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00:06À cet été, on aura vu la concrétisation des impacts du réchauffement climatique ici en Europe,
00:10avec les canicules, les méga-feux en Gironde, en Espagne, les sécheresses,
00:15fleuve à sec, le Rhin, le Danube qui reste extrêmement bas.
00:17La liste des calamités s'est d'un coup allongée ici sur nos terres en Europe.
00:22Anne-Catherine du Centre Aurel nous rejoint, fondatrice d'Actors for Sustainability.
00:25Bonjour Anne-Catherine.
00:26Bonjour Guillaume.
00:27Qui va payer les assureurs ? On se dit heureusement qu'ils sont là, les assureurs.
00:31Alors, c'est assez intéressant de succéder à l'intervenant précédent,
00:36puisque dans un premier temps, on se dit évidemment que la première facture est payée par les assureurs.
00:41Alors, au premier regard, on pourrait se dire que finalement, ils sont prêts,
00:45puisque les résultats du premier semestre des réassureurs étaient excellents.
00:50En particulier, on a Swissray qui a dégagé 2,5 milliards de dollars de bénéfices nets,
00:56plus 8 %, donc on pourrait se dire qu'ils ont les moyens d'eux.
01:01Sauf que c'est un peu une illusion d'optique, puisque en fait, au premier semestre,
01:06il y a eu des catastrophes, dont en particulier le tremblement de terre en Venezuela,
01:10dont les coûts estimés sont autour de 20 milliards,
01:13sauf que ces coûts ne sont pas du tout à impact.
01:16On n'impacte pas du tout le bilan des assureurs et des réassureurs,
01:19parce que rien n'est assuré.
01:20Et en fait, cette métaphore-là montre bien que la question aujourd'hui de
01:25est-ce que les assurances ont les moyens de payer,
01:27c'est aussi comment elles continuent à avoir un modèle
01:31où elles essaient de garder la possibilité de rembourser un certain nombre de dommages,
01:37mais à condition qu'ils soient assurés.
01:39Et ça, par exemple, on est quand même sur des chiffrages
01:43qui ne tiennent que si les graves accidents climatiques
01:47ont lieu dans des zones peu denses et surtout peu assurées.
01:51Et évidemment, ce n'est pas le cas de l'Europe.
01:53Donc là, cet été, tout bascule.
01:56Et ce qui est intéressant, c'est qu'effectivement,
01:58les premiers chiffres, on a Morningstar,
02:00qui chiffre entre 10 et 15 milliards d'euros
02:04pour la seule France, le coût des feux.
02:06Donc on est vraiment sur quelque chose
02:08qui va complètement faire exploser
02:10les différents chiffres qui viennent d'être donnés.
02:12Oui, d'autant que là, on ne parle que de l'impact direct
02:15des catastrophes nationales.
02:17Il y a tout ce qui est indirect,
02:18mais qui est monstrueux en termes de montant.
02:21Alors voilà.
02:22Et ce qui est intéressant, c'est qu'il y a une étude
02:23qui a été faite par la Banque Triodos
02:25qui a essayé de chiffrer à chaud
02:26ce que ça a pu coûter pour l'Union européenne,
02:29puisque nous, les pays du Sud,
02:30ont payé un plus lourd tribut en termes de feux.
02:33Mais il y a eu une sécheresse absolument partout.
02:35Et donc, du coup, on est sur 180 milliards.
02:38Et combien ça fait ?
02:38180 milliards, c'est 1% du PIB.
02:41Et donc, il y a une vraie probabilité
02:43que le fameux 1% qui vient d'être évoqué
02:45soit balayé par l'ensemble du coût climatique
02:49des catastrophes en série,
02:51dont on n'est même pas sûr qu'elles soient terminées,
02:53puisqu'il est possible qu'il y ait encore
02:54des canicules en septembre.
02:56Oui, tout à fait.
02:58Comment on calcule ça, du coup ?
03:00Parce que vous dites, on ne sait pas jusqu'où.
03:02Alors, 180 milliards, en plus,
03:04c'est plutôt une hypothèse prudente.
03:06Comment ils calculent ça ?
03:07Ils additionnent les impacts agricoles,
03:09donc baisse des rendements,
03:10on sait en particulier sur les céréales,
03:12les légumes, l'inflation qui va avec,
03:14la baisse de production laitière.
03:16Donc déjà, c'est le premier sujet.
03:18Deuxième sujet, on ajoute
03:19tous les impacts énergétiques.
03:21On sait que les centrales nucléaires
03:22ont dû être à l'arrêt
03:23parce qu'elles ne pouvaient plus être froidies.
03:25Il y a aussi des problèmes
03:26de perturbations hydrauliques,
03:28évidemment, de tout ce qui est énergie hydraulique,
03:31qui augmentent aussi les coûts de l'énergie.
03:33On ajoute à tout ça
03:34la désorganisation totale des transports,
03:36qu'ils soient fluviaux,
03:37avec les problèmes, par exemple,
03:38sur le Rhin,
03:39qu'ils soient liés aux transports ferroviaires.
03:42Donc, tout ça est une catastrophe
03:44auquel il faut ajouter encore un autre facteur,
03:47la baisse de productivité.
03:48C'est-à-dire qu'on en est conscient
03:50pour tout ce qui est travail extérieur,
03:53évidemment, mais en revanche,
03:55ça impacte aussi le travail de bureau
03:57parce que quand il fait trop chaud,
03:58on dort très mal
03:59et on a des capacités cognitives qui sont...
04:01Et puis, les ordinateurs chauffent aussi.
04:03Donc, l'ensemble a des impacts
04:05qu'ils ont additionnés
04:06en obtenant cette addition de 180 milliards.
04:08Oui, mais cette addition que vous décrivez,
04:10elle est déjà intégrée
04:11dans les bilans des assureurs et des banques, non ?
04:12Alors non, c'est tout le sujet.
04:14C'est ce qui inquiète aussi beaucoup la BCE
04:16parce qu'en fait, elle a publié cet été
04:17une alerte là-dessus
04:19en disant que les risques climatiques
04:21commencent, et encore pas au niveau nécessaire
04:23à être modélisé,
04:24mais en revanche, les autres risques,
04:26dont la sécheresse,
04:27dont la destruction de biodiversité, etc.,
04:29ne le sont pas.
04:30Et en fait, on assiste à vraiment
04:32quelque chose d'extrêmement alarmant
04:34puisque, en fait, aujourd'hui,
04:37on a une concrétisation de risques
04:40qui sont payés en partie par les assureurs
04:43et sur lequel,
04:44et c'est une dernière étude que je vais citer,
04:46qui est celle de ShareAction,
04:47qui est une ONG britannique,
04:48qui a regardé comment les 40 plus grands
04:50assureurs mondiaux
04:51prenaient en compte ces risques.
04:53Et en fait, on a,
04:54là encore, au premier regard,
04:56on se dit, bon,
04:56ils ont bien compris,
04:57puisqu'ils ont des politiques climatiques,
04:59qu'ils investissent au minimum
05:00dans les énergies fossiles, etc.,
05:02mais en fait,
05:03ils ne financent à très peu
05:05ou quasiment pas aujourd'hui
05:06la transformation de l'économie
05:08pour qu'elle soit plus résiliente.
05:10Et donc, du coup,
05:11on a un modèle,
05:12on se souvient que le mouvement
05:13de prise en compte
05:14du changement climatique dans la finance
05:16avait été lancé en mai 2015 à Paris
05:18avec Henri Decastre,
05:19à l'époque patron d'AXA,
05:21qui disait,
05:21un monde à 4 degrés
05:22de réchauffement climatique
05:23n'est pas assurable.
05:24On peut se demander
05:25s'il l'est à 2 degrés
05:26comme cet été,
05:28puisque c'est le type de catastrophe
05:29qu'on va avoir chaque été.
05:31Et effectivement,
05:32aujourd'hui,
05:32la réaction la plus partagée,
05:35c'est de réduire l'univers assuré.
05:37Beaucoup de communes le savent,
05:38mais aussi ceux qui traitent
05:40des déchets dangereux,
05:42ceux qui traitent des déchets
05:43qui peuvent s'incendier,
05:44par exemple,
05:45qui peuvent prendre feu,
05:46ont beaucoup de mal
05:47à trouver des assureurs.
05:49Donc on est vraiment
05:50sur un modèle
05:50qui tient pour l'instant,
05:53mais qui,
05:54à moyen long terme,
05:55est extrêmement compromis
05:56puisqu'il ne s'attaque
05:57pas vraiment aux causes
05:58de ce climat,
05:59c'est-à-dire à une réduction massive
06:01des émissions de gaz
06:01à effet de serre
06:02et à une adaptation de l'économie,
06:04et qu'en revanche,
06:05la seule solution,
06:06c'est de faire augmenter les primes
06:08et de réduire l'univers assuré.
06:10Oui, sachant que c'était,
06:11on a battu un record
06:11de trafic aérien
06:12à l'échelle mondiale encore.
06:13C'est-à-dire que,
06:14voilà,
06:14l'avion n'est pas du tout
06:16seul responsable,
06:16on le dit quand même,
06:17c'est 3% des émissions de CO2,
06:18vous supprimez tous les avions,
06:19vous ne réglez pas le problème.
06:20Mais enfin,
06:20voilà,
06:20il se trouve que c'est un symptôme aussi.
06:22Le seul moyen de régler le problème,
06:23c'est effectivement
06:24de prendre l'ensemble
06:25et d'avoir des politiques
06:26de transformation
06:28assez radicales
06:29qui font que,
06:30ce qui augmente le problème,
06:31puisqu'on a vu cet été
06:33ce que ça produit,
06:34les émissions de gaz
06:35à effet de serre,
06:36déjà là.
06:37On est à quoi ?
06:38On est à moins de 2 degrés
06:39de réchauffement
06:39et ça donne l'été
06:40qu'on vient de vivre.
06:41On est à priori
06:41à 1,5 degré.
06:42Donc,
06:43on peut imaginer
06:44qu'effectivement,
06:45ça ne peut qu'augmenter,
06:46surtout si on continue
06:47à aggraver le problème.
06:48Donc,
06:48il y a vraiment
06:48une prise de conscience nécessaire,
06:50d'autant plus
06:51que la croissance
06:52qu'on espère désespérément
06:53de 1%
06:54pourrait être remise en cause
06:55juste à cause
06:56des catastrophes climatiques
06:57de l'été.
06:58Oui,
06:58Catherine du Centre.
06:59Ah oui,
06:59parce qu'en plus,
07:00la fumée et les incendies,
07:01ça vient renforcer
07:02les gaz à effet de serre.
07:02Et on ne sait pas encore
07:04quel est l'impact
07:04sur le cru des Bordeaux,
07:05par exemple.
07:06C'est un placement possible.
07:08Il faut être alcoolisé
07:09parce qu'avec l'alcool,
07:10la chaleur qu'il y a eu,
07:11ça va au degré de l'alcool.
07:12Et en fait,
07:12le goût des fumées
07:13plus des retardants
07:14peut être absolument
07:15peut ruiner un millésime,
07:16en fait.
07:16Ah oui,
07:17effectivement.
07:18Merci beaucoup
07:19d'être venue nous voir.
07:20Anne-Catherine,
07:20du Centre Auret,
07:21fondatrice d'Actor
07:22pour Sustainability.