- il y a 7 semaines
Clélie Mathias, accompagnée de la rédaction d’Europe 1, propose à la mi-journée un point complet sur l’actualité suivi de débats entre invités et auditeurs.
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00:0014h, 14h, Europe 1 Info.
00:02La suite sur Europe 1, vous écoutez Clélie Mathias et c'est le moment d'accueillir vos deux chroniqueurs du
00:07jour, chère Clélie.
00:08Avec vous aujourd'hui la journaliste au journal du dimanche, Hélène Roué, et le journaliste politique, Sébastien Lignier.
00:13Bonjour à tous les deux. Bonjour Clélie.
00:15Bonjour Clélie Mathias.
00:16Merci d'inaugurer cette rentrée d'Europe 1 pour Europe 1 Info.
00:20Quel plaisir.
00:20En tout cas, je suis ravie également, on va, hélas, commencer par des sujets un peu préoccupants, inquiétants,
00:26et parler de cet homme qui a foncé volontairement, c'était hier soir, sur un groupe près d'un bar
00:30de Caen avec son véhicule.
00:32Il a tué deux personnes, il en a blessé neuf autres, il a été interpellé.
00:36C'est un Russe d'origine tchétchène de 26 ans qui a été placé en garde à vue.
00:42On écoute les précisions du procureur de la République, Philippe Léonardo.
00:47Une enquête a été ouverte du chef d'assassinat et violence volontaire avec arme.
00:54Donc nous avons une personne qui est actuellement en garde à vue.
00:59Pour le moment, nous ne sommes pas, a priori, dans le cadre d'une motivation, entre guillemets, terroriste.
01:05Mais les investigations ne font que commencer.
01:08Alors voilà, la piste terroriste est écartée, pour le moment en tout cas, selon les dires du procureur de la
01:12République adjoint que vous venez d'entendre.
01:15Les faits se sont produits après une bagarre.
01:17Le suspect a été pris à partie par plusieurs individus.
01:20Il est revenu avec sa voiture et il a foncé sur ces gens qui se trouvaient finalement sous un abri
01:27bus.
01:27Et là, il a fauché d'autres personnes au passage qui attendaient simplement le bus.
01:32Hélène Roué, est-ce que c'est l'illustration d'une ville moyenne, on va dire, française,
01:36qui bascule finalement dans des problèmes de sécurité, de délinquance, d'immigration aussi,
01:42parce qu'il y a beaucoup de... je l'ai dit, c'est un russe d'origine tchétchène qui a
01:46été interpellé et il a fauché de nombreux afghans ?
01:48Oui, bien sûr, cette histoire, évidemment, illustre plusieurs choses.
01:51La première, c'est également l'intolérance totale à l'adversité.
01:54Vous savez, aujourd'hui, vous vous baladez dans la rue, il y a une infraction routière,
01:58et bien en fait, vous avez quelqu'un qui va sortir de sa voiture, qui va vous menacer physiquement ou
02:01alors verbalement.
02:02Là, on se rend compte, manifestement, il y a eu une bagarre.
02:04C'est-à-dire que cet individu est tellement énervé qu'il prend sa voiture et qu'il va l
02:08'utiliser comme une arme et il va tuer des personnes.
02:10Donc en fait, aujourd'hui, on a une intolérance totale, évidemment, dans une société de plus en plus individualiste.
02:15Et après, évidemment, vous avez tout à fait raison aussi sur l'insécurité de manière générale.
02:19À quand je regardais encore les chiffres ce matin, vous avez augmentation des violences physiques,
02:23augmentation des violences sexuelles, augmentation de l'usage et trafic de drogue.
02:26Quand est l'illustration également parfaite de toutes ces villes moyennes qui sont désormais gangrénées par la violence,
02:31par la délinquance, c'est le mot de Gérald Darmanin, il n'y a plus aucun lieu safe.
02:35Et ces villes moyennes en sont évidemment la parfaite illustration.
02:37– Je reviens sur Hélène Rouet, sur le premier élément que vous souleviez.
02:42Et je ne sais pas si on peut comparer, mais vous avez vu aussi ce cycliste qui s'est fait
02:46poignarder à Paris.
02:48– Exactement, ça rentre à dedans.
02:48– Voilà, parce qu'effectivement, il y a un accrochage avec un camion, avec un véhicule.
02:53– Vous allez énerver quelqu'un sur la route. Il y a 40 ans, il y avait un différent, on
02:57faisait un constat,
02:58il y avait éventuellement un mauvais mot, mais ça n'allait absolument pas plus loin que ça.
03:01– Il y avait beaucoup de mauvais mots quand même.
03:02– Bien sûr, bien sûr, mais si vous voulez, à l'époque…
03:04– Il y avait quand même des insultes qui fusaient.
03:07– Bien sûr, à l'époque c'était ça, mais à la rigueur, si ça n'était que des insultes,
03:10désormais on sort un couteau, on vous menace physiquement,
03:12ou alors on vous touche physiquement, et même parfois, on vous tue.
03:16– Sébastien Ligné.
03:17– C'est la définition totale et absolue de ce qu'est l'ensauvagement.
03:20C'est-à-dire que quand on parle de l'ensauvagement, on parle souvent simplement d'un point de vue
03:23statistique.
03:24On dit bon, il y a beaucoup plus d'insécurité, beaucoup plus de faits de violence.
03:28C'est vrai, ça rentre dans ce cas d'ensauvagement.
03:30Mais l'ensauvagement, c'est aussi quand la violence change de nature,
03:33c'est-à-dire que l'insécurité, non seulement elle est de plus en plus nombreuse,
03:36même dans les villes moyennes, mais surtout elle est de plus en plus violente,
03:39de plus en plus gratuite et de plus en plus irrationnelle.
03:42C'est-à-dire que là, quand on explique les faits, il y a quelque chose de complètement irrationnel.
03:46C'est-à-dire qu'on ne comprend pas comment un homme qui, parce qu'en effet, il y a
03:50eu une bagarre, un échauffeuré,
03:51décide de prendre sa voiture pour écraser ces personnes-là.
03:54On rentre dans le fait qu'en effet, l'homme ne se contient plus.
03:57L'homme a un rapport à la violence complètement décomplexée
04:00et qu'il ne sent sans doute plus les répercussions possibles de ses actes.
04:05Je pense qu'il se dit, de toute façon, je ne risque plus rien.
04:08Et ça entraîne ça, c'est un cercle extrêmement vicieux.
04:10Les couteaux, c'est exactement la même chose.
04:12Pourquoi il y a de plus en plus de couteaux ?
04:13Parce que vous avez aussi des gens qui, par méfiance, s'arment en défense.
04:18Moi, je connais des gens qui ont des couteaux maintenant
04:20ou des armes dites de défense dans les sacs à main, dans les poches,
04:24en se disant, il y a tellement de couteaux partout,
04:26les gens sont devenus tellement fous, la violence est tellement omniprésente
04:29que j'arme et je m'arme en défense.
04:31Vous croyez vraiment qu'on peut généraliser justement cette violence, ces armes ?
04:35Mais bien sûr, tout le monde ne roule pas sur des personnes.
04:40Mais en effet, si on caricature un petit peu,
04:43en effet, il y a 40 ans, ce serait peut-être réglé,
04:46ce différent, ce serait peut-être réglé à l'amiable.
04:48Il y a 20 ans, ce serait peut-être réglé par un coup de poing.
04:51Et aujourd'hui, ça se règle par un coup de couteau
04:53ou par quelqu'un qui fonce avec sa voiture.
04:55C'est ça, l'ensauvagement.
04:56C'est comment la violence change de nature concrètement au quotidien.
05:00Donc ce que vous dites, c'est que ce n'est pas un fait divers,
05:02c'est un fait de société ?
05:03Évidemment. Et en plus, ça touche, ça c'est le côté symbolique,
05:06mais qui n'est plus simplement symbolique, hélas, parce que les chiffres le confirment,
05:09c'est que ça touche toutes les zones françaises.
05:11C'est-à-dire que cette idée qu'on a pu entendre
05:14que l'ensauvagement, l'insécurité, c'était quand même avant tout
05:17dans les grandes villes et dans certains quartiers chauds,
05:20dans certaines banlieues périphériques, etc.,
05:22notamment banlieues parisiennes,
05:24ça c'était une analyse sociologique qui était vraie peut-être dans les 80.
05:27Mais aujourd'hui, vous n'avez plus un département qui est épargné.
05:30On parle notamment du narcotrafic.
05:32Regardez le narcotrafic qui est présent dans 8 communes sur 10.
05:34et dans l'ensemble des départements français,
05:36de la Seine-Saint-Denis à la Creuse.
05:37Sur l'ensauvagement, c'est pareil.
05:39Heureusement, il y a une élection présidentielle à venir.
05:41Et donc peut-être des solutions, des propositions ?
05:43Hélène Rouet, vous y croyez ?
05:45Est-ce que ça sera un des thèmes de cette campagne présidentielle ?
05:48Et surtout, est-ce que vous voyez des réponses,
05:51des solutions à ce que connaissent ces villes ?
05:53Et encore une fois, Lacan est un des exemples,
05:56mais il y en a d'autres en France peut-être ?
05:57Oui, alors au-delà de l'élection présidentielle,
06:00ça l'était déjà pour les élections municipales.
06:02Et c'est vrai qu'il y a des résultats dans certaines villes
06:03qui ont pu aussi surprendre.
06:05Quand on voit une ville comme par exemple Nantes,
06:07qui est gangrénée véritablement par le narcotrafic,
06:09par la délinquance.
06:10En fait, moi j'avais eu l'occasion en plus de refaire des reportages là-bas,
06:13quand vous interrogez les Nantais,
06:14il y en avait beaucoup qui vous expliquaient qu'ils n'en pouvaient plus,
06:17qu'il fallait une alternance.
06:18Aujourd'hui, la maire socialiste est Johanna Roland,
06:20elle a été réélue une deuxième fois,
06:22puis maintenant une troisième fois.
06:23Et c'est vrai que vous avez beaucoup de Nantais
06:25qui ont été très très surpris de ce résultat assez serré.
06:27Et en fait, aujourd'hui, vous vous retrouvez quand même
06:29dans les villes de France,
06:30où malheureusement, malgré le fait que vous avez à peu près
06:32la moitié de la ville qui est pour plus de sécurité,
06:35plus de caméras,
06:36le fait que les policiers municipaux soient armés, etc.
06:39Vous vous rendez compte que subit une résistance
06:42quand même dans encore beaucoup de villes,
06:43et notamment les grandes,
06:44qui sont emprises notamment d'une certaine élite de gauche idéologisée,
06:47où en fait, vous ne donnez toujours pas ces armes
06:50effectivement aux policiers municipaux,
06:51vous ne donnez pas des armes justement aux habitants
06:53pour pouvoir vivre absolument sereinement.
06:56Donc, je ne sais pas, je pense que la France
06:57est quand même encore divisée sur la question.
06:59En revanche, une chose est sûre,
07:00c'est que pour l'élection présidentielle qui arrive,
07:02la sécurité sera de toute façon un thème,
07:05et l'immigration aussi.
07:06Rappelons que ce monsieur à Caen n'était pas français.
07:08Alors, pour vous, et peut-être pour Sébastien Ligné,
07:10je vais vous poser la question et vous donner la parole.
07:12Est-ce que ça passe uniquement par la répression ?
07:15C'est une solution à cette ultra-violence ?
07:17Ça passe évidemment par un volet répressif.
07:19L'idée que la répression seule suffit,
07:22évidemment une erreur,
07:23mais déjà, commençons par la répression.
07:24Ensuite, on parlera peut-être du reste.
07:25Là où c'est, je trouve, en effet, particulièrement marquant,
07:28c'est la fracture entre ce que pense
07:31l'opinion publique française sur la question de l'insécurité
07:34et les réponses politiques qui sont apportées.
07:36C'est-à-dire que quand on regarde les priorités des Français,
07:38l'insécurité revient dans le top 5, top 6
07:41de toutes les préoccupations.
07:43Et d'ailleurs, c'est un des rares thèmes
07:44qui est complètement transpolitique.
07:47C'est-à-dire que vous avez de la gauche à la droite
07:49une majorité de Français
07:49qui considère qu'il faut lutter contre l'insécurité.
07:52Le problème, c'est que les réponses politiques
07:55à côté de cela sont totalement insuffisantes.
07:57On parle, en effet, beaucoup plus d'insécurité aujourd'hui
07:59dans le débat politique qu'il y a 20 ans,
08:01mais on en parle simplement sur le thème du constat.
08:04C'est-à-dire qu'en effet, on parle d'insécurité
08:05parce que vous avez des gens, des hommes politiques
08:07qui viennent sur le plateau en disant
08:08« Oui, l'insécurité, l'ensauvagement,
08:10c'est pas bien, il faut y répondre. »
08:12Mais elles sont où les propositions concrètes ?
08:14De quand date la dernière mesure
08:16qui a vraiment marqué l'opinion française
08:18où les gens se sont dit
08:19« Tiens, là, il y a une vraie proposition
08:21de répression policière
08:23ou de réelle sévérité de la justice
08:27ou de rééducation »
08:28parce que, pardon, ça passe aussi
08:29par un volet de rééducation.
08:30Quelqu'un qui prend sa voiture
08:31pour écraser des gens
08:32parce qu'il est indifférent,
08:33ça passe aussi par l'éducation.
08:34Quelqu'un qui est bien éduqué,
08:36qui a un parcours de vie classique,
08:38pardon, il ne prend pas sa voiture
08:39pour écraser des gens
08:40et qu'il a eu une petite bagarre.
08:41Donc c'est un volet total.
08:43Mais on n'en entend jamais parler
08:44sur les plateaux aujourd'hui.
08:45Et même quand les politiques tentent,
08:46évidemment, de faire passer
08:47ce genre de lois
08:48qui sont un petit peu davantage répressives,
08:50bon, c'est le Conseil constitutionnel
08:50qui s'occupe après de vider
08:51les substances de la loi.
08:53On se rappelle de celle,
08:54notamment sur la justice des mineurs
08:56de Gabriel Attal
08:56qui était quand même très bien amené
08:58et par ailleurs, avec de bonnes idées,
09:00le Conseil constitutionnel a dit
09:01« Non, merci. »
09:01Puisqu'on parle de sécurité,
09:03puisqu'on parle,
09:03et vous l'avez dit,
09:04d'immigration aussi,
09:05vous attendez des propositions.
09:06Sébastien Lecornu est à Mayotte
09:08et il a fait certaines propositions.
09:11Je vous propose qu'on l'écoute.
09:12Ce qu'on va décider là ensemble,
09:14c'est une militarisation plus importante
09:15des approches de souveraineté,
09:17un recours au haut du spectre
09:18des hautes technologies
09:19que la loi de programmation militaire,
09:20que les lois de programmation militaire
09:22nous ont données.
09:23C'est-à-dire des choses
09:23qu'on utiliserait peut-être
09:25dans d'autres circonstances,
09:26mais qu'on va décider
09:27de mettre en place ici.
09:29Drones, autant le drone tactique
09:31pour les intercepteurs
09:32que des drones de longue portée
09:34qui permettent d'avoir
09:35de la longueur d'avance
09:36sur évidemment les départs,
09:39ballons stationnaires
09:40avec différents capteurs,
09:42usage de l'intelligence artificielle.
09:43On est enfin capable,
09:45on avait parlé de murailles jadis,
09:46on est enfin capable
09:47de commencer à la dessiner.
09:50Alors une sorte de militarisation
09:52de la lutte contre l'immigration
09:53clandestine à Mayotte.
09:55Sébastien Ligné,
09:55Hélène Rouet,
09:56vous avez l'air sceptique,
09:58ça ne vous a visiblement pas convaincu.
10:00Non, très sceptique
10:01parce que déjà moi je me demande,
10:03on en a un peu marre aussi
10:04de voir défiler depuis des années
10:05et des années les ministres,
10:06Emmanuel Macron lui-même à Mayotte.
10:08Là notamment Sébastien Lecornu,
10:09il est parti avec une délégation
10:11de six ministres,
10:12dont Monique Barbu,
10:13souvenez-vous,
10:14la superbe Monique Barbu,
10:15ministre de la transition écologique
10:17qui avait filé à Sainte-Maxime
10:18pendant les incendies.
10:19Eh bien Monique Barbu,
10:20on ne sait pas trop pourquoi,
10:21mais voilà,
10:21c'est grand moyen,
10:22grand coup de com',
10:23grande délégation
10:23et finalement pas beaucoup d'annonces,
10:25surtout pas beaucoup de résultats.
10:26Sébastien Ligné.
10:27Je vais faire mon premier point pessimiste
10:29de l'année.
10:30C'est-à-dire que...
10:31C'est vrai qu'avant,
10:31vous avez été très optimiste.
10:32Oui, c'est très optimiste sur la sécurité.
10:34C'est le verre à moitié vide,
10:35à moitié plein,
10:35mais on va en parler un peu plus en détail.
10:37C'est-à-dire qu'il y a ceux qui considèrent
10:39que c'est une bonne idée,
10:40qu'il faut se réjouir
10:41que le Bloc central parle
10:42d'immigration et de sécurité,
10:43et puis il y a ceux qui vont considérer
10:44que ça arrive quand même
10:45extrêmement tard, cette histoire.
10:46Sébastien Ligné et Hélène Rouet,
10:48on reste ensemble
10:48pour ce premier débat
10:49d'Europe 1 Info de l'année.
10:51On continue de parler
10:52de la situation à Mayotte,
10:53et puis les patrons inquiets
10:53en cette rentrée politique.
10:55La question de la taxation
10:56des successions aussi
10:57qui revient.
10:58On en parle,
10:58mais tout d'abord,
10:59le journal permanent
11:00d'une heure et demie
11:01sur Europe 1.
11:02Europe 1,
11:03le journal permanent.