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Vendredi 25 septembre 2026, retrouvez Neila Choukri (Directrice générale, Kolecto) dans SMART CAPITAL, une émission présentée par Fabrice Cousté et Arnaud Dumourier.
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00:03On poursuit ce Smart Capital et je suis en direct du congrès des experts comptables,
00:10le 81e congrès des experts comptables ici à Paris et on parle facturation électronique
00:16puisque la France a passé le cap le 1er septembre dernier et Collecto dans ce contexte
00:23organise une conférence pour avoir des retours d'expérience sur ce qui s'est passé en Europe
00:29en Belgique et en Italie et on va faire le point avec mes invités plus particulièrement sur ce qui s
00:35'est passé en Italie
00:36pour voir les bénéfices que ça a apporté cette réforme pour les entreprises et bien sûr les experts comptables.
00:44J'ai le plaisir d'avoir à mes côtés Neila Choukri, directrice générale de Collecto
00:50et Roberto Cassanelli, expert comptable italien avec qui on va parler de cette réforme de la facturation électronique en Europe.
00:58Bonjour à tous les deux et je vais commencer avec Neila puisque la France vient de passer le cap le
01:051er septembre dernier
01:07pour avoir votre réaction Neila tout simplement sur ce passage. Comment ça s'est passé ?
01:14Alors c'est un passage qu'il y a quelques jours évidemment, donc beaucoup moins que nos camarades italiens.
01:21Le passage à la réforme a montré, je dirais, de bonnes surprises et a montré aussi des axes de progression
01:30et sur la partie opérationnelle, notamment, alors plus exactement sur les bonnes surprises,
01:36la stabilité technique, la robustesse entre l'écosystème, la capacité de communiquer avec les différentes plateformes.
01:44On craignait cette capacité-là et au contraire, ça s'est avéré quelque chose de positif, donc ça a bien
01:51fonctionné.
01:52Il y a déjà des millions de factures aujourd'hui qui transitent en quelques jours, donc ça c'est une
01:56très bonne nouvelle.
01:58Une chose qu'on n'avait peut-être pas anticipée, c'est ce qu'on appelle la portabilité, c'est
02:03-à-dire la capacité de changer de plateforme.
02:06Je pense qu'on avait sous-estimé la volonté en tout cas des acteurs de passer d'une plateforme à
02:12une autre.
02:13Et pourquoi c'est important cette question de la portabilité ?
02:15Parce qu'elle suppose de s'organiser pour savoir quelle vérification faire, quelle transmission, sous quel délai,
02:25la reprise de l'historique des factures qui finalement portent la responsabilité en termes de format, d'archivage,
02:32quand on change de plateforme. Donc voilà, c'est des cas d'usage qui, à mon sens, vont mériter de
02:38se coordonner
02:39pour avoir un meilleur standard, pour permettre en tout cas aux clients de pouvoir changer de plateforme selon leur volonté,
02:46sans créer de flou ou de tension au départ de cette réforme.
02:51Et le troisième aspect, je pense que c'est aussi les acteurs qui ne sont pas passés encore,
02:57puisqu'on a une période de tolérance dans ces prochains mois, donc on a du progressif.
03:03aujourd'hui, en termes de passage. Et je pense qu'il y a une attente de bénéfices concrets.
03:08Donc nous, on a reçu beaucoup d'idées terrain avec la volonté de, finalement, bénéficier de cette réforme
03:15en faisant de l'État la capacité de relancer les impayés pour, justement, éviter les retards d'encaissement
03:24et faire en sorte que cette réforme ait un bénéfice concret sur la trésorerie des entreprises.
03:29Voilà.
03:30Alors, on a ce premier retour tout frais de la France, mais l'Italie, Roberto, a déjà franchi le pain
03:37l'année dernière.
03:38On dit souvent que les premiers jours sont importants, mais est-ce que la période entre septembre et décembre,
03:48on va dire, pour la France, elle ne va pas être charnière plutôt que les premiers jours dont vient de
03:52parler Neila ?
03:53Alors, à mon avis, c'est trois mois qui va être la période un peu d'enfer pour les experts
04:03comptables
04:04et pour tout l'écosystème français. Parce qu'au premier moment, il y aura un problème avec les clients,
04:12donc les entreprises, elles ne seront pas capables de faire la facturation électronique tout de suite
04:16et donc ils auront besoin des experts comptables. Les experts comptables, ils auront dû former les salariés pour aider,
04:26donc la formation opérationnelle. Si tout ça n'a pas été fait, sera encore plus difficile gérer, on va dire,
04:36la vague, l'orage des premiers trois mois. Donc ça, c'est la leçon qu'on a apprêt en Italie.
04:42Et pendant que je suis ici en France, la dernière fois, j'ai dit ça aux confrères français et voilà.
04:51Donc la formation, c'est extrêmement important. Ça veut dire quoi ? Il faut vraiment accompagner au changement les équipes
04:58?
05:00Absolument, parce que normalement, ce n'est pas l'État qui le fait. Ce n'est vraiment pas l'État.
05:05Chez nous, il n'a pas été comme ça. Et c'est les experts comptables italiens qui ont eu le
05:11privilège, le devoir,
05:13le poids de le faire pour toute l'économie italienne.
05:19Mais là, vous avez sur la question de la formation, c'est quelque chose d'important chez Collecto aussi,
05:24d'accompagner vos clients ?
05:26Oui, alors je pense qu'il y a la pédagogie à apporter aussi auprès des clients, parce que pour leur
05:31expliquer,
05:31ça demande aussi en effet une formation pour être capable évidemment d'accompagner, de rassurer sur
05:38est-ce que je suis éligible ou pas ? Est-ce que je suis une structure qui rentre dans le
05:43champ de la réforme ?
05:44Comment ça se passe concrètement pour moi de l'accompagner, de coordonner avec les tiers de confiance ?
05:50On a la chance d'avoir au sein de Collecto les deux tiers de confiance, d'un côté l'expert
05:54comptable
05:55et de l'autre côté la banque. Donc on accompagne aussi par le biais des conseillers bancaires
06:00et des experts comptables, chacun leur expertise. Et on essaie de faire le pont avec des équipes chez nous
06:06qui aident au paramétrage, qui aident à l'explication, qui vulgarisent parfois certains concepts
06:12qui sont assez complexes à comprendre et qui permettent de rassurer aussi des personnes
06:17qui passent à la digitalisation. Parce qu'il ne faut pas minimiser aussi qu'au-delà de la réforme
06:22de la facturation électronique, il y a une France qui est moins mature digitalement
06:27d'un point de vue professionnel et qui aura un besoin de moderniser son infrastructure
06:33et donc il faut un accompagnement. Je dirais que ce n'est pas une réforme seulement technique,
06:37c'est une réforme humaine.
06:39Donc ça veut dire qu'aussi il faut des personnes capables de conduire le changement ?
06:43Oui, il faut la conduite au changement, l'expertise qui se repositionne sur un accompagnement aussi,
06:50la capacité de pouvoir rassurer cette vague en effet de demande d'un coup qui arrive
06:57et elle est légitime dans un moment de changement et de les accompagner progressivement vers
07:02un usage qui se normalise.
07:04Alors Roberto, le congrès ici est tourné vers la transformation des cabinets.
07:11Ça veut dire avec la facturation électronique de nouvelles missions aussi.
07:16Comment vous avez appréhendé ça en Italie ?
07:19Alors la facturation électronique, c'est un habilitateur technologique et professionnel pour nous.
07:25C'est-à-dire que maintenant vous aurez toutes les données en temps réel
07:32et donc la vraie question c'est, ce n'est pas « est-ce que je serais capable d'envoyer
07:37une facture électronique ? »
07:38La vraie question c'est « qu'est-ce que je fais avec toutes les données que j'ai en
07:42temps réel de mes clients ? »
07:45Donc, qu'est-ce qu'on a appris en Italie ? C'est utiliser ces données.
07:50Maintenant, cette année, en Italie, le 39% des experts comptables italiens
07:55a utilisé des instruments d'intelligence artificielle qui ne sont pas intégrés dans le logiciel qu'ils utilisent dans le
08:02cabinet.
08:03C'est-à-dire qu'ils sont en train de bâtir des programmes, des procès, des outils
08:09pour utiliser les nouvelles technologies aussi sur les données de la facture électronique.
08:15C'est ça le futur qui sera aussi en France. Il ne bougera pas en cette année, comme nous,
08:23mais chez vous, il sera vraiment plus vite. C'est-à-dire une année, deux années,
08:28parce que vous pouvez tirer l'enseignement des autres, par exemple de l'Italie.
08:33Nous, nous étions, on va dire les premiers.
08:35Vous étiez précurseurs, donc c'est difficile quand on est pionnier.
08:39C'est difficile parce qu'il n'y a personne qui te dise ce qu'il va arriver.
08:43Mais vous n'êtes pas dans cette situation. Vous avez la chance d'être pas les premiers.
08:51C'est un paradoxe, mais c'est ça.
08:54Neila, qu'est-ce que vous en pensez ? C'est une chance de bénéficier de l'expérience italienne ?
08:59Oui, je pense, honnêtement, alors désolée pour l'Italie, mais c'est vrai que la France
09:05se positionne en troisième aussi avec la Belgique. En tout cas, quand je dis troisième,
09:10c'est par rapport aux pays qui sont les plus proches de notre économie.
09:13Et c'est vrai que c'est quand même un avantage. Nous, on est tout de suite allés regarder à
09:17côté,
09:19avec un regard, évidemment, observateur, surtout qu'avec un temps. Parce que la Belgique, ça fait presque un an,
09:28mais l'Italie, c'est plusieurs, plus de cinq ans. Donc quand on est vraiment sur un horizon plus large,
09:34on a vraiment la capacité de pouvoir se dire, voilà ce qu'il va se passer, voilà comment on pourrait
09:40envisager
09:41d'accompagner mieux les clients et comment en tirer les bénéfices de cette modernité,
09:46finalement, de l'infrastructure. Et ça a été dit, la capacité de pouvoir aller brancher des outils
09:52d'intelligence artificielle ou autre, c'est grâce à la modernité des infrastructures,
09:59à la standardisation des échanges, qui permet de pouvoir aller en tirer une intelligence
10:03pour sortir du domaine du constat, à posteriori, et on n'est plus dans ce système-là de regarder en
10:11arrière seulement.
10:12On est dans l'envie d'anticiper pour mieux accompagner les clients. Et donc de regarder de l'avant,
10:19grâce au temps réel et grâce à l'intelligence qu'on pourra apporter.
10:23Qu'est-ce qu'il y a comme autre, alors vous avez parlé déjà de certains enseignements de l'expérience
10:28italienne,
10:29quelles sont les bonnes pratiques qui pourraient être répliquées en France, je dirais,
10:35pour que ça se passe le mieux possible ?
10:37Alors, pour les experts comptables, je dirais deux. Formation, c'est-à-dire une formation
10:42qui doit être axée sur les salariés pour la partie opérationnelle et sur les experts comptables
10:48pour la partie à plus haute valeur ajoutée, c'est-à-dire qu'il faut utiliser ces données-là
10:52pour des nouvelles missions. Donc, la formation. Et la deuxième, c'est pas tomber dans la faute
11:01d'utiliser les données pour faire de l'efficience.
11:04Ça veut dire quoi concrètement ?
11:05Ça veut dire l'automatisation, ça va, mais si on se limite à ça, il y aura toujours
11:11quelqu'un qui fera l'automatisation mieux que toi, que ton cabinet, et donc le prix va baisser.
11:16Ça sera sûrement comme ça aussi chez vous. Le prix pour les missions traditionnelles,
11:21ils vont baisser. Il y aura une commoditisation de la tenue de la comptabilité et de la déclaration
11:28des taxes. Mais la bonne nouvelle, c'est qu'il y a vraiment beaucoup de choses à faire
11:35avec les données et avec les nouvelles missions. Donc, j'essaie de vous dire…
11:42C'est une opportunité.
11:43C'est une opportunité, mais il faut penser d'une façon différente parce que le monde
11:47a changé.
11:49Vous êtes d'accord, Neila ? Il y a plein de choses à faire avec les données ?
11:52Oui, je pense de manière générale, comme on le disait, c'est une transition, c'est
11:57une transformation pour les clients, mais aussi pour la profession comptable. Aujourd'hui,
12:03on était plutôt, même en termes de mission, sur une valorisation du temps du travail dans
12:09le cadre des missions. Et demain, ça sera une valorisation de la valeur. Et je pense que
12:14c'est un paradigme qu'il va falloir prendre en tout cas comme virage, ce nouveau changement,
12:21en se disant, je vais sûrement baisser le temps dédié à certaines actions de saisie
12:28ou autre parce qu'en effet, ça deviendra une commodité. Mais je vais augmenter ma valeur
12:33dans la capacité de pouvoir accompagner les clients grâce à l'accessibilité des données,
12:39à l'intelligence qu'on va pouvoir y apporter et tout simplement à l'expertise initiale
12:45des experts comptables qui est normalement forcément cette expertise qui leur permettra
12:49d'accompagner les clients.
12:51Peut-être, Roberto, un mot à l'adresse des experts comptables français. Comment vous
12:57pouvez les encourager pour faire au mieux cette réforme de la facturation électronique ?
13:04Parce qu'il y a encore beaucoup de craintes, il faut se le dire.
13:08Alors, le Conseil, c'est culturel. C'est-à-dire l'engagement, c'est un mot très important que j
13:15'ai entendu aujourd'hui
13:16par votre président, s'engager dans la culture de la donnée. C'est-à-dire penser que les données que
13:24vous avez,
13:25là, le cabinet, c'est un trésor et un trésor que vous avez presque jamais utilisé.
13:30Par exemple, le stock des entreprises nous sommes habitués. Traditionnellement, c'est un chiffre très important,
13:41mais c'est un chiffre comme mythique. Ça reste là comme ça, il faut la garder,
13:45rester comme ça. Non. C'est un chiffre qui est fait de petits chiffres qui tournent chaque année.
13:52Voilà. Et il faut aller sur ça. Donc, pourquoi je dis ça ? C'est un exemple concret, réel, d
13:59'une nouvelle mission.
14:00Dire à une société, regarde, il y a ce type de marchandises qui tournent trois fois par année, l'autre
14:07quatre fois.
14:08L'autre, tout l'a acheté il y a cinq années, mais non, ça commence tourner.
14:12C'est une valeur ajoutée incroyable. Tout à fait.
14:14Et ça, on peut le faire, pas seulement avec l'intelligence artificielle, mais avec l'analyse des données,
14:18avec la business intelligence. C'est dix années qui a démarré la business intelligence.
14:23Mais, on va dire, normalement, ça fait semblant que rien ne s'est passé entre Excel et l'intelligence artificielle.
14:35C'est pas comme ça. C'est qu'on a totalement skippé cette partie-là. Et le problème, c'est
14:41encore culturel.
14:41C'est-à-dire que s'il y a une profession qui n'est pas capable de voir comment le
14:47monde change, alors, voilà, il y a un saut de technologie.
14:52On n'arrive plus à rien comprendre. Il manque de points de référence.
14:57On va conclure là-dessus. Merci à tous les deux.
15:00Merci bien.
15:01C'est la fin de ce Smart Capital, de ce débat, et on va enchaîner tout de suite avec l
15:08'invité.