00:00Le Grand Entretien avec Thierry Kozyk, bonjour.
00:03Bonjour.
00:03Sénateur socialiste de la Sardes, vous êtes le nouveau président de la Commission des Finances du Sénat.
00:08La France a subi des émeutes violentes ce week-end.
00:10La réponse du gouvernement est-elle pour vous à la hauteur face aux 3000 commerçants pillés ?
00:16Il y a du chômage partiel et un fonds de soutien qui est annoncé.
00:18Avant de savoir si la réponse est à la hauteur, simplement, je voulais quand même aussi rappeler
00:24qu'il y a derrière une forme de soutien aussi, de légitimité aujourd'hui dans les revendications des jeunes.
00:30que ce soit les lycéens ou les étudiants.
00:32Je suis père de famille et je vois aujourd'hui l'inquiétude pointer chez ces jeunes,
00:37que ce soit sur Parcoursup, sur l'état des bâtiments,
00:39et qu'il est temps aussi à un moment que l'État prenne en charge finalement ses revendications.
00:44Donc vous vous dites en fait que le gouvernement ne répond pas à la bonne question,
00:47il doit plutôt répondre aux manifestants ?
00:48C'est simplement aujourd'hui.
00:50Je vais aller sur les violences.
00:51On voit que les violences n'ont pas leur place dans l'état de droit.
00:55Notamment les revendications, qu'elles soient sociales ou étudiantes,
00:59elles ne peuvent pas être le témoignage de destruction de biens publics ou de commerçants.
01:05Là, aujourd'hui, il est clair qu'il y a eu une défaillance du gouvernement sur cette question.
01:12Maintenant, j'appelle à la mise en place d'un fonds d'urgence, d'indemnisation.
01:16Le gouvernement a la possibilité, dans le cadre du projet de loi de finances qui arrive en discussion,
01:21de déposer des amendements pour aller très vite.
01:22Il faut pouvoir indemniser à la fois les commerçants,
01:26mais aussi permettre la reconstruction d'un certain nombre de bâtiments publics.
01:30Mais ça, les assureurs ne vont pas suffisamment prendre en charge ?
01:34Non, mais la difficulté, c'est aussi comment on répond rapidement.
01:39Certainement, les assureurs vont prendre le relais,
01:42mais je crois qu'il y a un caractère vraiment urgent.
01:44Il faut que les commerçants puissent aussi se relancer très rapidement.
01:48Il y a besoin que l'État accompagne.
01:50C'est quoi la solution pour éviter que ça se reproduise ?
01:52Parce qu'il y a un acte de qui est déjà annoncé samedi prochain.
01:55Simplement, je crois qu'il faut que l'État anticipe.
01:58Parce que là, il y a quand même une grosse difficulté.
02:00On voit que la difficulté qui s'est produite samedi dernier,
02:02c'est aussi un manque d'anticipation.
02:04Mais c'est aussi l'état de la société dans lequel on est,
02:09avec beaucoup d'inquiétudes, liées notamment au prix du carburant,
02:12mais aussi des réponses qui ne sont pas apportées par le gouvernement.
02:15Donc il faut aussi qu'à un moment, le gouvernement apporte des solutions.
02:19Et je ne crois pas que c'est le projet de loi de finances tel qu'il est proposé
02:21qui aujourd'hui y répondra.
02:22Alors si on n'apporte pas des solutions, c'est peut-être aussi parce que les caisses sont vides, non
02:25?
02:26Les caisses sont vides.
02:27Simplement, il y a un projet de loi de finances qui est en cours de discussion à l'Assemblée nationale.
02:31Je pourrais simplement aussi faire état de ce que j'en pense aujourd'hui.
02:37On est près de 10 ans après l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron.
02:41La transcription budgétaire dans le projet de loi de finances, finalement,
02:45est la même depuis 10 ans.
02:47Faire plutôt en faveur des grandes entreprises, des plus riches,
02:51au détriment des classes sociales et populaires.
02:53Et donc clairement, on voit qu'aujourd'hui, il y a une vraie difficulté.
02:56Il y a plusieurs milliards qui seront prélevés.
02:59En tout cas, c'est dans le projet du budget 2027 sur les entreprises.
03:02Mais le bilan du macronisme, de la fameuse politique de l'offre, on l'a aujourd'hui.
03:07C'est 62 milliards de recettes qui ont été coupées par an.
03:11C'est une dette colossale, 3600 milliards.
03:14Une croissance à tonnes.
03:16Un taux de chômage de près de 9%.
03:18Finalement, on voit que tout ce qui a été mis en œuvre aujourd'hui
03:20ne répond pas à l'urgence sociale qui est la nôtre.
03:22Sauf que vous, votre contre-budget du PS, il prévoit 22 milliards de dépenses supplémentaires.
03:27Est-ce que c'est bien raisonnable dans le contexte actuel ?
03:29Non, mais la question n'est pas tant les dépenses.
03:32Aujourd'hui, je vois bien comment le gouvernement réfléchit.
03:35Simplement, il faut aussi que chacun contribue en fonction de ses capacités contributives.
03:40Le gouvernement fait le choix d'aller taper directement dans les dépenses,
03:43mettre à contribution les collectivités.
03:45Je rappelle qu'aujourd'hui...
03:47Tout le monde les a défendues hier, effectivement, en débat à l'Assemblée.
03:49Mais toujours est-il que quand même, elles sont mises à contribution d'une manière éhontée.
03:54Près de 6 milliards de coupes, alors qu'on sait qu'aujourd'hui,
04:00c'est plutôt elles qui sont chargées d'assurer la cohésion sociale sur le territoire.
04:05On a besoin de comprendre aujourd'hui ce que pense véritablement le PS.
04:08On a entendu Olivier Faure dire que ce n'est pas un problème,
04:10il ne faut pas baisser les dépenses, c'est un problème de recettes.
04:12Vous vous dites qu'il ne faut pas réduire le déficit, la dette ?
04:15Non, je ne dis pas qu'il ne faut pas réduire.
04:17Simplement, la dette, elle existe aujourd'hui.
04:20Je rappelle quand même qu'elle est aussi la conséquence de politiques
04:24qui ont été portées depuis 10 ans, comme je viens de le dire en propos liminaire.
04:27Simplement, je ne crois pas qu'on puisse aller taper uniquement du côté des dépenses.
04:31Il faut aussi regarder du côté des recettes, ce qui n'est pas fait aujourd'hui.
04:35Vous, vous voulez instaurer une taxe Junkman, une taxe sur les successions.
04:38Est-ce que vous avez un problème avec les riches ?
04:40Absolument pas, absolument pas.
04:42Je redis, aujourd'hui, je considère que tout le monde doit contribuer en fonction de ses capacités contributives.
04:48Quand on regarde quand même depuis quelques années, la France est sur le podium des pays
04:55qui versent le plus de dividendes au monde.
04:57On est sur la deuxième marge derrière les États-Unis.
05:00C'est-à-dire qu'à un moment, il y a aussi de l'argent, notamment dans les très grandes
05:05entreprises.
05:06Je pense que ces dividendes pourraient être redistribuées aussi vers tout le monde
05:10et que chacun participe finalement à l'effort national.
05:13Est-ce que vous êtes prêt au débat, au compromis aujourd'hui avec le gouvernement ?
05:17Ou est-ce que la présidentielle vous empêche finalement de trouver un terrain d'entente ?
05:23Écoutez, il est dans l'ADN des socialistes que de chercher le compromis.
05:28Au Sénat, alors pas à l'Assemblée, parce qu'on a entendu Olivier Faure dire qu'il était pour la
05:32censure.
05:32On est ouvert à la discussion. La censure ne peut être que la conséquence finalement
05:37de choix qui n'auront pas été faits ou de compromis qui n'auront pas été trouvés.
05:41Je rappelle quand même que sur les deux derniers exercices budgétaires,
05:44les socialistes ont permis finalement de déboucher.
05:47Simplement, on est encore dans une phase de discussion.
05:50L'Assemblée nationale, il reste le Sénat.
05:53Je reste ouvert aussi à écouter ce qui va pouvoir être fait.
05:56C'est vrai que les conditions, la balle est dans le camp du gouvernement, clairement.
05:59Et de Sébastien Lecornu, de savoir comment on a la capacité aussi à pouvoir progresser.
06:03Il est clair que le budget tel qu'il est proposé aujourd'hui est un budget qui est libéral,
06:08qui est plutôt tourné vers la majorité sénatoriale, la droite sénatoriale et l'extrême droite.
06:14Vous l'avez dit tout à l'heure, c'est les aides pour les émeutes.
06:18Finalement, elles vont prendre la forme pour certains d'amendements.
06:21Si le budget n'est pas voté, il n'y aura pas d'aides supplémentaires.
06:26Est-ce que ça ne vous oblige pas ?
06:28Aujourd'hui, il faut que le gouvernement prenne ses responsabilités.
06:32C'est au gouvernement de déposer les amendements.
06:34Il n'y a plus que lui qui peut aujourd'hui créer finalement ce fonds.
06:37Oui, mais après, encore faut-il que ce soit voté.
06:39Il faut que ce soit voté.
06:41Le débat aura lieu au Parlement et notamment au Sénat.
06:44Le Sénat a pour habitude finalement d'étudier dans les délais constitutionnels l'ensemble du budget.
06:49Il n'y a pas de raison que cette année, ce ne soit pas le cas.
06:52L'examen du PLFSS commence aussi à l'Assemblée aujourd'hui.
06:55En commission, toutes les mesures concernant les retraités ont été retoquées.
06:59Est-ce que c'est purement électoraliste, tout simplement parce que les retraités sont ceux qui votent le plus ?
07:04Non, mais simplement quand même, aujourd'hui, la question est un peu différente.
07:09La question est de savoir, est-ce qu'il faut désindexer les retraites ?
07:13Et simplement, aujourd'hui, le projet tel qu'il est fait, il porte uniquement sur les retraites de base.
07:18Les retraites qui sont perçues par les plus modestes de ce pays, ainsi que la classe moyenne.
07:24Donc aujourd'hui, il y a des moyens.
07:27Il y a un certain nombre, notamment, de retraités qui aujourd'hui ont du patrimoine.
07:30Et donc, je pense que la réflexion devrait plutôt se porter sur cette classe.
07:36Donc, cette question, elle est ouverte telle qu'elle est proposée aujourd'hui.
07:39Ce n'est pas une bonne réponse.
07:40Donc, je comprends aussi le sens du vote à l'Assemblée nationale.
07:44David Amiel, le ministre des Comptes publics, disait qu'il y avait 8 milliards en plus qui ont été votés
07:50en commission,
07:53avec notamment, en tout cas, la suppression de toutes ces mesures pour les retraités.
07:58Un mot sur Raphaël Glucksmann.
08:00Il a été élu à la primaire PS.
08:03Dans les sondages, il accroche la deuxième place.
08:05Comment vous allez aller chercher les électeurs de gauche qui sont partis chez Jean-Luc Mélenchon ?
08:09Écoutez, on est au début de la campagne.
08:11La campagne n'est qu'à ses balbutiements.
08:14Je crois qu'il va y avoir une montée en puissance de Raphaël Glucksmann dans les semaines et les mois
08:19à venir.
08:20L'idée, c'est aussi de pouvoir, à un moment, élargir le spectre du potentiel électoral.
08:26Je crois qu'il a la capacité, aujourd'hui, aussi, de pouvoir répondre à cette aspiration.
08:31Merci, Thierry Kozyk, d'avoir été notre invité ce matin dans Good Morning Business,
08:35sénateur socialiste de la Sarthe, nouveau président de la Commission des finances du Sénat.
08:39Une interview à retrouver en podcast et en replay sur l'application BFM Business et sur l'ensemble de nos
08:43plateformes.