00:03Cegula Technologies est un groupe d'ingénierie industrielle qui accompagne les grands industriels
00:09de la conception d'un produit jusqu'à son industrialisation et parfois sa production.
00:14Cegula compte aujourd'hui 15 000 salariés, 5 000 en France et est présent dans une trentaine de pays
00:20et l'entreprise vient d'achever une importante restructuration de sa dette
00:25avec l'entrée d'Erasio et d'Effel Investment Group comme actionnaire majoritaire.
00:30Pour en parler, je suis ravie de recevoir Cyril Roger. Bonjour.
00:32Bonjour Sybille.
00:33Merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes président exécutif de Cegula Technologies.
00:38On va revenir un tout petit peu en arrière avant de parler de toute cette restructuration.
00:43Quelles étaient les causes de difficultés qui ont mené l'entreprise à devoir restructurer sa dette ?
00:50Eh bien écoutez, donc Cegula est une entreprise qui a 40 ans, qui a subi les aléas de l'industrie
00:57de ces dernières années,
00:58qui avait repris le bureau d'études industrielles d'Opel en Allemagne, peu de temps avant le Covid,
01:05peu de temps avant que la Commission européenne ne passe au moteur électrique.
01:10Et donc cette opération qui a failli être fatale à Cegula lui a coûté plus de 120 millions d'euros.
01:16Et donc fin 2025, la société avait le choix entre peu d'options, si ce n'est que sa dette
01:25devait être revue et restructurée.
01:26C'est-à-dire que du coup l'entreprise dépendait majoritairement, ou en tout cas beaucoup, du secteur automobile ?
01:32Alors l'entreprise dépend à moitié de l'automobile, sachant qu'effectivement l'automobile est un des grands pourvoyeurs
01:38d'activités d'ingénierie comme la nôtre, mais effectivement l'automobile en tant que tel, depuis 40 ans, notre client
01:47principal est numéro 1.
01:49Pour autant, l'opération d'Opel était particulièrement néfaste.
01:53Alors cette restructuration permet aujourd'hui au groupe de repartir sur de nouvelles bases financières.
01:59Quel est votre feuille de route aujourd'hui pour renouer avec une croissance rentable ?
02:04Alors, vous l'avez constaté ces dernières années, beaucoup de données ont changé.
02:10Il y a eu le Covid qui a bousculé les sociétés.
02:13Il y a bien évidemment l'IA qui se profile.
02:17Il y a évidemment les diverses crises économico-géopolitiques.
02:21Et en réalité, Segula est un acteur qui a la chance d'être au cœur du développement des produits industriels.
02:28Et je pense que les produits industriels, et l'industrie plus particulièrement, est un enjeu pour les économies de demain,
02:36pour les sociétés de demain.
02:38Et donc, Segula peut avoir un rôle à jouer dans ce contexte.
02:41Mais c'est-à-dire que là, est-ce que vous travaillez sur cette moins forte dépendance à l'automobile,
02:48et justement cette agilité entre secteurs ?
02:50Qu'est-ce qui vous permet de vous développer vers cette croissance ?
02:55Alors, la première chose importante, c'est que l'enjeu n'est pas de se démuscler.
02:59L'automobile est notre point fort, notre savoir-faire.
03:02Et l'automobile est un pourvoyeur de technologies qui peuvent intéresser l'aéronautique, le ferroviaire, la défense et d'autres
03:09secteurs.
03:10Donc la première chose, évidemment, c'est de se renforcer, de se structurer autour de ces métiers.
03:15Ensuite, vous avez raison, c'est d'aller chercher de nouveaux marchés, dans la défense, dans l'aéronautique.
03:20Des marchés qui vont équilibrer plus les parts de chacun dans le chiffre d'affaires de Segula,
03:25mais aussi lui permettre de développer de nouvelles technologies, de nouveaux savoir-faire.
03:31Oui, parce que quand même, le secteur automobile, c'est pas forcément...
03:34En tout cas, il y a eu beaucoup de difficultés ces dernières années, même post-Covid, etc.
03:38Donc c'est quand même de...
03:39Alors, la particularité de notre métier, c'est que ce n'est pas toujours dans les secteurs les moins simples.
03:45Il y a le moins d'activités, puisque nos clients...
03:46D'accord, vous n'êtes pas forcément complètement dépendant de cette route et de cette croissance.
03:50Et nos clients ont besoin d'innover encore plus.
03:52Lorsque la compétition fait rage et que le marché est compliqué,
03:55et que la Chine produit des véhicules à bien des égards tout aussi compétitifs et meilleurs que les nôtres,
04:02eh bien nos clients ont besoin de renouveler leur gamme, de réinventer leurs produits.
04:07Et dans ce cas-là, parfois, paradoxalement, les marchés complexes sont pour nous une opportunité.
04:13– Concrètement, est-ce que vous pouvez nous détailler sur cette nouvelle structure actionnariale
04:18et comment ce financement, une nouvelle manière de financer cette croissance ?
04:23– Alors, la société avait, donc, l'année dernière, une dette totalement insurmontable, insupportable.
04:29Et en fait, ce sont des partenaires de long terme, Eiffel Eurasio,
04:32qui détenaient une partie de cette dette, qui ont accepté de jouer le jeu et de rentrer au capital.
04:37Donc déjà, c'est une histoire humaine, puisque ce sont des sociétés, des gens qui ont cru, qui croient en
04:43la société,
04:44qui ont accepté, avec nos partenaires banquiers, de renégocier cette dette,
04:49afin que Ségula puisse survivre. Et désormais, Ségula est désendettée de manière extrêmement massive,
04:55ce qui est tout à fait essentiel pour une société industrielle
04:59qui va pouvoir, à nouveau, se déployer sur ces marchés.
05:02– Est-ce que cette histoire, cette restructuration, etc.,
05:08est-ce que vos clients ont pu vous suivre ?
05:10Est-ce que ce genre d'événement au sein d'une société, ça peut faire peur, etc., est-ce qu
05:15'ils vous ont suivi ?
05:16– Finalement, c'est une aventure qui a mal commencé et qui se termine bien.
05:21Les clients ont été absolument fantastiques.
05:23Tous les clients ont, malgré les difficultés, voulu, souhaité, poussé à ce que Ségula puisse survivre.
05:30Nous n'avons aucun client qui a quitté le bord.
05:32Et au contraire, beaucoup de nos clients se sont inquiétés, se sont rapprochés de nous,
05:37nous ont parfois même protégés de nos propres difficultés,
05:40puisqu'on a pu remporter, par exemple, le contrat pour le groupe Airbus OneWeb,
05:46pour l'intégration des satellites, dans un contexte où notre situation financière aurait pu nous en prévenir.
05:53Et donc là, on voit cette notion de long terme.
05:55Tous nos clients industriels savent que l'industrie n'est pas un fleuve tranquille,
05:58qu'ils peuvent demain subir des difficultés.
06:00Nous serons là, nous avons toujours été là et ils ont été là pour nous.
06:03Parce qu'il faut faire la part des choses entre conjoncture industrielle et difficulté interne,
06:10parce que finalement, les carnets de commandes étaient là.
06:12Oui, et puis, ce qui est tout à fait spectaculaire dans Ségula, c'est d'abord l'engagement des équipes.
06:18Là aussi, les clients n'ont pas déserté, mais pas plus les équipes.
06:21Tout le monde s'est attaché, autour de moi, à reconstruire le futur.
06:26Et ensuite, ce qui est aussi très remarquable, c'est que cette société de 15 000 employés
06:31a plus d'un tiers de ces employés qui sont des experts, ce qui est absolument considérable.
06:36Et donc, ces experts, ils ont une valeur, ils ont un savoir-faire,
06:39à la fois qu'ils pourront transmettre aux jeunes ingénieurs arrivants,
06:43mais aussi qui font que, pour nos clients, Ségula n'est pas l'entreprise
06:47dont on peut se passer facilement, non pas tant qu'on soit indispensable,
06:50mais qu'on est très utile.
06:51Oui, en plus, on sait l'enjeu de la transmission des compétences dans l'industrie.
06:56Et pour terminer avec vous sur cette première partie,
07:00sur la feuille de route 2026-2030,
07:03comment est-ce que vous prévoyez de développer l'entreprise ?
07:06Quels sont les grands axes de développement ?
07:07Alors, d'abord, Ségula a été renforcée dans une organisation
07:12plutôt que je qualifierais de regroupement.
07:15C'est-à-dire qu'avant, il y avait beaucoup de choses en silo,
07:17donc on a beaucoup dé-styloté l'entreprise.
07:19Ensuite, et donc on a organisé les forces autour de ces valeurs,
07:24nous avons décidé de remettre au goût du jour
07:27cette intelligence collective.
07:29Donc on parie beaucoup,
07:31et c'est un pari que je fais avec beaucoup de plaisir,
07:33sur la force de nos équipes et leur capacité à travailler en collectif.
07:36Le monde industriel où nous arrivons devient très complexe.
07:39Les problématiques asiatiques, qui sont extrêmement performants,
07:43mais aussi les problématiques politiques,
07:45mais aussi technologiques et puis aussi sociétales,
07:47font que personne aujourd'hui, aucune société autour de nous,
07:51ne peut dire « Demain, je serai là à coup sûr ».
07:53Tout le monde doit se renforcer, et il faut garder,
07:55tout en étant une grosse entreprise,
07:57800 millions d'euros de chiffre d'affaires,
07:59capable de jouer comme une start-up,
08:02d'être capable d'aller vite sur ces marchés.
08:03L'IA est un enjeu qui va bousculer les lignes.
08:07L'IA hallucine, mais l'IA peut être aussi un outil extrêmement fort
08:10entre les mains de nos experts.
08:12Donc, on a une bataille à mener,
08:14et il fallait se libérer de cette espèce de boulet
08:17qui était cette dette.
08:18Et maintenant, tout le monde, chez Ségula,
08:21est sur le terrain, prêt à servir.
08:23Cyril Roger, merci beaucoup.
08:24On va vous rester avec nous.
08:26On va justement parler un peu plus en profondeur
08:28de ce monde industriel qui est en développement,
08:32qui change énormément, qui évolue énormément.
08:34Et tout de suite, c'est le débat éco.
08:36Avec plaisir, Céline.
08:37C'est le débat, c'est le débat, c'est le débat.