- il y a 3 semaines
Tous les jours, actualité, débats et bonne humeur rythment L'Heure des pros. Ce jeudi, Pascal Praud revient sur l'amour de la lecture qui était vanté il y a 40 ans.
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00:00Alors on peut peut-être réécouter cette petite musique de Rachmaninoff,
00:04parce que Rachmaninoff, les Français ne connaissaient pas forcément.
00:07Vous avez fait Apostrophe d'ailleurs, Richard Miguel, est-ce que vous avez été invité ?
00:09Non, jamais.
00:09Jamais ?
00:10J'étais déjà maudit.
00:11Mais oui, mais alors oui, pourquoi vous n'avez jamais été invité à Apostrophe ?
00:15J'ai été invité en tant qu'éditeur.
00:17Oui ?
00:17J'entignais Philippe Claudel, dont j'étais le premier éditeur.
00:21Les âmes grises, c'est vous qui aviez...
00:23C'était les âmes grises ?
00:24Non, c'était Meuse L'Oubli, son premier homme chez Ballon.
00:27Donc ça, c'est le troisième concerto de Rachmaninoff, qui est très beau,
00:30et nous attendions ça tous les vendredis avec un immense émotion.
00:35Effectivement, c'était à 21h30.
00:38L'émission se terminait là où maintenant les émissions littéraires commencent, à 22h30.
00:45La musique de fin, c'était Sonny Rollins.
00:47Est-ce qu'la musique de fin n'était pas la même que la musique du...
00:49Non.
00:50Ah bon ?
00:50Moi, je me souviens de Claude Jean-Philippe, qui venait pour le cinéma de minuit.
00:55Excellente émission.
00:55Ce n'était pas le cinéma de minuit, d'ailleurs.
00:58Le cinéma de minuit, je crois que c'était sur France 3.
00:59C'était Patry Brion.
01:00Oui.
01:01Donc, Claude Jean-Philippe, c'était la...
01:04Je ne sais plus comment ça s'appelait.
01:05C'était le ciné-club, non ?
01:07Peut-être le ciné-club.
01:08Claude Jean-Philippe venait.
01:09Bon.
01:09Alors, ce qui m'intéresse, et vous avez peut-être vu la formidable chronique de notre
01:12ami Laurent Tessier ce matin, on voit la différence.
01:17On va écouter Patrick Battiston.
01:18Patrick Battiston, c'est un joueur de football des années 80.
01:20Il est interrogé sur ses lectures.
01:23Footballeur professionnel.
01:24Bon.
01:25Écoutez ce qu'il dit.
01:28C'est un peu l'histoire, l'histoire ancienne, l'histoire contemporaine.
01:32Actuellement, je lis « L'accord pour les pendres », un livre d'Éric Land.
01:37Ça parle un petit peu des relations commerciales, est-ouest, entre les États-Unis et l'Union
01:43soviétique, et c'est très intéressant.
01:45Voilà le niveau d'un joueur de football à l'époque qui avait une certaine culture.
01:51Et puis, il y avait deux autres joueurs que je vous propose d'écouter.
01:53Ils nous écoutent peut-être, d'ailleurs, ce matin.
01:54C'est Philippe Bergerot, qui était un excellent gardien de but, qui avait commencé à Lille,
02:00je crois, et qui a été ailleurs ensuite.
02:04Je crois qu'il était à Bordeaux.
02:05Et puis, Dominique Rocheteau, que chacun connaît.
02:08Alors, Rocheteau, il avait commencé à Saint-Étienne, il a joué à Langevers, il a joué à Paris,
02:13il a joué à Toulouse.
02:14Et lui, il aimait Milan Kundera.
02:17Écoutez, entre autres, Rocheteau.
02:19J'adore la nature, j'adore tout ce qui est pêche, promenade dans les forêts, tout ça.
02:25Et bon, c'est-à-dire Clavel ou Michelet.
02:29Minderas, c'est bien.
02:30Ils racontent la vie, ils racontent les rapports entre les gens.
02:36C'est très compliqué.
02:40Et maintenant, ils arrivent à Clairefontaine en jupe.
02:42Oh, vous êtes un vieux monsieur.
02:46Oui, oui, j'assume.
02:46Et alors, qu'est-ce que ça peut faire ?
02:49Rien, bien.
02:50Vous seriez peut-être, vous, vous plaidez en robe.
02:52Vous verrez que c'est pas mieux ?
02:53Non, c'est bien.
02:57Tigana et Jean-Pierre Papin, écoutez.
03:02Moi, j'étais passionné de bouquins, mais là, actuellement, je me consacre plutôt à des revues spécialisées sur les placements,
03:08sur des investissements ou alors sur la gestion.
03:11Les revues, les revues scimatographiques pour être plus précis.
03:14Je regarde surtout les bouquins de la mode, sur la mode, quoi.
03:19Alors, déjà, un journaliste, en l'occurrence, c'était Frédéric Jaillant qui avait fait ce sujet pour Téléfoot, sans doute.
03:26Une rédaction avait eu l'idée de demander à des joueurs de football ce qu'ils lisaient.
03:31Aujourd'hui, je ne suis pas sûr qu'il y ait eu ce sujet du rôle à des années.
03:35Ben Arfa qui disait qu'il lisait du Nietzsche.
03:37C'est la dernière référence que j'ai en tête.
03:39Atem Ben Arfa, qui était un joueur de l'équipe de France.
03:41Ça remonte un peu déjà.
03:43Alors, ce qui nous intéresse aussi, et là, j'ai deux ou trois documents d'archives,
03:47ce sont des lectrices ou des lecteurs des années 60 ou 70.
03:53Comment, j'aime bien les archives pour ça, comment les gens s'exprimaient, comment ils parlaient, quel monde était-ce
03:58?
03:58Écoutez ce premier extrait d'archives.
04:02Je ne pense pas qu'il y ait autre chose que je puisse acheter qui me fasse autant plaisir que
04:05d'acheter un livre.
04:06Qu'est-ce que vous préférez dans un livre ?
04:08Je crois que c'est à portée psychologique.
04:11Quand on lit un livre, j'ai l'impression qu'on a les moyens de s'évader quand même de
04:15soi-même, de son cadre habituel.
04:18Bon, et puis un deuxième passage de ces jeunes filles et de ces jeunes lecteurs des années anciennes.
04:23J'ai été malade et il fallait que je dorme de bonne heure.
04:28Alors, j'ai été assez privée de lecture.
04:31J'ai commencé par lire le soir, après que maman a fermé la lumière.
04:37J'avais acheté une lampe de poche et je lisais dans mon lit, en cachette.
04:41La lampe de poche dans la nuit.
04:43Mais vous voyez, c'est un retour, je le dis pour les auditeurs d'Europe 1, c'est un retour
04:47dans le passé parfois.
04:49La jeune femme, si on peut la revoir, comment elle porte son écharpe ?
04:52Les jeunes filles portaient leur écharpe de cette manière dans ces années-là.
04:56Et plus personne ne porte son écharpe comme la jeune fille qui était à droite.
05:01Eh bien, voilà, on portait son écharpe exactement de cette manière-là dans les classes.
05:06Et il y a un document formidable.
05:08Alors celui-là, il est formidable.
05:09C'est Michel Pollack qui va à l'usine.
05:12Donc là, ce sont des ouvriers.
05:13Et vous allez entendre notamment un délégué CGT.
05:16Et il les interroge, il est avec son micro.
05:19Le reportage dure 12 minutes sur l'INA.
05:22Il se balade et il dit « Qu'est-ce que vous lisez des ouvriers ? »
05:25Regardez la réponse.
05:26Là, on est en 1968.
05:281968, « Des ouvriers que lisent-ils ? »
05:31Vous allez souvent à la bibliothèque ?
05:33Vous permettez que je termine ?
05:34Ah bah oui, je vous en prie.
05:35Oui, assez fréquemment.
05:39Et qu'est-ce que vous aimez comme genre de livre ?
05:42C'est très général.
05:43Vous savez, je ne peux pas dire exactement ce que je préfère.
05:45C'est les romans de l'histoire.
05:47Les romans, oui, j'aime beaucoup.
05:50Contemporains, classiques ?
05:52Contemporains.
05:53Contemporains, parce qu'il est bien plus près de nous que n'importe quoi.
05:55Bien sûr, j'aime bien lire, par exemple, Lucien Leven de Stendhal,
05:59mais cela ne m'apporte pas plus que quand je lis un bouquin de Morvan Lebesque
06:04et qui est bien plus intéressant pour moi que Stendhal.
06:06Vous aimez bien Morvan Lebesque ?
06:08C'est plus enrichissant, oui, oui, oui.
06:09J'aime bien.
06:10Je ne sais pas si c'est plus enrichissant, Morvan Lebesque a très platé.
06:13Non, non, non, mais ça c'est certain.
06:14Vous parlez quoi, là, des Chroniques du Canard ?
06:16Des Chroniques du Canard, il a fait de très bons bouquins.
06:18Il a en particulier fait un bouquin sur Albert Camus qui est excellent
06:22et qui n'est pas ici à la bibliothèque.
06:24Je le regrette beaucoup, je le cherche à un événement.
06:27Hemingway en particulier, oui, oui, j'aime bien, oui.
06:31Les bouquins classiques, les Neiges du Kilimanjaro aussi,
06:35pour qui ce nœud là.
06:38J'ai lu aussi Joseph Kessel aussi, j'aime bien ce genre de bouquin.
06:42Je me dis un vaillant.
06:43On est vaillant ?
06:45Il faut que vous disez avec un clin d'œil à votre visite.
06:47Il est très dirigé, mon collègue.
06:50Mais ça, il est très sympathique quand même, je vous le dis.
06:53J'aimerais bien que l'on me dise.
06:56Moi, j'aimerais bien lire.
06:57En vérité, je n'en ai pas le temps.
07:01Je demeure à 20 kilomètres de chez moi.
07:04On travaille 9h30 par jour.
07:05Je pense qu'il faudrait appuyer là-dessus,
07:08parce que lire, c'est très intéressant.
07:10J'aime beaucoup lire.
07:11Il faut dire encore, j'en ai le temps.
07:13C'est pareil que mon copain, moi.
07:14Manque de temps.
07:15On force à mettre notre temps dans le transport.
07:17Alors, automatiquement, très peu de temps de lire.
07:19Je vais vous apporter peut-être une note un peu discordante
07:22par rapport à ce qu'ont dit mes camarades.
07:24J'estime que si on s'en tient simplement aux critères du temps,
07:27c'est insuffisant.
07:29À mon avis, il y a une question d'effort personnel également.
07:32Effectivement, on n'a pas le temps.
07:33On travaille 9h50 par jour.
07:36Personnellement, je suis dévié du personnel.
07:38CGT, je tiens à vous le préciser.
07:39Il y a avant tout une question d'animation culturelle
07:42qui peut permettre de développer le besoin de lire,
07:44de développer la sensibilité
07:46sur tous les aspects culturels,
07:48que ce soit pour le théâtre,
07:49que ce soit pour le cinéma,
07:51que ce soit pour toutes les formes d'expression artistique.
07:53La lecture, je la mets au même niveau.
07:55Maï-Hélène Trémolet,
07:57les gens travaillaient 9h50 par jour.
08:01Par jour.
08:03Ce qui fait multiplier par 5
08:05quasiment 50 heures de travail par semaine.
08:08Et ce monsieur, il est délégué de la CGT.
08:11Vous vous rendez compte la chance que vous avez
08:12dans le monde dans lequel vous avez grandi ?
08:14Le vocabulaire ?
08:16Oui.
08:16C'est très riche.
08:18Vainement, je demeure.
08:20La dégation, il dit systématiquement je ne sais pas.
08:23Il n'y a plus de la dégation.
08:23Effectivement, c'est incroyable.
08:26Le niveau, le niveau bizarre.
08:29Alors c'est pour ça que c'est intéressant.
08:30On n'est pas à Normalsup, là.
08:32On n'est pas parmi des étudiants.
08:34On est dans une cantine d'une usine
08:37avec des ouvriers, d'ailleurs,
08:39qui ont souvent des cravates.
08:40Je ne sais pas si ça vous a...
08:41Et il y a quelqu'un qui dit
08:42à la bibliothèque, je vous laisse ce livre.
08:44Donc il y a dans cette usine une bibliothèque.
08:47Je vais chercher mes vénements.
08:49Je vais chercher mes vénements.
08:50C'est quand même joli.
08:52Maintenant, il n'y a ni usine, ni bibliothèque.
08:54Et puis, la lecture.
08:55Il n'y a même plus de langue.
08:56La lecture.
08:57Bon, qu'est-ce que ça vous inspire,
09:00cette lecture ?
09:01Parce qu'au-delà de ça,
09:02bien sûr, on parle de ça
09:03parce que Pisa,
09:04parce qu'effondrement,
09:05parce que les gosses ne lisent plus,
09:07parce qu'il y a eu le Covid peut-être,
09:08parce qu'il y a des écrans,
09:09parce que les parents ne sont pas là.
09:11Que sais-je ?
09:11Il y a de multiples raisons.
09:14Je pense qu'aujourd'hui,
09:15la défection envers la lecture,
09:17ça explique en grande partie
09:19par le fait que la plupart des élèves
09:20ont du mal à lire.
09:21Il y a une non-maîtrise de la langue,
09:23en général,
09:24à la fois écrite et même orale,
09:26qui explique que,
09:27devant cet objet qu'est le livre,
09:29ils sont un peu...
09:30Ils ont peur.
09:31Ça ne les intéresse pas.
09:32Il y a aussi la concurrence.
09:33On ne veut pas ressortir
09:34cette espèce de tarte à la crème
09:36de la concurrence des écrans
09:37qui existe véritablement.
09:39Elle existe.
09:39Elle existe, bien sûr.
09:41Elle te contamine le cerveau.
09:42Mais je pense que
09:43un Baptiston d'aujourd'hui
09:46n'irait pas lire un livre
09:47sur les rapports
09:48entre les États-Unis et l'URSS.
09:49Il irait sur Wikipédia.
09:51Vous voyez ?
09:52Il expédierait en trois minutes
09:53ce qu'il prenait
09:55une journée ou cinq heures,
09:57comme notre ami Gérard,
09:58pour lire.
09:58Vous voyez ?
09:59Donc,
10:00il y a aussi une chose
10:01qui est extrêmement importante,
10:02c'est la question
10:03du désir.
10:04Une époque comme la nôtre
10:05qui valorise,
10:06qui survalorise même
10:07la jouissance physique,
10:09sexuelle, etc.,
10:10esthétique,
10:10a oublié la jouissance
10:12de la lecture.
10:13Il y avait un écrivain
10:14de la NRF
10:15dans les années,
10:16la première moitié
10:16du XXe siècle,
10:18Valéry Larbeau,
10:19qui a écrit un livre
10:19qui était très connu
10:21à l'époque,
10:21qui s'appelait
10:21« Ce vice impuni,
10:23la lecture ».
10:25C'était un titre phare
10:26de notre époque,
10:27« Ce vice impuni,
10:28la lecture ».
10:29Aujourd'hui,
10:29ce n'est même plus
10:30un vice,
10:31hélas,
10:32a disparu complètement.
10:35Pascal Pierre-Garbarini.
10:36Je me rappelle,
10:38et c'est important,
10:39c'est que,
10:40à l'école primaire,
10:43à la fin,
10:44on remettait
10:45les prix d'honneur
10:47et les prix d'excellence,
10:48et on vous donnait
10:49des livres.
10:50vous étiez,
10:51moi j'allais à l'école,
10:53j'ai été à la fois
10:54à l'école privée
10:55mais également
10:55à l'école publique,
10:56et dans les deux,
10:57à la fin,
10:58vous aviez prix d'histoire.
11:00Vous étiez cité,
11:01on vous donnait un livre.
11:02Moi je me souviens,
11:03j'avais eu un livre
11:03sur Ulysse,
11:07et je les ai toujours,
11:08je les ai au village.
11:09Je les ai gardés,
11:10mes livres,
11:10et je les ai lus.
11:12Les histoires d'Itaque,
11:13etc.
11:13Prix d'excellence.
11:14Et puis vous étiez fiers
11:15comme Artaban.
11:16On vous appelait,
11:17exactement,
11:18prix d'honneur,
11:19prix d'excellence,
11:20etc.
11:22Ça avait un sens,
11:23et on vous donnait des livres,
11:24on ne vous donnait pas
11:24des entre guillemets
11:26je ne sais pas quoi.
11:27Je peux ajouter quelque chose ?
11:29Il y avait quelque chose
11:30qui pour nous
11:31était très important,
11:32pour nous les gros lecteurs,
11:34c'est quand on adorait
11:35tomber malade.
11:36Pourquoi ?
11:37Parce que quand on tombait
11:37vraiment malade,
11:3815 jours d'arrêt,
11:39on pouvait lire
11:40toute la journée.
11:41On va marquer une pause.