00:00Alors il y a eu un nouveau candidat à la présidentielle hier soir, un de plus.
00:04Raphaël Buxman qui a mis fin à trois mois de suspense ou de faux suspense.
00:07Il a annoncé hier qu'il était candidat pour 2027.
00:10Bonjour Bernard Sananès.
00:11Bonjour.
00:11Vous avez fait les comptes ?
00:1327, 28, bon ça n'ira pas jusqu'au bout.
00:17Le record c'est 2002.
00:19Je rappelle que vous êtes le président de l'institut de sondage ELAB.
00:22Vous suivez évidemment la vie politique française depuis de nombreuses années.
00:24Vous avez déjà vu ça, autant de candidats ce moment-ci de l'année ?
00:28Non, c'est vrai qu'il y a vraiment une abondance de candidats.
00:32Ça va bien sûr se décanter.
00:33Mais ça dit aussi qu'il y a, on va dire, une jurisprudence Macron.
00:37Beaucoup de candidats, de responsables politiques se disent
00:40on peut y arriver, on peut sortir de nulle part.
00:45Et réussir en quelques mois.
00:46N'avoir jamais été élu ?
00:47Je ne l'avais jamais été.
00:48Réussir en quelques mois à faire le hold-up politique
00:52que le président de la République a réussi en 2017.
00:54Alors on va essayer de faire un peu un état des lieux.
00:56Je rappelle pour ceux qui nous rejoignent que désormais
00:58Emmanuel Lechypre, l'économiste, Arthur Chevalier, l'historien
01:02sont à mes côtés tout au long de cette matinale.
01:05Et honnêtement, vous attendiez Bernard Sananès
01:07quasiment comme le Messie, pour lui voir plus clair.
01:09Oui, parce qu'on va lui poser la question
01:10que tous ses copains lui ont posée pendant l'été.
01:12Bernard, qui va gagner la présidentielle ?
01:16Il y a la raison, mais je ne sais pas répondre à cette question.
01:19Parce que la présidentielle, elle est très incertaine.
01:22Mais il y a quand même des fondamentaux qu'on peut décliner aujourd'hui.
01:27Un, et c'est la première fois, l'ERN commence la campagne
01:31en position de favori et de net favori.
01:33Au premier tour, comme au second.
01:35C'est un élément...
01:35Au second, il n'y a pas une seule personne qui bat Marine Le Pen.
01:40Édouard Philippe testé avant l'été faisait...
01:42Mais aujourd'hui ?
01:44Vous savez, les sondages s'interrompent pendant l'été,
01:46pendant que les gens sont sur les plages,
01:48qu'ils se reposent.
01:49Et donc, on va reprendre des enquêtes.
01:52Édouard Philippe était le moins mauvais score face à Marine Le Pen.
01:56Mais c'est le premier point.
01:57Et ça veut dire quoi ?
01:58Ça veut dire aussi que, pour l'instant,
02:00les différentes candidatures n'ont pas trouvé l'antidote
02:05au Rassemblement National, si vous me permettez l'expression.
02:08La question du seul barrage républicain,
02:11elle ne suffira pas.
02:12Premier point.
02:13Deuxième point qui me frappe beaucoup,
02:15c'est qu'on assiste pour l'instant à un match
02:17entre les radicaux et les modérés.
02:18Et qu'il y a une vraie différence.
02:20Les radicaux, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon,
02:23sont unis.
02:24Ils sont seuls candidats.
02:25Ils ne sont pas contestés.
02:26Ils ont un programme clair.
02:27Ils ont une offre politique claire.
02:28Et les modérés, on va dire,
02:30de Retailleau à Glucksmann ou à Tondelier,
02:33ils sont divisés.
02:34Ils ont des points de vue dans leur parti
02:37qui sont partagés.
02:38Regardez la question des retraites.
02:39Regardez la question des services publics.
02:40Et ce décalage entre les radicaux et les modérés
02:44me semble très important.
02:45Et puis, le troisième point, évidemment,
02:48c'est que cette campagne va s'ouvrir
02:49dans un contexte particulier.
02:51Je parle sous le contrôle de vos deux experts
02:53et notamment d'Emmanuel,
02:54puisque je suis sûr qu'il évoquera ça.
02:56C'est évidemment le sentiment
02:58de la perception du déclin du pays
03:00et de l'affaiblissement du rôle de l'État.
03:02Et ça, on le voit dans toutes les enquêtes,
03:05sur tous les sujets.
03:06J'ai l'impression qu'on assiste
03:07à une sorte de campagne fantôme.
03:09C'est-à-dire que depuis 5 ou 6 mois,
03:11on commande des candidats,
03:12des sondages qui, en fait,
03:13sont tous en train d'être remis en cause.
03:15Au mois de septembre, là,
03:16on voit que Jean-Luc Mélenchon
03:18passe quasiment devant Édouard Philippe
03:19dans certains sondages
03:20qui n'étaient quand même pas faits avant l'été.
03:21Ce matin, le sondage Harris Interactive
03:23qui met Jean-Luc Mélenchon
03:24aux portes du deuxième tour,
03:26crédité de 17% dans certaines configurations.
03:28C'est-à-dire autant, effectivement,
03:30qu'Édouard Philippe.
03:30Vous n'avez pas l'impression
03:31qu'on compagne une sorte de fausse campagne,
03:33en fait, c'est-à-dire
03:34qui pourrait changer d'un jour à l'autre,
03:35y compris derrière Édouard Philippe,
03:36qui pourra être remplacé par un autre candidat.
03:38Rien n'est impossible à ce moment-là.
03:39Non, mais il va se passer, évidemment,
03:40beaucoup de choses, vous avez raison.
03:40Et puis, surtout, surtout...
03:42C'est inédit, ça, non ?
03:42J'imagine que les auditeurs
03:44le diront tout à l'heure.
03:45Les Français sont loin encore
03:47de ces préoccupations.
03:48Ça ne veut pas dire
03:48qu'ils ne s'intéresseront pas à la campagne.
03:50Ils vont s'y intéresser.
03:51Mais ils vont rentrer
03:52dans cette campagne progressivement.
03:54Sauf que, Bernard,
03:54ils ont des préoccupations, les Français.
03:57Selon vous,
03:58sur quels thèmes
03:59va se jouer cette campagne ?
04:01Quels sont les thèmes
04:01qui vont structurer la campagne ?
04:02Donc, j'ai évoqué le premier,
04:03le sentiment de déclin du pays.
04:05Deuxièmement,
04:06le sentiment de vulnérabilité.
04:09Vulnérabilité sécuritaire,
04:10climatique, économique, géopolitique.
04:12Et troisième point,
04:14et ça parlera là aussi à Emmanuel,
04:16évidemment,
04:16la pression du déficit
04:18et de la dette
04:18qu'on a vu monter
04:19dans les enquêtes
04:20depuis plusieurs mois.
04:22La foire à la promesse,
04:24qui est une campagne électorale,
04:25je dis ça de manière lucide,
04:27il y aura encore des promesses
04:29pendant cette campagne électorale.
04:30L'une des promesses choque,
04:31c'est quand même celle
04:32de Jean-Luc Mélenchon
04:33il y a quelques jours,
04:34qui dit qu'il faut juste brûler la dette.
04:35Je poserai évidemment la question
04:36au ministre de l'économie tout à l'heure.
04:38Au fond,
04:39et si on brûlait la dette ?
04:41On va avoir ce débat sur la dette,
04:44mais sur tous les autres sujets,
04:45parce que les Français sont lucides
04:46et ils entendent du même côté
04:47un petit refrain partout,
04:49sur tous les sujets,
04:50il n'y a plus d'argent.
04:51Et le « il n'y a plus d'argent »,
04:53il va être un métronome de la campagne.
04:56Les Français vont être très exigeants
04:57sur comment vous allez financer,
04:59quelles mesures vous prendrez
05:00pour accompagner les propositions
05:01que vous faites.
05:02C'est là où la proposition
05:03de Jean-Luc Mélenchon
05:05est intellectuellement malhonnête.
05:06C'est-à-dire que ce qu'il instille
05:08dans l'esprit des Français,
05:09c'est « allez,
05:10on va supprimer toute la dette ».
05:12Or, il ne parle que de 18% de la dette
05:14qui est détenue
05:15par la Banque Centrale Européenne.
05:16Donc, c'est vraiment
05:17une petite mesure
05:19qui veut nous faire passer
05:20pour une bombe.
05:21Et en fait,
05:21c'est un pétard mouillé.
05:22Comment on va les départager,
05:23Bernard Sananès ?
05:25– La campagne, d'abord.
05:26Il y a des dynamiques de campagne
05:29qui vont se mettre en place.
05:30– Mais comment ça se passe, ça ?
05:31Comment, à un moment,
05:31il y en a un qui dit
05:32« finalement, je ne suis pas en dynamique,
05:34finalement, je suis moins fort que toi,
05:36allez, je te laisse la place ».
05:37– Ça se fait, en général,
05:38dans les conclaves des partis politiques,
05:41pour ceux, en tout cas,
05:41qui appartiennent
05:42à des formations politiques.
05:44– Regardons à gauche.
05:45Prenons un instant.
05:46À gauche, alors hier,
05:47on le disait, Raphaël Glucksmann,
05:48lui, il est candidat
05:48vraiment à la primaire.
05:50À la primaire,
05:50il y a déjà Ségolène Royal.
05:52– À gauche, il y aura la primaire.
05:53À gauche, il y aura la primaire socialiste.
05:55– Voilà, il y aura cette primaire.
05:56Mais un François Hollande,
05:58un Bernard Cazeneuve,
06:00on sent qu'ils sont dans le coin,
06:01mais ils ne parlent pas de primaire.
06:02– Oui, mais la primaire,
06:03c'est vrai que la primaire
06:04qui va maintenant
06:05vraisemblablement avoir lieu,
06:06sauf au dernier désaccord
06:07sur les modalités,
06:09cette primaire,
06:09elle va empêcher peut-être
06:14sauf si le candidat sorti de la primaire
06:17au bout de quelques semaines
06:18ne réussissait pas
06:19à créer une dynamique.
06:20Et cette dynamique,
06:20elle sera quand même complexe
06:22à créer.
06:23Pourquoi ?
06:23Rappelons-le,
06:24la primaire de 2016,
06:25elle avait rassemblé
06:262 millions de personnes
06:27pour la gauche non LFI.
06:29– Et celle-ci,
06:29elle n'est pas censée être fermée.
06:31Alors, je n'ai pas très bien compris
06:31la différence.
06:32– Une primaire fermée,
06:32ça veut dire que la base,
06:32aujourd'hui,
06:34vous avez votre carte
06:35ou avoir rejoint
06:35une charte de la primaire.
06:37La base, pour l'instant,
06:38c'est 50 000.
06:39Ça pourra peut-être monter
06:39à 100 000, 200 000.
06:41Mais ça va être quand même
06:41très compliqué
06:42de faire une primaire populaire.
06:43– On va avoir besoin
06:44de vous régulièrement,
06:45je sens, Bernard Salanès,
06:46pour essayer de comprendre.
06:48Mais en tout cas,
06:48le coup d'envoi,
06:49effectivement, merci.
06:50– On a oublié un mot,
06:51on a oublié un mot,
06:51quand même.
06:52On ne peut pas ne pas parler de ça.
06:53Quel sera l'impact
06:54de l'été climatique
06:56qu'on a passé sur la campagne ?
06:57Ce n'est pas possible,
06:58évidemment.
06:58– Mais ils n'en parlent pas,
06:59vous remarquerez,
07:01quasiment…
07:01– Ah, on a parlé un peu
07:02d'écologie.
07:02– Jean-Luc Mélenchon en parle
07:03beaucoup, pour le coup.
07:04Il en a fait depuis très longtemps
07:06un des sujets,
07:07un des thèmes.
07:08– De l'autre côté,
07:09est-ce qu'il y a un avant
07:10et un après ?
07:10– C'est un vrai sujet,
07:11notamment pour les candidats
07:13du centre,
07:13avec un paradoxe.
07:14On parle maintenant
07:15d'une non-candidature
07:16des écologistes
07:17au moment où on n'a jamais
07:18autant parlé d'écologie.
07:19– Merci Bernard.
07:20Bernard Salanès,
07:21qui dirige l'Institut Elab.
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