- il y a 5 semaines
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00:00On parlera évidemment d'Édouard Balladur, que vous avez accompagné durant votre carrière de journaliste.
00:07Je l'ai vu l'être !
00:08Je me suis un très bien connaissance.
00:12Vous savez qu'il est mort huit mois, jour pour jour, après sa femme, son épouse,
00:17qui était décédée le 31 décembre 2025, qui s'appelait Marie-Joseph,
00:21et il est mort le 31 août, huit mois plus tard, au même âge, 97.
00:26Mais c'était un homme de grande fidélité.
00:28On pourrait croire qu'il est mort en 1995, vous savez,
00:31qu'il est mort il y a 30 ans, quand son destin lui a échappé.
00:37Mais ce qui est frappant, ce qui me frappe dans son histoire,
00:40c'est qu'il n'est pas amer, en fait.
00:43Il habite toujours au bouvard de l'Esser, avec sa femme, avec Marie-Joseph,
00:48et puis il est parti, il est resté tel qu'en lui-même jusqu'au bout,
00:52avec cette intelligence très claire,
00:54et il se regarde sans trop de concessions sur la caste, la caste au pouvoir.
00:59Il connaissait l'État, il savait comment ça marchait.
01:02Le mot d'ailleurs « grand serviteur de l'État », on en parlera évidemment tout à l'heure,
01:05a souvent été utilisé.
01:07Et puis ça renvoie aussi à ce que sont nos sociétés,
01:10c'est-à-dire qu'on privilégie les qualités du candidat.
01:13Et un très bon candidat n'est pas forcément un très bon président.
01:18Et il y a deux hommes auxquels je pense, sous la Ve République,
01:23et je fais un parallèle entre Raymond Barre et Édouard Balladur,
01:26qui avaient peut-être l'un et l'autre des qualités de président,
01:29mais qui n'avaient pas des qualités de candidat pour convaincre le plus grand nombre,
01:33pour peut-être faire un peu de démagogie,
01:35pour serrer des mains, boire des bières et servir des frites.
01:40Et peut-être qu'effectivement, l'un et l'autre n'ont pas eu...
01:43Vous avez complètement raison, c'est un parallèle qui est intéressant,
01:45mais la différence, c'est que Balladur avait déjà une fois sauvé le pays.
01:50Parce qu'on l'a oublié, mais en 68, tous étaient délités,
01:53ils se sont tous enfuis, les palais étaient vides en 68.
01:56Il y a deux types qui ont gardé le contrôle d'eux-mêmes
02:00et qui ont essayé de sauver le pays,
02:03c'était Michel Jobert d'un côté et Édouard Balladur,
02:06tous les deux à l'Élysée, et ils ont tenu la baraque.
02:09C'est-à-dire que ce n'était pas seulement des grands serviteurs de l'État,
02:12c'était des hommes qui étaient dévoués à l'État
02:14et qui savaient comment faire tenir un État encore debout quand tout fout le camp.
02:20Puisque vous en parlez, j'avais prévu d'en parler un peu plus tard,
02:23mais puisque vous avez commencé à en parler,
02:25on peut écouter Édouard Balladur sur Jacques Chirac.
02:28Il est en 2009, interrogé par Michel Denizot sur l'antenne de Canal+,
02:34et écoutez ce que disait Édouard Balladur sur la période de cohabitation 93-95.
02:40Jacques Chirac n'était pas très désireux de me voir réussir,
02:45parce qu'il pensait que ça obscurcissait son horizon.
02:51François Mitterrand, il savait bien, c'est ce qu'il me disait en tout cas,
02:55que de toute manière ce ne serait pas un socialiste qui lui succéderait.
02:59Et à partir de là, ça lui était relativement indifférent, je crois.
03:03– Il vous donnait des conseils de temps en temps ?
03:04– Oui, de temps à autre.
03:05Il me disait ça doit vous agacer.
03:07Je ne lui dis pas du tout.
03:08Je vous avais dit au départ que je serais toujours heureux d'entendre vos conseils.
03:13Il m'est arrivé de penser que j'aurais mieux fait de les suivre d'ailleurs,
03:15pour certains d'entre eux.
03:17– Lesquels par exemple ?
03:19– Eh bien par exemple, lorsqu'il m'a conseillé
03:21de ne pas changer la date des élections municipales.
03:25Et puis dans d'autres occasions aussi.
03:28Voilà, donc ni l'un ni l'autre n'étaient soutenus
03:31par un désir très fort de me voir réussir.
03:35Mais ça avait moins d'importance pour l'un que pour l'autre.
03:38– Vous voyez, c'est intéressant parce qu'il y a une forme de perversité
03:41si Jacques Chirac ne souhaite pas qu'Édouard Balladur réussisse.
03:45Et ça illustre aussi le drame de la droite française.
03:47C'est Giscard Chabat en 1974, c'est Giscard Chirac en 1981,
03:53c'est Chirac Barre en 1988,
03:55et c'est Balladur Chirac en 1995.
03:59Cette droite française qui a été incapable souvent de se réconcilier,
04:04les deux faisaient 40%.
04:05– On oublie quand même de dire…
04:06– Balladur plus Chirac en 1995, ça fait près de 40%.
04:10– Ça fait 40%.
04:10– On oublie quand même que Édouard Balladur a quand même une grosse responsabilité
04:14à ce moment-là, parce que c'est lui qui trahit Jacques Chirac.
04:18Il y avait un accord tacite entre les deux.
04:21Chirac, qui était le chef à l'époque de l'opposition,
04:25le chef de la droite, avait décidé de ne pas aller à Matignon
04:29parce qu'il avait été échopé par sa première aventure.
04:31Et il avait envoyé Édouard Balladur.
04:32Et il était prévu qu'Édouard Balladur ne soit pas candidat à la présidentielle.
04:37– Oh là là, il n'était rien prévu du tout.
04:40Alors j'ai bien connu cette période, je m'inscris en faux,
04:42il n'était rien prévu du tout.
04:44– D'ailleurs, les guignols se sont bien amusés à ce sujet.
04:48– Si, Joseph Massé, il n'y a rien écrit.
04:50– Non, non, non, on peut réécrire l'histoire.
04:54– C'était tacite que Jacques Chirac portait.
04:55– Non, la réalité, c'est que les députés,
05:00la majorité parlementaire de l'époque, je suis désolé,
05:04étaient vraiment pour Balladur.
05:07– Oui, il n'empêche pas d'autres.
05:09– Non, tous les parlementaires, c'est-à-dire ce qu'on oublie,
05:10c'est-à-dire en effet tous les Léotards, les Juppé, etc.
05:14– Ils étaient tous pour Balladur, et même, et même d'ailleurs,
05:17et même Charles Pascoua.
05:18Parce que là, on va parler évidemment du bilan de Balladur,
05:22mais en positif, on peut mettre le bilan de Charles Pascoua aussi.
05:25– Bon, on va faire la campagne de 1995,
05:27on se souvient également que Nicolas Sarkozy avait choisi Édouard Balladur,
05:31d'ailleurs il y a un message très émouvant de Nicolas Sarkozy,
05:35qu'on écoutera dans une seconde, mais avant cela,
05:40alors Édouard Balladur, il reste aussi,
05:41parce que ce n'est pas anecdotique en 1995 quand il dit cette phrase
05:45qui sera reprise par tous les humoristes,
05:49je vous demande de vous arrêter et écouter en 1995,
05:52mais elle dit quelque chose de l'homme qu'il est.
05:57– Voilà, je crois qu'on va entendre le Premier ministre Édouard Balladur.
06:00On vous retrouve tout de suite après.
06:02– Tout démontre que les Français l'ont décidé,
06:09c'est M. Jospin et M. Chirac qui seront présents au...
06:15– Je vous demande de vous arrêter.
06:20– Je vous demande de vous arrêter.
06:22– Bon, il y a de l'autorité,
06:24et puis il y a des choses qu'il n'acceptait pas.
06:26Nicolas Sarkozy a dit son existence a été longue,
06:28mais son départ, la Saint-Vie d'immense.
06:30Jusqu'à ces derniers mois, jusqu'à ces dernières semaines encore,
06:32nous avions l'habitude d'échanger longuement
06:34sur notre pays et sur les femmes et les hommes politiques
06:36que nous connaissions l'un et l'autre.
06:38Nous étions si souvent en parfaite harmonie,
06:39de convictions comme de sentiments,
06:41bien loin de l'image que pouvaient en avoir ceux qui ne le connaissaient pas.
06:43Édouard Balladur était un homme sensible et profondément attachant.
06:46La mort de son épouse,
06:47qui l'émettant, fut la plus grande épreuve de sa vie.
06:50La France perd un grand serviteur de l'État.
06:54Marquera durablement notre pays.
06:56Emmanuel Macron a dit, Édouard Balladur avait consacré sa vie
06:58à la Vème République, député de Paris,
07:00ministre puis Premier ministre, fidèle du Président Pompidou,
07:03qui l'accompagna durant son mandat
07:04avec la France au cœur.
07:06Il en fut le serviteur, exigeant, mesuré, dévoué.
07:08Je salue sa mémoire et adresse mes pensées
07:10à sa famille et à ses proches.
07:12Dernier passage que je voulais vous faire écouter,
07:14je suis précisément de Nicolas Sarkozy.
07:16C'était durant la campagne de 2007
07:19et il était au premier rang.
07:25Je veux dire mon amitié, mon affection à Édouard Balladur.
07:37Je n'oublierai jamais qu'il m'a fait confiance
07:41en me donnant mes premières responsabilités ministérielles
07:45alors que j'étais si jeune encore.
07:49et je veux dire mon respect, mon respect à Jacques Chirac
07:52qui en 1975 à Nice m'a offert l'opportunité
07:57de mon premier discours.
07:59Moi ce que je retiens, et beaucoup de choses évidemment à retenir,
08:02mais c'est vrai, nos sociétés privilégient les candidats.
08:05Emmanuel Macron était un formidable candidat.
08:06Il est parti de rien et il a gagné.
08:08Une séduction absolument en repère.
08:10Mais pour quel, finalement, résultat ?
08:12Et dans nos sociétés, si vous n'avez pas les qualités du candidat,
08:16si vous ne savez pas séduire, si vous ne savez pas parler,
08:18si vous n'avez pas peut-être la tête qu'il faut,
08:20la démagogie parfois qu'il faut,
08:22le sens, le rapport au peuple aussi qu'il faut,
08:25c'est plus difficile.
08:26Mais c'est le principe de nos démocraties.
08:29C'est le conquérateur du pouvoir et l'exercice du pouvoir.
08:31Mais oui, mais c'est deux qualités très différentes.
08:34C'est d'autant plus vrai en ce moment
08:34parce que l'actualité politique est accélérée
08:37et on ne commente ici beaucoup de communication politique.
08:41On peut parfois déplorer qu'elle ne prenne le pas sur le fond,
08:43mais c'est vrai que c'est la réalité aujourd'hui d'une campagne
08:45où c'est le candidat qui l'emporte sur le gestionnaire, le président.
08:48Vous avez parlé de Michel Jobert tout à l'heure.
08:51Ceux qui l'ont connu à l'époque
08:53soulignent une certaine dimension intellectuelle.
08:55Je pourrais parler de Marie-France Garraud aussi.
08:57Mais ces gens-là n'avaient pas la fibre.
08:59À gauche, c'est pareil.
09:00On a Rocard et Delors, par exemple,
09:02qui n'ont pas eu, qui auraient pu devenir président.
09:06Et ça, ça a été d'autres.
09:06On a François Hollande qui est devenu président.
09:08Charlotte Gordela.
09:10Justement.
09:11Oui, mais Hollande a des qualités de séduction,
09:15mais aussi, il avait des qualités pour conduire le pays, quand même.
09:19On peut lui reconnaître des qualités pour conduire le pays.
09:22Au moment des attentats, par exemple,
09:24il y avait une certaine incarnation du pouvoir qui était là.
09:27Vous ne m'emmènerez pas sur ce terrain ?
09:29Je ne crois pas que ça a été un très bon président.
09:31Peut-être aura-t-il sa revanche.
09:35On ne sait pas.
09:37Charlotte Dornelas.
09:38Non, mais qu'il faille conquérir le pouvoir,
09:39ce n'est pas très nouveau.
09:40Honnêtement, qu'il faille de la communication.
09:42Vous citez d'ailleurs des noms qui ont mis en place une communication pour d'autres,
09:45parce qu'eux n'étaient pas capables de l'incarner.
09:46Non, mais Obama est sans doute le plus mauvais président des États-Unis du XXIe siècle.
09:52Je vais me faire des amis.
09:54Vous êtes bien réveillés, ça.
09:57Mais à l'arrivée, ça n'a pas été performant.
10:01Oui, mais c'est moins de la communication.
10:02C'est-à-dire que Bush a été peut-être meilleur,
10:05et Trump, je parle sous le contrôle.
10:08Non, je ne venez pas.
10:10La communication, ce que je veux dire, c'est que c'est une icône, Obama.
10:13Les résultats...
10:14Oui, mais c'est moins pour des raisons de communication.
10:16Vous avez besoin de conquérir le pouvoir avant de l'avoir.
10:18C'est comme ça que le système fonctionne désormais.
10:21Bien sûr.
10:21Donc vous avez besoin de le conquérir.
10:23Le problème, c'est le fond derrière.
10:25Obama, il n'est pas adulé par une partie de la presse avant même d'être élu,
10:29sans parler de...
10:31Non, mais justement, il n'est pas adulé à l'époque en raison seulement de sa communication,
10:35mais de son positionnement politique aussi.
10:37Ah non, il y a le charme.
10:39Voilà, il y a le charisme personnel.
10:41Non, mais le charisme personnel.
10:43Ça compte.
10:43C'est intéressant.
10:44L'image d'Obama, la beauté de Kennedy,
10:47ça, ce sont des trucs qui sont quasi indépassables.
10:50Il y a même quatre ans d'erreur politique après.
10:51Mais si, justement, ils auraient eu d'autres idées.
10:53Croyez-moi bien qu'on leur ait dépassé le charme.
10:56Ils auraient eu d'autres idées que celles qu'ils portaient à l'époque.
10:58On aurait dépassé le charme, très largement.
11:00Bon, on ne va pas entrer dans cette conversation sans fin sur la communication.
11:04Je crois que c'est Nixon qui suait face à Kennedy en 1960.
11:11Mais bon, évidemment, avec Jackie Kennedy, c'était plus glamour que Richard Nixon.
11:18La leçon principale de Baladjou, ce n'est pas la question du candidat.
11:22C'est que de temps perdu.
11:24Oui, bien sûr.
11:25C'est surtout ça.
11:26Que de temps perdu.
11:27Parce que sur la période 93-95, qu'il s'agisse des privatisations,
11:31qu'il s'agisse de l'économie, de l'équilibre budgétaire,
11:35qu'il s'agisse de l'immigration, qu'il s'agisse de la sécurité,
11:37tout est là entre 93 et 95.
11:41Bien sûr.
11:41Tout est là.
11:41Bien sûr.
11:42Mais vous avez Chirac qui passe derrière avec Anna Juppé qui fait n'importe quoi.
11:46Donc, qu'est-ce que vous voulez qu'il dise ?
11:48Et qui ne veut pas voir les sujets.
11:49A contrario, ce que ça veut dire, qu'il ne le soit optimiste,
11:52c'est qu'en deux ans, 86-88, puis en deux ans, 93-95,
11:58Baladjou a fait énormément.
11:59Bien sûr.
12:00Il a réussi à réformer le pays.
12:02Donc, ce n'est pas totalement impolitif.
12:04Tout n'est pas foutu, comme dit...
12:06Mais sauf que la droite, c'est s'abordé.
12:10Jacques Chirac est élu en 95.
12:12En 97, il y a Dominique de Villepin qui trouve rien de plus malin
12:16que de faire une dissolution et de mettre Jospin au pouvoir.
12:18Excusez-moi.
12:20Les gens de droite n'ont pas eu de chance.
12:22Ils sont tombés sur les plus mauvais dirigeants,
12:24hormis Nicolas Sarkozy de leur époque.
12:27Souvent.
12:27Très personnel.
12:28Il ne fallait pas voter Chirac à ce moment-là.
12:30Ils n'ont pas eu de chance.
12:31C'est la fracture sociale.
12:32Vous avez voté pour la fracture sociale.
12:34J'exagère un petit peu, sans doute.
12:36À grand trait.
12:38À grand trait.
12:39À grand trait.
12:41À grand trait.
12:42C'est un peu excessif.
12:43Bon.
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