00:008h21 sur BFM Business, nous sommes avec Bernard Sananès. Bonjour.
00:04Bonjour.
00:04Merci d'être avec nous ce matin. Vous êtes le président de l'Institut Elabe.
00:07La France a connu ce week-end le chaos des casseurs, des pilleurs un petit peu partout en France.
00:12Le président a pris la parole hier soir. Est-ce que c'est de nature à rassurer les Français ?
00:16Pas sûr au vu des réactions face à sa prise de parole.
00:21Les réactions des oppositions, j'allais dire, sont classiques.
00:23Mais on voyait bien quand même qu'il y avait un manque de densité dans sa réponse.
00:27D'une part parce que sa parole est affaiblie.
00:29Le président de la République rassemble moins d'un Français sur cinq qui lui font confiance.
00:33C'est évidemment très bas. Deuxièmement, il est en bout de mandat.
00:36Et puis troisièmement, les marges de manœuvre budgétaire.
00:39Vous en parlez souvent et vous en avez parlé tout à l'heure.
00:41Les marges de manœuvre budgétaire sont évidemment très faibles.
00:45Donc on sentait que cette réponse peut-être, je ne vais pas dire, n'était pas à la hauteur.
00:48Mais en tout cas, ne collait pas aux attentes, que ce soit sur le maintien de l'ordre.
00:51On a vu que le président de la République a été obligé de rectifier ce matin
00:54et d'expliquer ce qui s'était passé avec Laurent Nunes.
00:57Il a refusé sa démission, nous attend appris ce matin.
01:00Et puis d'autre part, sur la réponse faite aux jeunes,
01:03où on voit que ni le gouvernement, ni le président de la République,
01:06pour l'instant, n'ont su encore trouver les mots pour entamer un dialogue.
01:10Je ne dis même pas pour apporter des réponses.
01:12Comment réagit l'opinion face à ces scènes de chaos et de pillage ?
01:16Est-ce qu'elle tient forcément le gouvernement pour responsable ?
01:18Alors, nous avons réalisé un sondage qui était évidemment avant les mobilisations,
01:22mais juste avant, puisqu'il a été réalisé vendredi.
01:24Et il y a une question qui est importante.
01:26D'abord, l'opinion soutient modérément, mais soutient les mobilisations.
01:30La mobilisation contre le pouvoir d'achat, près de 7 Français sur 10 l'approuve.
01:34On voit bien que le sujet du pouvoir d'achat est un thème majeur.
01:36On le sait dans l'opinion depuis plusieurs mois.
01:38Mais mobilisation non-violente.
01:39Mobilisation non-violente.
01:40Et le mouvement des lycéens est soutenu, lui, à un peu plus d'un Français sur 2, 55%.
01:45Ce n'est pas les mouvements les plus soutenus, mais ça fait partie quand même d'un socle important.
01:49Mais quand on posait la question sur, est-ce que vous comprenez la violence, j'allais dire en théorie,
01:53puisque les événements de samedi soir et de dimanche n'avaient pas encore eu lieu,
01:57il y a une majorité très nette qui s'exprimait contre la violence.
02:01Plus de 8 Français sur 10 qui disaient la violence n'est jamais acceptable.
02:04Donc 19%, 18% qui disaient le contraire, la violence est acceptable.
02:08Mais surtout, on voit que ce chiffre très large recoupe une polarisation très forte.
02:13Je m'explique, chez les jeunes de 18-24 ans à 25-34 ans,
02:17près de 3 jeunes sur 10 disent que la violence peut être comprise
02:21lorsque les revendications ne sont pas prises en compte.
02:23Et sur un plan politique, tous les électorats rejettent la violence,
02:27sauf un, l'électorat de la France insoumise,
02:29qui dit à majorité qu'il peut comprendre ses actions de violence.
02:32Donc on voit bien que ce soutien massif contre la violence,
02:35il est quand même très polarisé, très clivé,
02:38ce qui fait que le débat politique est très vif autour de cette question
02:41et autour des questions du maintien de l'ordre.
02:43Max Weber qui parlait de violence légitime, mais côté police évidemment.
02:48Laurent Nunez, vous l'avez dit, l'Élysée a refusé sa démission.
02:52C'est un ministre qui est populaire pour les Français ?
02:55Qui n'est pas encore identifié très bien,
02:57qui l'est évidemment depuis la montée de la crise,
03:00mais qui n'a pas gagné un socle de popularité.
03:03On voit surtout que ce matin, il est extrêmement fragilisé,
03:06parce que le fait même qu'on puisse évoquer son départ
03:09pour un ministre de l'Intérieur est un signe d'affaiblissement.
03:13On voit globalement qu'on est quand même dans une crise qui est à trois dimensions,
03:16une crise politique, on l'a dit,
03:19rejet de l'exécutif et fin de mandat d'une part,
03:23une crise économique d'autre part,
03:25et puis une crise sociale parce que la mobilisation est forte.
03:28Et on a le sentiment que finalement, on est dans cette impasse
03:30et qu'on aura du mal à en sortir avant l'élection présidentielle.
03:34À qui ça profite ?
03:35En première lecture, j'allais dire,
03:38ça peut profiter à Marine Le Pen et au Rassemblement national.
03:42Il est identifié comme le parti de l'ordre ?
03:44Il a toujours été identifié comme le parti de l'ordre.
03:47Donc en première lecture, je dirais que ça peut solidifier
03:50le vote pour le Rassemblement national,
03:51qui fait déjà la course en tête.
03:53Plus de trois électeurs sur dix, si on votait dimanche,
03:55c'est une autre enquête que nous avons publiée ce week-end
03:57pour BFM TV avec la tribune dimanche.
04:00Plus de trois électeurs sur dix déclarent qu'ils voteraient
04:02pour Marine Le Pen.
04:04Dans un second temps, il faut voir ce qui peut se passer.
04:08On peut aussi imaginer que la polarisation
04:10et la perspective d'un duel Le Pen-Mélenchon,
04:13donc d'un duel des éléments les plus radicaux
04:15de notre vie politique,
04:17fassent ressentir à l'électorat modéré
04:20le besoin de s'unir autour d'un candidat
04:22ou d'une coalition.
04:24On n'en est pas là.
04:24Pour l'instant, la première séquence,
04:26elle profite évidemment au Rassemblement national.
04:29Elle va permettre aussi à gauche
04:31de mobiliser autour de LFI,
04:34notamment pour le vote des jeunes.
04:35On voit déjà près de quatre jeunes sur dix
04:38qui déclarent qu'ils voteraient Jean-Luc Mélenchon,
04:40notamment chez les primo-votants.
04:42Ce chiffre peut encore progresser.
04:44Justement, la France insoumise,
04:46qui est accusée par le gouvernement
04:47et par la droite de jeter de l'huile sur le feu,
04:50finalement, est-ce qu'elle peut tirer parti,
04:54tirer bénéfice de cette crise au-delà des jeunes ?
04:58La France insoumise et la gauche en général
05:00ont réussi, j'allais dire depuis fin août,
05:03à faire que la question sociale
05:05soit au cœur de cette campagne électorale.
05:07Ce n'était pas acquis.
05:09On pensait par exemple que les sujets régaliens
05:12prendraient le pas sur la question sociale.
05:13La question sociale, la question du pouvoir d'achat,
05:15la question du travail qui ne paye pas assez,
05:17ces questions-là dominent pour l'instant
05:19la question de la fiscalité,
05:21ces questions-là dominent le débat de la présidentielle.
05:24Mais le chaos profite à la France insoumise ?
05:25Non, le chaos ne profite pas à la France insoumise.
05:28Même s'il y a une attente de radicalité
05:31dans son électorat,
05:32il y a aussi toute une partie de celui-ci
05:34qui prendra ses distances
05:36vis-à-vis de mouvements qui seraient trop violents
05:38et qui n'apparaîtraient non pas comme des manifestants,
05:41mais comme des casseurs ou des pierres.
05:43Alors, pouvoir d'achat, préoccupation numéro un des Français,
05:46vous l'avez dit.
05:46Et la sécurité, ça arrive assez haut aussi ?
05:49La sécurité arrive en troisième position maintenant
05:51parce qu'entre les premiers et le troisième,
05:53c'est intercalé la dette.
05:55Et la dette fait aussi et pèse sur cette campagne.
05:58La dette, finalement, pèse aussi sur la gestion de cette crise.
06:01Souvenez-vous au moment des Gilets jaunes,
06:03quand le président de la République s'exprime,
06:04il annonce un certain premier train de mesure.
06:07Quand on fera le total,
06:08on avait évalué de mémoire que ça équivalait
06:11à 10 milliards d'annonces du président de la République.
06:13Là, le gouvernement, l'exécutif,
06:15n'a pas les moyens budgétaires.
06:17Vous parliez du spread avant que je rentre dans ce studio.
06:20On voit bien que c'est observé de très près.
06:23Donc, gérer une crise,
06:25quand vous êtes en fin de mandat
06:26et quand il y a plus d'argent,
06:28comme on l'entend souvent,
06:30évidemment, ça complique encore l'équation pour le pouvoir.
06:33D'où le fait qu'il n'y ait pas eu beaucoup d'annonces hier soir.
06:36Le gouvernement est attaqué.
06:37Finalement, est-ce que ça fragilise les candidats
06:40qui ont été aux responsabilités sous Emmanuel Macron
06:42et plus largement le match pour la deuxième place
06:45qui est en train de se jouer ?
06:47Oui, vous avez raison.
06:47Les anciens premiers ministres d'Emmanuel Macron,
06:50les candidats du centre,
06:51qu'il s'agisse d'Edouard Philippe ou de Gabriel Attal,
06:53ne peuvent espérer une dynamique dans ce contexte.
06:56On le voyait d'ailleurs dans notre enquête.
06:59Gabriel Attal reculé,
07:00Edouard Philippe était stable, voire légèrement à la baisse.
07:03Pourquoi ?
07:04Parce que s'ils se démarquent fortement d'Emmanuel Macron,
07:08ils vont être accusés, entre guillemets,
07:10par l'électorat du centre de prendre trop leur distance,
07:13alors qu'ils ont été premiers ministres d'Emmanuel Macron.
07:17S'ils ne se démarquent pas,
07:20ils vont devoir endosser le bilan.
07:23Donc c'est évidemment un moment très difficile
07:24pour les candidats du centre.
07:27Merci pour cet éclairage, Bernard Salanès.
07:30président de l'Institut Elab.