00:00Le Grand Matin Sud Radio, parlons cash.
00:03Et oui, on parle cash à Sud Radio, vous le savez, c'est votre rubrique pouvoir d'achat.
00:08Le gouvernement veut augmenter de 200 euros la participation forfaitaire obligatoire au CPF.
00:14Mais où va donc l'argent des salariés ?
00:16Selon les échos, le gouvernement de Sébastien Lecornu compte donc faire passer de 150 à 350 euros la participation forfaitaire.
00:24On va en parler dans un instant avec notre invitée, Clara Piernet.
00:30Vous pouvez nous donner quelques éléments.
00:33Oui, sachez déjà que vous cotisez toute votre carrière pour votre compte personnel de formation, votre CPF.
00:39Et c'est vous qui l'alimentez, ce compte, depuis quelques années.
00:42Quand vous voulez l'utiliser, on vous demande de payer une partie de votre poche.
00:46Le reste à charge était de 100 euros en 2020, puis il est passé à 150 euros.
00:51Et comme vous l'avez dit, Jacques, le gouvernement Lecornu envisage désormais de le faire passer à 350 euros.
00:56350 euros, c'est presque le prix de certaines formations.
00:59Oui, alors pour beaucoup de salariés, notamment les moins qualifiés, une formation de ce type devient vite inaccessible si on
01:05leur demande d'en payer la moitié.
01:07Et la question que tout le monde se pose, que devient l'argent accumulé sur les comptes CPF,
01:12alors que France Compétences, l'organisme qui gère le système, est en déficit depuis sa création ?
01:17Eh bien, c'est le paradoxe ce matin. Notre invitée, Clara, va nous expliquer où est passé l'argent.
01:23Notre invitée, c'est Déborah Guillotin, qui est présidente de My English School,
01:28un organisme qui propose des formations financées par le CPF.
01:32Bonjour, Déborah Guillotin.
01:34Bonjour à vous deux.
01:35Bonjour. Comment vous percevez et comment vous avez accueilli cette décision ou cette intention du Premier ministre ?
01:46Déjà, si je peux me permettre, Clara, vous avez dit qu'on paye 100 euros de tickets modérateurs depuis 2020.
01:52Ça a été instauré en 2024 et l'État, à l'époque, s'était basé sur toutes les fraudes qu
01:56'il y avait eu avec le CPF pour mettre en place cette mesure.
02:00Aujourd'hui, chaque année, l'État augmente. On était censé, d'après le décret de 2024, n'augmenter que du
02:06montant de la vie courante,
02:07c'est-à-dire environ 6% par an. On est passé à 150 euros l'année dernière et là,
02:11on souhaite passer à 350 euros avec un questionnaire
02:14parce que qui mieux qu'une IA pour savoir ce que vous avez besoin de faire dans votre avenir professionnel
02:19?
02:20Aujourd'hui, l'État cherche une économie de 300 millions d'euros dans une poche qui, normalement, est déjà excédentaire,
02:26parce que les entreprises cotisent en moyenne, en moyenne, et je ne vous donne pas le chiffre réel,
02:30parce que, bien sûr, la Caisse des dépôts et France Compétences ne vous le donnera jamais,
02:34mais au moins 12 milliards par an pour la formation professionnelle.
02:37Et aujourd'hui, n'en dépense que 1,2 à 1,5 milliards par an.
02:42Cette année est exceptionnelle, on est à 1,8 milliards, mais en effet, vu qu'ils font des annonces tous
02:46les 6 mois
02:47pour nous changer le ticket modérateur, les gens vont se former en avance pour éviter d'être pénalisés
02:52par un État qui souhaite décider à leur place de ce qui est utile dans leur carrière.
02:56Donc, c'est vraiment inhumain.
02:58Oui, alors, attendez, je n'ai pas bien compris, Déborah Guillotin.
03:01Si vous me dites qu'il y a 14 milliards qui sont prélevés pour la formation
03:05et qu'on n'en dépense que 1,5, où va l'argent ? Où va le reste ?
03:09L'État va vous dire que c'est une poche dans laquelle ils se permettent aussi d'aller prendre pour
03:15d'autres types de formations,
03:16ce qui est normal pour tout ce qui est apprentissage.
03:18Typiquement, aujourd'hui, l'apprentissage est extrêmement important en France.
03:21Sauf que depuis 2024, on est sur environ moins 40% pour le CPF en termes de financement.
03:27On ne met pas de contraintes du côté de l'apprentissage, zéro.
03:30Aujourd'hui, les fraudes se sont déplacées aussi beaucoup sur cette partie-là,
03:34mais l'État ne fait rien pour trouver de solution.
03:37La réalité, c'est qu'aujourd'hui, si vous payez 350 euros pour utiliser votre CPF,
03:42vous serez de toute manière plafonné à 1 500 euros.
03:44Donc, en fait, vous devrez payer 350 euros à chaque fois que vous souhaitez débloquer 1 500 euros pour une
03:49formation,
03:50ce qui n'est pas le cas en face.
03:53L'objectif, aujourd'hui, c'est de se dire, peut-être trouvons un moyen d'avoir un pourcentage, en fait,
03:57par rapport au montant que vous souhaitez débloquer.
03:58Vous payez 10% de votre poche.
04:00Ça, ça serait quelque chose qui serait plus intelligent à mettre en place par le gouvernement.
04:03Ceux qui nous écoutent ont quand même du mal à comprendre qu'il y ait autant d'argent prélevé
04:07pour, finalement, une augmentation quand même qui serait passée en l'espace de 5-6 ans,
04:13de 100 à 350.
04:15En l'espace de 2 ans.
04:18Avant, c'était gratuit.
04:19Au final, ce n'est pas très justifié.
04:21Non, ce n'est pas justifié, puisqu'on vous demande une participation à 350 euros pour un plafond à 1
04:25500.
04:26Et ce qui est encore moins justifié, c'est qu'aujourd'hui, le gouvernement se permet de dire
04:30si vous avez un cofinancement avec votre employeur, c'est votre employeur qui prend ce reste à charge.
04:36Mais la réalité, c'est que les entreprises cotisent déjà pour cette enveloppe.
04:39Donc, ou le gouvernement décide de se dire, on arrête le CPF, on laisse l'argent aux entreprises
04:44et les entreprises décident de comment former leurs collaborateurs.
04:46Mais à un moment donné, il faut arrêter de penser que les sociétés privées qui cotisent déjà chaque année
04:50pour 40 millions de personnes actives, il faut arrêter de leur demander de financer de tous les côtés.
04:57Aujourd'hui, la réalité, c'est qu'on est en train de payer.
04:59On est simplement en train de payer l'incompétence du gouvernement français
05:04qui ne peut plus financer parce qu'ils sont allés utiliser cet argent dans d'autres situations.
05:10On a surtout le sentiment, à vous écouter, qu'il y a un énorme gâchis.
05:13Parce qu'il y a un magot, mais on l'utilise très mal.
05:15Déborah Guillotin, présidente de My English School France.
05:18Est-ce que les organismes comme le vôtre, qui proposent des formations financées par le CPF,
05:24risquent de voir finalement moins de candidats ?
05:28Alors, moins de candidats.
05:29Et puis, comme le dit notre très cher ministre délégué à la formation, Mme Roubache,
05:33leur objectif, c'est de nettoyer le secteur de la formation dans les prochains 18 mois.
05:39Déjà, j'ai beaucoup de mal avec le terme « nettoyer ».
05:41Bien sûr.
05:42On lui demandera éventuellement, demandez-lui.
05:44Parce que nettoyer, quand on sait qu'aujourd'hui, l'État est obligé...
05:48Il y a eu des abus en 2021, quand il y avait zéro contrôle.
05:51Aujourd'hui, si on...
05:53Alors, je vous le dis, je suis organisme de formation.
05:55Aujourd'hui, il faut être sadomasophis pour continuer à utiliser le CPF.
05:58Parce qu'on a des contrôles, on a des audits à longueur de journée.
06:01Et l'État met en plus de tout ça, des contrôles avec leur petit copain, Ersten Young,
06:06qui vont payer des millions et qui ne rapportent rien du tout.
06:09Donc, ça veut bien dire.
06:09Moi, ce que je demande au gouvernement aujourd'hui, c'est les chiffres officiels de ces contrôles.
06:14S'ils ne les sortent pas, c'est bien sûr qu'il n'y en a pas autant qu'ils
06:17le souhaitaient.
06:18C'est un sujet énorme, j'ai envie de dire.
06:20Déborah Guillotin, présidente de MyEnglish School,
06:23merci infiniment de nous avoir éclairé dans Parlons Cash.
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