je lui ai dit, vous en avez retiré combien dans votre carrière ?
05:47Il m'a dit trois. Je lui ai dit, ben non merci en fait.
05:50Il y a cette action collective maintenant qui est menée,
05:52puisque depuis que vous avez un peu médiatisé ce qui vous est arrivé,
05:55vous vous rendez compte que vous n'êtes pas le seul,
05:56et que finalement, des problèmes liés à ce type de prothèse, il y en a plein.
06:00Il y a aujourd'hui un avocat qui centralise ces actions ?
06:03Oui, Maître Pierre de Buisson est en train de lancer un appel pour une action collective en France,
06:09donc tous les patients qui ont des complications peuvent le contacter,
06:13ou rejoindre notre collectif victime française de prothèse de vernis sur les réseaux sociaux.
06:17Il faut se manifester, parce que c'est très très grave.
06:19On a des cas de suicide, vous savez, moi je suis en discussion avec des veuves,
06:23dont les maris se sont suicidés à cause des douleurs chroniques,
06:25parce qu'ils n'en peuvent plus, ça génère en plus une catastrophisation de la douleur.
06:28Il faut dire aussi qu'au-delà des douleurs chroniques, on a plein d'autres problèmes d'infection chronique.
06:35Alors attention, mon but n'est pas de faire peur aux gens déjà opérés chez qui ça s'est très bien passé.
06:40Il y a plein de gens chez qui ça se passe très bien.
06:43Le problème, c'est que c'est sous-déclaré en France en termes de complications,
06:47mais on note aujourd'hui peut-être 15 à 20 ou 30% de complications, ce qui est inadmissible.
06:52Vous dites donc qu'il y a ce combat qui, d'une certaine manière, vous maintient en vie,
06:57mais donc le quotidien que vous nous avez décrit est trop lourd.
06:59Pour vous, c'est l'euthanasie. Il n'y a pas d'autre solution. Vous voulez en finir ?
07:04C'est un sujet délicat. Je comprends que certaines personnes puissent juger ou ne pas comprendre,
07:09parce que je ne suis pas objectivement dans une maladie terminale.
07:13Mais la médecine ne me propose plus rien.
07:15Enfin, on me propose bientôt une nutrition parentérale,
07:17parce que je suis très amégris et comme je ne peux plus m'alimenter.
07:20On me propose de me nourrir avec un tuyau.
07:22J'ai tout essayé. Et pourquoi j'envisage cette solution ?
07:26C'est parce que mon état se dégrade et que là, je suis à risque de faire des fractures spontanées.
07:32Je n'ai plus de muscles.
07:32Quand vous dites que vous envisagez, vous l'avez enclenché, ce processus de thanasie ?
07:36Oui, je l'ai enclenché il y a un an, au cas où,
07:40parce que je sentais que ça se dégradait très très vite et qu'on ne m'aide plus.
07:44Je suis abandonné par le corps médical, parce qu'ils ne comprennent pas.
07:48Le problème de ces implants aussi, c'est que ça donne lieu à des maladies nouvelles.
07:52Vous l'avez enclenché il y a un an, ce processus.
07:54Vous avez un entretien en Belgique à la fin du mois ?
07:57Oui, c'est un rendez-vous préliminaire.
07:59Vous voyez les choses comment en termes de calendrier ?
08:01Je ne peux pas vous dire.
08:03C'est plus comme une sorte de mesure de sécurité avant que ça devienne insupportable.
08:07J'ai des douleurs physiques.
08:09Forcément, quand vous perdez tous vos muscles, les articulations sont atrocement douloureuses.
08:14Donc, au moment où les douleurs deviennent trop épouvantables,
08:17je veux pouvoir partir le plus dignement possible.
08:19Là, je n'ai plus rien.
08:21Je suis immobilisé chez moi depuis plus d'un an.
08:24Je n'ai plus rien de ce qui constitue la dignité d'une vie humaine d'un homme de 42 ans.
08:28Et en Belgique, on vous prend en charge correctement ?
08:31On comprend que vous rentrez dans tous les critères pour pouvoir,
08:35j'allais dire entre guillemets, bénéficier de cette éthanasie ?
08:37Les médecins de l'ADMD en France qui font un travail remarquable
08:40ont bien évalué mon dossier, m'ont aidé à le présenter.
08:45Je ne peux pas vous dire à ce stade s'il est recevable.
08:48C'est pour ça que j'ai des rendez-vous préliminaires.
08:50Je dois voir plusieurs médecins.
08:52C'est très, très encadré.
08:53Donc, ça n'est pas dit que ça me sera accordé en fonction de mon état général.
08:56Il faudra voir sur place.
08:58Et votre état général, il est clair, tel que vous nous le décrivez,
09:01il ne peut pas s'améliorer, Arnaud ?
09:02Non, c'est accablant.
09:03Il ne peut pas s'améliorer parce que le dommage a été fait,
09:07soit par une infection ou une maladie auto-immune ou une réaction allergique.
09:12Tout ça est objectivé par différents médecins.
09:15En fait, c'est pire que si on m'avait foutu un coup de trombon dans le ventre.
09:18Je ne peux pas vous dire...
09:19Et encore une fois, je ne suis pas le seul.
09:20J'ai maintenant réuni plus de 600 patients qui ont des problèmes très, très graves.
09:25Et c'est sous-déclaré.
09:26Et en plus, on a empêché de faire nos déclarations à l'ANSM
09:28parce que les rapports chirurgicaux ne contiennent pas tous la marque et le numéro de série de l'implant.
09:35Alors que c'est une obligation depuis 2006.
09:37Les chirurgiens ont eu 20 ans pour se mettre à la page et ne le font pas.
09:40On comprend votre combat.
09:41Merci de l'avoir partagé sur RTL et d'avoir alerté les auditeurs.
09:44Pas pour les dissuader, mais au moins qu'ils décident en connaissance de cause.
09:48Il peut y avoir des effets secondaires.
09:50Même s'ils sont peut-être minimes, mais quand ils existent, c'est terrible, on vous a entendu.
09:54Merci Arnaud d'avoir été en ligne de chez vous.
09:56On va vous souhaiter du courage ce matin sur RTL.
09:58Merci Marc-Colique.
09:59Merci Marc-Colique.