00:00Face à le Chypre, Edwige Chevrillon à 8h45 sur BFM Business.
00:03Bonjour à tous les deux.
00:04Bonjour.
00:05Et bienvenue à vous.
00:06On est heureux de vous retrouver cette semaine.
00:09Le ministre du Travail pourrait annoncer une mesure sur le SMIC,
00:13revalorisation anticipée, voire une augmentation face à l'inflation.
00:17Alors que va décider le gouvernement ?
00:19Et puis surtout, doit-il augmenter le salaire minimum ?
00:22Je vous pose la question, Edwige Chevrillon.
00:25Il faut un coup de pouce ou pas ?
00:26Je vois votre scepticisme, celui d'Emma Manuel,
00:29qui est en train de préparer ses arguments,
00:31parce que c'est vrai qu'il y a des vrais arguments économiques
00:32contre une hausse du SMIC.
00:34Mais moi, je voudrais dire, la première raison,
00:37c'est que le gouvernement n'a pas su gérer le mouvement des lycéens.
00:40Vous êtes d'accord, la colère, elle est encore là.
00:41On le voit, il y a des blocages des lycées encore ce matin.
00:44Parce que c'est une semaine à haut risque qui s'annonce,
00:46avec le jeudi prochain, c'est les syndicats qui ont mis la pression
00:51et qui font une journée pour le pouvoir d'achat.
00:54On voit bien que le pouvoir d'achat est au cœur complètement
00:55de la campagne présidentielle, de tout ce qui se passe,
00:58de tous ces mouvements, de cette colère.
01:00Alors, je pense que donner un petit coup de pouce au SMIC,
01:03c'est faire baisser le niveau de tension sociale actuelle
01:06dans cette période de troubles sociaux comme celle que nous connaissons.
01:09Donner un signe aux ménages, je pense que c'est très important.
01:13Parce qu'en fait, d'où elle vient cette colère, cette rélevante ?
01:16C'est qu'en fait, quand vous regardez, tout est fait aujourd'hui.
01:18Pour les vieux, pour les plus de 60 ans,
01:20vous regardez la moitié des déficits.
01:21Il provient déficit de la santé pour les vieux,
01:26déficit des retraites pour les vieux.
01:28Et en fait, quelque part, il n'y a quasiment rien pour la génération Z
01:31et puis pour les salariés, pour les actifs.
01:35On leur dit, c'est formidable, il faut travailler plus.
01:37Mais travailler plus, il faut quand même gagner plus
01:39et puis rapprocher le brut du net.
01:41C'est certainement des réformes importantes qu'il faut faire.
01:43Mais ce n'est pas là où on va les faire, surtout en ce moment.
01:45Et ce ne serait pas un moyen de calmer cette colère sociale.
01:50Donc je pense qu'il y a un vrai besoin d'avoir un signal politique très fort
01:54pour calmer tout ça.
01:56On rappelle peut-être l'inflation quand même, 3,1% en septembre.
02:00Il y a l'inflation.
02:01Il y a quand même aussi, on voit bien,
02:04cette haine des riches qui est en train de se former un peu partout.
02:08Il y a cette décision importante en Californie demain.
02:11Il y a un besoin quand même de plus de justice sociale
02:15et fiscale et de donner un petit coup de pouce.
02:17Alors ça ne va pas répondre à tout.
02:19Mais au moins, je pense que c'est un signal politique important.
02:21Puis en plus, argument quand même économique,
02:23c'est bon pour le pouvoir d'achat.
02:24On sait que les foyers les plus modestes ont le SMIC.
02:28Exactement.
02:29Qu'est-ce qu'ils font ?
02:31Essentiellement, ils consomment.
02:32Et la consommation, on sait que ça reste le moteur de la croissance française.
02:36J'ai d'autres arguments, mais je laisse Emmanuel évidemment démonir mes arguments.
02:38Il faut en garder un peu sous le pied parce que là,
02:41Emmanuel Chypre, lui, évidemment, il est contre.
02:43Il ne faut pas augmenter le SMIC pour vous ?
02:46Non, parce que ça a toujours été une mauvaise solution
02:50et je ne vois pas pourquoi ça changerait.
02:53Le SMIC français, c'est une terrible machine
02:58à fabriquer du chômage et des travailleurs pauvres.
03:01Et vous pouvez retourner le problème dans tous les sens.
03:03Le fait de l'augmenter ne fera qu'aggraver
03:06cet effet de machine à fabriquer des travailleurs pauvres et du chômage.
03:11On a déjà le SMIC le plus élevé d'Europe.
03:14Non, l'Allemagne, non, non, ce n'est pas le cas.
03:15Non, mais en proportion du salaire médian.
03:16Non, mais ce n'est pas le cas.
03:17Si vous regardez par rapport au salaire qui est touché...
03:18Ce n'est pas le cas en Allemagne, Luxembourg ou je ne sais pas où.
03:20Non, mais par rapport au salaire qui est touché par le salaire médian,
03:26donc 50% des Français au-dessus, 50% des Français en-dessous,
03:28on est à presque 63% du salaire médian.
03:31Il n'y a pas un pays où le SMIC est aussi élevé,
03:34où le salaire minimum est aussi élevé en proportion du salaire médian.
03:37Et donc, qu'est-ce qu'on a fabriqué avec ça ?
03:40On a fabriqué des travailleurs pauvres,
03:42parce que si le SMIC a nettement plus augmenté que les salaires normaux
03:47pour des raisons de politique économique,
03:50eh bien, ça a été fait en contrepartie des allègements de charges,
03:54parce qu'on voyait bien l'effet négatif sur le travail.
03:56Et donc, résultat, vous arrivez à une société qui continue de bloquer,
04:02même si on a essayé de faire quelques défauts,
04:03qui continuent de consigner à vie les SMIC-ars à ce salaire minimal,
04:08qui, encore une fois, dans le monde d'aujourd'hui,
04:10ne leur permet pas de vivre.
04:11Et deux, c'est une machine à fabriquer du saumage,
04:14c'est assez bien documenté.
04:16Vous savez que si vous allez aujourd'hui sur 100 euros,
04:18par exemple, de hausse du SMIC,
04:20vous allez fabriquer 250 000 chômeurs supplémentaires,
04:22parce que vous rendez le coût du travail insupportable,
04:25notamment pour des jeunes et des non qualifiés.
04:27– Et dit le président du MEDEF aussi.
04:28– Voilà, et tout ça, à un moment où la conjoncture est absolument épouvantable.
04:33– Mais vous avez des allégements de charges
04:34qui sont faits justement pour compenser.
04:36– Oui, mais…
04:37– Ils vont peut-être être un peu réduits dans le budget.
04:39– On a déjà tout donné aujourd'hui sur les allégements de charges,
04:41à un moment où les entreprises ne veulent pas embaucher.
04:44Et puis philosophiquement, je ne vois pas pourquoi
04:47ce serait aux entreprises d'assumer seules, finalement,
04:51le pouvoir d'achat des Français.
04:53– Alors oui et non, parce qu'il y a beaucoup de fonctionnaires
04:55qui sont payés au SMIC.
04:55– Oui, mais les entreprises…
04:57– Ou du moins dont la rémunération est liée, justement, au SMIC.
05:00– Les entreprises, leur rôle, c'est de verser des salaires
05:02qui correspondent à leur coût de production.
05:05Ça n'est pas de faire une politique sociale.
05:07Donc il y a d'autres outils pour améliorer le pouvoir d'achat des gens,
05:10mais qui ne reposent pas sur les entreprises comme dans d'autres pays.
05:12– Oui, mais en même temps, on voit bien qu'il y a un problème
05:12du pouvoir d'achat en France, on ne peut pas le nier.
05:14– Mais on ne peut pas le nier.
05:15– La colère, elle est là, le 17 octobre, tout ça.
05:18Même si tout ça est mélangé, on voit bien quand même
05:20qu'il y a un ressenti extrêmement négatif par rapport à…
05:24– Et puis il y a une baisse du pouvoir d'achat aussi.
05:25– Eh bien, quand vous regardez, là, l'Observatoire des inégalités
05:28a dit que la France comptait 5,6 millions de pauvres
05:31si l'on fixe justement le seuil de pauvreté
05:33à 50% du revenu médian, là, ça vous rejoint.
05:36Il y a plus de 2,2 millions de salariés du secteur privant
05:40qui sont payés au SMIC.
05:41Donc on voit quand même qu'il y a un problème de rémunération en France.
05:45Tout le monde le dit, c'est indéniable.
05:47Alors après, on aura peut-être les grandes réformes sur les retraites,
05:51on aura peut-être une TVA sociale, on aura peut-être ceci,
05:52on aura peut-être cela en fonction des candidats
05:54et qui vont l'emporter.
05:55Mais là, il y a une forme de réponse qu'on m'a donnée.
05:58– Sauf que le SMIC, il a quand même beaucoup augmenté
06:00depuis ces dernières années.
06:03– Ah oui, il a augmenté de quasiment 30% depuis 2019.
06:07– Oui, ce qui n'est pas le cas de l'ensemble des salaires.
06:09– Ce qui n'est pas le cas de l'ensemble des salaires.
06:10– Oui, enfin, on est passé de 1 530 à 1 837.
06:14– Oui, mais ce qu'il faut rappeler aussi, encore une fois,
06:16et puis là où ça a un effet totalement négatif,
06:19c'est qu'on va totalement à l'encontre de ce qui devrait être
06:22l'alpha et l'oméga de la stratégie de politique économique
06:25qui consiste à générer davantage de travail
06:28en faisant travailler beaucoup plus de gens.
06:30Or, en réalité, là, le problème, c'est quoi ?
06:32C'est que, qui sont les gens, Edwige,
06:34quand vous regardez dans le détail ?
06:36Qui sont les gens qui souffrent vraiment ?
06:37Qui sont aujourd'hui les travailleurs pauvres ?
06:39Ce n'est pas forcément ceux qui sont payés au SMIC à temps plein.
06:43– Non, ceux qui sont en dessous.
06:44– Non, c'est ceux qui sont payés au SMIC,
06:46mais qui ne font que des temps partiels, etc.
06:49Et elle est là, la vraie précarité, aujourd'hui.
06:51Elle n'est pas tellement dans le niveau du SMIC horaire,
06:54elle est dans le peu d'heures qu'on demande à beaucoup de salariés de faire.
06:57– Elle est haussie, j'ai envie de dire, elle est haussie, quand même.
06:59– Ça ne crée pas des trappables à salaire ?
07:01– Cette hausse du SMIC, c'est vraiment la mauvaise réponse
07:03à tout un tas de problèmes.
07:05– Oui, mais c'est une réponse à court terme.
07:07Et on a besoin d'une réponse à court terme.
07:09– Alors, quand vous ajoutez…
07:10– Calmez la collaboration…
07:11– Non, mais je suis d'accord sur le fait qu'aujourd'hui, on est acculé.
07:14C'est-à-dire que c'est le gouvernement qui n'a pas pris les décisions,
07:16il faut pas les prendre.
07:16– Quand on va rappeler que la hausse du SMIC,
07:19elle est néfaste aussi aux finances publiques,
07:22vous voyez bien que vous prenez une décision
07:24qui est la pire de toutes les décisions possibles.
07:26C'est la décision de la facilité.
07:28C'est un gouvernement qui est en bout de course
07:30et qui, en plus, prend des décisions pas courageuses.
07:33Quand vous êtes en bout de course,
07:34tenez au moins votre ligne, vous n'avez rien à faire.
07:36– Non, parce que je pense qu'il y a une question quand même,
07:37il faut absolument essayer de calmer ce mouvement
07:41social qui prend quand même de l'ampleur.
07:43Même si le gouvernement pariait sur les vacances,
07:46visiblement, ça n'a pas l'air d'être trop le cas.
07:48On va voir ce qui se passe jeudi prochain, le 7 novembre.
07:51– Il n'y a pas de mobilisation massive
07:53des salariés du secteur privé.
07:54Encore une fois, dans la rue, ce sera essentiellement
07:56des fonctionnaires et des retraités.
07:59– Donc vous vous dites qu'il faut tenir bon,
08:02et qu'il ne faut pas lâcher.
08:03– Après, on peut chercher tout un tas de solutions
08:04sur le pouvoir d'achat.
08:06Vous pouvez commencer par essayer de faire baisser les prix
08:08du logement, de l'immobilier, etc.
08:11– Est-ce que vous faites ça avant le mois d'avril ?
08:13– Est-ce qu'on vit bien avec un SMIC aujourd'hui ?
08:15– C'est ça aussi la question ?
08:16– Non, mais la question c'est d'abord,
08:19effectivement, vous ne pouvez pas vivre bien
08:20partout avec un SMIC.
08:22C'est vrai qu'on ne vit pas avec le même SMIC partout.
08:25Mais après, cette idée de faire des SMIC différents,
08:29vous voyez bien que ça ne marche pas,
08:30puisque le vrai facteur…
08:31– Il y a beaucoup de fédérations qui restent encore,
08:33dont le salaire minimum est encore en SMIC,
08:36malgré les promesses des gouvernements…
08:37– Ça, c'est en train de se négocier.
08:39– Ça, c'est en train de se négocier depuis combien de temps ?
08:40– Encore une fois, quand on voit,
08:42ça a été quand même l'alpha et l'oméga
08:44de la stratégie française d'augmentation du pouvoir d'achat
08:47depuis les années 80,
08:50et le résultat, c'est qu'il y a plus de chômage
08:52en France qu'ailleurs,
08:53et qu'il y a moins d'augmentation du pouvoir d'achat
08:57en France qu'ailleurs.
08:58Donc, il y a peut-être un moment
08:59où il faut s'interroger sur l'efficacité d'une telle mesure.
09:03– Et les solutions.
09:03– Oui, mais c'est le seul levier…
09:05– Cette force du SMIC, c'est un poison.
09:06– Oui, mais c'est le seul levier
09:07dont dispose le gouvernement, en fait, le SMIC.
09:10– En tout cas, c'est bien le problème depuis 40 ans.
09:13– Oui, mais attends, il faut aussi que les entreprises
09:14peut-être s'interrogent sur la rémunération,
09:16peut-être qu'il faut moins rémunérer les actionnaires,
09:19peut-être qu'il faut…
09:19– Vous voyez, il y a toute une…
09:21– C'est la tête émanue de Chy.
09:24– Ça, ça vaut pas bien.
09:25– On va en reparler, les 40 boîtes, etc.,
09:27qui font le truc,
09:29et 95% des entreprises qui sont en train de trouver
09:31et qui font le tissu industriel de la France.
09:34– Merci à tous les deux.
09:35– Il restera 40 grandes entreprises en France.
09:36– Et qu'il y a beaucoup de patrons de PME
09:37qui sont au SMIC ou à l'ISR.
09:39– On va se rater là, ça pourrait continuer longtemps.
09:41Merci à tous les deux.