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  • il y a 1 semaine
Ce mardi 1er septembre, le décès d'Édouard Balladur et la réalité de son engagement libéral, ont été abordés par Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Brigitte Boucher, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Avec Jean-Marc Daniel, 8h41 sur BFM Business et RMC Live, canal 25.
00:05Il a été Premier ministre de 93 à 95.
00:09Edouard Balladur nous a quitté hier à l'âge de 97 ans.
00:13C'était à l'époque la cohabitation sous la présidence de François Mitterrand.
00:16Homme de droite, en était-il pour autant un vrai libéral ?
00:20C'est le débat qui vous oppose tous les deux aujourd'hui.
00:22Alors Jean-Marc, vrai libéral ou pas ?
00:25Non, je pense, alors je rends hommage à Edouard Balladur,
00:27ne serait-ce que parce que c'est quand même la tradition et la coutume
00:31quand quelqu'un vient de mourir, on a plutôt tendance à en faire l'éloge
00:34plutôt qu'à s'abattre de critiques sur lui.
00:37Mais je pense qu'il a surtout vécu dans l'ambiguïté
00:40et cette ambiguïté a fini par lui nuire
00:43puisqu'il a fini par perdre sur le plan électoral.
00:45Et cette ambiguïté se retrouve dans sa politique économique
00:47et dans son rapport au libéralisme.
00:49Alors il y a des choses qui sont incontestablement libérales.
00:51Il a privatisé abondamment quand il était ministre de l'économie et des finances.
00:54D'ailleurs, il était ministre des privatisations entre 1986 et 1988.
01:00Des privatisations qui ont rapporté 65 milliards de francs
01:02alors que les nationalisations avaient coûté 35 milliards de francs.
01:05Donc on a privatisé au-delà de ce qui avait été nationalisé en 1981.
01:08On est vraiment engagé dans un processus qui ne consiste pas à corriger 1981
01:12mais à changer totalement l'esprit de l'économie.
01:15Donc libéral.
01:16Donc ça c'est plutôt libéral.
01:18Il a donné l'autonomie et l'indépendance à la Banque de France
01:20dans des circonstances qui étaient liées à la signature du traité de Maastricht.
01:24Maastricht, il a milité effectivement pour le traité de Maastricht.
01:27Mais pourquoi je dis qu'il n'a pas été libéral ?
01:29Il y a trois dossiers sur lesquels je trouve qu'il n'a pas été véritablement à la hauteur.
01:33Le premier dossier c'était sur le chômage et le rapport notamment au SMIC Jeunes.
01:37C'est-à-dire qu'il avait fait faire un rapport après le discours de Mitterrand
01:40sur le thème contre le chômage.
01:41On a tout essayé.
01:42On avait demandé à M. Matteoli qui était président du CES,
01:46du Conseil économique et social, qui n'était pas encore environnemental à l'époque,
01:49un rapport qui expliquait qu'il fallait effectivement permettre,
01:52sur l'entrée du marché du travail des jeunes, d'avoir un coût du travail moins élevé.
01:56Or, il a cédé.
01:57C'est-à-dire qu'il a expliqué que c'était indispensable.
02:00Et il a cédé, il a retiré la mesure.
02:02Le deuxième aspect sur le plan économique, c'est son rapport aux finances publiques.
02:07Il a annoncé qu'il fallait équilibrer les finances publiques.
02:09Il avait milité pour la signature du traité de Maastricht.
02:11Et le premier déficit budgétaire de son premier exercice comme Premier ministre
02:16était de 6% du PIB, alors que dans Maastricht, c'était 3%.
02:19Alors, on aurait pu dire, il y a la conjoncture.
02:21Mais quand on regarde le partage entre le structurel et le conjoncturel,
02:24il y avait un déficit structurel de 4,7% du PIB,
02:28alors que les engagements européens, c'est 0,5% de déficit structurel.
02:31Donc, sur les finances publiques, il n'est pas allé jusqu'au bout
02:34et il n'a pas véritablement corrigé.
02:36Et enfin, le dernier élément qui est un aspect qu'on a un peu oublié,
02:39c'est qu'au moment des affaires, des réformes de la politique agricole commune,
02:44donc quand il arrive, il y a un grand débat sur les accords de Blair House,
02:47qui sont les accords de réforme de la PAC
02:50qui avaient été décidés par le commissaire européen irlandais de l'époque
02:54et un accord avec les États-Unis.
02:56Et il a louvoyé et il a tenu des propos et des discours
02:59sur la nécessité de défendre l'agriculture
03:03et sur le refus, effectivement, d'une forme de libéralisation de l'agriculture
03:07qui montre que, sur le fond, le libéralisme ne correspondait pas
03:10à son tempérament profond.
03:15Edwin Chevrayon, avec qui j'ai parlé du sujet,
03:17et donc qui aurait pu intervenir aujourd'hui si ça avait été sans chaud,
03:20dit que c'était un colbertiste libéral.
03:22Et je trouve que c'est une assez belle formule,
03:24c'est-à-dire que c'est cette espèce d'oxymore
03:27qui décrit assez bien ce personnage,
03:29qui est un personnage qui n'est pas allé jusqu'au bout.
03:32Et il était quand même attaché à un État fort.
03:34Voilà, il était en l'équilibre.
03:35Et donc la conséquence, c'est que finalement, il a perdu.
03:37Alors, Emmanuel Lechypre, libéral ?
03:40Je n'ai pas du tout la même lecture que Jean-Marc.
03:42D'abord, si vous faites le bilan d'Edouard Balladur,
03:44c'est le plus beau bilan libéral
03:46de toute la Ve République,
03:48à part peut-être la période Piner-Ref.
03:51– Et la période Fabius Bérégovoy, quand même.
03:53– Oui, mais pas sur le…
03:55– Il hérite d'une période Fabius Bérégovoy qui est assez libérale.
03:58– Qui est assez libérale, mais pas autant que ce que lui a fait.
04:02Enfin, et moi je pense au contraire qu'il est allé aussi loin
04:05en matière de libéralisme que la société française
04:08pouvait le supporter à l'époque.
04:10Et il est même peut-être allé trop loin,
04:11c'est peut-être ça qui lui a coûté l'élection de 1995.
04:13– Alors Jean-Marc a rappelé des grandes mesures,
04:15mais quand même, en tant que ministre de l'économie,
04:18libéralisation des prix, conseil de la concurrence,
04:21poursuite de la suppression du contrôle d'échange,
04:23privatisation, je n'y reviens pas.
04:25Il veut développer un actionnariat populaire, rappelez-vous.
04:27C'est quand même Catherine Deneuve qui faisait la pub
04:29pour acheter des actions de Suez.
04:32Comme Premier ministre, il a quand même réformé les retraites,
04:35il a donné son indépendance à la Banque de France,
04:37il a baissé les charges, il a défendu la discipline budgétaire,
04:39la récession de 1993 était violente Jean-Marc,
04:41mais vous l'avez dit, effectivement, il y avait…
04:44Et ce qui interroge, c'est qu'effectivement,
04:46deux ans plus tard, en 1995, il est battu par Jacques Chirac
04:50et sa fracture sociale.
04:52Et donc moi, je pense qu'il perd parce qu'il touche
04:57les limites politiques du libéralisme en France,
05:01même si effectivement, et on voit bien d'ailleurs
05:04qu'il tutoie ses limites, par exemple,
05:06sur la réforme des retraites, il ne touche pas
05:07aux régimes spéciaux ni aux fonctionnaires.
05:10Et on peut lui reprocher, sauf qu'Alain Juppé,
05:12quand il s'y attaque ensuite en 1995,
05:14eh bien, il butera là-dessus.
05:19Il essaye quand même aussi de flexibiliser
05:21le marché du travail.
05:23Alors oui, effectivement, il s'est heurté
05:25à un chômage élevé.
05:27Il y a le fameux SMIC jeune,
05:30effectivement, sur lequel il renonce.
05:33Mais on voit bien qu'à chaque fois,
05:35il bute sur la limite sociale française.
05:37Alors il y a un point, et c'est peut-être la critique,
05:39mais après tout, est-ce que c'est une critique ?
05:42Tout ça, effectivement, n'a pas été facilité
05:44par le fait qu'il incarnait quand même
05:46une forme un peu caricaturale de libéralisme d'en haut.
05:50C'est-à-dire qu'effectivement,
05:51c'est quelqu'un qui dit qu'il faut plus de concurrence,
05:53il faut plus de flexibilité sur le marché du travail,
05:56etc.
05:56Mais vous sentez bien qu'Édouard Balladur,
05:58à la différence de Jean-Marc,
06:00il n'a pas beaucoup attendu le bus ou le métro
06:01ou le RER.
06:03Donc ça, ça l'a sans doute un peu desservi.
06:08Mais sinon...
06:09Et puis son discours politique aussi,
06:11c'est quelqu'un qui n'a pas su donner de souffle
06:12à son discours.
06:13Il a eu un souffle...
06:14C'était une démarche assez comptable.
06:16Il expliquait les sacrifices avant de raconter
06:19les espérances.
06:20Si vous prenez le discours économique de 93,
06:22c'est du sang et des larmes,
06:23mais on ne voit pas très bien pourquoi, au fond.
06:26Et puis je pense que cette image de grand bourgeois
06:29ne l'a pas servi pour mettre en place
06:31une politique libérale,
06:31mais dont il ne faut pas sous-estimer le bilan.
06:33Il a quand même un très bon bilan libéral
06:36et il a quand même fait beaucoup de réformes.
06:37C'est vrai que c'était une autre façon
06:38de faire de la politique.
06:39C'est peut-être une page qui se tourne,
06:40en tout cas de ce point de vue-là.
06:41Libéral autant que possible,
06:42vous dites Emmanuel Lechypre.
06:43C'est vrai qu'à l'époque,
06:45il apparaît un peu comme un Reagan ou un Thatcher.
06:47Alors, il apparaît un peu comme effectivement
06:49quelqu'un qui est en la vague des années 80,
06:51mais il a une leçon et un exemple
06:53qui est d'ailleurs auquel il se réfère,
06:55c'est l'échec de Raymond Barr.
06:57Et Raymond Barr, lui, il est vraiment en plein
06:58dans les années Thatcher-Reagan.
07:00Donc on est en 88.
07:02Et Raymond Barr, commentant son propre échec,
07:04il dira, je ne suis pas allé assez loin,
07:06je n'ai pas été assez ferme.
07:07En fait, ce qu'attendent les Français,
07:08c'est à un moment donné qu'on leur dise la vérité.
07:11C'est-à-dire qu'on leur dise,
07:12non pas tout va bien, Madame la Marquise,
07:14mais non plus, ça va être Churchillien,
07:16du sang, des larmes,
07:17qu'on leur dise, voilà l'effort que j'attends de vous.
07:19Et Baladur a été incapable,
07:22comme d'ailleurs d'une certaine façon Raymond Barr,
07:23de préciser effectivement un programme
07:25qui soit un programme clair, net et précis.
07:28Et je pense que son erreur,
07:30c'est de ne pas avoir compris
07:31que l'échec de Raymond Barr était lié à cette ambiguïté
07:34et d'avoir maintenu lui-même l'ambiguïté.
07:36Et je maintiens, donc on a dit
07:37que c'était peut-être un grand bourgeois et tout ça.
07:39Bon, c'est vrai qu'il y a des séquences
07:41qui étaient ridicules.
07:43L'affaire de l'hélicoptère qui tombe en panne
07:45et puis il fait du stop
07:46et il se trouve que le personnage qui le prend en stop
07:48est un de ses collaborateurs
07:49qui, justement, passait par là.
07:51Et en plus, la voiture dans laquelle il monte,
07:52ce n'est pas une Kangoo,
07:53c'est une Mercedes.
07:55Bon, il y a l'histoire du métro
07:57où il pousse un cri en disant
07:58« il fait chaud parce qu'il a pu s'assier ».
08:00Donc, cet aspect-là était...
08:02À partir de ce moment-là, effectivement,
08:03je crois qu'il aurait dû sortir
08:05de cet personnage qu'on voulait lui faire faire
08:07et d'être véritablement
08:09dans une position assez tranchée
08:11d'assumer ce qu'il était.
08:12Je maintiens, il partait avec ce que j'appelle
08:15une ragusade, c'est-à-dire une trahison politique.
08:17À partir de ce moment-là,
08:18il fallait qu'il aille jusqu'au bout
08:20et qu'il fasse du libéralisme
08:22véritablement une conviction.
08:24Ils n'ont pas l'impression
08:24qu'il était l'héritier de Thatcher et de Régaard.
08:28Il y a quand même ce problème
08:29des libéraux en France,
08:30que ce soit Raymond Barr
08:31ou que ce soit Édouard Balladur,
08:32c'est qu'ils n'avaient pas, en fait,
08:35le charisme populaire
08:36qu'avaient un Ronald Reagan
08:38ou une Margaret Thatcher.
08:39Regardez aujourd'hui, par exemple,
08:40encore les discours de Ronald Reagan.
08:43C'est toujours plein de petites blagues
08:44absolument incroyables
08:46avec des paraboles très drôles.
08:49Margaret Thatcher,
08:50elle avait aussi une vraie vision
08:51où vraiment,
08:53elle essayait de ramener le libéralisme
08:55à quelque chose de bienfaisant
08:58et de bénéfique pour le peuple,
09:01les classes moyennes
09:02et les classes populaires.
09:03On n'avait pas ce côté
09:04chez nos libéraux français
09:06et on ne l'a presque jamais eu.
09:07Il n'y a pas de libéralisme social
09:09et populaire en France.
09:09Peut-être parce que la France reste,
09:11malgré tout, assez étatiste.
09:12Merci à tous les deux
09:14d'être venus débattre sur ce plateau.
09:16Emmanuel Le Chiffre
09:17et Jean-Marc Daniel.
09:18C'est à retrouver, évidemment,
09:20face à Le Chiffre,
09:21en podcast et en replay
09:22sur le site bfmbusiness.com.
09:24Sous-titrage Société Radio-Canada
09:25– Sous-titrage FR 2021
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