00:00Cette femme sur sa moto devant une natte bleue avec son foulard rouge et puis tous ses bijoux,
00:05vous la reconnaissez ? En fait c'est Madonna et si vous ne l'avez pas reconnue c'est normal.
00:09Elle est cachée derrière tous les codes de la photo de Hassan Ajaj qu'on voit avant même de voir
00:13la célébrité.
00:14C'est une identité très forte, on peut reconnaître les boîtes de conserve
00:17et puis cette moto qu'il utilise lui-même pour se déplacer à Marrakech et ailleurs.
00:37Hassan Ajaj c'est un photographe anglo-marocain qui passe son enfance dans les années 60 au Maroc
00:43avant de partir au tout début de son adolescence vivre à Londres, qui est une ville très importante pour lui
00:49dans laquelle il va se mettre à organiser des fêtes techno dans sa jeunesse.
00:54Il va fédérer un certain nombre d'artistes à ce moment-là et il va aussi se mettre à prendre
00:57en photo ses amis,
00:58ce qui vont devenir deux piliers très très importants de son oeuvre,
01:03la photo d'un côté et la musique de l'autre.
01:11Ce que j'aime bien dans ce portrait du duo malien musical Amadou et Mariam,
01:16c'est qu'on comprend bien comment Hassan Ajaj est un styliste,
01:20il joue vraiment avec le vêtement, avec les textures.
01:23Donc là c'est par exemple Mariam porte une tenue qu'il fait porter à plusieurs de ses modèles
01:28et qui est très importante pour lui et on voit comment il crée de la profondeur avec le contraste de
01:33motifs,
01:34donc là les poids face aux étoiles et face à la natte qui encadre la photo.
01:38Donc on voit que c'est une pensée vraiment visuelle, hyper picturale du portrait.
01:43Dans cette photo, on ressent aussi l'ambiance festive de la prise de vue
01:48parce qu'Hassan Ajaj travaille toujours dans des ambiances d'effervescence avec ses amis,
01:52que ce soit dehors, que ce soit en studio, il y a toujours de la joie
01:57et c'est très très important pour lui de créer dans ces conditions-là.
02:08C'est intéressant parce qu'il a à la fois photographié des grands stars
02:12mais aussi des personnes qui sont très chères à son cœur.
02:15Donc là c'est des musiciens traditionnels qui font de la musique qu'on appelle Gnawa,
02:19qui est un mélange de rites religieux et de musique.
02:22Il a essayé de traduire la force de cette culture-là par la couleur.
02:27C'est pour ça qu'il a choisi des couleurs hyper fortes comme le rouge, le vert, le jaune
02:32et à chaque fois hyper saturées, toujours en contraste avec ses fonds qu'on lui connaît bien.
02:36Donc là c'est des nattes qu'il a trouvées à Marrakech.
02:38Cette culture-là lui est importante parce qu'elle est née chez des descendants d'esclaves au XVIe siècle.
02:44C'est une culture de l'émancipation par la musique et par l'art
02:48qui va essayer de reproduire lui-même dans ses images.
02:56Derrière cet aspect-là très plaisant visuellement,
02:59il y a aussi une vision politique qui passe par plusieurs choses.
03:02D'abord l'idée qu'il ne s'empêche pas de mélanger des cultures très différentes,
03:06que ce soit la culture traditionnelle marocaine ou la culture contemporaine marocaine
03:11avec la culture techno anglaise ou le hip-hop américain.
03:15Donc ça c'est une revendication d'une société mélangée,
03:19sa manière de voir le monde, de lui vivre, de traverser.
03:29Les boîtes de conserve de mortadelle de bœuf qu'on voit là,
03:32c'est aussi une des caractéristiques de la photo de Hassan Ajaj.
03:36Il les utilise dans beaucoup de photos pour les encadrer.
03:39Et c'est hyper important pour lui en fait parce que ce sont des objets du quotidien
03:43que chacun pourrait reconnaître et que chacun a dans les placards de sa cuisine.
03:47et ça l'aide à créer un sentiment de familiarité entre la personne qui le représente
03:51et puis la personne qui regarde la photo.
03:53C'est aussi une référence à Andy Warhol, son ami, le chanteur algérien Rachita,
03:59le surnommé même Andy Wallou, ce qui veut dire « j'ai rien du tout » en Darija,
04:04comme une manière un petit peu amusée de dire qu'en fait il y a une différence
04:08entre Andy Warhol qui était associé à cet univers du glamour new-yorkais
04:13et à San Ajaj qui a un rapport beaucoup plus direct et beaucoup plus simple
04:16à ces modèles.
04:17Et ce que moi je trouve assez touchant dans ces photos,
04:20c'est que derrière l'aspect flamboyant, presque criard des images,
04:25il y a un lien presque intime qui se crée avec la personne qui le regarde,
04:28c'est-à-dire qui crée un sentiment de familiarité, on se sent comme chez soi,
04:32on reconnaît les conserves, on reconnaît certains vêtements,
04:35on se reconnaît aussi soi dans les images.
04:36Et donc c'est une vision de l'art finalement assez simple,
04:41assez familière et assez détendue.
04:46Sous-titrage Société Radio-Canada
04:57Sous-titrage Société Radio-Canada