00:00Patrick Cohen, vous nous parlez ce matin des zigzags russes de Marine Le Pen.
00:04Une fois encore, Emmanuel Macron a fait son cinéma.
00:07Convocation en 24h dans la salle Vega, au sous-sol de l'Elysée.
00:11Directeur du renseignement extérieur, intérieur et militaire.
00:14Document confidentiel à l'appui, 2h45 de huis clos, vendredi, devant les candidats et chefs de parti.
00:20Avec l'envie manifeste de retrouver un rôle, de réinvestir le seul espace où un président,
00:24à 7 mois de la sortie et au plus bas dans les sondages, garde encore la main,
00:28la diplomatie, la sécurité et l'information classifiée.
00:31De tout cela, Marine Le Pen n'est pas dupe.
00:34Comme Jean-Luc Mélenchon, elle a boycotté l'Elysée, envoyé Bardella à sa place.
00:38Et c'est auprès des sinistrés de Pommasse, commune de l'Aude, ravagée par une tornade il y a 3
00:43semaines,
00:44qu'elle a ainsi raillé la mise en scène et l'alerte présidentielle.
00:48Oui, alors ça, n'importe qui est capable de le faire.
00:50Vous allez dans les rues, là, vous demandez à quelqu'un, il est capable de vous dire
00:52« Ouh là là, il y a un problème à l'international et donc c'est catastrophique.
00:57Pour les intérêts de la France. »
00:59Marine Le Pen qui moque cette alerte russe que l'appropriation par un président massivement rejeté
01:04rend naturellement suspecte.
01:0624 heures plus tard.
01:07Pourtant, le ton change du tout au tout.
01:10Spectaculaire.
01:10Dans un communiqué d'une cinquantaine de lignes,
01:12co-signé avec Jardane Bardella, la candidate du RN s'appuie sur la réunion de l'Elysée
01:17pour dénoncer une situation d'une particulière gravité qui voit une puissance étrangère,
01:22en l'occurrence la Russie, tenter de dicter la politique de la France par l'intimidation,
01:27la menace, la déstabilisation ou la pression psychologique.
01:31Aucune action hostile ne doit rester impunie, insistent les deux têtes du RN,
01:35d'autant que nul ne peut prédire ou exclure la survenue d'opérations d'une intensité supérieure.
01:40Fini de rire, si le mot « guerre » n'est pas prononcé,
01:44si le niveau du soutien financier accordé à l'Ukraine est évoqué comme un débat légitime,
01:49tout le reste est raccord avec l'avertissement lancé par Emmanuel Macron.
01:53Alors comment expliquer ce revirement ?
01:55Il y a deux façons de voir qui ne sont pas exclusives l'une de l'autre.
01:57L'une nous fait dire que la réunion de l'Elysée n'a pas été inutile,
02:01qu'elle aura ouvert les yeux des dirigeants du premier parti d'opposition.
02:05La deuxième, c'est que le RN prend les devants,
02:07ils se couvrent en cas d'attaque russe pour ne pas réitérer l'aveuglement poutinophile de 2022
02:13quand, quelques jours avant l'invasion, Marine Le Pen affirmait
02:16« Je ne vois vraiment pas ce que les Russes feraient en Ukraine »
02:19avant que le parti n'envoie au pilon plus d'un million d'exemplaires d'une profession de foi
02:23illustrée de la poignée de main Le Pen-Poutine cinq ans plus tôt au Kremlin.
02:27Aujourd'hui, la ligne bouge au RN sur les mots, pas sur les moyens.
02:32Si le robinet n'est pas coupé, l'aide à Kiev sera bien rediscutée.
02:35Le virage est purement rationnel.
02:38C'est un communiqué qui ne coûte pas un vote au Parlement européen,
02:41pas une ligne de programme, pas un euro d'aide à l'Ukraine.
02:44Merci Patrick Cohen.