00:008h44 sur BFM Business, RMC Live, Canal 25.
00:04Face à le chip, c'est Jean-Marc Daniel ce matin.
00:06Bonjour à tous les deux.
00:06Bonjour.
00:07Et bienvenue.
00:08Le budget est présenté en ce moment même à Bercy.
00:12Alors a priori, pas de surprise.
00:1354 milliards d'économies, des retraités largement mis à contribution,
00:18ainsi que les grandes entreprises, les fonctionnaires,
00:20des impôts qui n'augmentent pas, mais des prélèvements obligatoires en hausse
00:23à cause de la suppression de certaines niches fiscales.
00:26Voilà à grand trait ce budget qui est censé ramener le déficit
00:29à 5%.
00:30Est-ce que c'est un budget utile, Jean-Marc Daniel ?
00:34Je ne sais pas s'il est utile.
00:36En tout cas, il est totalement fictif.
00:37C'est un budget qui n'existe pas.
00:38Il a une espérance de vie d'environ 6 mois,
00:40parce qu'à partir du mois de mai prochain,
00:43normalement, il y a une nouvelle équipe qui va se mettre en place.
00:46Il l'a dit, il est réversible.
00:48Oui, et dont le premier travail sera de dire
00:50qu'elle trouve une situation catastrophique,
00:54que le gouvernement précédent était un gouvernement d'incapables.
00:57et donc l'enjeu pour Sébastien Lecornu,
01:01c'est d'essayer de préparer déjà sa défense.
01:03D'ailleurs, il a commencé, il a envoyé une lettre
01:05à tous les candidats à la présidentielle
01:07pour leur dire qu'il était là pour servir,
01:09qu'il était là pour faire en sorte que tout aille pour le mieux.
01:12Et donc, il est déjà en train de préparer sa défense,
01:14ce qui est assez naturel,
01:15parce que ses prédécesseurs avaient au moins un avantage,
01:18c'est que vu leur âge,
01:19il n'avait comme seul avenir politique
01:20qu'un avenir de mémorialiste.
01:22Alors que lui, il a un avenir qu'il croit être encore existant
01:25sur le plan politique.
01:27Donc, il va tout faire pour essayer de démontrer
01:29qu'il aura été à la hauteur de la situation.
01:32Et donc, ça donne un discours,
01:34qui est un discours, à mon avis,
01:36totalement artificiel,
01:37notamment sur les 54 milliards d'économies.
01:39C'est-à-dire, ces 54 milliards d'économies,
01:41ce n'est pas des économies,
01:42puisque la dépense publique va continuer à augmenter.
01:44Et vous, quand vous faites des économies,
01:45c'est que vous baissez vos dépenses.
01:47Là, ils freinent la hausse des dépenses.
01:50Par rapport à des hypothèses,
01:52avec une précision,
01:53ce n'est pas 50 milliards,
01:55ce n'est pas 60 milliards,
01:56c'est 54 milliards.
01:58Sachant que toutes les hypothèses
01:59sont susceptibles d'être abattues en 30 secondes.
02:02Et quand on regarde,
02:03indépendamment de cette présentation,
02:07la logique d'ensemble
02:08est une logique, à mon avis,
02:09qui est à l'image de ces 54 milliards.
02:11C'est-à-dire, c'est un enfumage général.
02:14Donc, la vraie question, je pense,
02:16c'est comment on va passer les six prochains mois
02:19en termes d'évolution des taux d'intérêt.
02:21Et je crois qu'il y a un enjeu...
02:22On est déjà à 4-8.
02:23On est déjà à 4-8.
02:24Alors, il y a un enjeu pour Sébastien Lecornu.
02:26Il faut effectivement, je pense,
02:28qu'il sorte un peu de cette position
02:30et de cette posture
02:31pour donner une sorte de perspective,
02:33dire que les gens qui vont me succéder,
02:35de toute façon,
02:36seront obligés de se caler
02:38dans la voie que j'ai engagée.
02:39Donc, ils pourraient effectivement
02:41être plus précis, plus sérieux
02:43et surtout aller voir les partenaires européens
02:45parce que c'est là que ça va se passer.
02:47Je pense que les discours de Mme Védel
02:49sont aussi importants
02:50que les discours de M. Lecornu.
02:52Quand l'AFD fait les scores qu'elle fait
02:54en disant, nous avons trois objectifs,
02:56nous débarrasser des immigrés,
02:59redonner sa dignité à l'enseigne allemande de l'Est
03:01et remettre les fainéants du Sud au travail,
03:03les fainéants du Sud, clairement, c'est nous.
03:06C'est nous.
03:07Et donc, à partir de ce moment-là,
03:09chaque fois qu'on fait une élection d'Allemagne
03:11et que l'AFD, avec un programme,
03:12disant, on va remettre les fainéants du Sud au travail,
03:14c'est nous qui sommes visés et c'est donc
03:17nos tours d'étérêts qui sont menacés.
03:18Donc, je pense que ce budget, encore une fois,
03:20est une fiction.
03:21Ce budget sera démoli au mois de mai prochain.
03:24Et l'enjeu pour Sébastien Lecornu,
03:26qui n'a que 40 ans,
03:27c'est d'essayer de faire en sorte
03:28qu'une image de sérieux repose du débat
03:30et du document final qui va être adopté.
03:33– Alors, vous, votre avis, Emmanuel Lechy,
03:35budget fictif, budget inutile ?
03:38– Non, un budget n'est jamais inutile.
03:40Et quand Jean-Marc s'interroge pour savoir,
03:44bon, c'est un budget qui…
03:45Quand il dit, c'est un budget qui ne sert à rien,
03:46mais la question, c'est, oh là là,
03:48comment on va faire pour passer les six prochains mois
03:49sur les taux d'intérêt ?
03:51Moi, j'ai la réponse.
03:52C'est justement en ayant un budget.
03:54C'est quand même…
03:55– Il faut y avoir un budget, c'est clair.
03:57Mais ce budget-là,
03:58qu'il faut y avoir un budget, c'est un budget chumel.
04:00– Et il n'est pas voté, ce budget-là.
04:02– Ah oui, mais je pense que ce qui compte,
04:04c'est d'avoir un budget…
04:05– C'est ça ?
04:06– Oui, c'est ça, c'est d'avoir un budget voté,
04:08de ne pas partir en loi spéciale.
04:10Parce que n'oublions pas que, bon,
04:14l'opinion des marchés, elle est très importante,
04:15mais je ne suis pas sûr qu'aujourd'hui,
04:16les marchés, ils se disent, oh là là,
04:20on va attendre six mois pour voir ce qui se passe en France,
04:22on va leur prêter les yeux fermés.
04:23Non, les marchés, ils nous prêtent de l'argent
04:25toutes les semaines.
04:27Et la présidentielle, ça suspend peut-être
04:29le temps politique, mais ça ne suspend pas
04:31les dépenses ni les intérêts
04:33que nous réclament les marchés.
04:37Après, bon, le prochain président refera tout,
04:40oui, c'est sûr, et puis on ne va pas prétendre
04:42que c'est un budget qui est fait pour bâtir
04:46l'avenir.
04:47Mais en même temps, un mauvais budget,
04:50même pendant six mois,
04:51ça peut quand même avoir aussi des conséquences négatives.
04:54Si vous avez un mauvais budget,
04:56les déficits que vous allez creuser pendant six mois,
04:58c'est des intérêts que vous allez payer pendant des années.
05:01Et puis, moi, je crois quand même
05:02que c'est important d'avoir une espèce de pont,
05:05un budget qui fait le lien
05:06avec la prochaine équipe présidentielle.
05:09Jean-Marc a eu un très bon argument
05:11qui est de dire, ah bah oui,
05:12mais le prochain président avec son équipe,
05:14ils vont arriver en disant,
05:16oh là là, finalement, tout ce qu'on vous avait promis,
05:19on ne va pas pouvoir le faire
05:20parce que la situation est catastrophique, etc.
05:22Bah justement, moi, il me semble que d'avoir un budget là
05:25qui soit un budget, si possible, raisonnable,
05:30c'est quand même un point de départ meilleur
05:32pour la prochaine équipe.
05:33Et ça tue un peu cet argument assez fallacieux
05:35que toutes les équipes utilisent en disant,
05:38ah bah oui, on n'a pas pu faire ce qu'on voulait faire
05:40parce que la situation était bien pire que prévu.
05:44Donc je pense qu'il faut faire la différence
05:46entre la durée de vie d'un budget
05:48et le signal politique et économique qu'il envoie.
05:52Donc oui, il nous faut un budget.
05:53Et puis si on n'a pas de budget,
05:54qu'est-ce qui se passe ?
05:54Encore une fois, c'est la loi spéciale.
05:56Et la loi spéciale, au final, ça coûte de l'argent
05:58parce que vous aviez prévu des hausses d'impôts,
06:00vous ne pourrez pas les appliquer.
06:02Vous aviez prévu des baisses de dépenses,
06:04vous ne pourrez pas les appliquer.
06:05Donc oui, ce serait quand même très embêtant
06:07de finir avec une loi spéciale,
06:10même si effectivement, ce budget a une durée de vie limitée
06:13et qu'on aura un collectif à l'été 2027.
06:16Mais c'est important que, vu les enjeux
06:19de la prochaine présidentielle,
06:20on puisse démarrer quand même dans des conditions financières
06:23qui ne soient pas les plus épouvantables possibles.
06:25C'est envoie quand même un signal marché.
06:27Il dit exactement la même chose que moi.
06:29C'est-à-dire que le véritable problème,
06:30c'est de faire un texte qui, de toute façon,
06:32eu égard à sa durée de vie,
06:35à son caractère totalement éphémère,
06:37un texte qui amorce effectivement
06:38les réformes qui sont à venir.
06:40C'est-à-dire ne pas s'abîmer
06:42dans un discours, encore une fois,
06:43à dire 54 milliards d'économies,
06:45alors qu'il n'y a rien comme économie.
06:47Cette espèce, je maintiens...
06:49Mais les marchés ne s'y trompent pas non plus.
06:51Non, c'est pour ça que c'est ridicule.
06:52C'est pour ça que c'est plait au monde.
06:53Oui, oui, personne n'est dupe.
06:55C'est-à-dire que je maintiens que,
06:56pour Sébastien Lecornu, il a 40 ans,
06:59il a une carrière politique derrière,
07:01mais surtout une carrière politique devant lui.
07:03Et il fait du cueil.
07:05Il s'est dit qu'il reprend un discours,
07:07il reprend...
07:07Et donc...
07:08Mais Emmanuel a raison,
07:09il faut quand même mieux un budget,
07:10et il faut quand même mieux amorcer des efforts
07:12que ne rien faire.
07:13Mais non, mais il n'amorce aucun effort.
07:14Ce que je veux dire, c'est qu'effectivement,
07:16il faut un budget, ça c'est clair,
07:17de façon institutionnelle,
07:18mais là où nous nous rejoignons,
07:20je dis qu'il faut un vrai budget,
07:21et pas cette espèce de discours,
07:24de « Oh là là, on va souffrir,
07:25je vais faire des choses,
07:26vous allez voir, 54 milliards d'économies ».
07:28Mais un vrai budget, comment on fait
07:29quand on n'a pas de majorité,
07:31quand on a une élection présidentielle
07:33dans quelques mois ?
07:35Mais justement...
07:35Comment on arrive à trouver, à dégager un...
07:37Pour les gens qui sont à l'Assemblée maintenant,
07:39le véritable enjeu,
07:40ce n'est pas l'avenir de ce gouvernement.
07:42C'est l'élection présidentielle.
07:44Et donc, effectivement,
07:45on va voir les partis politiques
07:47comme il l'a fait au travers de cette lettre
07:49qu'il a envoyée le 30 septembre.
07:50Il a envoyé une lettre en leur disant
07:52« Rassurez-vous, je vais faire en sorte
07:54que le pays vive bien la campagne présidentielle,
07:57je ne vais pas m'en mêler,
07:58et je vais jouer un rôle de majordome d'intendant ».
08:02Bon, eh bien, qui joue ce rôle
08:03de majordome et d'intendant
08:04dans une configuration où on a besoin de réformes,
08:07et où je maintiens chaque élection en Allemagne,
08:10annonce les menaces
08:12qui vont peser sur notre statut au niveau européen
08:14et sur l'avenir de notre dette,
08:17parce que, pour l'instant,
08:18notre dette est plus ou moins garantie
08:20par le fait que derrière, il y a la BCE,
08:23derrière, il y a l'Union européenne,
08:24derrière, il y a une forme de solidarité obligée.
08:27Si jamais, effectivement,
08:28on continue à provoquer les Allemands,
08:30et si on continue à voir des gens
08:31qui en Allemagne disent
08:32« il faut remettre les fainéants au travail »
08:35et qu'ils font de plus en plus de scores élevés,
08:38à ce moment-là, effectivement,
08:39on va au-devant d'une catastrophe.
08:40Emmanuel Lechypre, il aurait dû y aller encore plus fort,
08:42Sébastien Lecornu ?
08:43Non, je ne suis pas sûr,
08:45parce que, justement,
08:45je pense qu'il faut trouver
08:47une proposition de budget
08:49qui amène, finalement,
08:52chaque parti
08:53et chaque candidat potentiel à la présidentielle
08:55à révéler ses préférences,
08:57quelque part,
08:57et à révéler ses choix.
08:59S'il fait un budget trop offensif,
09:01trop provocateur, j'ai envie de dire,
09:03les oppositions auront beau jeu de dire
09:05« non, c'est insupportable, etc. »
09:07et de ne pas vouloir jouer le jeu.
09:08En fait, il ne faut pas qu'ils donnent prise
09:10à une forme de contestation trop simple.
09:14Et ça, je pense que c'est aussi la vertu
09:16d'essayer d'avoir un budget,
09:18c'est de montrer que chacun doit être responsable
09:21et chacun va montrer s'il est responsable ou pas.
09:25Et je pense que c'est aussi les comportements
09:27auxquels on va assister
09:30pendant toute la campagne de ce budget.
09:32je pense que les comportements
09:34des uns et des autres seront scrutés
09:35et compteront dans la balance
09:36pour les Français
09:38pour choisir leur candidat à la présidentielle
09:40le moment venu.
09:41Donc, c'est un budget.
09:42Donc, tout ça pour dire
09:42que ça fait beaucoup de raisons
09:43pour que ce ne soit pas un budget pour rien.
09:45Même si ça n'est pas un bon budget.
09:47Non, écoutez, franchement,
09:48il va finir sous les colibés
09:50après avoir été trop lâches
09:51et trop incapables d'affumer, effectivement,
09:54ce qu'attend le pays de lui.
09:56Merci à tous les deux
09:56d'être venus débattre sur le plateau
09:58de Good Morning Business.