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  • il y a 1 jour
Bernard Sananès, président du cabinet Elabe, était l'invité de Brigitte Boucher dans Good Morning Business, ce lundi 19 octobre. Ils se sont penchés sur la réaction de l'opinion publique face aux violences du week-end, ainsi que sur la prise de parole d'Emmanuel Macron en réponse à ces événements, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:008h21 sur BFM Business, nous sommes avec Bernard Sananès. Bonjour.
00:04Bonjour.
00:04Merci d'être avec nous ce matin. Vous êtes le président de l'Institut Elabe.
00:07La France a connu ce week-end le chaos des casseurs, des pilleurs un petit peu partout en France.
00:12Le président a pris la parole hier soir. Est-ce que c'est de nature à rassurer les Français ?
00:16Pas sûr au vu des réactions face à sa prise de parole.
00:21Les réactions des oppositions, j'allais dire, sont classiques.
00:23Mais on voyait bien quand même qu'il y avait un manque de densité dans sa réponse.
00:27D'une part parce que sa parole est affaiblie.
00:29Le président de la République rassemble moins d'un Français sur cinq qui lui font confiance.
00:33C'est évidemment très bas. Deuxièmement, il est en bout de mandat.
00:36Et puis troisièmement, les marges de manœuvre budgétaire.
00:39Vous en parlez souvent et vous en avez parlé tout à l'heure.
00:41Les marges de manœuvre budgétaire sont évidemment très faibles.
00:45Donc on sentait que cette réponse peut-être, je ne vais pas dire, n'était pas à la hauteur.
00:48Mais en tout cas, ne collait pas aux attentes, que ce soit sur le maintien de l'ordre.
00:51On a vu que le président de la République a été obligé de rectifier ce matin
00:54et d'expliquer ce qui s'était passé avec Laurent Nunes.
00:57Il a refusé sa démission, nous attend appris ce matin.
01:00Et puis d'autre part, sur la réponse faite aux jeunes,
01:03où on voit que ni le gouvernement, ni le président de la République,
01:06pour l'instant, n'ont su encore trouver les mots pour entamer un dialogue.
01:10Je ne dis même pas pour apporter des réponses.
01:12Comment réagit l'opinion face à ces scènes de chaos et de pillage ?
01:16Est-ce qu'elle tient forcément le gouvernement pour responsable ?
01:18Alors, nous avons réalisé un sondage qui était évidemment avant les mobilisations,
01:22mais juste avant, puisqu'il a été réalisé vendredi.
01:24Et il y a une question qui est importante.
01:26D'abord, l'opinion soutient modérément, mais soutient les mobilisations.
01:30La mobilisation contre le pouvoir d'achat, près de 7 Français sur 10 l'approuve.
01:34On voit bien que le sujet du pouvoir d'achat est un thème majeur.
01:36On le sait dans l'opinion depuis plusieurs mois.
01:38Mais mobilisation non-violente.
01:39Mobilisation non-violente.
01:40Et le mouvement des lycéens est soutenu, lui, à un peu plus d'un Français sur 2, 55%.
01:45Ce n'est pas les mouvements les plus soutenus, mais ça fait partie quand même d'un socle important.
01:49Mais quand on posait la question sur, est-ce que vous comprenez la violence, j'allais dire en théorie,
01:53puisque les événements de samedi soir et de dimanche n'avaient pas encore eu lieu,
01:57il y a une majorité très nette qui s'exprimait contre la violence.
02:01Plus de 8 Français sur 10 qui disaient la violence n'est jamais acceptable.
02:04Donc 19%, 18% qui disaient le contraire, la violence est acceptable.
02:08Mais surtout, on voit que ce chiffre très large recoupe une polarisation très forte.
02:13Je m'explique, chez les jeunes de 18-24 ans à 25-34 ans,
02:17près de 3 jeunes sur 10 disent que la violence peut être comprise
02:21lorsque les revendications ne sont pas prises en compte.
02:23Et sur un plan politique, tous les électorats rejettent la violence,
02:27sauf un, l'électorat de la France insoumise,
02:29qui dit à majorité qu'il peut comprendre ses actions de violence.
02:32Donc on voit bien que ce soutien massif contre la violence,
02:35il est quand même très polarisé, très clivé,
02:38ce qui fait que le débat politique est très vif autour de cette question
02:41et autour des questions du maintien de l'ordre.
02:43Max Weber qui parlait de violence légitime, mais côté police évidemment.
02:48Laurent Nunez, vous l'avez dit, l'Élysée a refusé sa démission.
02:52C'est un ministre qui est populaire pour les Français ?
02:55Qui n'est pas encore identifié très bien,
02:57qui l'est évidemment depuis la montée de la crise,
03:00mais qui n'a pas gagné un socle de popularité.
03:03On voit surtout que ce matin, il est extrêmement fragilisé,
03:06parce que le fait même qu'on puisse évoquer son départ
03:09pour un ministre de l'Intérieur est un signe d'affaiblissement.
03:13On voit globalement qu'on est quand même dans une crise qui est à trois dimensions,
03:16une crise politique, on l'a dit,
03:19rejet de l'exécutif et fin de mandat d'une part,
03:23une crise économique d'autre part,
03:25et puis une crise sociale parce que la mobilisation est forte.
03:28Et on a le sentiment que finalement, on est dans cette impasse
03:30et qu'on aura du mal à en sortir avant l'élection présidentielle.
03:34À qui ça profite ?
03:35En première lecture, j'allais dire,
03:38ça peut profiter à Marine Le Pen et au Rassemblement national.
03:42Il est identifié comme le parti de l'ordre ?
03:44Il a toujours été identifié comme le parti de l'ordre.
03:47Donc en première lecture, je dirais que ça peut solidifier
03:50le vote pour le Rassemblement national,
03:51qui fait déjà la course en tête.
03:53Plus de trois électeurs sur dix, si on votait dimanche,
03:55c'est une autre enquête que nous avons publiée ce week-end
03:57pour BFM TV avec la tribune dimanche.
04:00Plus de trois électeurs sur dix déclarent qu'ils voteraient
04:02pour Marine Le Pen.
04:04Dans un second temps, il faut voir ce qui peut se passer.
04:08On peut aussi imaginer que la polarisation
04:10et la perspective d'un duel Le Pen-Mélenchon,
04:13donc d'un duel des éléments les plus radicaux
04:15de notre vie politique,
04:17fassent ressentir à l'électorat modéré
04:20le besoin de s'unir autour d'un candidat
04:22ou d'une coalition.
04:24On n'en est pas là.
04:24Pour l'instant, la première séquence,
04:26elle profite évidemment au Rassemblement national.
04:29Elle va permettre aussi à gauche
04:31de mobiliser autour de LFI,
04:34notamment pour le vote des jeunes.
04:35On voit déjà près de quatre jeunes sur dix
04:38qui déclarent qu'ils voteraient Jean-Luc Mélenchon,
04:40notamment chez les primo-votants.
04:42Ce chiffre peut encore progresser.
04:44Justement, la France insoumise,
04:46qui est accusée par le gouvernement
04:47et par la droite de jeter de l'huile sur le feu,
04:50finalement, est-ce qu'elle peut tirer parti,
04:54tirer bénéfice de cette crise au-delà des jeunes ?
04:58La France insoumise et la gauche en général
05:00ont réussi, j'allais dire depuis fin août,
05:03à faire que la question sociale
05:05soit au cœur de cette campagne électorale.
05:07Ce n'était pas acquis.
05:09On pensait par exemple que les sujets régaliens
05:12prendraient le pas sur la question sociale.
05:13La question sociale, la question du pouvoir d'achat,
05:15la question du travail qui ne paye pas assez,
05:17ces questions-là dominent pour l'instant
05:19la question de la fiscalité,
05:21ces questions-là dominent le débat de la présidentielle.
05:24Mais le chaos profite à la France insoumise ?
05:25Non, le chaos ne profite pas à la France insoumise.
05:28Même s'il y a une attente de radicalité
05:31dans son électorat,
05:32il y a aussi toute une partie de celui-ci
05:34qui prendra ses distances
05:36vis-à-vis de mouvements qui seraient trop violents
05:38et qui n'apparaîtraient non pas comme des manifestants,
05:41mais comme des casseurs ou des pierres.
05:43Alors, pouvoir d'achat, préoccupation numéro un des Français,
05:46vous l'avez dit.
05:46Et la sécurité, ça arrive assez haut aussi ?
05:49La sécurité arrive en troisième position maintenant
05:51parce qu'entre les premiers et le troisième,
05:53c'est intercalé la dette.
05:55Et la dette fait aussi et pèse sur cette campagne.
05:58La dette, finalement, pèse aussi sur la gestion de cette crise.
06:01Souvenez-vous au moment des Gilets jaunes,
06:03quand le président de la République s'exprime,
06:04il annonce un certain premier train de mesure.
06:07Quand on fera le total,
06:08on avait évalué de mémoire que ça équivalait
06:11à 10 milliards d'annonces du président de la République.
06:13Là, le gouvernement, l'exécutif,
06:15n'a pas les moyens budgétaires.
06:17Vous parliez du spread avant que je rentre dans ce studio.
06:20On voit bien que c'est observé de très près.
06:23Donc, gérer une crise,
06:25quand vous êtes en fin de mandat
06:26et quand il y a plus d'argent,
06:28comme on l'entend souvent,
06:30évidemment, ça complique encore l'équation pour le pouvoir.
06:33D'où le fait qu'il n'y ait pas eu beaucoup d'annonces hier soir.
06:36Le gouvernement est attaqué.
06:37Finalement, est-ce que ça fragilise les candidats
06:40qui ont été aux responsabilités sous Emmanuel Macron
06:42et plus largement le match pour la deuxième place
06:45qui est en train de se jouer ?
06:47Oui, vous avez raison.
06:47Les anciens premiers ministres d'Emmanuel Macron,
06:50les candidats du centre,
06:51qu'il s'agisse d'Edouard Philippe ou de Gabriel Attal,
06:53ne peuvent espérer une dynamique dans ce contexte.
06:56On le voyait d'ailleurs dans notre enquête.
06:59Gabriel Attal reculé,
07:00Edouard Philippe était stable, voire légèrement à la baisse.
07:03Pourquoi ?
07:04Parce que s'ils se démarquent fortement d'Emmanuel Macron,
07:08ils vont être accusés, entre guillemets,
07:10par l'électorat du centre de prendre trop leur distance,
07:13alors qu'ils ont été premiers ministres d'Emmanuel Macron.
07:17S'ils ne se démarquent pas,
07:20ils vont devoir endosser le bilan.
07:23Donc c'est évidemment un moment très difficile
07:24pour les candidats du centre.
07:27Merci pour cet éclairage, Bernard Salanès.
07:30président de l'Institut Elab.

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