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  • il y a 12 minutes
Après avoir développé plusieurs entreprises dans le bâtiment, jusqu'à atteindre 12 millions d'euros de chiffre d'affaires et 40 salariés, Jérôme Coanus a vu plusieurs de ses sociétés être liquidées en 2025, notamment à la suite d'impayés de donneurs d'ordre. Loin de renoncer à l'entrepreneuriat, il a choisi de rebondir et accompagne désormais d'autres dirigeants au sein de l'association Second Souffle. Comment se reconstruire après une défaillance et quelles leçons tirer de l'échec ? Retour sur son parcours dans SMART ÉCO.

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Transcription
00:04Créer son entreprise, la développer, puis tout perdre ou presque, c'est une réalité à laquelle de nombreux entrepreneurs sont
00:10confrontés.
00:11En 2025, Jérôme Kohanus a connu d'importantes difficultés financières qui ont conduit à la liquidation de plusieurs de ses
00:17sociétés.
00:18Mais loin de renoncer à l'entrepreneuriat, il a choisi de rebondir tout en s'engageant auprès d'autres dirigeants
00:24en difficulté.
00:25Il est avec nous pour partager son expérience. Bonjour Jérôme.
00:29Bonjour Sibyl.
00:29Merci beaucoup d'être avec nous. Aujourd'hui, vous êtes PDG fondateur d'Axe Énergie que vous avez recréé depuis.
00:35Mais tout d'abord, est-ce que vous pouvez nous raconter comment est-ce que vous avez voulu, souhaité vous
00:39lancer dans l'entrepreneuriat
00:40et créer ce groupe qui contenait plusieurs entreprises dans le bâtiment, donc le groupe Multico ?
00:47Tout à fait. A l'époque, je cherchais à répondre à un besoin du client, client que j'accompagne depuis
00:53plus de 25 ans dans différents postes salariés.
00:56Et ce besoin évolue, mais finalement, c'est un fil conducteur qui a toujours été le même.
01:03L'investisseur cherche à sécuriser son investissement au travers d'accompagnements dans ce qu'on appelle les phases AMO,
01:10à concevoir son installation dans un budget maîtrisé dans les phases BET,
01:14à réaliser ses travaux en ne dépassant pas les budgets qui avaient été estimés,
01:18et maintenir son installation dans les phases pérennes d'exploitation.
01:21Dans ce sens-là, j'avais créé le groupe Multico, qui intégrait l'ensemble des strates pour accompagner les maîtres
01:30d'ouvrage dans leurs projets.
01:32Et effectivement, comme vous l'avez signalé, sur la segmentation travaux purs,
01:39c'est là que j'ai rencontré les plus grosses difficultés, retard de paiement, impayés,
01:44des contraintes financières, budgétaires plutôt drastiques en comparaison des autres étages que je pilotais.
01:52Ce qui a amené, au travers d'impayés de clients type promoteur, à la liquidation des sociétés de travaux.
02:02Là, effectivement, grosse difficulté financière, humaine.
02:07Oui, on va y revenir, mais est-ce que c'est assez spécifique, du coup, au secteur du BTP aussi
02:13?
02:14C'est vrai que cette attente, ce délai de paiement, c'est quand même une souffrance de trésorerie qui se
02:20retrouve souvent dans ce secteur.
02:21Quand on parle de la phase assistant maîtrise d'ouvrage, bureau d'études techniques, installation, maintenance,
02:27l'étage d'installation, c'est un étage qui est traité le plus durement du marché.
02:33Oui, les clients avec lesquels nous signons des contrats nous font signer leurs conditions d'achat.
02:39Les fournisseurs que l'installateur utilise ou dans lesquels il consomme leur font signer les conditions générales de vente.
02:46L'installateur est souvent entre le marteau et l'enclume financier.
02:49Ça lui laisse peu de latitude pour trouver des solutions.
02:52Et le maître mot depuis bien longtemps ou une dizaine d'années, c'est la trésorerie.
02:56Et c'est là que le bas blesse.
02:58Ça rend les flux très, très compliqués à maintenir.
03:01Au fait de l'entreprise, c'était quoi ?
03:04C'était 12 millions d'euros de chiffre d'affaires pour 40 employés, c'est ça ?
03:06Oui. Lorsque ça s'était terminé, c'était ça.
03:09On est parti de zéro, j'avais tout créé sur fonds propres, de zéro à 12 millions d'euros.
03:16Et j'ai réussi à sauver la partie qui n'était pas assujettie au système d'achat de matières,
03:23c'est-à-dire la partie ingénierie.
03:25J'ai pu séparer de Multico les bureaux d'études à temps.
03:30J'ai dû, pendant un an et demi, assister et suivre la dégringolade de mes pôles travaux.
03:39Et du coup, une fois les sociétés liquidées en travaux, pouvoir me reconcentrer sur comment rebondir,
03:47comment recréer un système que j'ai nommé AXE, AXE Énergie,
03:52qui permettent de continuer à accompagner les maîtres d'ouvrage dans l'ensemble de leurs problématiques,
03:58c'est-à-dire de l'expression du besoin d'investissement sur des lois techniques
04:02jusqu'à la pérennisation de leurs installations en phase d'exploitation.
04:05À quel moment vous vous êtes rendu compte qu'il fallait changer l'axe de stratégie ?
04:13Qu'on soit clair, je suis issu d'une famille plutôt modeste.
04:18J'ai fait pour autant une école d'ingénieurs orientée terrain.
04:21Je n'ai pas été préparé, je ne me suis pas préparé correctement au métier d'entrepreneur, de patron.
04:27C'est l'expérience terrain qui m'a permis d'emmagasiner un niveau de compétence
04:32et j'ai tout appris au fil de l'eau.
04:34Aujourd'hui, je suis plus expérimenté qu'avant.
04:38Donc, fort de cette expérience, je compte faire bien mieux.
04:42Mais cette NIAQ, qui est, je pense, intrinsèque à l'entrepreneur,
04:47elle existe depuis déjà bien longtemps chez moi.
04:49Parce que quand vous dites que vous n'étiez pas assez préparé,
04:51vous auriez pu faire les choses différemment ?
04:53Oui, c'est sûr.
04:56En phase de développement, il y a déjà d'autres choses que j'aurais pu faire.
04:59Mais sans parler de cette phase-là, lorsqu'on a rencontré des difficultés,
05:02je n'étais pas à même d'identifier l'ensemble des systèmes
05:07qui permettaient de s'appuyer sur, on va dire, des produits mis en place
05:13par l'État, par des associations, par des systèmes
05:16où l'entrepreneur qui se croit et est seul très souvent
05:22avait le moyen de ne pas l'être.
05:25Je ne le connaissais pas, je ne les connaissais pas, ces systèmes.
05:28Aujourd'hui, les warnings qui pourraient se déclencher dans mon groupe
05:32me permettraient d'intervenir et de trouver des supports et des aides
05:37bien plus facilement que dans ma précédente expérience, évidemment.
05:41C'est vrai qu'on parle souvent de la solitude de l'entrepreneur,
05:43du chef d'entreprise.
05:44Ce n'est pas une métaphore, c'est une réalité absolue.
05:47Mais du coup, ça pèse clairement sur l'économie de l'entreprise,
05:51sur la stratégie de groupe.
05:52Oui.
05:54On parle de stratégie, ça veut dire qu'il faut, comme sur un jeu d'échecs,
06:00jouer des coups sur l'échec qui est en vue, non pas du coup d'après,
06:04mais de celui à plus 3, plus 4, plus 5, plus 6.
06:07Ce qui fait que l'erreur, elle se répercute pendant des mois,
06:10si on a mal joué.
06:12Une lecture et une cartographie des systèmes financiers possibles,
06:16des flux de trésorerie, du droit juridique sur l'ensemble des niveaux
06:20des entreprises que j'ai pu, moi, expérimenter dans le bâtiment.
06:24C'est toute une carrière qui construit cette base de données
06:27qui permet de prendre les bonnes décisions.
06:31Eh bien, on va dire que je suis certainement meilleur aujourd'hui
06:34qu'il y a 15 ans, fort de plein d'expériences sur le chemin.
06:37C'est ça qui vous a quand même donné encore la force de rebondir.
06:42C'est-à-dire que vous avez quand même gardé certaines filiales du groupe
06:46pour remoller tout ça, mais c'est vrai que vous n'avez pas forcément perdu
06:50en volonté d'entrepreneuriat.
06:52Non, mais en toute transparence, c'est un double ciseau.
06:54Premièrement, l'entrepreneur, quand il échoue,
06:56il est rarement appuyé par des aides financières type CSP
07:00qu'un salarié peut obtenir.
07:03Il va falloir avoir payé 500 ou 800 euros par mois
07:06pendant des années pour avoir un salaire complémentaire
07:10en cas de chute de structure de liquidation.
07:13Donc, c'est des choses qui ne sont pas mises en place
07:15parce que non finançables par le patron.
07:17Donc, une fois qu'on est face à ça,
07:18de toute façon, il y a l'aspect économique qui prime.
07:20Il faut continuer à faire rentrer de l'argent.
07:23Donc, il faut trouver des solutions.
07:25Quant à l'énergie, je pense que ce n'est pas nouveau,
07:30mais il faut être bien entouré.
07:31Moi, dans mon expérience, la moitié de mon entourage a disparu.
07:36Voilà, ça a fait le tri, concrètement.
07:39L'autre moitié, dont ma compagne,
07:41je me rappelle d'un jour où elle descend de l'escalier,
07:45elle cherchait un travail, puisque je travaille avec ma compagne
07:47depuis des années.
07:48Elle cherchait un travail et elle me dit
07:49« Mais ce n'est pas possible, Jérôme.
07:50Nous ne pouvons pas avoir fait tout ça.
07:53Nous ne pouvons pas avoir appris tout ça
07:54et le faire pour quelqu'un d'autre.
07:56On doit recommencer. »
07:58Donc, un environnement de travail
08:00qui impiète largement sur l'environnement personnel.
08:02Oui, oui, oui.
08:03Muit et jour et week-end et vacances.
08:04Vous restez avec nous, Jérôme Cohen.
08:06On va justement élargir le sujet sur ces actions,
08:10ces aides, etc., tout ce qui peut exister
08:12pour aider les PME à rebondir,
08:14les PME en difficulté,
08:15avec Pierre Pélouzet, qui est médiateur des entreprises,
08:17qui nous rejoint.
08:18C'est parti, c'est le débat éco.

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