00:00Ulrich Sigmund a dit qu'on allait arrêter la perpétuation de la névrose,
00:03donc arrêter d'enseigner le Troisième Reich aussi intensivement, etc.
00:08Il voudrait par là retrouver une fierté nationale prétendument éteinte.
00:12Ça va très loin, on peut supprimer les visites dans les camps de concentration
00:15pour les écoliers, les écolières, reprendre à leur compte des slogans nazis.
00:20Le succès de l'AFD, c'est aussi le constat que les Allemands,
00:23qui étaient pendant des décennies un pays exemplaire sur la commémoration,
00:26la réflexion autour des crimes nazis,
00:28le constat c'est que ça ne fonctionne plus aussi bien que ça a fonctionné.
00:31Il y a un discours un peu ronronnant, une sorte d'immobilisme un peu satisfait.
00:34Sur ce discours-là, il va falloir trouver autre chose
00:37parce que manifestement ça ne prend plus sur beaucoup d'électeurs.
00:40Ça a fonctionné très bien pendant 50 ans, ce consensus contre le nazisme,
00:45mais je crois que c'est plus forcément aussi adapté aux enjeux actuels.
00:49Il y a quelque chose qui ne marche plus.
00:50Il faut avoir le courage, je pense, de faire ce constat-là,
00:52et de se dire qu'est-ce qu'on fait maintenant pour éviter le retour de l'histoire,
00:56parce que c'est quand même le danger principal.
00:58Il y a une scène qui m'avait frappé à la télévision allemande,
01:00c'était donc la chef de l'AFD, Alice Weidel,
01:03qui quand on lui parlait des commémorations d'Auschwitz,
01:05n'avait pas dit un mot, mais elle avait levé les yeux au ciel.
01:07Et tout le monde avait compris.
01:08J'en reviens.
01:09On en a assez.
01:10Alors ça prend des formes, des petits clins d'œil à son électorat,
01:12ça prend des discours parfois, il y a des vrais néo-nazis dans l'AFD
01:16qui ont un discours de relativisation.
01:18Ça prend des chemins très variés.
01:19Par exemple, un des dirigeants avait dit,
01:21il faut honorer tous les soldats qui ont fait les deux guerres mondiales.
01:24Vous voyez, c'est assez subtil, parce que du coup,
01:26vous assimilez ceux de la première, après tout,
01:28on pouvait se battre pour le Reich à l'époque,
01:31avec évidemment ceux qui se sont battus dans la Wehrmacht.
01:33Donc vous voyez, il y a tout un ensemble de petites phrases,
01:35de clins d'œil qui sont en train de briser ce consensus
01:38que vous décriviez sur l'histoire d'une électoratrice.
01:40Et il faut rappeler qu'en Allemagne,
01:41les lenders ont beaucoup de pouvoir en termes culturels et éducatifs.
01:45Autrement dit, s'il arrivait que l'AFD prenne le pouvoir
01:48ou une influence majeure dans un certain nombre de lenders de l'Est,
01:51ça veut dire quoi ?
01:52D'ailleurs, ils l'ont annoncé.
01:53Ils vont couper les crédits de toutes les fondations mémorielles.
01:55Ils vont les limiter.
01:57Ils vont changer la politique culturelle.
01:58Donc c'est évidemment un basculement colossal.
02:01Et d'ailleurs, il y a eu plusieurs interviews dans la presse allemande
02:03des responsables de ces fondations,
02:04notamment celles qui dirigent les camps de concentration,
02:07Buchenwald et ailleurs, qui disent que c'est une catastrophe.
02:09Ils essayent déjà de commencer à chasser les intellectuels
02:12qui dirigent chez camps et qui ont une politique de mémoire très ouverte.
02:15Donc si vous voulez, il y a un vrai enjeu de mémoire
02:17qui est effectivement colossal.
02:18Et qui n'est pas seulement le fait de l'AFD,
02:20qui n'est pas seulement d'en haut,
02:21parce que ça infuse aussi.
02:22Il y a de plus en plus de jeunes lors des visites
02:24qui contestent, qui discutent, qui font le salut hitlérien.
02:26Il y en a même récemment qui sont allongés
02:28dans les fours crématoires pour prendre des photos.
02:30Il faut se rendre compte de la mutation qui est en train de se jouer.
02:33Non seulement dans le discours de l'AFD,
02:35qui veut changer toutes les politiques de mémoire,
02:37mais aussi chez un certain nombre d'électeurs
02:39qui, pour différentes raisons,
02:41adoptent un discours de relativisation,
02:43voire de banalisation du nazisme.
02:45Et ça a aussi des conséquences qui sont parfois très concrètes.
02:48C'est des violences qui s'exercent
02:49contre les immigrés, contre les gens de gauche,
02:51contre les LGBT, dans les petites villes
02:54ou les villages en Allemagne.
02:54C'est des violences qui sont en train de se jouer.