00:00Good morning business, parole de patron.
00:03Bonjour.
00:04Daniel Ball, merci d'être avec nous ce matin.
00:07Vous avez rédigé une tribune en fin de semaine dernière dans le Figaro
00:10pour alerter sur le niveau de la dette que vous jugez inacceptable.
00:13A partir de quel niveau de dette considérez-vous que la situation
00:16devient réellement dangereuse pour la France ?
00:20Je n'ai pas vraiment rédigé de tribune, j'ai été interrogé en début de semaine
00:24par France 5 et le Figaro a repris mes propos effectivement
00:28concernant ce niveau de la dette.
00:30Je vais vous dire, j'ai été très étonné de l'impact qu'ont eu mes propos
00:35de mardi dernier où je disais que la dette de la France
00:39est à un niveau incroyablement élevé.
00:41Il me semblait que c'est quelque chose qui était acquis
00:43parce que ça fait quand même un certain temps que ça dure,
00:46sans doute qu'aujourd'hui on va encore plus loin,
00:48qu'on est dans une situation encore plus difficile,
00:50que peut-être malheureusement la France va dans le mur
00:53et c'est sans doute ce qui a fait ses réactions dans les médias.
00:56Ça veut dire que vous pensez que la France peut faire défaut ?
00:59Écoutez, il faut tout faire pour éviter que la France fasse défaut.
01:02On n'en est évidemment pas là,
01:04mais à un moment, la réalité d'un budget qui soit plus proche de l'équilibre
01:10que ce qu'il y a aujourd'hui,
01:11à un moment ou à un autre,
01:13il va bien falloir prendre des mesures de fond,
01:16de telle sorte à réduire cet endettement
01:19qui va en galopant et qui coûte de plus en plus cher.
01:23Parce qu'évidemment, il y a le niveau de la dette.
01:26Malheureusement, aujourd'hui, il y a également les taux d'intérêt qui ont monté,
01:30ce qui fait que la charge de cette dette devient insupportable pour notre pays.
01:35Vous dites que c'est inacceptable,
01:37vous dites que le seuil d'alerte est franchi
01:39et pourtant, Fitch vient de laisser la dette de la note souveraine inchangée à A+,
01:44avec une perspective stable.
01:46Les investisseurs continuent de prêter.
01:48C'est le cas aussi du Crédit Mutuel ?
01:50Oui, bien entendu.
01:51Aujourd'hui, le Crédit Mutuel,
01:53comme l'ensemble des banques,
01:54comme les assureurs vivent,
01:56continuent à financer la France,
01:59comme d'autres États.
02:01Effectivement, pour l'instant, la note a été maintenue.
02:05Et d'ailleurs, ce matin, vous annonciez sur votre antenne
02:08que le Portugal arrivait au même niveau à A+.
02:10Donc, ça montre quand même que des États comme le Portugal
02:14ont véritablement fait un travail de fonds très important
02:16au cours des dernières années,
02:18pendant que la situation de la France, progressivement, s'est dégradée.
02:21Parce qu'A+, c'est sans doute encore une note rassurante.
02:24Ça veut dire que pour l'instant,
02:26on peut encore investir dans l'État français.
02:28Mais les perspectives, quelles sont-elles ?
02:30Les perspectives, quelles sont-elles pour le budget à construire ?
02:34Et puis, plus loin, à partir de 2027.
02:37Et c'est là le vrai sujet.
02:39Il y a la BCE qui devrait probablement relever ces taux jeudi.
02:41Vous craignez cette remontée des taux ?
02:44Et quelles conséquences ?
02:45Ce n'est évidemment pas une bonne nouvelle lorsque les taux montent.
02:48Ce n'est pas une bonne nouvelle pour l'économie.
02:50Ce n'est pas une bonne nouvelle pour les ménages.
02:51Ce n'est pas une bonne nouvelle pour les entreprises.
02:55Effectivement, et ce n'est certainement pas une bonne nouvelle non plus pour l'État,
02:58puisque l'État français, aujourd'hui, s'endette à nettement plus de 4%.
03:02Beaucoup plus cher, par exemple, que l'Allemagne.
03:05Donc, effectivement, on peut craindre encore une nouvelle hausse des taux.
03:09La politique de la BCE, on la comprend, notamment par rapport aux risques inflationnistes
03:16qui sont très forts aujourd'hui, liés essentiellement aux conflits au Moyen-Orient.
03:20Oui, et au prix de l'énergie.
03:21Est-ce qu'il faut geler la dette, comme le propose Jean-Luc Mélenchon ?
03:25Ça ne peut pas être une solution ?
03:27Écoutez, s'il y avait une solution magique qui permettrait de continuer à s'endetter
03:31et de faire comme s'il n'y en avait pas, ce serait formidable.
03:33Non, soyons sérieux. Aujourd'hui, justement, c'est ce sérieux dans la gestion budgétaire
03:38qui est nécessaire. C'est nécessaire pour l'État, comme c'est nécessaire pour n'importe quelle entreprise,
03:43comme c'est nécessaire pour n'importe quel ménage.
03:46Qu'est-ce que vous proposez, vous, pour réduire la dette ?
03:49Puisque vous voulez être un patron engagé dans cette campagne présidentielle aussi.
03:53Oui, bien sûr que nous sommes engagés.
03:55Bien sûr que nous disons que cette dette doit être réduite.
03:59Après, nous ne sommes pas aux manettes.
04:00Ce n'est pas nous qui faisons le budget. Je crois qu'un inventaire devrait être fait.
04:06Un inventaire complet, tant des dépenses que des recettes.
04:10Et en matière de dépenses, sans doute qu'à un moment, il y aura des choix à faire.
04:14Mais même du point de vue des recettes, on peut se poser la question de certaines décisions
04:19qui sont prises, qui peuvent apparaître comme des décisions qui permettent d'entrer de l'argent
04:24à court terme, mais qui à long terme sont contre-productives.
04:27Je pense notamment à la taxation forte des entreprises.
04:30La surtaxie S, qui devrait être vendue dans le prochain budget, mais c'est très moindre.
04:34Exactement. Je pense aussi à la taxation du travail.
04:37On vient de découvrir ce week-end un nouveau projet du gouvernement
04:41qui vise à taxer l'épargne salariale, l'intéressement et la participation.
04:46Or, s'il y a bien un dispositif de partage de la valeur qui est vertueux,
04:51c'est bien ce dispositif d'intéressement et de participation.
04:54C'est au-delà de 3 000 euros.
04:55Oui, je suis d'accord.
04:57Mais bon, dans beaucoup d'entreprises, heureusement, le montant d'intéressement
05:01et de la participation est supérieur à 3 000 euros.
05:04Et finalement, j'insiste, c'est un mécanisme de partage de la valeur.
05:08Ça veut dire qu'on va partager avec les salariés les fruits de l'expansion de l'entreprise
05:14et plus les résultats de l'entreprise seront intéressants, plus ils seront importants,
05:18plus il y aura de partage par là, mais plus aussi il y aura d'impôts sur les sociétés payées.
05:24Donc, encourageons plutôt la performance, ce qui permet un partage de la valeur
05:29avec l'ensemble des parties prenantes.
05:31Mais on le voit bien, aujourd'hui, tout le monde doit faire des efforts.
05:33C'est ce qu'a dit en tout cas le Premier ministre.
05:35Les banques françaises ont réalisé des résultats historiques.
05:374,2 milliards de bénéfices pour le crédit mutuel.
05:40Est-ce que les banques peuvent s'exonérer de cet effort ?
05:44Non, non, mais pas du tout, il n'en est pas question.
05:45Les banques contribuent très, très largement à l'effort, et c'est tout à fait naturel.
05:51Je ne vais certainement pas dire qu'on ne doit pas payer d'impôts,
05:54c'est que toute entreprise doit payer, notamment les entreprises qui ont de bons résultats.
05:58Après, lorsqu'on surtaxe, et le sujet de la surtaxe,
06:02et que cette surtaxe vise surtout les entreprises qui sont justement créatrices de richesses,
06:08créatrices de valeurs, créatrices d'emplois en France,
06:10et c'est là que je dis qu'il ne faut pas uniquement raisonner sur les recettes,
06:14parce que taxer davantage, jouer davantage sur les taux que sur l'assiette de l'impôt,
06:19c'est contre-productif.
06:21Merci Daniel Ball d'avoir été notre invité dans Parole de Patron ce matin sur BFM Business
06:25et sur RMC Live, Canal 25.
06:27Je rappelle que vous êtes président du Crédit Mutuel Alliance Fédérale et du CIC.
06:33Merci à vous.
06:34Peut-être juste une dernière question sur le RN.
06:37Est-ce qu'il faut prêter ?
06:39Est-ce que les banques doivent prêter au Rassemblement National ?
06:41Écoutez, j'ai déjà eu l'occasion de m'exprimer sur le sujet.
06:44Le financement de la campagne présidentielle doit bien entendu être assuré.
06:48On a déjà pu démontrer la difficulté de le faire par les banques pour plein de raisons,
06:54et notamment les sujets de remboursement par l'État.
06:56Et nous avons appelé à une solution publique.
06:59Nous n'avons pas de réponse aujourd'hui.
07:01Parce que le RN est quasiment sûr de se faire rembourser avec 30 à 35% des voix dans les
07:06sondages.
07:06Sauf en cas de non-validation des comptes de campagne.
07:09On oublie souvent qu'il y a deux critères.
07:115% des voix, mais également la validation des comptes de campagne.
07:15Et je rappelle que le candidat Nicolas Sarkozy, lorsqu'il était président sortant,
07:19n'avait pas pu se faire valider les comptes de campagne,
07:22et donc pas obtenir le remboursement par l'État.
07:24Merci Daniel Ball.
07:25Une interview à retrouver bien sûr en podcast et en replay sur le site bfmbusiness.com.